LECTURES PREALABLES INDISPENSABLES (dans la même rubrique « Phénomènes paranormaux ») :

« L’ECTOPLASMIE »

 « ECTOPLASMIE ET MEDIUMS A EFFETS PHYSIQUES »

Si le phénomène d’ectoplasmie existe, il s’avère néanmoins qu’il a aussi donné naissance à des manifestations truquées.

J’évoque ici un cas mexicain de prétendues matérialisations d’entités.

I. Séances des années 1950 :

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Dans un livre paru (dans son édition française) en 1970 aux éditions Albin Michel, l’Italien Leo Talamonti (1914-1998) a évoqué des expériences d’ectoplasmie faites dans les années 1940-1950 par un médium nommé Louis Martinez, dit « don Luisito ». Le pays n’est pas donné, mais il s’agissait manifestement du Mexique.

De 1951 à 1953, le professeur Tibon a ainsi assisté à de nombreuses séances de matérialisation. Leo Talamonti en a donné la description suivante :

« Dès que le médium était entré en transe, apparaissaient quelques petits globes phosphorescents de couleur blanche, verte ou jaune, qui tournaient pendant quelques instants au-dessus de la tête des assistants avant de disparaître. Venait ensuite la matérialisation partielle de visages et de mains qui frappaient des coups sur les murs ou donnaient des tapes sur les épaules des présents. Ces mêmes mains soulevaient un grand tambour, pourvu de ses baguettes, et en jouaient à un rythme parfait en le déplaçant çà et là en l’air (…). »

Les pétales de fleurs de vases disposés là étaient effeuillés. Ils étaient envoyés sur les assistants.

De petites formes lumineuses se dessinaient au centre du cercle médiumnique, prenant peu à peu une taille et une apparence humaines. De curieux personnages apparaissaient alors :

« Amahur » (un soi-disant médecin oriental coiffé d’un turban).

– La « sœur Belèn » (une petite vieille au visage ridé comme une pomme flétrie).

– Un loquace « docteur del Castillo » (avec une cravate noire).

– Un croisé médiéval.

– Un guerrier au glaive resplendissant.

– Un prêtre imposant portant une étole de soie brodée d’or.

– Un personnage avec la tête ornée d’un éblouissant diadème à 12 fleurons d’une intensité lumineuse inégale.

Apparaissaient ensuite de petites entités lumineuses qui s’emparaient des nombreux jouets préparés pour elles et qui entamaient un concert aussi sonore que discordant… L’unique « soliste » du groupe était un certain « Botitas »…

Les témoins des séances de Louis Martinez se comptent par centaines. Parmi eux, il y avait : l’industriel Alvarez y Alvarez, le mathématicien Albert Barajas, un père jésuite auteur de livres contre le spiritisme, un directeur général de l’UNESCO, deux anciens ministres des Affaires étrangères et deux anciens présidents de la République. (1)

II. Séances en 2001 :

Je viens d’évoquer le cas du médium Louis Martinez (Luis Martinez), et plus particulièrement des séances remontant au début des années 1950. Or, il s’avère que de telles séances existaient toujours dans les années 2000, le médium n’étant évidemment plus Louis Martinez. En France, il aura fallu attendre la visite au Mexique, en 2001, de gens comme François Brune et Didier Van Cauwelaert, pour prendre connaissance de ce fait.

Le 5 septembre 2001, Yvon et Maryvonne Dray furent invités à participer à une séance du « Cuarto de Luz » (« chambre de lumière ») où leur fille décédée Karine s’est, disent-ils, matérialisée. Ces visites d’entités spirituelles, dans l’obscurité, ont lieu tous les mercredis à partir de 17 heures.

La genèse de ce groupe médiumnique mexicain remonte au sénateur Rafael Alvarez y Alvarez, lequel fut « opéré », en 1930, par la médium Agustina Sampiero de Rosales, opération au cours de laquelle le sénateur fut délivré des calculs rénaux qui le faisaient terriblement souffrir. Six « petites pierres » furent extraites du corps. C’est le docteur Enrique del Castillo, un médecin mexicain décédé quelques années plus tôt, qui suggéra au sénateur, via la médium, le principe des réunions hebdomadaires. Le sénateur s’attela à cette tâche à partir de 1939… Didier Van Cauwelaert précise que depuis cette date, aux « Cuarto de Luz« , trois présidents de la République se sont succédé (dont Plutarco Elias Calles, qui avait auparavant persécuté les catholiques et fermé toutes les églises de Mexico), ainsi qu’une vingtaine de ministres, un directeur de l’Unesco, des gouverneurs, des généraux, des ambassadeurs (dont celui d’Israël au Mexique), des prêtres, des médecins, des artistes, des universitaires et scientifiques (ces derniers n’ayant décelé aucun trucage). Le procès-verbal de chaque session est déposé chez un notaire, et le Professeur Gutierre Tibon (1994) a publié une somme provisoire.

Didier Van Cauwelaert et François Brune (1931- janvier 2019) ont eu la possibilité d’assister à une séance à Cuernavaca. L’un des médiums, Enrique Cortés, dit s’être découvert la capacité de matérialiser des objets (médailles, billes, pièces de monnaie), en plus de son aptitude à l’écriture automatique (l’un de ses correspondants dans l’Au-delà se nommant « Nassim »). Didier Van Cauwelaert reçut sur les genoux 40 pesos, deux billes et une balle de golf. Karine s’exprima, semble-t-il, par l’intermédiaire de sa mère en transe. Lors de la « rencontre », vingt-cinq personnes étaient présentes, toutes vêtues de blanc (afin d’éloigner les « vibrations négatives »). On notait la présence d’encens, d’aromates et de charbon de bois, chaque invité devant boire un verre d’eau en trois fois. La séance s’est déroulée dans une pièce sans fenêtre, avec au centre une table comportant des fleurs, des instruments de musique et des jouets (ballons, poupées, etc.), ainsi que des fauteuils de jardin disposés contre les murs. La porte était ensuite fermée et cadenassée, le médium étant Samuel Huicochea, un paysan d’une quarantaine d’années. Les assistants se prirent par la main, à l’exception du guitariste relié aux autres personnes par ses poignets. La directrice de séance présenta au « monde de l’Invisible » les nouveaux venus (qui ne sont jamais plus de trois), et un « Notre Père » fut récité, achevant de la sorte le protocole défini, depuis le début des séances, par les entités. On éteignit alors la lumière. Après une prière d’ordre général ou personnel émise à tour de rôle, des chants furent entonnés par les Mexicains pendant plus de quatre heures. (!)

On aspergea d’eau les assistants et on les « bénit » avec des fleurs odorantes (les nardos). Des « enfants », apparaissant sous la forme de petits points lumineux, frappèrent la tête des assistants avec le marteau et le tomahawk en plastique. Chaque participant reçut aussi « l’accolade d’une encolure en peluche ». (Référence aux petits chevaux à manche de bois.) Puis les cheveux des personnes présentes furent tirés… On entendit les instruments à musique : une guitare posée sur le sol, un harmonica et des tambours, ceux-ci étant utilisés par « Botitas » (tué à l’âge de 18 ans pendant la révolution mexicaine)… Il y eut un « solo assourdissant » d’un petit tambour qui sembla voler à travers la pièce, du sol au plafond, pour finir coincé contre le ventre de François Brune. Un deuxième tambour prit la relève, censé être manipulé par un enfant prénommé « Ramiro ». On entendit des grelots (censés être portés, aux pieds, par des Indiens).

Après une période de silence total, on vit une flaque de lumière bleue qui devint verte et qui donna naissance à un corps « se dépliant avec une forte odeur d’ozone » : un homme plutôt grand, avec « une sorte de djellaba translucide », les mains d’un « vert phosphorescent qui fume ». Cette entité salua à l’orientale et toucha les assistants. Les mains étaient solides. Ce personnage pressa les joues, tapota le crâne et traça une croix sur le front de Didier Van Cauwelaert, comme il l’avait fait à six personnes avant lui. L’empreinte des doigts resta verte et scintillante pendant une dizaine de minutes. L’entité répondit d’un hochement de tête à la salutation du narrateur et « bénit » ce dernier avec une tape sur la joue. Il s’agissait de l’astronome Abdul Qasim Abdallah Ibn Amajur al-Turki (885-933). Didier van Cauwelaert perçut une barbe, mais pas le visage. Le voile qui tombait de la tête du personnage ressemblait à une moustiquaire mouillée. On pouvait distinguer, à la faveur des déplacements du personnage lumineux, le médium principal affalé dans son grand fauteuil, tout le monde étant à sa place dans la salle. (A propos de l’hypothèse de la trappe, précisons que le dallage s’est avéré, après la séance, être dépourvu de fissures.) Le personnage se lança dans une chorégraphie. Il lévita et laissa ses empreintes de lumière au plafond, et alla même jusqu’à danser le rock ! Puis il se dématérialisa… Les autres « entités » qui se sont manifestées sont :

« Sadrak », qui, après avoir touché les assistants, sema autour de la pièce des pétales de roses pris dans un sac.

« Haxel », avec deux yeux de lumière verte mouvante. Il offrit une rose aux dames.

« Hermana Blanca », verte des ongles aux poignets, vêtue d’un voile blanc.

Une silhouette, identifiée à Karine, est allée embrasser ses parents, sa demi-sœur, François Brune et Didier Van Cauwelaert. Ce dernier précisa que le contact sur la joue évoquait le toucher d’une tulipe.

Le maestro Amajur revint pour donner l’eucharistie aux personnes présentes qui le souhaitaient. L’hostie « fuma » entre les doigts vert pomme. Il offrit ensuite des petits cadeaux (croix, turbans, fleurs, fez…). Didier van Cauwelaert eut droit à un chapelet.

L’astronome se désintégra et la séance s’acheva. C’est le docteur Enrique del Castillo qui passait pour mettre un terme aux séances. A cet effet, il frappa trois coups.

Durant chaque séance, le médium perd de 3 à 6 kilos. Le lendemain, comme tous les jeudis, il passa sa journée en transe, le « maître Amajur » s’exprimant par son intermédiaire au bénéfice de personnes venues le consulter pour des motifs variés (soins, entretien philosophique, nouvelles d’un défunt, etc.).

Quelle est la finalité de ce type de séances ? On notera que ces séances de matérialisation permettent d’aider à comprendre l’existence d’un « autre monde » (monde spirituel) et permettent de montrer la possibilité d’un contact avec celui-ci « dans la joie, l’harmonie et la simplicité »…

François Brune « conversa » avec Amajur et eut notamment avec lui une discussion contradictoire sur le sujet de la réincarnation, Amajur reconnaissant la réalité de celle-ci…

Enrique Cortés bénéficia d’un « apport » : un billet de 50 dollars roulé en boule.

L’historien Valentin Lopez (conservateur honoraire d’une grande bibliothèque de Mexico) souffrait d’un cancer du pancréas et du foie. Il assistait aux « Cuarto de luz » depuis les années 1940. Lors d’une séance, il ressentit la circulation de « fluides » dans son corps… Le lendemain, on ne décela plus, à l’hôpital, de tumeur.

Un « Cuarto de Luz » spécial Jour des Morts eut lieu le vendredi après-midi, chez Samuel Huicochea, à Puente del Ixtla, un village de la banlieue de Cuernavaca. On vit notamment « Jabdad » (un joaillier persan du dix-septième siècle), « saint François d’Assise » et la « Vierge de Guadalupe ». Didier Van Cauwelaert obtint un nouveau chapelet… Les corps des visiteurs étaient moins lumineux que l’avant-veille, ceci étant attribué à une « présence négative » dans l’assistance (une dame qui venait pour la première fois, sous calmants, et qui s’était endormie à plusieurs reprises). La séance dura plus de cinq heures et Karine se manifesta… A la fin de cette séance, François Brune se retrouva coiffé d’un turban hindou, une « facétie » pouvant être en relation avec le fait que ce théologien était réfractaire à la réincarnation !

Depuis que les « Cuarto de Luz » existent, on a obtenu des empreintes digitales moulées, devant témoins, dans de la paraffine, et une photo prise le 17 juin 1943 montre le maître Amajur « levant les bras, visage obscur et vêtement blanc »… Lors de la prise de photo, le médium principal de l’époque, Luis Martinez, fut saisi de convulsions.

Lors d’une séance où le docteur Ignacio Solares, directeur de la communication de l’UNAM (l’Université de Mexico), était présent, le maître Amajur alluma soudain la lumière. Le vice-recteur put ainsi contempler, pendant une dizaine de secondes, le visage de l’astronome arabe, chaque participant étant à sa place dans la chaîne, et le médium en transe étant dans son fauteuil. La lumière s’étant éteinte, Amajur se dématérialisa. Didier Van Cauwelaert a vu le docteur Solares assister aux deux séances où il était présent. (2)

III. Séances en 2002, en France :

Fin septembre 2002, quatre séances du « Cuarto de Luz » ont eu lieu à Paris, ces séances ayant été organisées par Didier Van Cauwelaert, François Brune, Marie-Yvonne et Yvon Dray.

Eric Raulet et Lina Rossetti, de l’association Ondes, ont participé à l’une de ces séances. Eric Raulet n’a pas eu le sentiment d’être en contact avec un « au-delà », les phénomènes produits lui ayant semblé « être à la portée d’un illusionniste modeste », même s’il ignore comment le médium principal a pu se déplacer dans l’obscurité totale et produire par exemple les sons du tambourin au plafond. (Bulletin Ondes d’octobre 2002.)

De leur côté, Mario Varvoglis et Grégory Gutiérez, de l’Institut Métapsychique International, ont conclu qu’il n’y avait là rien de « paranormal ». (Source : www.metapsychique.org)

Jean-Michel Grandsire, directeur de la publication Parasciences et Transcommunication, a précisé que ce qui s’est passé en France « n’était pas en adéquation » avec ce que Didier Van Cauwelaert et François Brune ont vu au Mexique. Il a cependant vu une lumière éclairer un personnage de haute stature dont les mains luisaient d’une luminescence verte, et vêtu comme un Arabe : Amajur. Ce dernier soulagea les douleurs de personnes ayant des problèmes de santé. Les personnes les plus proches étaient éclaboussées de sa lumière, des lucioles vert fluo étant laissées sur les assistants et sur le sol. Des sciatiques, des douleurs lombaires et des problèmes de vue ont été résolus dans les heures suivant la séance. Le maestro tira les lunettes de Jean-Michel Grandsire, lui frotta les yeux, repoussa les lunettes et lui bénit le front. Le contact était froid. La tenue était comparable à une légère robe de bure opaque. Lors d’une autre séance, deux jours après, Jean-Michel Grandsire constata que le tissu était cette fois-ci comparable à une sorte de voile, « genre moustiquaire humide ». (3)

Les avis sont partagés : les uns ont cru avoir affaire à un habile prestidigitateur, les autres à un authentique médium. Il ne s’agissait certes pas d’une expérience scientifique car on n’a pas pu mettre de caméra infrarouge, on n’a pas attaché le médium et on n’a pas mis de farine autour du fauteuil…

41Aj0lbLYeL._SX309_BO1,204,203,200_Parmi les participants à ces séances, il y eut notamment la psychanalyste Djohar Si Ahmed, l’astrophysicien Jean-Pierre Petit, la médium Yaguel Didier, ainsi que l’animateur radio Marc Menant, ce dernier ayant invité à son micro d’Europe 1 Didier Van Cauwelaert pour évoquer notamment ces séances, à l’occasion de la sortie du livre des Dray sur les manifestations de leur fille Karine.

Le 24 novembre 2002, à Paris, à l’occasion d’une table ronde sur le thème de la médiumnité face à la science, ces séances ont été évoquées.

Jean-Pierre Petit, qui a participé à une séance du Cuarto de Luz, est arrivé à la conclusion qu’il n’y avait eu que de grossiers trucages. (www.jp-petit.org) Par contre, je ne suis pas du tout d’accord avec ce passage de son long commentaire :

« Historiquement, pas mal de médiums furent pris en défaut, leur supercherie ayant été dévoilée. L’une d’elles consiste par exemple à quitter discrètement la chaîne fermée en se débrouillant pour joindre les mains de ses deux voisins. Libre de ses mouvements, le ou la médium peut alors exercer son art, en gonflant pas exemple des ballons recouverts d’un produit phosphorescent (ce qui peut avoir donné naissance à l’idée selon laquelle les ectoplasmes sortaient de la bouche des médiums) ou en laissant l’empreinte de ses mains, recouvertes de gants de caoutchouc, voire de son visage, dans un bac de plâtre. Ainsi put-on disposer de moulages  »d’esprit matérialisés », objets qui ornèrent les salles de réunion d’instituts métapsychiques. Voilà pour les supercheries. »

L’interprétation de Jean-Pierre Petit, pour expliquer l’idée selon laquelle les ectoplasmes sortaient de la bouche des médiums, est absurde car on a des photos qui montrent justement l’extériorisation de l’ectoplasme par la bouche. En outre, des moulages authentiques ont été obtenus, notamment à l’Institut Métapsychique International, dans les années 1920 : voyez, à ce sujet, mon texte dans la même rubrique Phénomènes paranormaux : Ectoplasmie et médiums à effets physiques.

Revenons aux séances françaises du Cuarto de Luz. L’illusionniste Ranky a également conclu que la séance à laquelle il a assisté était truquée. Voici son compte-rendu de séance :

« A partir de 17 heures commence un rituel de purification auquel se soumettront de bonne grâce tous les participants (passage au-dessus d’un brasier, prise de trois gorgées d’eau, lavage des mains sans les essuyer) avant de se soumettre à la fouille d’un huissier de justice à laquelle j’échapperai par un détournement d’attention connu des illusionnistes. Venu en qualité d’observateur, et non de détracteur, j’ai suivi de bout en bout le rite imposé, en faisant preuve de probité intellectuelle et en m’abstenant de toute partialité, de jugement a priori et d’intolérance à l’égard de quelque croyance que ce soit, ainsi que le stipule l’article 3 des statuts de notre comité. (J’avais également déposé mon alliance, ma montre et mon téléphone portable dans les vestiaires.) Ainsi qu’il nous a été suggéré, j’ai fait un vœu concernant un proche.

Comme je l’avais souhaité, ma place se trouvait sur un côté, à trois mètres environ du ‘‘médium’’, installé, en transe, dans un fauteuil. De ma main gauche, je tenais la main de Véronique Grousset, journaliste, et de ma main droite celle d’une médium mexicaine qui formait ‘pilier’ en bout d’une chaîne qui n’était pas fermée mais en forme de fer à cheval.

En face de moi, une photographe avait été autorisée à prendre deux clichés à l’aide d’un appareil numérique à plasma, ce qui m’intéressait au plus haut point étant donné que ce genre de prise de vue ne peut être effectué qu’à l’aide d’un mini ‘‘spot’’ donnant en général une forte lumière halogène, ce qui devait me permettre de découvrir éventuellement quelques détails précieux.

Véronique Grousset était également autorisée à prendre deux clichés à l’aide d’un appareil photo classique, sans flash et monté sur pied.

La porte d’entrée était verrouillée et les fenêtres obturées à l’aide de papier adhésif. L’obscurité complète était faite dans la salle. Un narrateur expliqua le déroulement de la cérémonie qui allait commencer par la manifestation d’Esprits d’enfants qu’il semblait bien connaître puisqu’ils étaient conviés nommément à venir se divertir avec des jouets disposés sur une tablette fixée sous la table placée au milieu des assistants. La séance fut brusquement suspendue car un rai de lumière filtrait en haut de la fenêtre située derrière moi.

J’ai distinctement entendu le ‘‘médium’’, quoiqu’il fût en transe, signaler ce fait, en langue espagnole. Aussitôt, la médium mexicaine assise à ma droite a lâché ma main et a quitté sa place. L’applique située au-dessus de Didier Van Cauwelaert fut rallumée et on s’évertua à calfeutrer ce rai de lumière. Pendant cet entracte imprévu, j’eus tout loisir d’observer les jouets prétendument achetés le matin même (sauf le tambour mexicain), alors qu’ils apparaissaient bien usagés. Je dénombrais parmi ceux-ci plusieurs plumeaux tels que l’on pouvait en trouver dans les effets spirites observés dans l’illusionnisme du temps de Camille Flammarion ou de Victor Hugo, qui servaient à caresser à distance les visages des participants. A cette époque, ces accessoires étaient souvent télescopiques.

La séance pouvait redémarrer. Le noir était total. Le narrateur reprit la parole et nous annonça à nouveau l’arrivée des Esprits des enfants qui avaient attendu sagement que la réparation de la fenêtre soit terminée. Nous eûmes droit à une bénédiction générale par projection d’eau avant quelques espiègleries enfantines (airs d’harmonica, bruits de tambour, frôlements des cheveux, des visages, des mains, etc.). Sous la houlette de Didier Van Cauwelaert, décidément en forme, les participants reprirent en chœur des airs connus du répertoire de Brassens, Charles Trenet ou Edith Piaf, en passant par Brel, le tout quelquefois entrecoupé de ferventes prières.

Certains participants furent étonnés par la rapidité et le silence de déplacement des effets. Il n’y a aucun mystère en cela : ces techniques s’apprennent très facilement. Quant au tambour dont les sons semblaient venir de toutes directions et même du plafond, il n’y a rien de plus facile à obtenir à l’aide d’un instrument formé d’une seule peau tendue sur un cadre cylindrique. Le déplacement rapide de l’exécutant, l’orientation bien étudiée de l’instrument, la force des coups, permettent des effets sonores étonnants.

Puis vinrent les matérialisations lumineuses (mains de spectres ou de différentes parties corporelles pouvant faire croire à la présence de plusieurs entités). La ‘‘prise’’ de gants phosphorescents (comme l’était le cadran des anciens réveils ou des montres) dans un costume adapté ne pose aucun problème, surtout dans le noir.

Au cours de la séance qui dura plus de deux heures, une quinzaine de manifestations se produisirent près de moi. J’ai tout de suite remarqué qu’à chaque fois, et sans doute pour que je ne sois pas tenté de libérer ma main pour toucher le spectre, la médium mexicaine placée à ma droite posait sa main sur mon avant-bras afin de neutraliser mes mouvements éventuels. C’est ainsi que, lorsqu’elle prenait mon avant-bras, je savais qu’il allait se passer quelque chose à notre proximité dans la minute à venir !

Revenons un peu en arrière, au moment de mon entrée dans la salle : le ‘‘médium’’ est en transe, assis dans le fauteuil. Je mémorise la stature de l’homme, sa largeur d’épaule, la longueur de ses bras, évalue sa taille, etc. Ces renseignements seront de la plus grande utilité au moment de la prise des photos.

Le ‘‘médium’’ allait enfin donner l’autorisation des prises de vue par un geste annoncé avant le début de la séance : joindre les mains en attitude de prière, en se plaçant devant la photographe.

On n’apercevait que les mains fluorescentes. A ce moment, le spot de l’appareil numérique s’alluma pendant près de vingt secondes, éclairant nettement la situation : le spectre apparu tout de blanc vêtu. Même stature, même carrure, mêmes chaussures. Ses mains n’étaient plus fluorescentes (puisque ce phénomène ne fonctionne que dans le noir complet). Indéniablement, il s’agissait bien du ‘‘médium’’ déguisé. C’était d’autant plus certain que le fauteuil qu’il était censé ne jamais quitter était vide ! Six personnes constateront le fait. De toute évidence, l’homme n’avait pas non plus la capacité de bilocation ! C’était bien lui le manipulateur ! Le narrateur annonça qu’il fallait cesser les prises de vues si l’on ne voulait pas fâcher les Esprits… Dès l’obscurité rétablie, les mains de l’Esprit redevinrent fluorescentes.

41GpJhBqOGL._SX378_BO1,204,203,200_La séance fut écourtée, des participants commençant à lancer des commentaires défavorables aux acteurs. Tout se termina par une dernière bénédiction à l’eau destinée ordinairement à éteindre toutes les particules lumineuses censées représenter les âmes de nos défunts jonchant le plancher, mais ici pratiquée dans l’urgence et un début de scandale.

Des particules furent prélevées ainsi qu’une quantité d’eau d’aspect laiteux. Ces échantillons allaient êtres soumis à un laboratoire de la police scientifique. Mais d’ores et déjà leur constitution n’avait rien de ‘‘surnaturel’’.

Suite à cette séance du 20 septembre, Didier Van Cauwelaert m’a téléphoné pendant plus d’une heure afin de connaître mon avis. Il m’a demandé de revenir à une prochaine séance, ce que j’ai refusé, étant suffisamment édifié par le spectacle précédent. Je lui ai proposé d’envoyer un autre illusionniste membre de notre comité, spécialiste des numéros de lumière noire, Claude Géraldy, auquel je ne donnerais pas d’explications pour obtenir un avis supplémentaire. Mais en fournissant simplement deux éléments du programme, Claude Géraldy, à juste titre, refusa de se déplacer. Je n’ai évidemment pas pu parler à Didier Van Cauwelaert de ce que je n’ai pas vu pendant que nous étions dans le noir le plus complet, mais à sa question : Dois-je arrêter ou continuer les séances prévues ?, je lui ai conseillé, à la lueur de mes commentaires, de continuer les représentations afin de se rendre à l’évidence des fraudes patentes. Je lui ai aussi conseillé d’installer deux caméras infrarouges. Ainsi, toute la mise en scène pourrait immanquablement être mise au jour ou, ce qui est plus probable, le ‘‘Cuarto de Luz’’ refuserait d’être filmé. Ce qui s’est effectivement passé : le ‘‘Cuarto de Luz’’ a catégoriquement refusé d’être filmé ! Conclusion :  J’atteste qu’il n’y a rien de paranormal dans le ‘‘Cuarto de Luz’’ et que les effets physiques produits lors de cette séance relèvent à peine d’un illusionnisme en vogue au XIXe siècle. » (F. Ranky) (4)

IV. Que conclure ?

La plupart des témoignages, dont celui de l’illusionniste Ranky, semblent probants. Les manifestations spirites du Cuarto de Luz semblent relever de grossiers trucages. Peut-on cependant affirmer que, depuis des décennies, toutes les personnes ayant assisté à ce type de manifestations ont pareillement été trompées sans être capables de déceler ces grossiers trucages ? Ce n’est pas mon sentiment. Nous avons vu, plus haut, certains éléments qui ne semblent pas cadrer avec le caractère frauduleux de la totalité des phénomènes exhibés, comme dans le cas de l’observation du docteur Ignacio Solares : la vision, à la lumière, de l’« entité » Amajur, chaque participant étant à sa place dans la chaîne et le médium se trouvant sur sa chaise.

Ce qui pose évidemment problème, dans ce type de séances de matérialisation, c’est l’obscurité requise par les médiums (et les entités alléguées). Ceci est propice, cela va de soi, aux fraudes les plus aisées qui soient. Les médiums à « ectoplasmes » légitiment ainsi la nécessité de cette obscurité : la lumière a une action destructrice sur les matérialisations, et cette action négative se répercute sur la physiologie du médium en transe, mettant de la sorte en danger la vie de ce dernier. C’est une chose que l’on peut certes comprendre. Néanmoins, l’histoire de la « métapsychique » et du spiritisme a montré qu’il était possible d’obtenir des photos d’ectoplasmes, y compris de certaines entités, l’obscurité n’étant pas, en l’occurrence, complète. A notre époque, nous disposons de surcroît de la technologie de la caméra infrarouge.

La question suivante se pose : à quoi cela sert-il de faire venir des spirites mexicains pour des séances au caractère démonstratif nul ? Avant de les faire venir (ou d’aller les voir chez eux), il aurait fallu poser comme condition préalable l’acceptation d’un contrôle approprié. Il ne faut pas oublier non plus les « dommages collatéraux » de ce type de « démonstration » : produire des phénomènes truqués, c’est du même coup décrédibiliser la cause que l’on prétend défendre auprès de gens qui se sont donné la peine de venir assister à ce genre de manifestations. Et ça, ce n’est pas bon pour la cause spirite !

V. Les caméras thermiques :

Dans les années 1930, Eugène Osty (1874-1938), de l’Institut Métapsychique International (IMI), avait tenté de détecter à l’infrarouge l’ectoplasme naissant de Rudi Schneider. En 1946, la Society for Psychical Research loua une caméra thermique utilisée dans l’armée et offrit une récompense de 250 livres sterling au premier médium qui produirait des phénomènes physiques en se laissant filmer. Sur les trois médiums qui acceptèrent de venir se faire tester, deux ne produisirent rien, et le troisième, une femme (qui disait obtenir des  »voix directes »), fut surprise par le viseur infrarouge  »penchée et chuchotant derrière la tête des participants ».

En 1952, René Hardy (1908-1972) qui faisait alors partie du conseil d’administration de l’IMI, présenta une variante expérimentale… Le pire obstacle, comme le note Michel Granger, réside dans l’idée bien ancrée, chez les spirites et spiritualistes, que l’ectoplasme est ultrasensible à la lumière et qu’il ne peut manquer de l’être à la  »lumière infrarouge ».

« Il y eut cependant des exceptions, comme, par exemple, ce médium anonyme photographié dans les années 1970 avec une pellicule infrarouge par un professeur de l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, en Afrique du Sud, qui montre l’ectoplasme sortant de sa narine et formant sur son épaule une forme de tête. Mais ces photos sont, la plupart,  »posées », c’est-à-dire que l’autorisation du cliché est accordée, soit par le médium, soit par les esprits qui l’animent, mais jamais à l’initiative des spectateurs-expérimentateurs, ce qui en amoindrit grandement la valeur probatoire ! » (M. Granger)

Psychic News, le mensuel spiritualiste britannique, a titré à la une de son numéro de juillet 2016 :  »Un médium physique démasqué sur film durant une séance ». (Séance du 28 juin 2016, dans un centre spiritualiste d’Ashford, comté de Kent, Angleterre.) On voit, sur une photo (voir la page 67 de l’article de Michel Granger dans le numéro 103 de Parasciences), le jeune  »médium » manipulant une trompette devant les assistants du premier rang. Sur le film complet visible sur Instagram, on voit le  »médium » se libérer des liens destinés à l’empêcher de bouger, poser le haut de sa tunique, retirer son maillot et le faire tourner à bout de bras pour créer de prétendues  »brises psychiques », faire lui-même évoluer les trompettes, etc. Le président de la SNU (Spiritualists’ National Union, la plus grande organisation spiritualiste anglaise) a déclaré n’avoir aucune sympathie pour cet individu qui n’a agi que pour duper et manipuler les gens honnêtes pour faire du profit (l’équivalent de 585 euros).

« La SNU s’est félicitée du protocole affiché depuis 2015 selon lequel tous les médiums physiques assermentés devraient désormais se soumettre à l’œil de la caméra thermique. La rédaction de ‘Psychic News » a rejoint le mouvement en lançant une pétition en faveur de cette précaution indispensable qui devrait désormais se généraliser. La campagne intitulée TRUTH (pour TuRn Up The Heat) vise à ce que chaque médium qui fait des démonstrations en public soit soumis aux caméras thermiques. La SNU y adhère et sa décision fait figure historique. » (M. Granger) (5)   Site web : psychicnews.org.uk

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Alain Moreau

 

Références

1. Leo Talamonti, Univers interdit, éditions Albin Michel, 1970, p. 213-215.

2. Présenté par Didier van Cauwelaert, Karine après la vie, éditions Albin Michel, 2002, p. 23-49.

3. Jean-Michel Grandsire, Parasciences et transcommunication, n° 48, automne 2002, p. 71-73.

4. Ranky, Le paranormal de mes yeux vu…, éditions Trajectoire, 2006, p. 81-86.

5. Parasciences, n° 103, décembre 2016, p. 65-68.

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