LECTURES COMPLEMENTAIRES dans la même rubrique Phénomènes paranormaux ) : L’ECTOPLASMIE , ECTOPLASMIE ET TRUCAGES

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Si des médiums ont produit d’authentiques phénomènes d’ectoplasmie (avec possibilité, pour certains d’entre eux, de fraudes occasionnelles), il y a aussi eu de faux médiums à effets physiques (à l’origine de manifestations frauduleuses).

Dans le numéro 105, de juin 2017, de Parasciences, Michel Granger a consacré un article au cas présumé de matérialisation de Rosalie évoqué par Harry Price (1881-1948). Ce dernier a testé divers médiums à effets physiques : Guzik, Stella Cranshaw, Stanislawa P., Maria Silbert, Eleonora Zugun, Matylda Skrzetuska, Helen Duncan, les frères Schneider, Frank Decker, Madame D. Henderson… Tous furent plus ou moins dénoncés comme fraudeurs, sauf Stella Cranshaw… Il a prétendu avoir été le témoin, le 15 décembre 1937, de ce qu’il a appelé le plus remarquable cas de matérialisation qu’il avait pu voir. Il s’agissait de l’esprit d’une petite fille connue sous le nom de Rosalie, un esprit qui se serait matérialisé chaque mercredi en présence de sa mère, une Française d’origine. Harry Price fut invité au cercle familial. La taille de la fillette, âgée d’environ 6 ans, était d’environ 1 mètre 20… Harry Price ne publia son expérience qu’en 1939. Il aurait voulu assister à d’autres séances, mais cela ne lui fut pas accordé. En 1958 (dans leur livre : Four Modern Ghosts), E. J. Dingwall et T. H. Hall accusèrent Price d’avoir inventé ce compte rendu de séance. Selon eux, la séance avec Rosalie n’a jamais eu lieu, Price ayant seulement voulu se faire de la publicité. En 1965, David H. Cohen (décédé en 1967), le président de la SPR de Manchester, publia un livre consacré au cas Rosalie : Price and his Spirit Child. Il avait reçu la lettre anonyme (postée de Londres) d’une femme prétendant avoir joué le rôle de Rosalie et de Madame X., trente ans plus tôt, à la faveur de l’obscurité. L’expéditrice disait être Madame X., laquelle, âgée de 11 ans à l’époque, avait « joué la comédie du fantôme sur ordre de ses parents après avoir été vieillie artificiellement pour passer pour une fille de famille de 16 ans (souliers à hauts talons, corsage capitonné, etc.) », le but étant de « divertir l’attention d’une riche Française, Mme Z., par des séances où elle croyait avoir affaire à sa fille décédée à l’âge de 6 ans ».

« Il se serait agi d’une habile diversion pour éviter que cette dernière enquête de façon approfondie sur une somme d’argent qu’elle avait investie dans la firme de M. X., qui l’avait dilapidée dans des spéculations douteuses.

Ainsi, Harry Price aurait été trompé en pleine lumière par une fillette de 11 ans qui en paraissait 16 et qui, dans le noir, prétendait en avoir 6 ! Il aurait noté dans son rapport que la forme matérialisée lui avait paru ‘‘plus vieille que son âge’’, et il aurait été complice – involontaire – d’une escroquerie. » (M. Granger)

Dans le journal de la SPR de janvier 2002, John L. Randall (1933-2011) dit n’avoir trouvé ni contradiction, ni anachronisme, dans cette lettre qu’il considérait comme authentique et comme fournissant un motif clair à la mascarade et à l’invitation de Price. Le 19 novembre 2010, J. L. Randall a écrit à Michel Granger qu’il était convaincu que le cas Rosalie était « une fraude intelligente qui a réussi à dépouiller une vieille femme française d’une partie de sa fortune ». Harry Price se serait fait rouler à son insu. Ce dernier fut-il instrumentalisé pour couvrir une sordide malversation financière, ou, comme l’a soutenu N. Hutt dans Psychic World en février 2006, monta-t-il cette affaire de toutes pièces ? (1)

Parmi les cas douteux de matérialisations, il y a celui des deux médiums britanniques Catherine E. Wood (1854-1884) et Annie Fairlamb (née en 1855) – alias Madame Mellon -, auxquelles Michel Granger a consacré un article dans le numéro 112 (mars 2019) de Parasciences :

Le père de Catherine Wood, qui était ouvrier en mécanique, l’avait emmenée aux réunions de cercles privés spirites, en 1872, où elle découvrit sa médiumnité. En 1873, à l’âge de 19 ans, elle fut engagée comme médium public régulier par la Newcastle Society for the Investigation of Spriritualism (NSIS), où elle officia jusqu’en 1876, date à laquelle elle devint médium indépendante tout en servant occasionnellement la société spiritualiste locale.

Annie Fairlamb a eu des expériences psychiques dès l’enfance. Ainsi, elle a vu de loin, à l’âge de 9 ans, son frère en mer, en danger de noyade. Dans le cercle familial, elle a développé sa clairvoyance, sa clairaudience, et elle a pratiqué l’écriture automatique en état de transe. En 1872, elle a commencé à produire des matérialisations (des mains et des visages). Et en 1873, elle fut aussi engagée par la NSIS.

T. P. Barkas, de la NSIS, parla, dès 1873, de mouvements sans contact de table, de chaises, de clochettes, d’instruments musicaux… Puis il fit état de formes spectrales partielles (visages, mains) qui se présentaient à l’ouverture du cabinet spirite.

Chacune des médiums avait sa petite compagnie d’esprits favoris qui se matérialisaient. Pour Catherine Wood, c’était Maggie (qui aurait été la sœur aînée défunte de la médium), Benny et Pocahontas (une petite Indienne à la peau foncée). Pour Annie Fairlamb, il y avait George ou Gordy, Minnie et Cissie (une petite Indienne qui disait être âgée de 4 ans, à la peau foncée). Il y avait aussi des formes masculines et une guide indienne nommée Syna.

C’est dans l’hebdomadaire spiritualiste Medium & Daybreak que l’on trouve des informations sur les séances des deux médiums qui officiaient à cette époque en double et en solo. T. P. Barkas a ainsi décrit une séance tenue le 10 juillet 1874, avec les deux médiums sanglées à leurs chaises respectives. Le gaz fut bridé mais non coupé, et il était donc possible de reconnaître tous ceux qui étaient présents. Une silhouette d’enfant à la peau noire apparut. La seconde forme qui sortit du cabinet était celle d’une femme aux longs cheveux noirs avec une longue et légère robe blanche, qui joua quelques notes au piano et resta 30 minutes parmi les assistants…

En 1875, des chercheurs de la future SPR (Société de Recherche Psychique), Sidgwick, Myers et Gurney, vinrent étudier les deux médiums à Newcastle-upon-Tyne dans les locaux de la NSIS et chez le Dr T. B. Barkas. Elles furent aussi invitées à Londres chez Myers puis chez Arthur James Balfour. Mais ces chercheurs n’ont jamais rendu publics les résultats de leurs observations, les seules sources directes étant celles du Dr T. B. Barkas… Eleanor M. Sidgwick (1845-1936) a parlé de ces séances et a écrit qu’elle avait obtenu « une forte évidence circonstancielle de tromperie dans le cas de Miss Wood ». Les séances organisées à Newcastle ne tinrent pas leurs promesses et il y eut de fortes présomptions de fraude.

En janvier 1877, quelques tests supplémentaires eurent lieu avec les deux médiums… La conclusion générale du trio de chercheurs, exprimée par Madame Sidgwick, fut que tout ce qu’ils avaient vu pouvait s’expliquer par l’action directe et délibérée en échappant totalement ou partiellement au contrôle.

Le tandem médiumnique se défit et les deux médiums quittèrent la NSIS.

Alfred Smedley (1838-1911) suggéra à Miss Wood de s’asseoir dans une cage de fil de fer dont la porte était fermée de l’extérieur avec des vis. Mais ce ne fut que lorsque des concessions à cette sécurisation furent acceptées (porte entrouverte) que l’on constata des manifestations, dont celle d’une forme en robe blanche, plus grande que le médium…

Miss Wood fut démasquée plusieurs fois, comme à l’été 1877 à Blackburn, le cabinet s’étant révélé vide. En 1882, à Peterborough, Alfred Russell Wallace (1822-1913) découvrit que, sous les traits de Pocka à la peau foncée, se cachait Miss Wood, agenouillée et drapée de mousseline. D’autres flagrante délits de tricherie suivirent. Miss Wood quitta l’Angleterre pour rejoindre l’Australie, où elle décéda, à 30 ans, de la fièvre typhoïde…

Néanmoins, plusieurs témoignages relatifs à Pocka ne peuvent être expliqués par le scénario du médium à genoux campant un enfant. En 1881, J. Robertson (1844-1913), de Glasgow, assista à une séance avec Miss Wood. Plusieurs formes, qui sortirent du cabinet vêtues de draperies, se firent peser, les poids enregistrés allant de 23 à 54 livres. Il prit sur ses genoux Pocka qui lui mit  »une douceur dans la bouche » et jeta ses bras autour de son cou. Il put voir, à la lueur du poêle, un eptite fille. Dans Spirit Worker in the Home Circle (1887), Morell Theobald (1828-1908) décrit Pocka comme « un petit esprit coloré et plein de vivacité haut d’environ un mètre », qui sortait du cabinet, s’approchait de l’épouse du narrateur, lui mettait les bras autour du cou et l’embrassait…

Miss Fairlamb continua un temps sa carrière en solo au Royaume-Uni, mais des rumeurs de fraude circulèrent aussi. En 1890, une photo prise à Edimbourg la montre au côté de Cissie, son premier guide. En 1892, elle entreprit une tournée sur le continent européen, des investigateurs allemands ayant constaté la perte de poids (la moitié du sien) durant les matérialisations. En 1894, elle partit en Australie où elle devint médium professionnel sous le nom de Madame Mellon (son mariage datant de 1878). Elle s’installa à Sydney.

Dans un petit livre édité en 1894, Shekleton Henry (1865-1934) décrivit une séance avec elle, une douzaine de personnes étant présentes, dont deux membres de la Victorian Research Society et le représentant du journal Sunday Times. A la lumière basse du gaz, il vit diverses formes apparaître : Cissie (enfant d’un mètre de haut), Geordie (un homme barbu enveloppé de blanc), etc. La médium fut retrouvée à sa place quelque peu exténuée, mais elle récupéra vite. Au cours de séances réalisées entre juin et août 1894, auxquelles S. Henry participa, il y eut une forme blanche brumeuse, une forme évoquant celle d’un enfant (qui rentra dans la médium au bout de quelques minutes), l’esprit Joséphine, Cissie (qui s’empara de bonbons et dessina sur du papier), et Wahrungha (qui serra une main). Lors de la séance du 12 octobre, chez Madame Mellon, on vit apparaître, entre les rideaux, une petite forme drapée en blanc et au visage sombre, Joséphine et Cissie. Sous le prétexte de ramasser les crayons qui étaient tombés à terre, S. Henry a saisi la forme de la soi-disant Cissie et a constaté qu’il tenait… Madame Mellon ! Celle-ci s’est débattue. S. Henry ayant demandé que la lumière soit augmentée, quelqu’un craqua des allumettes, et S. Henry vit Madame Mellon « avec un masque de matière foncée sur le visage, une draperie blanche autour des épaules, manches remontées au-dessus des coudes, jupe retroussée et pieds nus » ! Elle était sur ses genoux et il la maintint dans la position où il l’avait prise..

Comme l’a noté Michel Granger, ces deux médiums à matérialisation étaient capables du pire comme du meilleur. De plus, comme l’a noté Jean-Michel Grandsire, il faut préciser qu’à l’époque les médiums étaient payés par les chercheurs pour leurs prestations, ce qui incitait ces médiums à une obligation de résultat qui n’était pas toujours au rendez-vous. (2) D’où, évidemment, la tentation de la fraude quand « cela ne venait pas »…

George Spriggs (1850-1912) :

george-spriggs-faceMichel Granger a consacré, dans le numéro 111 (janvier 2019) de Parasciences, un article au médium à matérialisation George Spriggs (1850-1912).

Ce cordonnier britannique a commencé sa carrière médiumnique en 1875 au Cercle de Lumière de Cardiff. A partir de 1877, on signala notamment l’apparition d’un petit nuage lumineux qui se déplaçait à travers la pièce. Au fil des semaines, ce nuage grandit en taille et se densifia jusqu’à ce qu’on y distinguât un visage, puis une main blanche quasi transparente… Entre 1877 et 1879, apparurent des formes complètes couvertes de draperies éblouissantes comme la neige : indiens basanés, prêtres, etc. Les formes furent parfois vues à la lumière du gaz.

George Spriggs avait deux guides indiens : Shiwaukee (Ski) et Shiftwater. Ce dernier avait été associé à une médium américaine, Mary J. Molly Hollis (née en 1837), avec laquelle il avait tenu quelques séances communes à Londres. Celle-ci produisait des matérialisations plates de visage set de bustes. Une fois, elle matérialisa simultanément six têtes. Elle fut étudiée par le Dr N. B. Wolfe, de Chicago, notamment pour des empreintes de mains obtenues à distance dans des plats de farine, en 1871-1873. Il publia Startling Facts in Modern Spiritualism (1875), un livre de plus de 500 pages. Parmi les manifestations attribuées à cette médium, il y a écrits obtenus en pleine lumière sur ardoise, des cris d’oiseaux et des bruits d’ailes, des mains et visages humains, des lumières, des lévitations…

Lors des séances avec George Spriggs, il y eut, parfois, jusqu’à une douzaine d’entités sortant du cabinet… A. J. Smart, un visiteur régulier du cercle, écrivit (dans la revue The Medium), avoir vu, dans une soirée, dix à douze formes, quelques-unes ayant la taille d’un enfant, d’autres étant grandes. Une visiteuse fréquente portait une robe d’un blanc pur avec une ceinture rose et de longs cheveux d’une teinte d’or pâle descendant jusqu’à la taille. Parmi ces matérialisations, il y avait des Noirs, des Orientaux, des Arabes, etc., de différentes époques.

La dématérialisation s’effectuait devant les assistants, par effondrement au sol, en position debout, d’abord par la tête, puis par les épaules… A la fin, il ne restait plus rien.

Les ectoplasmes s’éloignaient du médium, lequel restait visible pendant tout le temps de la séance. Quand George Spriggs officiait chez lui, à Newtown, ils circulaient autour de la maison, ouvraient les portes, montaient les escaliers, se promenaient dans le jardin, etc. !

En 1880, le médium émigra en Australie. A Melbourne, l’éditeur de The Harbinger of Light, présent à plus de 50 séances, reconnut distinctement certains de ses amis défunts. Des matérialisations furent pesées…

W. D. C. Denovan (1829-1906) tint avec le médium des séances pendant 18 mois et écrivit un livre (1882) de 700 pages sur ses observations : The Evidences of Spiritualism : Lectures, Addresses, and Record of the Spiritual Phenomena. Il parle d’entités matérialisées levant et transportant de lourds objets, écrivant des lettres, etc. Certaines formes disparaissaient comme si elles fondaient brusquement. Il y avait des enfants (dont une fillette à la peau foncée), un grand Noir, etc., certaines personnes étant identifiées comme des personnes défuntes par des gens présents.

« Ces séances furent tenues (pendant 6 ans) dans la bibliothèque de l’Association Spiritualiste de Victoria, une pièce spécifiquement conçue ne permettant aucun moyen de s’en échapper ou d’y accéder. Il y eut aussi le cas fameux de la matérialisation de trois jeunes garçons qui venaient de se noyer en faisant du yachting et que leur père reconnut très distinctement. L’heure de leur mort, donnée à la minute près par G. Spriggs, fut confirmée d’une étrange façon quand la montre d’un des adolescents fut retrouvée stoppée à cette heure-là précise. Elle était encore bouclée sur le bras arraché de l’infortuné et fut retrouvée dans le ventre d’un requin capturé à Frankston, à 50 km de Melbourne !

Il y eut aussi des sceptiques, dont un petit malin qui, s’étant maculé les mains d’encre, serra celle d’une forme matérialisée. Quel désappointement pour lui quand aucune trace d’encre ne fut trouvée sur la main du médium !

Le maître du médium, R. Lewis, mort entre-temps à Cardiff en 1880, fit son retour sept jours plus tard, matérialisé dans une séance de Spriggs. » (M. Granger)

En 1886, les pouvoirs de matérialisation de George Spriggs commencèrent à décliner. Il se reconvertit dans la clairvoyance, il voyait à l’intérieur du corps humain. Après plusieurs retours en Angleterre, il revint s’y installer définitivement et travailla quelques années à l’Alliance Spiritualiste de Londres.

Le médium contemporain David Thompson (voir le précédent chapitre) a régulièrement reçu George Spriggs dans ses séances, comme ce fut le cas par exemple le 5 mai 2003 dans le Sussex, en Angleterre. (3)

Mina Stinson (1888-1941) :

c1ac0af6d91ad88c290a38186f162044Michel Granger a consacré un article, dans le numéro 108, de mars 2018, de Parasciences, à celle qui fut plus tard connue sous le nom de Mina Crandon :

Fille d’un fermier canadien, elle est née – en 1889 selon Michel Granger, alors qu’on lit ailleurs (dans le livre de Leslie Kean et sur Internet) : en 1888 – en Ontario. Selon son premier mari, épousé en 1910, Mina n’avait aucun don psychique. En 1918, elle se remaria à un chirurgien, Le Roi Goddard Crandon, chargé de cours à l’École Médicale de l’Université Harvard de Cambridge. Ils s’étaient rencontrés lors de l’entrée en guerre des États-Unis, alors qu’elle était conductrice d’ambulances et qu’il était lieutenant-commandant. L’année précédente, il avait opéré Mina de l’appendicite. Il s’intéressa aux effets physiques du spiritisme et fut convaincu par les travaux de Sir W. F. Barrett (1845-1926) et W. J. Crawford (1881-1920). A partir de fin mai 1923, il organisa avec Mina et quelques amis des séances dans sa bibliothèque. Des coups se firent entendre (selon le principe « typtologique »), en réponse aux questions posées par les participants, une table étant utilisée à cet effet.

Dès juin 1923, le Dr Crandon fit venir un psychologue de sa connaissance pour vérifier l’origine  »parapsychique » des manifestations. Mina était étroitement serrée par deux assistants.

Le « contrôle » (désincarné) principal – qui se manifestait dès que le Dr Crandon avait placé son épouse sous hypnose – de Mina déclara être Walter Stuart Stinson (1884-1911) le frère de Mina, qui avait été pompier dans le Connecticut et qui est décédé écrasé par un fourgon ferroviaire. Ce frère avait initié sa sœur aux jeux du spiritisme. Lors des séances, la voix de Walter retentissait haut et fort, même quand la bouche de la médium était tenue fermée par un assistant ou remplie d’eau ou de billes, lesquelles étaient restituées en fin de séance en volume et en nombre, ce qui excluait la ventriloquie. Parfois, les deux voix (celles de Mina et de Walter) étaient entendues en même temps. A partir de mars 1924, Walter se servit d’un mégaphone…

Le mari de Mina utilisa un pseudonyme, « Margery », pour la préserver. Mais cet anonymat ne dura qu’un an, mais pendant vingt ans, au cours de centaines de séances, c’est sous ce nom que le mari la fit connaître pour ses prestations médiumniques.

Dans un ouvrage collectif (The Case for and against Psychical Belief) publié en 1927, le Dr Crandon énuméra 17 catégories de phénomènes à mettre à l’actif de son épouse : des brises froides capables d’abaisser la température d’ambiance de 15 degrés Celsius, des raps (intelligents ou non), des inclinaisons de table, des télékinésies par « baguettes téléplasmiques » et d’autres (sur une sonnette…) sans baguette, des voix en état de transe, de l’écriture automatique sous transe, des sons musicaux d’origine « supranormale », des parfums et une odeur d’ozone, des lumières « supranormales », des matérialisations (lumières, mains, etc.), certaines visibles et tangibles, des apparitions et disparitions d’objets, des moules de paraffine avec empreintes…

De 1923 à 1925, 150 invités ont assité à des séances avec Mina, les visiteurs étant venus du Canada, d’Europe, du Mexique, du Brésil et de Nouvelle-Zélande.

Dès juillet 1923, la médiumnité de Margery fut étudiée par un psychologue de l’Université Harvard, lequel était accompagné d’un étudiant en doctorat. Ils s’intéressèrent surtout aux écrits automatiques obtenus en diverses langues étrangères et aux lévitations de table. Un tabouret de piano se déplaça par saccades… Après 22 séances, le psychologue soupçonna une tricherie : utilisation de fil pour créer les mouvements, complicité avec la femme de ménage des Crandon, et il alla jusqu’à taxer Margery des pires turpitudes.

A la fin de 1923, Margery fit, avec son mari, un déplacement en Europe, à Londres et à Paris. A Paris, elle fut testée le 8 décembre 1923 chez le Dr Geley en présence de Charles Richet qui assuma le rôle de contrôle de la main gauche (le Dr Crandon contrôlant la droite). Malgré la voix de Walter et trois lévitations de table, et une production d’ectoplasme, les deux expérimentateurs jugèrent prudent de ne pas publier de compte rendu. Quatre jours plus tard, les Crandon se trouvèrent à Londres, au British College of Psychic Science, puis au siège de la Société de Recherche Psychique où Margery réussit les mêmes prestations… Margery donna sa dernière séance européenne dans l’appartement de Sir Arthur Conan Doyle.

Margery participa à 90 séances en présence de membres de la revue Scientific American, dont le secrétaire de la revue J. M. Bird (1886-1964). Il y avait plusieurs psychologues et professeurs à l’Université Harvard. Il s’agissait de valider ou non les capacités de Margery afin d’éventuellement lui délivrer le prix de 2500 dollars censé récompenser un médium reconnu comme authentique. En 1924, elle n’avait pu être convaincue de fraude, mais elle en fut soupçonnée à cause d’Erich Weiss, plus connu sous le nom d’Harry Houdini (1874-1926), qui offrit 200 fois le prix du défi sur ses propres deniers pour découvrir comment faisait Margery pour tricher. Elle ne reçut pas la somme escomptée et n’accepta plus jamais qu’un illusionniste l’approche. (J’ai pris connaissance de « l’expertise » d’Houdini sur le site : www.projetutopia.info Je me contente de donner ici la conclusion de l’illusionniste : « J’accuse Mme Crandon de pratiquer ses exploits quotidiens comme un prestidigitateur professionnel. Aussi, en raison de sa formation en tant que secrétaire, de sa longue expérience en tant que musicienne professionnelle et de sa constitution sportive, elle n’est pas si simple et naïve, mais plutôt une femme habile et rusée, extrêmement ingénieuse, et profitant de toutes les occasions pour produire une ‘‘Manifestation’’. (…) Ce qui précède est un bref compte rendu de ce que j’ai facilement et immédiatement discerné dans l’obscurité absolue aux cinq séances auxquelles j’ai assisté, et si la médium a d’autres méthodes ou des méthodes améliorées, ou si elle prétend posséder un soi-disant pouvoir psychique, je serais heureux d’assister à d’autres séances avec elle en tant qu’inspecteur. »)

Poussée par son mari, Margery se tourna vers les matérialisations. Les moulages ectoplasmiques réalisés étaient d’une facture beaucoup plus grossière que ceux réalisés avec le médium polonais Kluski, et ils pouvaient être facilement contrefaits par des moyens normaux. Un ectoplasme sortait du nez, de la bouche, de l’oreille, et d’autres orifices naturels. Certaines photos montrent (comme celle que l’on trouve à la page 41 de l’article de Michel Granger) le visage de la médium recouvert de substance ectoplasmique amorphe.

Bird mentionna l’apparition, en 1924, d’une sphère de lumière avec des ailes, qui dansa sur la table. Des apports d’animaux ont aussi été évoqués.

Le Dr Crandon évoqua le premier, en 1924, une « baguette ectoplasmique » sortant de « divers orifices » de la médium, sous forme nébuleuse ou pâteuse. Il s’agissait d’un pseudopode ressemblant à un bras en extension, avec une main et des doigts pouvant toucher et saisir des objets. Cette « main » sortait de l’intimité de la médium… A l’époque (février-mars 1925), il y eut la « tête parlante » de Walter se présentant sous la forme de petites masses lumineuses bosselées et « respirantes ».

En mai 1925, il y eut six séances à l’Université Harvard. Les conclusions de ce nouveau « comité » ne furent pas favorables au caractère paranormal des phénomènes.

Durant l’été 1925, on photographia une grosse boule posée sur l’épaule de la médium ou sur la table, cette boule étant reliée à son nez par un cordon.

Durant un séjour de Mina à Buffalo, à l’automne 1925, on construisit un cabinet anti-fraude en verre (photo page 42 de l’article), qui allait être utilisé dorénavant à Lime Street et qui rappelait, « en moins rudimentaire, le caisson de torture qu’avait fait construire Houdini pour la tester ».

Fin 1925, un autre comité se constitua sous l’égide de l’ASPR (l’Association pour la Recherche Psychique Américaine). Le premier juillet 1926, Joseph Banks Rhine (1895-1980) assista, avec son épouse Louisa, à une séance de Mina. Il fut persuadé d’avoir été berné par cette dernière : quelques vis mal serrées, tube du manomètre pouvant être facilement débranché… Il écrivit à l’ASPR (Arthur Conan Doyle parla à ce sujet de « colossale impertinence ») pour conseiller de cesser toute collaboration avec Margery si l’association ne voulait pas devenir, écrivit-il, « la risée du monde entier pendant les années à venir ». Mais les tests reprirent un an plus tard, et Rhine quitta l’ASPR lorsque son article soumis à l’association fut refusé. Il publia cet article en 1927 dans le Journal of Abnormal and Social Psychology. A la suite de cela, il a banni de son œuvre les phénomènes physiques de la médiumnité. (J’ajoute qu’il a préféré « jouer » avec des cartes – les cartes Zener – et avec des dés, des tests certes beaucoup moins « déstabilisants », mais aussi considérablement moins intéressants.) Avant de fonder sa propre association, il a rejoint la dissidence des adversaires de Margery groupés à la Boston SPR fondée par deux professeurs dissidents qui avaient aussi quitté l’ASPR.

En 1928, on mit en avant les « correspondances croisées » et les empreintes de doigts de défunts dans la cire de dentiste. Walter aurait produit des centaines d’empreintes de différentes personnes, « dont celles d’une parente de Buffalo, à la séance correspondant au jour de sa mort, et celles d’un juge, habitué du cercle de Lime Street, qui, décédé, serait revenu imprimer son pouce ». Il y eut aussi les empreintes du dentiste de Margery qui lui avait donné un échantillon avant sa mort.

En 1929, Margery et son époux tinrent, à Londres, une séance au domicile de Sir Oliver Lodge (alors âgé de 78 ans). Elle produisit seulement des lévitations de table. Au National Laboratory of Psychical Research de Harry Price, une séance privé avorta après seulement quelques tests (moins de deux minutes, selon Price), et Price écrivit alors à l’ASPR, qu’il représentait en Grande-Bretagne. Il se rendit à Boston peu après, où il arriva à obtenir de Margery deux séances et quelques photos montant des « masses de téléplasme, des pseudopodes et des extrusions psychiques à l’origine douteuse ».

En mars 1932, il eut l’affaire des empreintes. Les empreintes de Walter, qui s’avérèrent être celles du dentiste, auraient pu être imprimées dans la cire par un « tampon »…

En 1937, Margery fit le test de « lecture de cartes » et dépassa grandement les résultats du hasard, mais sa prestation ne fut jamais validée.

En décembre 1939, le Dr Crandon (alors âgé de 66 ans) chuta dans un escalier et, victime d’une fracture du bassin, il décéda cinq jours plus tard. Margery devint alcoolique, prit du poids et devint mélancolique, déprimée. Les derniers rapports de séance la concernant datent de 1940, et, à part la « voix » de Walter, elle ne produisit plus guère grand-chose. Nandor Fodor (1895-1964) qualifia de « pitoyables », vu l’ivresse de Margery, les quelques séances qu’il eut avec elle. Une accusation de fraude, venue de sa propre femme de ménage, acheva de la discréditer.

Elle poursuivit une carrière médiumnique, mais « en demi-teinte », pratiquant notamment l’écriture automatique « qu’elle avait, plus tôt, portée à son summum en transmettant des messages idéographiques en chinois mandarin datant de Confucius, et elle poursuivit ses correspondances croisées ».

Elle eut une liaison avec l’attorney W. H. Button (1871-1944), qui fut président de l’ASPR, et qu’elle suivit à New York. Il l’aurait encouragée à l’alcoolisme. Ayant sombré dans la dépression, elle mourut en 1941, à l’âge de 52 ou 53 ans ans, d’une cirrhose. (J’ai ajouté la mention « ou 53 ans » car, si Michel Granger donne comme date de naissance 1889, Leslie Kean – c’est aussi le cas sur Internet – donne celle de 1888.)

Selon le psychologue et parapsychologue britannique John Beloff (1920-2006), Margery a sa place parmi les grands médiums à effets physiques. Le Dr W. F. Prince (1863-1934), qui fut un de ses investigateurs incrédules en 1925, usa pour elle d’une belle métaphore : « Margery fut une étoile qui brusquement s’alluma dans le ciel, et lentement se consuma elle-même ! Et quand tout fut fini, comme un événement astronomique, elle fut enregistrée par l’Histoire et oubliée par les hommes. »

Outre la biographie de Margery par T. R. Tietze (1973), deux livres la concernant ont été publiés en 2015 : celui d’Elaine M. Kuzmeskus, The Medium who baffled Houdini : Margery Crandon, et celui de l’astrologue professionnel David Jaher, The Witch of Lime Street. Séance, Seduction, and Houdini in the Spirit World. (4)

Je pense pour ma part que Margery Crandon fait probablement partie de cette catégorie de médiums à effets physiques qui ont possédé certaines capacités mais qui n’ont pas hésité à « en rajouter »… J’ajoute à la contribution de Michel Granger le commentaire que le médium à effets physiques contemporain Stewart Alexander a fait à propos de Margery, dans sa contribution (le dernier chapitre du livre) à l’ouvrage de Leslie Kean : Survivre à la mort (Dervy, 2018) :

« Margery, l’une des médiums à effet physique les plus extraordinaires des années 1920 et 1930, fut l’objet de perfides controverses après s’être soumise pendant des années à des tests rigoureux. Les détracteurs sélectifs ont totalement ignoré les phénomènes remarquables qui se sont manifestés dans des conditions très étroitement contrôlées et qui ne pouvaient tout simplement pas s’expliquer. Ils ont été commodément oubliés depuis la mort de Margery et aujourd’hui elle est largement considérée comme une habile fraudeuse qui s’est servie de ses charmes féminins pour duper une grande partie des chercheurs mâles. Le monde de la recherche contemporain continue de fermer les yeux sur cette injustice cruelle et scandaleuse, qui a conduit à la mort de cette femme courageuse par intoxication éthylique.

Je me demande souvent comment Margery et d’autres auraient pu évoluer s’ils avaient choisi de se réunir seulement en petits cercles domestiques privés et harmonieux. Nous ne pouvons qu’imaginer quels phénomènes se seraient manifestés s’ils ne s’étaient pas exposés à l’atmosphère clinique froide des tests et à la pression de la réussite qu’ils induisaient. »

A propos de Margery Crandon, Stewart Alexander précise, dans une note de fin de page, que des anneaux de bois faits à partir de différentes essences ont été apportés dans les séances par les chercheurs, et qu’à la fin, les anneaux étaient entrelacés. En outre, ils ont construit un caisson insonorisé, pesant plus de cinquante kilos et contenant un micro à condensateur (électrostatique), le tout entouré par une gaine isolante acoustique extérieure. La voix de Walter, l’entité-maître de Margery, « semblait en mesure de s’introduire à l’intérieur de cette boîte fermée et de parler distinctement dans le micro enfermé au plus profond du caisson ». La voix était inaudible des personnes présentes dans la salle, mais audible à d’autres participants installés dans une autre pièce, qui l’entendaient par le biais d’une enceinte connectée au micro. (5)

A noter que l’une des entités-guides de Stewart Alexander est Walter Stinson, c’est-à-dire le frère de Margery qui avait été une entité-guide (un « contrôle ») de cette dernière ! Voyez le texte que je consacre à Stewart Alexander dans la même rubrique (Phénomènes paranormaux).

Victoria Helen McCrae Duncan (1897 ou 1898-1956) :

helen duncanMichel Granger a consacré un article (« Helen Duncan, la dernière médium britannique persécutée ») à cette médium dans le numéro 107, de décembre 2017, de Parasciences :

Connue sous le nom d’Helen Duncan, elle est née en Écosse. Son enfance a été perturbé par des expériences psychiques, ce qui lui valut d’être traitée de sorcière par un pasteur lors de son sermon du dimanche. En 1919, elle se maria avec un ébéniste. Elle aura dix enfants, dont deux sont mort-nés et deux autres mal formés et non viables. Elle avait des problèmes de santé récurrents (rénaux, diabétiques, utérins…) ; elle avait été soignée en sanatorium, en 1914, pour la tuberculose. En 1985, sa dernière fille (née en 1926) a souligné notamment ses tragédies et ses souffrances, les épreuves ne lui ayant pas été épargnées (défiguration par un chien d’une de ses fillettes âgée de deux semaines, le mari ayant souffert du cœur, de rhumatismes et de pleurésie). C’est le mari qui, en 1926, poussa son épouse à organiser, avec des amis, des « cercles » qui se rassemblaient chaque semaine.

La médiumnité d’Helen débuta par le phénomène de voix directes, puis par des effets de poltergeist. Elle fut testée par The College of Psychic Science d’Edimbourg, mais elle interrompit sa collaboration avec cet organisme quand elle a appris que de l’argent était fait « sur son dos ».

L’ectoplasme était « luisant, luminescent et d’une blancheur éblouissante ». Un témoin l’ayant touché évoqua une texture qui était celle « d’une lourde toile d’araignée ». Des photos montrent un ectoplasme pâteux, sorti des narines et relié à elle par un « cordon » qui court sur les habits sombres de la médium.

Les séances duraient normalement entre 90 minutes et 2 heures, et au cours de celles-ci apparaissaient une vingtaine de formes matérialisées, de tous âges, des deux sexes, chacune ayant une voix différente, une langue différente (français, espagnol, allemand, arabe, etc.) et une tenue vestimentaire particulière (uniforme de la RAF, port de casque de policier de Madras, habit chinois, etc.).

« Un reporter du journal  »The Scotsman » y reconnut même Sir A. Conan Doyle ‘‘avec sa moustache’’ et son visage arrondi ! Des femmes de toutes tailles se montraient aussi au hasard des séances. Les témoins affirment que tous et toutes s’enfonçaient dans le plancher pour disparaître.

Il y eut encore des animaux : un chien, un perroquet (blanc), un lapin, un chat… » (M. Granger)

Mary Jane Blackmore, de la Pathfinders Spiritualist Society, a vu environ 150 formes matérialisées au cours des séances avec Helen. Quant au Dr John Winning, de Glasgow, il a mentionné 400 formes en 40 séances, parmi lesquelles il reconnut sa mère et sa sœur.

Les photos des formes matérialisées ont été presque exclusivement obtenues par Harvey Metcalfe.

L’ectoplasme manifestait les guides d’Helen : le Dr Williams, Peggy, Albert (Steward). Peggy était une femme-enfant qui vieillissait au cours des séances. Enfant, elle mangeait les chocolats apportés pour elle ; jeune fille, elle dansait. Albert était le « maître de cérémonie » barbu, haut de 2 mètres et frêle (Helen pesait entre 100 et 150 kilos !), et il était souvent vu par les assistants en même temps qu’elle. L’obscurité n’était pas complète (Helen ayant la phobie du noir).

En 1931, Helen Duncan se produisit dans les locaux de l’Alliance Spiritualiste de Londres où elle avait été engagée pour des tests sur une période de 18 mois. Le doute s’insinua à propos de l’ectoplasme rampant et des têtes « modèles réduits » qu’elle produisait. Lorsqu’un test au bleu de méthylène (avec absorption pour voir si cela allait altérer le blanc de la substance extériorisée) fut réalisé, l’ectoplasme n’apparut pas… Madame K. M. Goldney (1894-1992), membre de la SPR, était venue à l’Alliance. Helen fut victime de suspicion de fraude, en dépit de 8 séances tenues pour la SNU (Union Nationale Spiritualiste, créée en 1901), qui lui maintint sa confiance.

Certaines silhouettes ressemblaient à des masses de flanelle enroulées sur quelque structure pour leur donner une apparence humaine, et des analyses d’échantillons d’ectoplasme, transmis à Harry Price, firent penser que « l’ectoplasme » était constitué de gaze imprégnée de suc gastrique… Harry Price était persuadé que les « productions » n’étaient que de la gaze et des photos de filles découpées dans les journaux, avalées avant la séance et régurgitées à l’intérieur du cabinet. Un examen aux rayons X de l’estomac de la médium montra que sa forme était normale et qu’elle n’en avait pas deux. Il lui aurait fallu un deuxième estomac pour cacher la gaze, les masques, les lunettes et d’autres accessoires nécessaires pour camper Peggy, Albert, etc. ! L’origine « rectale » n’était pas davantage envisageable. L’hypothèse de la régurgitation subsista cependant chez les détracteurs, malgré la caution de l’illusionniste londonien William Goldston (1878-1943), fondateur du Magician’s Club.

« Ce dernier assista, en mai 1932, à plusieurs séances d’Helen, après lesquelles il se déclara incapable de reproduire par des trucages ce dont il avait été le témoin, à savoir : huit formes différentes, de tous âges, des deux sexes, chacune possédant une voix individuelle ! » (M. Granger)

En janvier 1933, une Écossaise qui avait le projet d’écrire un livre sur Helen assista à une séance au cours de laquelle Peggy fut matérialisée.

« Elle demanda à lui toucher la main mais, ayant l’impression d’avoir affaire à un  »matériau élastique », elle se saisit du fantôme tandis que quelqu’un alluma la lumière. ‘‘Je vous prends en fraude, Mrs Duncan !’’, s’écria-t-elle. Une terrible lutte s’ensuivit qui déboucha sur un affidavit des personnes présentes attestant que Peggy n’était qu’un tricot de corps de femme en jersey habilement manipulé ! L’affaire fut portée devant la justice et Helen écopa, lors d’un procès qui eut lieu le 11 mai 1933, de 10 livres sterling d’amende et un mois d’emprisonnement, malgré un manque de preuves formelles pour ‘‘simulacres produits en se faisant payer’’. » (M. Granger)

Vinrent ensuite ce que la fille d’Helen appela, en 1985, « les bonnes années ». Entre 1930 et 1940, Helen voyagea dans tout le pays, donnant des séances dans des centaines d’églises spiritualistes et de home circles.

« Elle reçut le franc soutien de Maurice Barbanell (1902-1981), qui resta jusqu’au bout un de ses grands admirateurs. Le fondateur de l’hebdomadaire Psychic News ouvrit largement ses pages aux témoignages concernant H. Duncan. Ayant assisté à une trentaine de séances avec elle, il décrivit l’ectoplasme sortant des narines, de la bouche et des oreilles, se soulevant en grandes vagues de lumière qui, progressivement, se solidifiaient, prenant la stature de son grand guide Albert ; il parla aussi de ces fantômes, sortis du cabinet, qu’il avait vu diminuer en taille jusqu’à ressembler à de petits globes de lumière qui disparaissaient, ensuite, à travers le plancher… » (M. Granger)

En 1935, A. Crossley demanda la permission du guide Albert qu’un ami présent, J. Kinsella, utilise son petit appareil photo équipé d’un flash pour obtenir ce qu’il considéra comme la meilleure photo prise d’une matérialisation. (Cette photo se trouve page 42 de l’article de Michel Granger dans le numéro 107 de Parasciences.)

Durant la guerre de 1939-1945, Helen soulagea, durant ses séances, ceux que les hostilités avaient endeuillés, en les convaincant de la survie des victimes du conflit. Les défunts apparaissaient, même avec leur tenue de guerre…

« Helen opérait dans l’obscurité, avec seulement une petite lumière rouge suspendue au-dessus de l’avant du ‘‘cabinet’’. Elle entrait en transe après s’être déshabillée entièrement dans une pièce séparée où des femmes volontaires l’avaient ‘‘fouillée’’ avant de la revêtir, en tout et pour tout, d’une simple robe sombre et d’une paire de chaussures. Elle laissait alors échapper l’étrange matière ‘‘ectoplasmique’’, ‘‘semi-lumineuse’’, de ses orifices naturels. C’était ‘‘comme une fumée ou un liquide sortant de son nez, sa bouche, ses oreilles, son plexus solaire’’. Cette matière est propre à incarner diverses silhouettes dans lesquelles les assistants éplorés reconnaissaient les répliques de leurs chers défunts. Ils pouvaient leur parler, les toucher… L’ectoplasme présentait cette propriété miraculeuse de permettre aux désincarnés de s’y incorporer pour se manifester dans le monde qu’ils avaient quitté pour toujours. Quelle merveilleuse consolation d’assister à cela pour quelques shillings ! » (M. Granger)

Le 19 janvier 1944, à Portsmouth, Helen fut suspectée de tricher par deux personnes assistant à une séance, l’incident ayant eu lieu alors qu’elle officiait à la demande d’un couple de spiritualistes locaux dans un cercle ouvert depuis 1939, le « Master Temple ». Les deux personnes (des militaires) avaient assisté, depuis le 14 janvier, à plusieurs séances, et ils étaient devenus méfiants par leur observation de « figures » : la guide Peggy (un peu trop volumineuse à leurs yeux), un policier dont le casque paraissait vide, et l’évocation d’un fantôme de quelqu’un qui était encore vivant. Ils avaient déduit d’une forme qu’elle n’était en fait qu’un cintre habillé d’un morceau de drap. Le 19 janvier, alors qu’une forme représentant un soldat mutilé était visible, un des deux hommes empoigna Helen tandis que l’autre alluma une torche. Un troisième complice ouvrit la porte à la police et à un détective-inspecteur.

« Malgré la disparition de l’ectoplasme sans qu’il ait laissé de trace, Helen fut arrêtée pour fraude. Et elle fut jugée. » (M. Granger)

Le procès, qui eut lieu à la Cour d’Assises de Londres, dura sept jours, avec neuf témoins à charge ayant fréquenté le « Temple ». Une quarantaine de personnes vinrent témoigner en faveur de la médium. Une proposition de celle-ci pour démontrer ses « pouvoirs de matérialisation » fut refusée par le juge sous prétexte qu’il n’avait pas de temps à perdre. Elle écopa de neuf mois de prison, son amie accompagnatrice ayant écopé de quatre mois de prison. Une caution pour libération fut refusée. En juin, un procès en appel à la Cour Criminelle Centrale n’allégea pas la sentence, mais sa compagne fut libérée. Helen purgea sa peine à la prison londonienne de Holloway, là où on enferme les femmes criminelles. Elle fut libérée le 22 septembre 1944 après avoir passé à l’hôpital la majeure partie de sa détention.

Lors d’une séance ayant eu lieu quelques jours avant la soirée du 19 janvier, deux marins étaient apparus. Ils furent reconnus par l’épouse de l’un d’eux, présente à la séance, alors qu’elle n’était pas encore informée par le gouvernement britannique des circonstances de la mort de son mari. Le fantôme affirma que son navire avait été coulé.

« Il s’agissait en l’occurrence du bâtiment HMS Barham, touché par une torpille allemande trois mois plus tôt. Or ces détails étaient ignorés des veuves puisque l’Amirauté ne communiquait pas les circonstances des décès en temps de guerre ! En cela, Helen ‘‘avait transgressé les lois de sécurité’’, asséna un policier de l’accusation. La sécurité du pays ? Il faut signaler, et le fait n’est pas anodin, qu’entre cette séance et l’agression dont elle fut victime le 19 janvier 1944, deux envoyés de l’Amirauté étaient venus demander à Mrs Duncan d’où elle tenait ces informations…

La confirmation officielle du naufrage parvint aux veuves seulement trois semaines plus tard ! » (M. Granger)

Libérée de prison, Helen promit d’arrêter ses « activités occultes », mais quelques mois plus tard elle pratiqua un nouveau home circle à son domicile, en dépit d’une santé encore dégradée. Elle refusa d’être soumise à un nouveau test par la SNU, car elle estima ne pas avoir été assez défendue par l’organisation. Désormais, elle allait officier en indépendante. Ses facultés semblaient intactes.

Un témoin vit une mini-figure de type oriental, de moins de 40 centimètres de haut, souriante, vêtue de blanc, et se prétendant être le guide arabe d’un assistant à la séance, qui se frappa la poitrine pour montrer qu’elle était bien solide. En 1975, A. Crossley parla de « petit peuple » tenu debout dans la paume de la main de la médium, dont un spécimen lui avait été décrit comme extrêmement animé et dansant.

En octobre 1956, Helen fut l’objet d’une autre arrestation brutale. A Nottingham, chez un kinésithérapeute et guérisseur, où elle pratiquait une séance, un couple de policiers infiltrés prétendirent qu’Helen avait matérialisé un être qui était encore en vie. Brusquement, ils saisirent Mrs Duncan, encore en transe, tandis que d’autres agents faisaient irruption en criant un retentissant : « Police ! » Il y eut des injonctions, des flashs photographiques, et on chercha les accessoires (barbes, masques, « voile » censé servir à contrefaire les matérialisations ectoplasmiques), mais on ne trouva rien.

« Une policière cria : ‘‘Je la tiens !’’ Helen fut empoignée, déshabillée, inspectée. Son amie fut sommée de révéler où étaient cachés les masques et les habits de déguisement. La vingtaine d’assistants fut fouillée. La chambre où Helen avait dormi durant son séjour chez ses hôtes fut remuée de fond en comble, ses vêtements jetés à même le sol ! Le choc fut si violent qu’Helen perdit connaissance, ce qui n’empêcha pas une fouille intime, cette fois par un médecin mandaté par la police. Le médecin ne trouva rien, à part des contusions sur le corps du médium (deux larges brûlures sur les seins et une plus grosse à l’abdomen, dues au retour de l’ectoplasme, selon l’expression consacrée), mais il jugea l’état de santé du médium suffisamment grave pour lui faire une injection. Malgré cela, les policiers l’interrogèrent quand même pendant une heure et demie. A son retour à Édimbourg, Helen fut admise à l’hôpital ; elle n’y resta pas longtemps. Elle quitta ce monde chez elle, quelques semaines plus tard, officiellement victime de son diabète et d’une défaillance cardiaque (elle souffrait aussi d’une angine de poitrine). Selon les spiritualistes, aucun doute n’est possible : elle a été victime d’une honteuse ‘‘interruption d’extériorisation ectoplasmique’’. Là encore, Psychic News couvrit l’événement par le menu, parlant d’action digne de la Gestapo ! » (M. Granger)

En 1997, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Helen, une croisade de réhabilitation a été lancée, cette croisade ayant été initiée par deux médiums britanniques. Elle a été médiatisée par Psychic World, qui titrait, en septembre 1997 : « Nous demandons réparation pour le meurtre d’Helen Duncan », avec une pétition à l’appui qui obtint quelques centaines de signatures. La campagne fut relayée par le Times (titre à la une du 31 janvier 1998 : « Campagne pour amnistier une sorcière de temps de guerre »), par la BBC, et, aux États-Unis, par le National Enquirer et par CNN TV.

La commission de révision des affaires criminelles de la Cour anglaise, galloise et d’Irlande du Nord : CCRC (Commission Cases Review Commission) de Birmingham examina le cas d’Helen sans y donner suite.

En 2007, une nouvelle demande fut formulée auprès de la CCRC, accompagné d’un dossier de 500 pages d’arguments légaux.

« Entre-temps, une pétition fut lancée à partir d’un site Internet consacré au médium. En janvier 2007, le site enregistrait 40 millions de connexions en provenance d’au moins 18 pays dans le monde. Cette pétition avait été répercutée au Premier Ministre de l’époque, Tony Blair. » (M. Granger)

Hélas, la démarche n’a pas abouti, la commission britannique de révision des affaires criminelles ayant jugé que ce cas « n’était pas d’intérêt public ». Le site, maintenant fermé, avait recueilli 933 signatures dont celle de Michel Granger.

A. E. Crossley (1924-2001) est l’auteur de la meilleure biographie d’Helen Duncan : The Story of Helen Duncan, Materialization Medium (1975).

Manfred Cassirer (1920-2003) a aussi publié un livre sur elle : Medium on Trial, The Story of Helen Duncan and the Witchcraft Act (Londres, 1996).

Deux autres livres lui ont été consacrés : l’un plutôt favorable, c’est celui de N. Shandler : The Strange Case of Hellish Nell (2006) ; et l’autre qui est plus critique, c’est celui de Malcolm Gaskill : Hellish Nell : Last of Britain’s Witches (2002).

Il y a aussi le livre de Gena Brealey, la fille d’Helen : The Two Worlds of Helen Duncan (Regency Press, Londres, 1985).

Quant à Maurice Barbanell, il a écrit le livre : The Case of Helen Duncan, publié en 1945 par Psychic Press, sa maison d’édition. Ce livre a été réédité en 2003. (6)

Minnie Rose Harrison (1895-1958) :

screen-shot-2020-04-18-at-5.32.05-pmMichel Granger a consacré un article à cette médium dans le numéro 113 (juin 2019) de Parasciences, un article dont j’extrais les informations suivantes :

Les séances qui se sont déroulées hebdomadairement à Middlesbrough (une ville du Yorkshire du Nord), de 1946 à 1955, ont été restituées dans un livre paru en 2004 : Life After Death – Living Proof, préfacé par David Fontana (1934-2010), ancien Président de la SPR. Selon l’estimation de Thomas William Harrison (1918-2010), le fils de Minnie Harrison, plus de 1500 matérialisations « solides » se sont manifestées à travers sa mère pendant 12 ans.

Cadette de onze frères et sœurs, elle se savait douée de clairvoyance et de clairaudience. En 1937, elle assista, avec son fils Tom, à une séance avec Helen Duncan au cours de laquelle l’oncle de Tom apparut matérialisé.

Minnie a eu de graves problèmes de santé. En 1942, elle a subi une mastectomie.

En 1946, Minnie, son mari et leur fils se rendaient chaque fin de semaine chez leur voisin, un boulanger passionné de spiritisme, dans un cercle spirite improvisé : Saturday Night Club, lequel fonctionna pendant six ans. Six à huit personnes participaient à ces soirées, dont William B. Brittain Jones, un chirurgien de l’Hôpital Général de Middlesbrough.

« Les premiers résultats médiumniques enregistrés furent des voix directes, des ‘‘raps’’ (coups sonores frappés), des tapotements, des sons de trompette, puis des apports de fleurs. Le premier morceau floral est blanc et est accompagné d’une puissante odeur de rose. Il y eut aussi, surtout, la matérialisation de petits bouquets (soucis, œillets, chrysanthèmes, tulipes, orchidées). Il arrivait aussi que des pièces de monnaie apparaissent. Il y eut aussi des inscriptions sur des feuilles de papier, des lumières dites ‘‘spirites’’, des flashs ou des lueurs brillantes au bout d’une baguette ectoplasmique lorsque celle-ci apparut. » (M. Granger)

Minnie siégeait dans le cercle, la pièce plongée dans l’obscurité. En 1947, elle prit place sur une chaise, protégée par un rideau coulissant sur un rail. A l’ouverture du rideau, elle était visible des assistants lors des matérialisations quand les entités autorisaient une lumière rouge tamisée. Les séances étaient ouvertes par une prière (« L’invocation des anges »), les mains jointes, avec quelques chants (dont « Silent Night », qui conditionna à partir de 1948 la transe de Minnie). Au bout de 5 à 6 minutes, une voix directe s’exprimait seule ou à travers le porte-voix qui jouait le rôle de mégaphone. Tom vérifia que les auteurs des voix étaient bien des personnes décédées, comme dans le cas de James Andrews Fletchter qui se révéla être une enfant mort en 1941 et dont Tom retrouva le domicile à quelques miles de Middlesbrough.

En septembre 1946, Tom fit état d’attouchements par des mains matérialisées sur les premiers hôtes introduits dans le cercle avec l’autorisation du « contrôle » Sunrise. En novembre, les « esprits-aides » acceptèrent un peu de lumière rouge. Deux mains matérialisées firent leur apparition, l’une de taille adulte, l’autre de la taille bébé, cette dernière ayant été attribuée à la soeur de Tom morte en bas âge.

Le 7 décembre 1946, apparut la première forme ectoplasmique complète, celle de Tante Agg (Agnes Abbott), décédée six ans plus tôt. Un disque blanc d’environ 70 centimètres de diamètre apparut sur le sol, Minnie étant en transe profonde. Il se transforma en une colonne blanche haute d’environ un mètre et demi d’ectoplasme solide. Du corps de la colonne sortirent deux mains et deux bras couverts d’habits ectoplasmiques. La forme donna à Tom quatre magnifiques œillets, répétant : « Pour toi, pour toi ! »… (Tante Agg, décédée en 1942, avait été une médium professionnelle à transe – de l’Association Spiritualiste de Marylebone, à Londres, maintenant appelée SAGB – qui avait donné des séances à Arthur Findlay, lequel en a parlé dans son livre Looking Back publié en 1956.) La mère de Tom était visible de tous, avec sa bouche grande ouverte. Les bras et les mains rentrèrent ensuite dans la colonne d’ectoplasme, laquelle s’effondra lentement sur le sol, tandis que tout retournait à Minnie. Il avait fallu 8 mois pour obtenir une matérialisation complète, ce qui est extrêmement rapide, et il en fallut 10 de plus pour que la demande de prise de photo infrarouge soit acceptée par Tante Agg, avec pour conséquence « l’inévitable douleur à l’estomac » de la médium « qui durait 5 minutes après chaque cliché ». On trouve, page 51 de l’article, une photo montrant Tante Agg matérialisée.

Lors des séances suivantes, des entités marchèrent parmi les assistants, serrèrent les mains, donnèrent des baisers et conversèrent avec les membres du cercle et les invités. Parmi ces formes solides complètes, il y avait celles de parents décédés de la famille Harrison (et reconnus comme tels), celles de spiritualistes locaux disparus et celles d’inconnus, y compris un ancien Égyptien donnant comme nom Achelem El Achem, qui disait être le « guide » de Tom. Les matérialisations, qui restaient souvent là pendant 10 à 15 minutes, se promenaient parmi les assistants, saisissaient les mains, embrassaient les gens. Les formes s’en retournaient ensuite dans le cabinet, ou alors s’enfonçaient dans le sol.

Le pouls de Tante Agg ayant été mesuré par un chirurgien, la matérialisation aurait eu cette réflexion : « Oui, Monsieur, je suis vivante ! »

Les séances de Noël, notamment celle de 1954, mentionnent de jeunes enfants défunts matérialisés venant réconforter leurs parents.

Le 4 janvier 1947, on entraperçut, dans la faible lumière rouge, une masse blanche ectoplasmique au niveau de l’estomac de la médium. Le 18 janvier, eut lieu la première séance dans un cabinet aménagé avec un rideau coulissant sur une tringle en bois, ce qui permit d’augmenter l’intensité de l’éclairage rouge et de voir notamment l’Oncle Jack, un frère, décédé en 1927, de la médium. En mars, Alfred Kitson (1855-1934) fut visible pendant cinq minutes par les assistants. Le 10 mai, Minnie sortit brièvement de son corps pendant qu’elle était en transe dans le cabinet, ce qui lui permit de voir la Tante Agg. C’était la première et la dernière fois que cela se produisit, la médium étant d’habitude complètement inconsciente des visiteurs matérialisés.

En mai 1947, il fut autorisé de découper un morceau de la robe de Tante Agg, ce qui fut réalisé par W. B. Brittain Jones. Ce morceau d’ectoplasme ayant disparu, l’opération fut renouvelée une semaine plus tard. Le petit morceau, d’aspect « cotonneux », mis dans un récipient contenant de l’eau, « développa une odeur de lessive (chlore) en s’y dissolvant et put être précipité en petits cristaux ». L’analyse chimique ne donna rien de particulier.

A plusieurs occasions, lorsque les entités quittaient le cabinet, les assistants ont remarqué une odeur « piquante, âcre ». Tante Agg venait s’asseoir sur une chaise vide placée devant le cabinet et y restait jusqu’à 15 minutes…

On réalisa des enregistrements sonores et des photos. Les premières photos (on en trouve une page 50 du numéro 113 de Parasciences), obtenues en infrarouge, montrent l’ectoplasme sortant, tel un voile, de la bouche de Minnie. D’autres photos montrent la trompette manipulée par un « cantilever » directement connecté au petit bout du porte-voix. Les premières photos des matérialisations complètes, obtenues par Jim McKenzie, datent de 1947, et elles montrent la grand-mère de Doris, Granny Lumsden, et Tante Agg. Dans un article paru en 2011 dans ITC Journal (édité par Anabela Cardoso), Ann Harrison a souligné la ressemblance du visage de Granny Lumsden matérialisée avec celui d’une photo prise de son vivant. A cette époque, jusqu’à six personnes matérialisées apparaissaient à chaque séance. Tom, qui se déplaçait habituellement dans la pièce pour saluer les entités, assura que les mains et les visages étaient exactement les mêmes que ceux de personnes vivantes, doux et chauds.

Une photo prise en février 1948 montre le grand-père de Tom matérialisé. (On voit la photo page 52.) Sur une autre photo (page 52), on voit Minnie Harrison tenant un enfant matérialisé et des violettes « apportées ». On a remarqué l’aspect « poupée » de cette matérialisation d’enfant (un petit-fils mort-né de Tante Agg) obtenue en décembre 1948. Tom confirma qu’il s’agissait bien d’un « enfant-esprit ectoplasmique », présent ni avant, ni après, dans la pièce.

Un seul esprit était matérialisé à la fois, mais plusieurs se formèrent à chaque séance. Les principaux furent Tante Agg (qui, selon Tom, vint 300 fois), Granny Lumsden (200 fois), la grand-mère maternelle (décédée en 1930) de l’épouse de Tom Harrison, et Uncle Jack (Oncle Jack). Ils apparaissaient en « robe ectoplasmique », sauf Sunrise, un Indien Peau-Rouge nord-américain, qui fut matérialisé seulement une fois (lors du premier anniversaire du cercle) en habit terrestre. C’est lui qui, habituellement et chaque semaine, parlait, pour présenter les visiteurs, par l’entremise de la boîte vocale indépendante placée près de Minnie dans le cabinet. A la fin de leur visite, les formes ectoplasmiques s’enfonçaient progressivement dans le sol.

En 1944, Roy Dixon-Smith, un militaire de carrière engagé dans l’armée des Indes, perdit son épouse Betty (victime d’une endocardite bactérienne). Le 9 octobre 1948, il assista à une séance de Minnie. Durant la phase de voix directe (opérée dans l’obscurité), la trompette s’arrêta devant lui et il entendit : « Je suis ta Betty ». Pendant la partie de la séance consacrée à la matérialisation effectuée en lumière rouge, il vit une demi-douzaine d’amis et de parents d’autres assistants, enveloppés dans des étoffes en mousseline blanche et avec des capuchons. Leurs mains furent ressenties comme parfaitement vivantes, avec des poignées très fermes. Ils riaient et bavardaient. Ils partaient en s’enfonçant apparemment à travers le plancher. Puis le guide annonça la venue de Betty qui sortit du rideau. Roy Dixon-Smith se leva de sa chaise, marcha vers elle et saisit la main qui lui était tendue. Il reconnut la main de Betty. Ils parlèrent mais il ne put se souvenir de quoi, tellement lui et elle étaient émus. Une des personnes présentes ayant demandé s’il pouvait embrasser son épouse, l’apparition répondit oui ; il l’embrassa sur les lèvres qui étaient « chaudes, douces et naturelles ». Puis elle courba la tête, commença à pleurer et s’effondra. Le mari vit la forme sur le plancher où elle disparut, le dernier résidu étant tiré dans le cabinet. A noter que Dixon-Smith n’avait révélé, avant le début de la séance, aucun détail sur sa vie privée.

Le beau-frère de Tom Harrison, qui avait assisté à une séance en 1948, s’était assuré que le local n’avait pas d’accès cachés. Les membres du cercle étaient si proches les uns des autres qu’il était impossible que quiconque fasse un mouvement sans que les autres s’en aperçoivent. David Fontana a noté que l’exiguïté de la chambre à séances interdisait d’envisager l’intervention de complices. Il a ajouté qu’il « n’y avait pas assez d’espace dans la pièce pour que quelqu’un s’y déplace librement et aucune chance que Minnie ait pu discrètement quitter son cabinet improvisé dans un coin avec un rideau ».

Jusqu’à son décès survenu en 2010, Tom Harrison fut, à partir de 1993, un assistant régulier du « home circle » de Stewart Alexander à Hull. Gladys Shipman, qui fut hôtesse du Saturday Night Club à ses débuts en 1946, est décédée en 2009.

Thomas (Tom) W. Harrison, un ancien officier de l’armée britannique, a été le premier directeur de l’Arthur Findlay College (dans l’Essex). Son épouse Doris étant décédée en 1976, il s’est remarié avec Ann avec laquelle il a vécu, depuis 1999, en Espagne. Michel Granger, l’auteur de l’article publié dans Parasciences, a été en contact avec lui. Après le décès de son mari, Ann Harrison est allée vivre dans le nord-ouest de l’Angleterre, où elle a dirigé les éditions spiritualistes Saturday Night Press Publications (SNPP) fondées en 1989 quand Tom Harrison voulut publier le livre sur sa mère. Parmi les titres publiés, il y en a un, paru en 2015, dans lequel elle relate les efforts de son mari pour communiquer avec elle et avec ses nombreux amis au cours des quatre années ayant suivi son départ de ce monde.

En 2004, une vidéo sur les séances de Minnie Harrison, intitulée Visitors from the other side, fut mise à disposition en DVD et VHS par les Harrison. (www.snppbooks.com) Il y a aussi un CD des voix de la Christmas Party Sitting enregistrées en 1954. (7)

Keith Milton Rhinehart (1936-1999) :

rhinehart_webEn 1958, Keith Rhinehart fut filmé et photographié lors d’une démonstration d’ectoplasmie au Japon. L’ectoplasme sortit de ses orifices naturels – nez, oreille, bouche – en une telle abondance qu’il en fut presque recouvert de la tête aux pieds. (8)

Michel Granger a consacré à ce médium à ectoplasme un article dans le numéro 110 (automne 2018) de la revue Parasciences.

Keith Milton Rhinehart est né au Colorado en 1936. A l’âge de 14 ans, il rejoignit l’Eglise spititualiste locale de Cheyenne… Un soir, il tomba en transe et relaya la parole (par « voix directe ») d’un nommé « Dr Kensington », lequel allait devenir l’un de ses principaux guides.

En 1950, un médium de passage à Cheyenne réitéra à Keith la promesse d’une belle carrière mondiale, et l’année suivante un pasteur spiritualiste de Tacoma (Washington) l’invita à venir chez lui pour le tester dans des conditions strictes de contrôle. Il s’inscrivit à l’université de Washington et, dès 1955, il créa l’Aquarian Foundation (à Seatle), une association qui comptait, en 1968, 700 membres dans le monde entier, et en 1985 ils étaient près de 1000.

En Égypte, il matérialisa, en présence de notables du Caire, la célèbre Katie King. L’un des témoins, le Dr Aly Rady, précisa que l’ectoplasme commença à se former au sommet du rideau derrière lequel le médium était partiellement visible, la tête étant couverte d’un châle blanc similaire à la photo où Katie King était avec Sir W. Crookes. Peu après, ce fut au tour « de l’archange Gabriel » (!) de se montrer sous la houlette du guide « Susan ».

Keith Rhinehart ayant été invité en 1958 au Japon – le pionnier de la recherche psychique au Japon ayant été Wasaburo Asano (1874-1937) -, il se retrouva (sous couvert de la Japan Psychic Science Association) devant 3000 personnes, « immobilisé sur un siège spécialement conçu à l’épreuve de la fraude, sensible au moindre déplacement du médium, avec allumage immédiat d’ampoules rouges pour signaler toute velléité de supercherie ». Son poids et sa pression sanguine furent mesurés, son urine ayant été analysée avant et après la séance, ce qui permit de constater que de surprenants changements physiologiques pendant la transe. On le soumit à divers contrôles : examen interne et externe de sa personne, enfilage sur son corps nu d’une sorte de kimono sombre, immobilisation des poignets. Aucun mouvement de sa part ne pouvait passer inaperçu. Pour éviter la ventriloquie, sa bouche fut remplie avant la séance d’eau ou de lait, puis scotchée avec du sparadrap et marquée. En dépit de ces multiples précautions, on vit l’ectoplasme s’écouler des orifices naturels – nez, oreilles, bouche, gorge, plexus solaire – en une telle abondance qu’on vit le médium quasiment recouvert de la tête aux pieds. Cette substance se modela en matérialisations partielles, créant un « bec de cygne » (photo page 28 du numéro 110 de Parasciences) formé de deux pseudopodes, sortes de doigts matérialisés capables de dessiner. Il se transforma finalement en la forme complète du père défunt d’un docteur japonais présent à la séance. Cette dernière terminée, le médium restitua l’eau absorbée 45 minutes plus tôt, et, en même temps, il cracha un flot d’agates polies, pierres censées avoir été dématérialisées à l’extérieur puis rematérialisées en lui. Keith fut un spécialiste de ces « apports » issus de sa bouche, de ses paupières et de ses oreilles. Il lévitait aussi pendant sa transe.

La journaliste et médium américaine Suzy Smith (1911-2001) a écrit plus de 30 livres sur la parapsychologie et la thèse de la survie, et elle est aussi l’autrice du chapitre consacré à K. Rhinehart dans le livre de Martin Ebon (1917-2006) publié en français en 1971 (chez Fayard) sous le titre : Dialogue avec les morts ?. Elle souligna, à propos de la séance japonaise, qu’un long ruban d’ectoplasme de 1 mètre 5 à 1 mètre 6 de long sortit du plexus solaire de Keith « et s’étendit vers le sol pour ensuite s’écouler et remonter vers le haut, au bord de la table proche ». Arrivée sur la table, l’extrémité du cordon d’ectoplasme « se façonna en une petite main à trois doigts qui s’empara d’un crayon et se mit à écrire ».

George Cranley (décédé en 2016), ancien président de la Noah’s Ark Society, a consacré en 2012 un article à Keith Milton Rhinehart. Il a révélé que, lorsqu’il visita, en 1995, la Japan Psychic Science Association, on lui montra un film des séances du médium, un film qui est conservé dans de bonnes et sûres conditions.

En 1958, lors d’une convention à Norfolk (Virginie), avec 200 personnes présentes, Keith accepta de se laisser photographier dans le cabinet lors de son exercice de lévitation de trompettes. Il y avait là les photographes du Jamestown Sun, ainsi qu’Agnes F. Reuther, l’éditrice du Psychic Observer. Lorsque le rideau fut écarté, on prit deux photos au flash. Elles montrèrent les trois trompettes flottant dans l’air, sans fils ni ficelles. Dans Fate de février 1959, Agnes Reuther nota qu’aucun ectoplasme n’était visible, les « contrôles » ayant expliqué que seules des ondes électromagnétiques avaient été utilisées.

En 1964, Keith vint à Londres et se produisit deux fois au Caxton Hall. Puis il retourna en Égypte. Quatre ans plus tard, il se produisit en Europe, au Canada, au Mexique. Dans ce dernier pays, il fut l’hôte de Lopez Portillo (1920-2004), lequel allait plus tard devenir le Président de ce pays (de 1976 à 1982). Le médium fut particulièrement apprécié de Carmen, l’épouse de Lopez Portillo.

A l’automne de 1965, Suzy Smith passa trois mois à Seatle, et à cette occasion elle soumit Keith à des contrôles qualifiés de sûrs.

« Elle parle de la capacité de Keith à lire des billets les yeux occultés, à décrire l’habillement de personnes décédées à des parents médusés, à produire des voix directes et des apports (fleurs, vieilles pièces, reliques mayas et aztèques, etc.). Elle avait même négocié avec Keith une séance d’apport en pleine lumière. Elle n’en dit pas le résultat mais indique que, suite à celle-ci, le médium, qui avait suggéré lui-même cette expérience en pleine lumière, fut malade plusieurs jours d’affilée, ce qui rendit furieux un des membres de la congrégation qui accusa S. Smith d’avoir voulu tuer leur médium adoré. Elle s’en tira en arguant de son ignorance concernant les conditions de l’ectoplasmie. Il semble que, ce jour-là, un ancien membre de l’ASPR (American Society for Psychical Research), Mr Clyde Beck, assistait à la séance. » (M. Granger)

Suzy Smith n’assista apparemment pas aux ectoplasmies de Keith.

Dans les années 1970, Keith se rendit en Afrique du Sud où il donna une séance avec Alec Harris qui avait assisté pendant quatre heures, avec une cinquantaine de personnes, à une de ses séances. George Cranley a rapporté qu’à Johannesburg, les deux médiums étaient reliés par un large flux d’ectoplasme, et que dix figures se matérialisèrent. Une grande figure matérialisée, appelée le Scientist, apparut, baignée d’une forte lumière bleue. Elle porta ses mains sur le plexus solaire du médium et en retira une longue traînée d’ectoplasme. Selon V. Carleton Jones, une femme qui fut témoin de l’expérience, il y eut des actions de guérisons psychiques faites à un patient par le guide Scientist, en lui introduisant de l’ectoplasme au niveau du plexus solaire et en le retirant. Il y eut un flash, puis plus rien. La matérialisation suivante avait des draperies ectoplasmiques qui cachaient les bras, une lumière pulsante allant et venant à la lumière de trois ampoules rouges.

En 1975, Keith se produisit à Honolulu (Hawaï). (Voir la photo page 31 du numéro 110 de Parasciences.)

Du 31 octobre au 7 novembre 1975 eut lieu à Seattle la Convention Internationale Spiritualiste, avec 500 personnes venues de 28 pays. Des photos d’ectoplasme furent prises à cette occasion. (Voir les photos pages 31-33 du numéro 110 de Parasciences.)

« L’éclairage était assuré par des lampes de lumière ordinaire de 40 watts. L’ectoplasme est vu coulant de la bouche du médium et de son plexus solaire jusqu’à former une flaque autour de lui avec formation subséquente d’une silhouette. Keith, ce jour-là, avait été fouillé corporellement par deux policiers et le cabinet de séance avait été examiné de fond en comble, puis surveillé par deux policiers restés en faction à l’arrière. » (M. Granger)

Michel Granger a contacté, dans les années 1970, Keith Rhinehart, pour lui demander l’autorisation de reproduire quelques-unes de ses photos dans son livre L’héritage des extraterrestres qui devait paraître chez Albin Michel en 1977, ce que le médium accepta moyennant le paiement de droits modiques.

George Cranley a précisé que Keith Rhinehart a visité 40 pays, dont l’Inde, et qu’il a donné des conférences et des séances dans plus de la moitié de ces pays. Il fut le premier médium à montrer ses facultés psychiques en Turquie.

Le médium américain Gary Williams (décédé en 2006) écrivit à Michel Granger, en 1998, que Keith avait fait de la prison pour fraude dans les années 1970. Et les exploits de Keith avaient été mis en doute lors de son passage en Europe et même en France. C’est grâce à Martin McDermott, président de la Britten Memorial Church du Canada et membre de l’Aquarian Foundation, que Michel Granger a pu en apprendre davantage sur le médium et sur les activités de ce dernier après 1980 :

« Martin était un bon ami de Keith, qu’il visita la dernière fois en mars 1999, un mois avant qu’il décède à Houston, au Texas. Il avait travaillé étroitement avec lui pendant cinq ans, numérisant notamment nombre de ses enregistrements de séances, disponibles à partir de ses archives personnelles : il y en aurait eu des milliers de 1957 aux années 1990. Martin, d’ailleurs, déplorait que trop peu de témoins des séances de Keith aient écrit sur leurs expériences, ne serait-ce que pour la postérité.

Martin démentit que Keith ait été emprisonné pour fraude dans les années 1970. Certes, dans sa jeunesse, il fut accusé au Colorado d’être un ‘‘diseur de bonne aventure’’. A Bogota, en Colombie, il fut accusé, en 1978 ou 1979, de ‘‘sorcellerie’’ et, à Honolulu, il fut mis en cause pour l’extorsion… d’un billet d’un dollar ! Il fit aussi de la prison dans les années 1960-1970 pour une affaire de mœurs (abracadabrantesque histoire de ‘‘charge à la trompette à caractère sexuel’’ !), accusation dont il fut lavé après deux ans et demi d’internement sur une condamnation de six.

En 1980, Keith, qui vivait encore à Seattle, fut informé par un agent du FBI que quelqu’un cherchait à le tuer. Il prit la menace au sérieux et quitta cette ville pour passer le reste de sa vie en différents lieux cachés, quasiment dans la clandestinité. Il continua à diriger l’Aquarian Foundation à distance et ne donna plus que des séances privées pour des petits groupes, excluant les apparitions publiques avec de larges audiences qui l’avaient rendu célèbre. » (M. Granger)

Durant cette période d’isolement, il fit des téléconférences téléphoniques qui allaient jusqu’au Canada, à l’Afrique du Sud et à l’Australie. Martin McDermott s’est souvenu d’une séance à laquelle a assisté à distance, en 1984, un groupe d’étude de Vancouver, Keith officiant depuis sa salle de bains située dans son refuge de Floride.

« A cette occasion, il mit une vieille femme canadienne en communication avec son père décédé en Allemagne ! Certaines de ces ‘‘téléséances’’ duraient jusqu’à 12 heures d’affilée, les esprits abordant aussi bien les activités spirites que les questions politiques et sociales… » (M. Granger)

En avril 2000, Marilou McIntyre, « leader » spirituel local de Miami Beach de l’Aquarian Foundation, écrivit à Michel Granger avoir été témoin d’incroyables phénomènes physiques spirites à travers Keith Rhinehart, que Marilou McIntyre avait côtoyé pendant les trente dernières années de la vie du médium.

A noter que Keith Rhinehart avait un guide qui se présentait comme le comte de Saint-Germain.

Quant au témoignage du Dr Aly Rady, de l’Université Saudi Arabia, il a notamment paru dans le NAS Newsletter n° 31, en février 1993. Il rapportait que le médium lui avait transmis un message en arabe de sa mère défunte, une langue dont le médium ne parlait pas un mot. L’écriture ressemblait beaucoup à celle de la défunte. Aly Rady avait aussi assisté au vol, en pleine lumière, des trois trompettes. Les séances avaient notamment eu lieu à Alexandrie, chez le spiritualiste grec George Kitroff (le 23 novembre 1957).

En 1965, Keith Rhinehart prétendit avoir établi le contact avec le romancier Aldous Huxley (1894-1953). La veuve de ce dernier, Laura Archera, a raconté, dans son livre : This Timeless Moment/A Personal View of Aldous Huxley (1968), en quelles circonstances cela s’est fait. La famille Huxley compta plusieurs de ses membres intéressés par le spiritualisme. (9)  Sites web : keithmiltonrhinehart.com   et   aquarianfoundation.com

Divers phénomènes physiques :

Lors de séances d’ectoplasmie et de matérialisation d’entités, d’autres manifestations physiques ont été constatées, parmi lesquelles on peut citer : les lumières (ou phénomènes lumineux) et bruits « spirites », les « voix directe », les télékinésies, les « apports » et transferts de matière, le transport psychique d’êtres humains, la lévitation. Je donne ci-après quelques exemples de ce type de manifestations alléguées.

– Les phénomènes lumineux. On a observé des « lueurs pareilles à des lucioles bleuâtres » (avec Eusapia Palladino), de « petites lueurs phosphorescentes » (avec Daniel Dunglas Home), « un nuage lumineux », etc. Le pasteur Nielsson, Perriman, etc., déclarèrent avoir constaté des phénomènes lumineux…

– Les bruits de natures diverses. On a recensé des grattements, des craquements, des détonations, etc. Les plus faibles « raps » (ou « bruits paranormaux ») consistent en crépitations. Certains de ces « raps » répondent aux questions posées…

– Des cas de passage de la matière à travers la matière (alliance sortie d’une jarre de verre au bouchon scellé – phénomène constaté par le docteur Gerloff).

– Des cas présumés de téléportation du corps humain.

– Des vies sauvées par des interventions de « l’Invisible ».

– La lévitation du corps humain. Eusapia Palladino flotta à 1 mètre 70 du sol et Stainton Moses à 2 mètres du sol. Daniel Dunglas Home sortit, dit-on, par une fenêtre et flotta à 20 mètres du sol ! Parmi les autres sujets qui auraient expérimenté la lévitation, citons Colin Evans, Madame Perriman, Shaw Desmond, Willy Schneider, Maria Volhardt… (Bien sûr, de faux médiums ont simulé le phénomène, comme ce fut le cas pour Karl Weber.)

La lévitation d’objets a aussi été signalée. Avec Eusapia Palladino, on constata de fréquentes lévitations de tables, lesquelles furent examinées par d’Arsonval, Curie, Langevin et l’illusionniste Thurston. Jack Webber a lévité une lourde table ronde. Le médium avait les pieds et poignets liés par des cordes au fauteuil dans lequel il était assis. Raoul Montandon évoqua, quant à lui, la lévitation d’un lourd piano(10)

– Des « images sur soie » ont été obtenues au cours de l’été 1979 en Pennsylvanie, dans le cadre d’un groupe médiumnique… (11)

Willi Schneider (1903-1971) :

Dans son livre Survivre à la mort (Dervy, 2018), Leslie Kean évoque des phénomènes physiques observés, dans le passé, lors de séances médiumniques expérimentales, comme ceux obtenus avec le jeune médium autrichien Willi Schneider, lequel fut observé par des chercheurs comme l’écrivain allemand Thomas Mann (lauréat du prix Nobel de Littérature) qui fut invité chez le baron Albert von Schrenck-Notzing (médecin et psychiatre). Lors de cette séance, étaient présents deux professeurs de zoologie et d’autres intellectuels. Thomas Mann inspecta la salle où devait se passer la séance et les objets qui s’y trouvaient pour s’assurer qu’il n’y avait rien de suspect.

« Et le baron l’invita à assister au déshabillage de Willi avant qu’il enfile un simple vêtement de coton d’une seule pièce sur lequel il passa une robe de chambre recouverte de rubans lumineux, qui allaient permettre de le voir dans l’obscurité. Willi ceignit aussi sa tête d’un autre bandeau lumineux et toute la petite équipe examina sa bouche grande ouverte. Et dans la pièce de la séance, Willi était encore contrôlé en permanence par au moins deux personnes lui tenant les bras et les jambes. Mann assuma lui-même cette fonction pendant une bonne partie de la séance, même si le médium était visible de tous dans son déguisement luminescent.

Un guéridon fut placé dans le cercle à environ un mètre cinquante du médium. Sur celui-ci fut posée une lampe à abat-jour rouge, une clochette, une assiette avec de la farine, une petite ardoise et un morceau de craie. A côté de la table, une corbeille à papier avait été retournée et une boîte à musique posée dessus ; toutes les deux, comme la clochette, étaient parées de rubans lumineux. Sur le sol, près du baron, il y avait une machine à écrire. Et des anneaux de feutre lumineux étaient éparpillés par terre ; un long ruban lumineux était fixé à certains d’entre eux. La pièce était éclairée par un plafonnier occulté par un voile rouge sombre et la petite lampe sur le guéridon. Mann indique que Willi lui-même dégageait de la luminosité, comme les anneaux et les objets, (…).

Willi entra dans une transe profonde, comme s’il dormait. Il avait la tête penchée sur sa poitrine, jusqu’à ce que des mouvements de son corps signalent la présence de son esprit communicateur familier, Minna. Celle-ci répondait aux questions par des pressions de la main de Mann, tandis qu’il contrôlait Willi. Initialement, rien ne se passa, aussi firent-ils une pause. Et même après cela, près d’une heure s’écoula encore sans que rien ne se produisit. Puis, alors que Willi était toujours plongé dans sa transe profonde, Minna revint. Le baron et un autre assistant l’encouragèrent et l’enjôlèrent pour l’inviter à agir. Elle réclama alors le ‘‘mouchoir’’. Déjà au fait de ce que cela signifiait, le baron laissa tomber un mouchoir sur le sol près de la table. Par terre, il était comme ‘‘une lueur blanche dans l’obscurité’’, alors que les participants se penchaient vers lui et commentaient la demande de Minna. » (L. Kean)

Thomas Mann déclara que le mouchoir fut soulevé et changea de forme, avant de retomber sur le sol. Puis le mouchoir remonta, quelque chose le tenant de l’intérieur. Il retomba pour se relever une troisième fois. Il fut violemment secoué par la chose qui le tenait de l’intérieur, puis jeté vers le guéridon qu’il n’atteignit pas, avant de retomber sur le sol. Thomas Mann tenait alors les poignets de Willi alors que quelqu’un d’autre contrôlait ses genoux.

Puis la clochette (avec ses rubans luminescents), placée par le baron sur la corbeille retournée, fut soulevée et se mit à tinter violemment, avant d’être transportée dans l’air, de tinter à nouveau, puis d’être jetée sous le siège d’un assistant.

La corbeille fut renversée et soulevée haut dans l’air, avant de s’effondrer sur le sol.

Minna fit tourner le bouton de la boîte à musique, puis elle agita et dispersa les anneaux lumineux sur le sol, elle en souleva un pour l’amener vers le guéridon. L’objet cogna bruyamment la table plusieurs fois. Puis Minna projeta un anneau de feutre au visage de Thomas Mann.

Le baron ayant suggéré à Minna de se tourner vers la machine à écrire par terre, celle-ci commença à cliqueter, alors que les bras et les jambes de Willi étaient fermement tenus. Les cliquetis ressemblaient à ceux que produiraient les doigts d’une dactylo experte. Il y eut un « vague chatoiement blanchâtre »… Un  »enchevêtrement incohérent de lettres majuscules et minuscules » fut découvert sur la page de la machine à écrire jusque-là vierge. (12)

J’EN SUIS LA

Eusapia Palladino (1854-1918) :

Leslie Kean évoque aussi les expériences avec la célèbre médium italienne Eusapia Palladino. Celle-ci fit soumise à des études rigoureuses sous le contrôle de trois chercheurs sceptiques qui connaissaient tous les tours répertoriés utilisés par les médiums fraudeurs.

« Eusapia était exceptionnelle. Aucun autre médium à effet physique a été étudié aussi soigneusement, pendant si longtemps, avec des précautions aussi extrêmes et par autant de scientifiques. Eusapia avait elle-même reconnu que si elle n’était pas étroitement surveillée, elle pourrait essayer de tricher pendant sa transe, quand ses actions étaient totalement hors de contrôle et qu’elle n’était pas consciente de ses propres comportements. Elle l’avait fait par le passé, même si ses truquages simples et évidents étaient faciles à détecter et n’étaient possibles que si les contrôles étaient laxistes. » (L. Kean)

La Society for Psychical Research envoya des émissaires dans le but de démasquer Eusapia comme une fraudeuse : l’Américain Hereward Carrington (auteur de : Physical Phenomena of Spiritualism) – qui était un illusionniste amateur -, le Britannique W. W. Baggally (également illusionniste) – qui, après avoir assisté pendant plus de 35 ans à des séances de médiums à effets physiques, disait avoir rarement, pour ne pas dire jamais, rencontré quelques chose d’authentique – et Everard Feilding, un sceptique également expérimenté dans le démasquage de faux médiums. Les trois chercheurs organisèrent onze séances avec Eusapia, dans une pièce sous leur contrôle.

« Ils aménagèrent le  »cabinet » un coin de la pièce fermé par un rideau, ce qui, selon de nombreux médiums, aidait à concentrer l’énergie permettant les matérialisations. Eusapia et l’équipe s’assirent autour d’une petite table à l’extérieur du cabinet. La porte était fermée et toute possibilité qu’un complice soit présent écartée. Eusapia, le plus souvent en transes, resta physiquement contrôlée en permanence. Il y avait toujours assez de lumière dans la pièce pour permettre de voir tout ce qui se passait. Les hommes notaient, à haute voix, tout ce qui apparaissait et survenait, en ne manquant pas de décrire tous les contrôles exercés sur Eusapia. Et un sténographe présent dans la pièce consignait tout ce qui était dit. » (L. Kean)

Le compte rendu officiel –  »Report on a Series of Sittings with Eusapia Palladino » – documente et analyse les séances sur 295 pages. (In  »Proceedings of the Society for Psychical Research », 1909.)

Au cours d’une séance, l’équipe rapporta une série de mouvements d’objets, de sons, et le pincement d’une corde de guitare. La lumière était suffisamment forte pour permettre de voir chaque objet tout autour de la pièce… Au cours de la cinquième séance, des mains matérialisées apparurent pour la première fois. La lumière était suffisante pour voir le visage et les mains d’Eusapia. Une main d’un  »blanc absolu » apparut, surgissant entre les deux rideaux, au-dessus de la tête de la médium. Cette main s’avança quelque peu lentement, paume vers le bas, et elle referma les doigts avant de disparaître entre les rideaux, les mains de la médium étant tenues séparément et distinctement. Quand Hereward Carrington poussa contre les tentures un instant plus tard, « quelque chose de solide et de tangible à l’intérieur du rideau, comme une main », appuyait et résistait fortement contre sa propre paume, Eusapia étant alors à l’écart du rideau et sous contrôle.

Eusapia disait que son entité-maître  »John King » (qui aurait été son père au cours d’une précédente incarnation) régulait ses séances et produisait la plupart des phénomènes.

« Parfois, John  »tapait » ses réponses aux questions en inclinant la table ou en donnant des coups dessus. Il pouvait toucher immédiatement quelqu’un quand on lui posait une question, alors que les deux mains d’Eusapia étaient sous contrôle. En une occasion, Eusapia, fatiguée, voulut mettre un terme à la séance, mais John rétorqua d’abord  »non, non » par l’intermédiaire de la table. Et un peu plus tard, il exprima son  »oui ». » (L. Kean)

Au cours de la sixième séance, les matérialisations de mains purent saisir des personnes à l’extérieur du cabinet, au travers du rideau de celui-ci, ce qui permit de sentir des doigts, un pouce et des ongles. Hereward Carrington a noté que ces mains n’étaient ni celles d’Eusapia ni celles d’autres personnes présentes.

Au cours de la septième séance, une main visible attrapa quelqu’un. Une main a surgi au-dessus de la tête de la médium et a fait sonner une grande clochette à manche placée sur une console derrière le rideau. La main l’attacha rapidement à la chevelure de la médium, avant de disparaître et de réapparaître, une quinzaine de secondes après, pour la détacher, la faire tinter au-dessus de la tête de la médium et la jeter sur la table. Les deux mains de la médium avaient été constamment contrôlées.

W. W. Baggally déclara avoir senti, lors des séances précédentes, le contact et l’étreinte d’une main. Mais lors de cette séance-ci, il vit clairement une main. Celle-ci a surgi de derrière le rideau, à environ 80 centimètres du sol. Elle s’avança vers l’épaule droite de W. W. Baggally et l’étreignit fermement, avant de disparaître derrière le rideau. Cette main semblait être celle d’un homme et était plus grande que celle d’Eusapia, ce qu’il vérifia par la suite. (13)

Daniel Dunglas Home (1833-1886) :

Daniel_Dunglas_HomeLeslie Kean mentionne aussi le célèbre médium (né en Ecosse) Daniel Dunglas Home, lequel fut l’objet d’observations de la part du physicien et chimiste William Crookes (célèbre pour sa découverte du thallium et ses études sur les rayons cathodiques). Parmi les 15 types de phénomènes qu’Home produisit, il y avait des mains souples, mobiles et chaudes, de diverses tailles et couleurs. Les mains, animées et fermes au toucher, s’achevaient souvent au niveau du poignet ou aux alentours de celui-ci, et elles finissaient par se dissoudre ou fondre. On a parfois rapporté que les mains étaient défigurées…

William Crookes précisa qu’en une occasion une petite main et un petit bras, comme ceux d’un bébé, apparurent et jouèrent autour d’une dame qui était assise à côté de lui. Puis la main arriva à Crookes, lui tapota le bras et tira plusieurs fois son habit. De nombreuses fois, Crookes et d’autres témoins ont vu une main pressant les touches d’un accordéon, alors que les deux mains du médium étaient constamment visibles et parfois tenues par ceux qui étaient placés près de lui.

« Au toucher, la main paraissait parfois glaciale et morte, et d’autres fois chaude et vivante, serrant la mienne avec la ferme étreinte d’un vieil ami. » (W. Crookes) (14)

Le physiologiste français Charles Richet (1850-1935), qui fut prix Nobel, a témoigné de la réalité des matérialisations complètes auxquelles il a assisté.

Dans son livre Survivre à la mort, Leslie Kean évoque les médiums à matérialisation que furent le Polonais Franek Kluski (1873-1943), la Française Eva Carrière (Eva C.), Minnie Harrison (1895-1958) et le Britannique Alec Harris (1897-1974).

Franek Kluski (1873-1943) :

richet02Franek Kluski était un banquier à Varsovie, un écrivain, un dramaturge et un poète. L’ouvrage de référence sur ce médium est celui de Zofia Weaver : Other realities ? The Enigma of Franek Kluski’s Mediumship (White Crow Books, 2015). Il accepta d’être étudié par Charles Richet et le médecin Gustave Geley (1860-1924), de l’Institut Métapsychique International français (l’I.M.I.). Pour Alan Gauld, Kluski dut être probablement le plus remarquable médium de tous les temps. Plus de 300 personnes ont été témoins de la médiumnité de Kluski, qui incluent notamment l’intelligentsia polonaise, des spécialistes de la branche polonaise de la Society for Psychical Research, ainsi qu’Everard Feilding.

A l’I.M.I., à Paris, 11 séances ont été organisées en 1920 :

« Les contrôles les plus stricts furent mis en place – la pièce toute simple était inaccessible, sauf pendant l’expérimentation, sans possibilité de complicité ; une lampe rouge était allumée ; et les mains du médium étaient tenues en permanence par un contrôleur de chaque côté. Tandis que les mains étaient immobilisées, le médium demeurait totalement calme et il était en transe tout le long des séances. Ces conditions rendaient toute fraude physiquement impossible. Dans ce contexte, comme au cours de nombreuses autres séances avec Kluski, des formes matérialisées avec des visages humains furent observées. » (L. Kean)

Ces formes étaient semblables aux mains en ce qu’elles étaient consistantes et « vivantes ». Dans des circonstances sans lumière rouge, les formes devenaient visibles quand elles se saisissaient des plaques luminescentes présentes dans la pièce. D’autres fois, les formes étaient auto-luminescentes.

Lors des séances impliquant des visiteurs supplémentaires, les entités étaient souvent reconnues comme des amis ou des parents des personnes présentes, 84 personnes ayant confirmé de telles identifications. Elles pouvaient toucher les gens et répondre parfois aux pensées non exprimées des participants.

F. W. Pawlowski, professeur d’ingénierie aéronautique de l’université du Michigan, assista, en 1924, à plusieurs séances avec Kluski.

« La lumière émanant de la plaque luminescente était d’une telle intensité que l’on pouvait apercevoir sur ces visages fantomatiques les pores et les papilles de la peau. Sur le nez d’un vieillard, je pouvais distinguer nettement le dessin des fines veines incurvées. De même, je pouvais apercevoir le genre de tissu dont étaient vêtus les fantômes. Je voyais ces fantômes si près de moi que je percevais leur souffle et ressentais leur haleine contre mon visage. » (F. W. Pawlowski)

Lors des séances de Paris et de celles, en 1921, de Varsovie, les chercheurs ont installé au centre du cercle de la séance un baquet circulaire contenant une épaisse couche de paraffine liquide brûlante flottant à la surface d’une eau chauffée électriquement. Puis ils demandaient aux  »apparitions » de plonger leurs mains matérialisées dans la cire brûlante, créant ainsi autour d’elles des sortes de gants fins de paraffine. Les personnes présentes pouvaient entendre le bruit d’une chose clapotant dans la cire, des gouttes de celle-ci allant éclabousser le sol et les personnes les plus proches. Parfois, une main recouverte de cire venait toucher ces personnes après s’être immergée dans le récipient brûlant. Les mains matérialisées se dissolvaient ensuite à l’intérieur de la cire froide et durcie, en abandonnant les  »gants » vides sur les genoux de quelqu’un ou sur la table, ces  »gants » étant extrêmement fragiles, plus minces encore qu’une feuille de papier. Voici ce qu’a écrit Gustave Geley :

« Nous avons eu le grand plaisir de voir les mains plonger dans la paraffine. Elles étaient éclairées par des points lumineux placés aux extrémités digitales. Elles se promenaient lentement devant nos yeux, se plongeaient dans le baquet de paraffine, barbotaient un instant, une fraction de minute, en ressortaient toujours lumineuses, puis finalement venaient déposer le moule, encore chaud, contre l’une de mes mains. »

Il n’était pas possible que quelqu’un (Kluski, etc.) ait créé ces gants d’une seule pièce. Une main humaine n’aurait pu s’extraire des poignets étroits, car le mouvement nécessaire aurait détruit la très fine couche de cire. Au cours des expérimentations à Varsovie, des gants furent produits avec les doigts entrelacés, avec les deux mains qui se tenaient et les cinq doigts qui étaient bien écartés. Ressortir une main humaine d’une telle création de cire aurait été impossible. La seule méthode permettant de garder les moules intacts était la dématérialisation du support. Les chercheurs s’étaient en outre assuré que les gants de cire ne pouvaient pas être introduits en douce au préalable dans la pièce. A l’insu de tout le monde, au moins en une occasion, juste avant la séance, Geley et Richet ont ajouté à la paraffine un agent colorant bleuâtre, et lors d’une autre séance ils ont secrètement ajouté du cholestérol. Ces ajouts garantissaient que la cire utilisée était bien celle de la séance et qu’aucune autre ne lui était substituée.

« Quand les gants étaient secs, les expérimentateurs versaient du plâtre dedans. Puis, une fois celui-ci durci, ils immergeaient l’ensemble dans de l’eau bouillante, ce qui dissolvait totalement la fine couche de cire. Les expérimentations de Paris ont ainsi donné neuf moules – sept de mains, un d’un pied et un d’un bas de visage (bouche et menton). Les mains et le pied avaient la taille de ceux d’un enfant de cinq à sept ans et ne ressemblaient en rien à ceux du médium. Mais s’ils étaient en réduction, les détails anatomiques parfaits des mains étaient bien ceux d’un adulte et pas ceux – lisses et ronds – d’un enfant. » (L. Kean)

Les moules, qui furent photographiés par Gustave Geley en 1927, sont conservés à l’Institut Métapsychique International à Paris.

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Dans  »L’Ectoplasmie et la Clairvoyance » (éditions Félix Alcan, 1924), Gustave Geley écrit qu’on a pu obtenir des preuves objectives et formelles, absolument incontestables, de la réalité des matérialisations.

Les médiums à effet physique, inconscients quand ils sont dans une transe profonde, exsudent une substance qui fut appelé  »ectoplasme » par Charles Richet. On a vu émerger d’ectoplasmes des mains indépendantes d’un corps. De nombreux chercheurs compétents ont observé la formation de formes mobiles à partir de cette substance, en pleine lumière et dans des conditions qui éliminent toute possibilité de fraude.

Dans son étude approfondie de la médium française Eva Carrière (connue sous le nom de Eva C.), Charles Richet a décrit « une buée nuageuse, blanchâtre, peut-être lumineuse, qui prend d’abord la forme d’une mousseline ou d’une gaze, au sein de laquelle se constituent une main, un poignet, un bras, lesquels deviennent graduellement de plus en plus consistants ».

« Cet ectoplasme est doué de mouvements personnels. Il rampe comme un animal, s’élève du sol, pousse des tentacules à la manière d’une amibe. Il n’est pas rattaché au corps du médium pendant tout le temps, mais le plus souvent il en émane et lui est relié. » (C. Richet)

Observant le phénomène dans une lumière blanche de faible intensité, le Baron von Schrenck-Notzing écrivit qu’une substance blanche s’écoulait de la bouche du médium, celui-ci gémissant et souffrant d’oppression. La bande mesurait environ 50 centimètres de long, avec une largeur de 20 centimètres. Cette bande s’élargissait et développait un disque blanc ressemblant à une tête, avec un profil de visage vu de la droite.

L’ectoplasme est si sensible que si de la lumière est allumée inopinément, ou si quelqu’un touche une forme ectoplasmique sans y être invité, celle-ci a un violent mouvement de recul et retourne rapidement dans le corps du médium, en provoquant des dommages sérieux ou même la mort. Les médiums les plus célèbres ayant ainsi été affectés sont Helen Duncan et Alec Harris. C’est pourquoi les  »règles » de séance, clairement énoncées par les responsables, doivent toujours être respectées par les participants. (15)

Alec Harris (1897-1974) :

Ce médium britannique a manifesté des ectoplasmes sous lumière rouge. Le chercheur britannique David Fontana a écrit que celui-ci figurait au tout premier rang des médiums à effets physiques. Pendant des années, Minnie Harrison (1895-1958) et Alec Harris se sont produits au sein de leurs petits groupes de parents convaincus et d’amis fidèles – le « cercle domestique » -, sans accepter d’argent ni chercher de publicité, mais en acceptant la visite d’invités.

David Fontana a écrit qu’Alec Harris a passé 40 ans à démontrer la réalité de la survivance.

En 1952, Theodore Johannes Haarhoff, titulaire de deux doctorats en philologie classique et professeur à l’université du Witwatersrand à Johannesbourg, a assisté à une séance avec Alec Harris. Il a examiné la pièce et a noté que le médium n’avait rien apporté avec lui. Les phénomènes produits sont au-dessus de tout soupçon, a-t-il écrit. Il a décrit la matérialisation d’un philosophe grec sur lequel il avait travaillé. Ce personnage vint s’asseoir près de lui et lui parla en grec ancien, en utilisant la prononciation correcte qui est différente de celle du grec moderne. Haarhoff déclara que l’ectoplasme, qui sortit du corps du médium, se répandit comme un brouillard et prit toutes sortes de formes, « tout en pouvant être compacté en quelque chose de totalement solide ».

Maurice Barbanell, l’éditeur du journal Psychic News, écrivit qu’il avait vu 30 formes se matérialiser sous une bonne lumière rouge, avec 27 personnes présentes, pendant près de 3 heures.

« J’étais si prêt du cabinet que plusieurs de ces formes durent me marcher sur les pieds. En plusieurs occasions, j’ai palpé les draperies ectoplasmiques flottantes qui étaient douces et soyeuses au toucher. J’ai serré les mains de deux formes. Leurs mains étaient fermes et normales. » (M. Barbanell)

Un certain nombre des formes furent reconnues par les participants. Il fut en particulier très impressionné par la matérialisation d’une fille qui était torse nu. Une matérialisation écarta les rideaux, ce qui permit de voir simultanément le personnage et le médium.

Albert Fletcher-Desborough, un illusionniste de scène professionnel, procéda à un examen approfondi de la pièce et du cabinet, et fut certain que personne ne pouvait entrer ou sortir. Il écrivit en 1974, dans le Liverpool Evening Express et dans Psychic News, qu’il n’y avait aucune possibilité de fraude. Il rapporta qu’il avait d’abord reconnu son père, qui était sorti du cabinet et qui s’était adressé à lui en l’appelant  »Bertie », surnom qui n’était connu que de sa famille. Puis son frère, qui avait reçu une balle dans la cheville, arriva en boitillant, donna son nom et lui prit la main.

De nombreuses personne sont aussi été les témoins de la dématérialisation d’entités solides, se dissolvant et disparaissant dans le sol. Certains participants communiquaient avec leurs êtres chers, aisément reconnaissables, et ils n’avaient aucun doute, après une telle expérience, quant à la réalité de la survivance.

En 1961, deux journalistes, qui assistèrent en invités à une séance avec Alec Harris, positionnèrent des cameramans cachés à l’extérieur des fenêtres, avec l’intention de filmer Alec Harris en train de frauder.

« Selon l’épouse d’Alec, le  »guide » de celui-ci se matérialisa au cours de la séance et s’adressa aux présents, puis il s’avança parmi eux tout en prenant leurs mains dans les siennes. Le guide leur montra Alec en transe pour bien établir qu’ils étaient deux personnes différentes, mais tout cela ne suffit pas à convaincre les journalistes. Quand la forme matérialisée se dirigea vers l’un d’eux, l’homme leva ses bras vers la forme solide, l’attrapa et la serra fortement. » (L. Kean)

Louie Harris a raconté que le journaliste s’est mis à crier : « Je t’ai eu ! ». La forme s’est alors rapidement dématérialisée et le médium a hurlé de douleur lorsque l’ectoplasme a réintégré son corps « avec l’impact d’un coup de massue ». Alec Harris tomba alors très malade et resta sous surveillance médicale pendant un mois. Cela lui prit deux ans pour vraiment récupérer et redevenir lui-même, mais, en tant que médium, « il ne fut plus jamais capable de se retrouver aussi détendu qu’avant ». (16)

Louie Harris (1900-1989), l’épouse d’Alec, a écrit un livre consacré à son mari médium : Alec Harris : The full story of his remarkable physical mediumship (Saturday Night Press Publications, 2009), ce livre étant une version posthume plus complète du livre paru en 1980 sous le titre : They walked among us.

Michel Granger a consacré un article à Alec Harris dans le numéro 104 (mars 2017) de Parasciences :

C’est à l’occasion d’une séance avec la médium Helen Duncan qu’Alec et son épouse Louie assistèrent à leur première séance de matérialisation. A cette occasion, Alec reconnut Connie, sa sœur défunte. A partir de ce jour-là, Louie et Alec constatèrent chez eux divers phénomènes : des cuillères à thé tapant sur les tasses, le mouvement d’une trompette, des bruits de cailloux jetés au sol, etc.

Lors d’une séance, les ballons au plafond éclatèrent, des petites mains jouèrent de l’harmonica, etc. Des chutes de température furent perceptibles… Louie arrangea une séance avec la médium britannique (à voix directe) Helen Hughes (1893-1967), laquelle avait pour guide un Indien peau-rouge.

En 1939, se produisit le premier ectoplasme. Alors qu’Alec était ficelé à son siège, Louie aperçut une substance blanche semi-transparente onduler sur le sol… Quand il sortit de sa transe, Alec se vit nu, ses vêtements ayant été enlevés.

En 1940, lors d’une séance avec Helen Duncan, une boule lumineuse se forma au centre du rideau du cabinet, laissant voir le visage d’un Indien peau-rouge coiffé de plumes. Une seconde boule lumineuse se forma au sommet des rideaux du cabinet et d’autres visages apparurent, celui de Chang, puis celui de Raf (un chef d’escadron décédé, attaché au cercle depuis que son avion s’était écrasé en France). Quelque temps après, des Indiens se manifestèrent. Une nuit, une belle fille sortit du cabinet et murmura :  »Con », diminutif du prénom de la sœur d’Alec : Connie, décédée en 1923.

Parmi les guides qui se manifestèrent dans les séances d’Alec, il y eut Chang, Christopher, Ewonga… Rohan, quant à lui, qui était d’origine arabe, avait des yeux bruns, alors que ceux du médium étaient bleus (ce qui fut confirmé par les témoins). Rohan devint le  »maître de cérémonie ».

Les séances se succédèrent, avec des personnes venues sur invitation, chez le couple Harris. Avant la séance, chaque invité pouvait examiner les lieux afin de s’assurer qu’il n’y avait pas d’autres issues ni d’ouvertures possibles. Les mains et les pieds d’Alec étaient ligotés et une pénombre rougeâtre régnait dans la pièce (les lampes étant munies d’abat-jour colorés). Quand Alec était en transe, sa tête penchée sur le côté, son épouse fermait le rideau sur lui. Puis l’assistance était exhortée à chanter des chants gallois afin d’aider au processus de matérialisation des entités.

Parmi les témoins, il y eut Ernest Thompson (1905-1968), l’éditeur de la revue The Two Worlds. Il écrivit, en janvier 1947, que lors de sa première séance avec Alec Harris, il y eut 15 entités matérialisées.

« Tout d’abord, il apparut ce qui semblait être une baguette blanche qui venait de sous le rideau du cabinet. Cela semblait vivant et s’arrêta à un mètre devant le rideau. L’extrémité commença à grossir jusqu’à constituer une boule pulsante d’ectoplasme de la taille d’une grosse pierre. Puis, ça s’allongea verticalement jusqu’à la taille d’un être humain. Graduellement, comme si c’était sculpté, il apparut un visage et ensuite une tête. Bientôt la forme fut complètement humaine, vêtue de draperie ectoplasmique… Et l’esprit matérialisé se promena dans la pièce et fut capable de nous parler… » (E. Thompson)

Une  »charmante jeune Espagnole » sortit hors du rideau et se mit à danser… On voyait souvent, aux côtés du médium en transe, une forme blanche ressemblant à un visage. Il y avait quelquefois trois ou quatre matérialisations en même temps dans la pièce, et lors d’une séance mémorable il y en eut même, en trois heures, une trentaine !

David Bronkhorst (1910-1979) vit Alec Harris profondément endormi et, sur le plancher à côté de lui, une masse d’ectoplasme qui avait encore la forme d’une tête, d’épaules et d’un bras qui en sortait, la masse faisant près de 30 centimètres d’épaisseur.

Le brigadier R. C. Firebrace (1889-1974), qui fut pendant 13 ans président de l’Alliance Spiritualiste de Londres, a vu, au cours d’une séance à Cardiff, 18 formes matérialisées dont la taille variait de tout petits enfants à un type plus grand que lui. Beaucoup de témoins dirent que les formes matérialisées s’exprimaient en des langues ignorées du médium.

Le spiritualiste anglais Eric Hatton (décédé en 2015) a raconté dans un livre publié en 2010 sa visite, vers 1950, au domicile des Harris à Cardiff. Après l’examen des lieux et du médium, la séance a commencé par quelques raps, quelques mouvements de trompettes lumineuses, puis elle continua avec des matérialisations « dont la plus remarquable fut celle d’une gamine qui surgit du cabinet et marcha librement parmi les assistants ». D’autres matérialisations vinrent embrasser des assistants qui les reconnurent. Dans une faible lumière rouge, Eric Hatton et son épouse virent un guide arabe rejoint par un Indien nord-américain emplumé et par la petite fille, une ouverture du rideau montrant le médium sur son siège. Les assistants virent dissolution de l’Indien sur le parquet, ainsi que celle du guide arabe, la fillette regagnant le cabinet.

Un autre cercle se forma après la dissolution du premier (certains membres ayant dû partir loin de Cardiff). En 1955, Alec et Louie se rendirent en Afrique du Sud et ils s’y établirent en 1957. A Durban, Alec, qui devint médium semi-professionnel, opéra dans un petit sanctuaire implanté dans la maison du couple. Il y donnait des séances payantes chaque samedi, en plus de celles gratuites qualifiées de  »cercle expérimental ». A travers un de ses guides, Adoula, Alec Harris tint des séances de guérison psychique.

En Afrique du Sud, Alec Harris se produisit devant trente médecins, dont le Dr Douglas M. Baker (né en 1922 en Angleterre, diplômé en médecine de l’Université de Sheffield), auteur notamment d’un livre, en 1981, sur les matérialisations médiumniques. Les tests montrèrent que les corps matérialisés avaient des battements de cœur, des os, qu’ils respiraient, certains corps étant restés matérialisés plus de vingt minutes au cours d’une séance qui dura plus de trois heures. En visite à Londres en 1991, Douglas Baker précisa que les formes spirites d’Alec Harris étaient « aussi proches de la chair humaine qu’on peut l’imaginer ». Le pouls semblait normal. En 1959, Douglas Baker avait assisté à une séance au cours de laquelle il y eut 30 matérialisations, certaines n’ayant pas été à plus d’un mètre de lui. Quand elles commençaient à s’altérer, on pouvait encore voir, dit-il, la tête parler, juste avant de s’enfoncer dans le sol. Il vit des cordons ectoplasmiques et des  »rods » sortir du cabinet, ainsi que des morceaux d’ectoplasme venant de l’assistance. Les cordons d’ectoplasme semblaient se réunir et s’élever doucement, et, quand ils atteignaient la taille d’un être humain, ils prenaient brusquement l’apparence d’un corps physique. Certains furent reconnus, par des parents, comme étant des défunts.

C’est par son guide White Wing qu’Alec Harris dispensa des soins, ainsi qu’avec une entité baptisée Healing Scientist, laquelle apparaissait drapée dans une robe ectoplasmique blanche et fine, une lumière bleu clair, brillante et pulsante, se manifestant dans la région du plexus solaire. Healing Scientist expliqua que c’était cette lumière qui guérissait. Des sourds, des eczémateux, des aveugles et des malades souffrant d’encéphalite furent guéris. Dans un numéro, paru en 1960, de la Revue Métapsychique, F. Masse (1891-1979) s’est fait l’écho des séances de guérison (et des matérialisations) d’Alec Harris en Afrique du Sud, en citant un numéro de Psychic News d’avril 1960…

En 1965, le Dr B. J. F. Laubscher (1897-1984), un médecin psychiatre de Port Elizabeth (Afrique du Sud), a rencontré Alec Harris. Il vit une forme avec un visage d’Indien peau-rouge ( »Black Feather ») :

« Le torse était très bien développé, je pouvais voir les muscles noueux de la poitrine, mais les jambes étaient confuses. Il n’y avait aucune possibilité de ventriloquie ou de tricherie. J’ai vu la forme apparaître et disparaître. »

Lui et son collègue le Dr Williams (de Johannesburg) examinèrent ce corps dont le visage était complètement différent de celui d’Alec Harris. Il était plus grand, plus musclé. Le Dr Laubscher décrivit aussi la disparition des entités qui s’affaissaient sur le plancher  »comme un ice-cream fondant ».

Dans les archives de la SPR britannique, le nom d’Alec Harris n’est cité qu’en 1948 comme médium n’ayant pas répondu aux lettres de sollicitation en vue de décerner un prix au premier médium physique capable de démontrer des effets paranormaux devant un groupe de membres de l’institution. A. D. Cornell (qui fut vice-président de la SPR de 1992 jusqu’à sa mort en 2010), qui a assisté à une séance à Cardiff en 1955, a parlé de celle-ci dans son livre (publié en 2002) : Investigating the Paranormal. Il privilégia l’explication de truquages utilisant des accessoires, le médium s’étant, selon lui, déguisé dans le cabinet pour présenter els formes  »matérialisées ». Pourtant, Cornell a vu 11 formes successives sortir du cabinet, dont une l’avait invité à venir se draper dans son habit blanc. Une autre lui avait permis de toucher son visage. Michel Granger pose cette question : puisqu’il était persuadé de s’être fait flouer, pourquoi Cornell ne s’est-il pas saisi de la matérialisation pour vérifier s’il était victime d’une supercherie ?

C’est à Johannesburg qu’Alec Harris a subi, en juillet 1961, une tentative d’empoignade, par deux journalistes, à l’encontre d’une forme ectoplasmique. L’un d’eux ayant dit :  »Je te tiens ! », Rohan se matérialisa rapidement tandis qu’une forte plainte s’élevait en provenance d’Alec, depuis le cabinet, le cri de douleur étant survenu lorsque l’ectoplasme a réintégré le corps avec l’impact d’un coup très violent. L’autre journaliste ouvrit la fenêtre, révélant des complices qui prirent des photos. Alec fut protégé des flashs par ses guides et aucune photo ne fut publiée, les esprits ayant fait en sorte, selon Rohan, que les pellicules ne soient pas impressionnées. Alec garda une douleur au niveau du plexus solaire pendant plusieurs semaines et, selon Louie (l’épouse d’Alec), sa santé en fut durablement altérée au point qu’il ne s’en remit jamais vraiment complètement.

De 1962 jusqu’à sa mort, Alec Harris ne donna plus qu’occasionnellement des séances pour ses amis proches. Seules des  »portions » se montraient : une main, une jambe, un visage, rien de reconnaissable. Beaucoup de temps s’écoulait entre deux matérialisations.

Louie a raconté que, quelques semaines après la mort de son mari (en février 1974), elle retrouva ce dernier dans son lit, rajeuni (il paraissait avoir 30 ans). Elle écrivit que ce n’était  »certainement pas un rêve »… (17)

Le médium islandais Indridi Indridason (1883-1912) :

51rVJK9FWXL._SX331_BO1,204,203,200_Erlendur Haraldsson a été professeur émérite de psychologie de l’université d’Islande (Reykjavik), où il a enseigné de 1973 à 1999. Il s’est intéressé, depuis les années 1970, aux phénomènes psi, aux apparitions, à la médiumnité, aux cas de réincarnations d’enfants, et il est l’auteur de nombreux articles dans des revues de psychologie, de psychiatrie et de parapsychologie, ainsi que de nombreux ouvrages. En 2015, il a publié un livre sur le médium à effets physiques islandais Indridi Indridason (1883-1912), décédé alors qu’il n’était que dans sa vingt-neuvième année.

Dans son chapitre pour le livre (Survivre à la mort, Dervy, 2018) de Leslie Kean, Erlendur Haraldsson (1931-2020) présente deux exemples de la médiumnité d’Indridi Indridason sur lesquels il a enquêté : un cas exceptionnel de communicateur spontané vérifié, et un autre de voix directe indépendante chantant dans une langue inconnue du médium.

« Indridi Indridason a grandi dans une ferme du nord-ouest de l’Islande avant de partir vivre à Reykjavik, la capitale du pays, à l’âge de 22 ans, pour devenir apprenti chez un imprimeur. Ses dons extraordinaires furent découverts par hasard en 1905 quand il fut invité par un groupe d’intellectuels et d’autres membres éminents de la société islandaise, intéressés par sa médiumnité, à se prêter à une séance. Einar Kvaran, un écrivain et un éditeur bien connu, avait constitué un groupe de recherche qui se faisait appeler la  »Société Expérimentale », pour étudier spécifiquement Indridi. La période d’activité de ce dernier dura jusqu’à l’été 1909, quand lui et sa fiancée contractèrent tous les deux la fièvre typhoïde. Elle en mourut et lui ne se remit jamais vraiment. Il décéda lui-même dans un sanatorium en 1912, alors qu’il n’était âgé que de vingt-huit ans. » (E. Haraldsson)

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La médiumnité d’Indridi Indridason fut étudiée par les membres de la Société Expérimentale, dont le président Einar Kvaran, Haraldur Nielsson (professeur de théologie à l’Université d’Islande) et Björn Jonsson (un éditeur de presse qui devint plus tard Premier ministre après l’instauration de l’auto-gouvernance en Islande). Des contributions sur la médiumnité d’Indridi ont été présentes lors de conférences professionnelles à Copenhague et Varsovie en 1921 et 1923. Parmi les phénomènes manifestés par lui (certains en pleine lumière), il y a :

Les mouvements et lévitations d’objets divers, y compris parfois le médium lui-même.

Les coups sur les murs et les cliquetis dans l’air.

Les phénomènes lumineux et les matérialisations de mains et de formes.

Le jeu  »invisible » d’instruments de musique.

Les voix directes indépendantes, allant jusqu’à chanter parfois.

Les dématérialisations et les  »apports » (apparitions d’objets physiques).

En 1908-1909, la médiumnité d’Indridi fut aussi examinée par Gudmundur Hannesson, lequel devint, deux ans après, professeur de médecine à l’université d’Islande. Il était convaincu de l’authenticité des phénomènes.

Indridi était un médium à transe et divers communicateurs ont parlé à travers lui. Le 24 novembre 1905, un nouveau communicateur apparut, un communicateur spontané qui parlait danois et qui se présenta comme  »M. Jensen » (un patronyme courant au Danemark) et comme exerçant la profession de  »fabricant ». Il apparut pour disparaître et revenir une heure plus tard. Quand il revint, il déclara qu’il s’était rendu dans une rue de Copenhague où un incendie faisait rage dans une fabrique, le feu ayant été maîtrisé par les pompiers. Le lendemain, un compte rendu écrit fut déposé auprès de l’évêque d’Islande. Les journaux danois confirmèrent qu’un incendie s’était bien déclaré le 24 novembre dans une fabrique de lampes de Copenhague et qu’il avait été sous contrôle en une heure. Cet incendie s’était produit à plus de 2000 kilomètres de l’endroit où Indridi se trouvait.

En 1991, deux livres de procès-verbaux de la Société Expérimentale, qui avaient été perdus pendant plus d’un demi-siècle, réapparurent dans les archives de la veuve d’un ancien président de la SPR islandaise, le Rév. Jon Auduns. Ils couvrent une période d’environ 7 mois entre 1905 et 1908 et décrivent plus de 60 séances. En 2008, Erlendur Haraldsson apprit, en consultant ces procès-verbaux, qu’au cours de la séance du 11 décembre 1905, Jensen avait donné son nom de baptême : Emil Jensen, et avait précisé qu’il n’avait pas d’enfant, qu’il était célibataire, qu’il avait des frères et sœurs, « mais pas ici au ciel ». En 2009, Erlendur Haraldsson s’est rendu à la Bibliothèque royale de Copenhague où il a découvert des annuaires listant des professionnels vivant là au dix-neuvième siècle. Dans le volume de 1890, il trouva un fabricant appelé Emil Jensen, dont l’adresse (67, Store Kongensgade) était à deux portes du 63 où l’incendie s’était déclaré. La même année, Erlendur Haraldsson consulta les recensements de Copenhague où il trouva la mention, pour 1885, de Thomas Emil Jensen, un fabricant et marchand de café, célibataire de 37 ans et né à Copenhague. Le recensement de 1860 révèle que ses parents vivaient alors au 40, Store Kongensgade avec 7 enfants : 4 filles et 3 garçons. Emil Jensen mourut en 1898, alors qu’il vivait à 300 mètres à peine de la maison incendiée.

« Son certificat d’inhumation aux archives municipales établit qu’il était célibataire et âgé de 50 ans à sa mort. Ses quatre sœurs sont toutes mortes après lui, la première en 1908, et ses deux frères – un plus vieux que lui et l’autre plus jeune – sont tous les deux décédés dans les années 1920, donc, là encore, après lui. Puis je suis tombé sur un document du juge des successions, rédigé au moment de la répartition des biens d’Emil Jensen, qui indique qu’il n’avait effectivement pas d’enfant et qui confirme que tous ses frères et sœurs étaient vivants à sa mort.

Donc, toutes les affirmations de Jensen mentionnées dans le registre des procès-verbaux, à la date du 11 décembre 1905, furent attestées :

  • Mon nom de baptême est Emil. (Différents documents)
  • J’étais célibataire. (Certificat d’inhumation)
  • Je n’ai pas d’enfant. (Juge des successions)
  • Je n’étais pas si jeune que ça à ma mort. (Certificat d’inhumation)
  • J’avais des frères et sœurs. (Recensements, juge des successions)
  • Mes frères et sœurs ne sont pas au ciel avec moi (ils sont vivants). (Juge des successions.)

7. J’étais fabricant. (Différents documents)

Le  »taux de réussite » en ce qui concerne l’identité d’Emil Jensen est de 100 pour cent, comme celui de la description de l’incendie de Copenhague, qui a été détaillé plus haut. » (E. Haraldsson)

Erlendur Haraldsson n’a trouvé aucune nécrologie d’Emil Jensen dans les deux grands journaux de l’époque. (Ce qui exclut qu’Indridi ait pu lire une notice nécrologique d’Emil Jensen dans un journal danois.)

Quelle raison Jensen aurait-il eu de s’intéresser à l’incendie ?

« Peut-être se serait-il senti obligé, pendant une pause du travail médiumnique accompli avec Indridi, de retourner à Copenhague pour observer un événement qui aurait sans nul doute été important pour lui parce qu’il survenait dans une rue où il avait passé quasiment toute sa vie. Par conséquent, il aurait pu avoir une très forte motivation pour suivre le développement de ce sinistre. En revanche, de toute évidence, Indridi ne paraît pas avoir eu de raison de le faire.

Il est aussi important que Jensen ait parlé danois lors des séances  »avec un accent typique de Copenhague », comme l’a décrit Kvaran. Indridi n’avait reçu qu’une éducation très rudimentaire dans le milieu rural où il avait grandi. Il ne parlait pas danois et moins encore avec l’accent de Copenhague.

L’exemple d’Emil Jensen illustre l’importance des facteurs de motivation lorsqu’il s’agit de mesurer la valeur probante des cas spontanés. Dans cette histoire, l’événement était extrêmement signifiant pour le communicateur spontané, alors qu’il n’avait pas la moindre signification pour le médium. Il s’est produit dans un endroit où Indridi ne s’était jamais rendu, et les éléments ont été communiqués dans la langue que l’on parlait dans ce lieu lointain. En outre, l’identité du communicateur, Emil Jensen, fut confirmée plus d’un siècle après. C’était une personne qui avait réellement existé, qui était morte avant ses visites dans la pièce où se déroulaient les séances d’Indridi et que ce dernier ne connaissait absolument pas.

Ce cas soulève la question importante : qui a réellement perçu l’événement ? Le vivant Indridi ou le défunt Jensen ? Le poids du facteur motivation fait lourdement pencher la balance du côté de feu Emil Jensen. Et cela constitue un fascinant argument en faveur du fait qu’Emil Jensen soit une entité indépendante distincte de la personne d’Indridi Indridason. » (E. Haraldsson)

Les phénomènes des voix directes furent un trait majeur de la médiumnité d’Indridi. Il s’agit de voix qui pouvaient être entendues à quelque distance du médium dans d’autres parties de la pièce et qui ne sortaient donc pas de sa bouche. On les entendait parler ou même chanter… Parmi ceux qui ont entendu ces voix indépendantes, il y a Gudmundur Hannesson, Haraldur Nielsson, Einar Kvaran, ainsi que Sigurdur Haralz Nielsson, le fils aîné d’Haraldur Nielsson, qui observa le phénomène à la pleine lumière du jour et sans qu’Indridi soit en transe. Ces voix furent documentées dans 77% des séances consignées dans les livres de procès-verbaux.

« Chaque voix avait ses propres caractéristiques et son style d’élocution. Les voix pouvaient être hautes ou basses, aiguës ou graves, n’être qu’un murmure à l’oreille d’un participant à la séance ou s’exprimer par le chant. Elles pouvaient parler doucement ou presque crier. Et il y avait des voix masculines et des féminines. Dans la plupart des cas, des présents les identifièrent comme celles d’un défunt qu’ils avaient connu, mais elles étaient le plus souvent ignorées du médium. Elles pouvaient s’adresser à quelqu’un dans la pièce en particulier et répondre à des questions. Quelques-unes s’exprimaient en français, en norvégien ou en néerlandais, et Emil Jensen en danois. Mais aucune de ces langues n’était connue d’Indridi.

Ce qui est tout à fait extraordinaire, c’est que deux voix très différentes entonnèrent la même mélodie en duo. Haraldur écrit que les voix indépendantes chantaient très souvent merveilleusement bien et que  »nous pouvions parfois entendre deux voix chanter de concert : la voix soprano d’une femme et la basse d’un homme ». Einar Kvaran confirma cette observation. » (E. Haraldsson)

L’une des voix les plus fréquentes appartenait à une chanteuse française. Elle parlait parfois en français et essayait aussi de s’exprimer en anglais et en allemand. En septembre 1907, le procès-verbal relate que G. T. Zoega, qui parlait français, s’adressa dans cette langue à la chanteuse. Il constata qu’elle le comprenait. Plus tard, Thor Gudmundsson et Kvaran conversèrent avec elle en français et en anglais…

Brynjolfur Thorlaksson, l’organiste de la cathédrale de Reykjavik, a décrit un épisode au cours duquel une voix masculine donna le nom de  »Madame Malibran ». On apprit que l’homme s’appelait lui-même Malibran et qu’il avait été le mari de la chanteuse française. Ils ne s’étaient pas vus depuis leur décès. Il avait appris où elle se trouvait… Le lendemain, on chercha  »Madame Malibran » dans des encyclopédies, et on découvrit ainsi qu’aux Etats-Unis il y avait eu un riche planteur français appelé Malibran, lequel avait épousé la chanteuse lyrique Maria Felicia qui était d’origine espagnole, née à Paris en 1808 et morte à Manchester en 1836. Trois mois après son mariage, il avait fait faillite. Ils avaient divorcé et elle était rentrée en Europe. Des recherches complémentaires permirent d’apprendre que la mezzo-soprano appelé Maria Felicia Malibran avait interprété des premiers rôles aux opéras de Paris, Naples, Londres et New York. Née à Paris, elle était considérée comme l’une des plus grandes chanteuses d’opéra du dix-neuvième siècle. Elle avait pour père l’un des ténors favoris de Rossini. Alors qu’elle était à New York, elle avait épousé François Eugène Malibran, un homme qui aurait pu être son père et qu’elle quitta un an plus tard. Elle mourut, alors qu’elle n’était âgée que de 28 ans, des suites d’une chute de cheval. François Malibran décéda la même année qu’elle.

L’organiste Thorlaksson rapporta qu’il jouait à l’harmonium une mélodie de Chopin, en présence d’Indridi, lorsqu’il entendit Mme Malibran fredonner la mélodie. Indridi tomba en transe. L’organiste entendit de nombreuses voix, masculines et féminines, qui chantaient derrière lui, mais particulièrement à sa droite alors qu’Indridi se trouvait à sa gauche. Ce chant semblait venir de loin, mais, en même temps, il était tout près de lui.

Dans le chapitre 24 de son livre, Leslie Kean évoque les matérialisations complètes. Elle mentionne d’abord le fait que le désincarné Emil Jensen s’est matérialisé sous une forme physique, touchant certaines personnes présentes ou se laissant toucher par elles. Il fit sa première apparition au domicile de Kvaran, au cours de laquelle il a donné son nom et crié (avec son accent de Copenhague) : « Vous pouvez me voir ? ». Une semblable apparition s’est produite en 1906, en présence de Kvaran et Nielsson. Ce dernier a ainsi écrit que le visiteur était vêtu « d’une très délicate draperie blanche, dont de nombreux plis descendaient jusqu’au sol », la lumière irradiant de lui. A un moment, il était assis sur un canapé… Fréquemment, il s’efforçait d’apparaître 7 ou 8 fois par soir dans différents lieux de la pièce, et de nombreuses fois il a été aperçu simultanément avec le médium. En 1907, l’évêque d’Islande, le Magistrat de Reykjavik (qui devint plus tard l’un des 5 juges de la Cour Suprême islandaise) et le consul de Grande-Bretagne assistèrent à une séance avec Indridi. Avec 40 autres spectateurs, ils virent Jensen se matérialiser 11 fois en pleine lumière. (18)

Michel Granger a consacré un article à Indridi Indridason dans le numéro 102, de septembre 2016, de Parasciences :

Indridi, qui était un fils de fermier, vint s’installer à l’âge de 22 ans à Reykjavik comme apprenti imprimeur. Un jour, il fut invité à une séance de spiritisme par l’épouse du dramaturge Indridi Einarsson (1851-1939), séance au cours de laquelle se produisirent des chocs violents et des mouvements de la table qui effrayèrent le jeune médium.

Einar Kvaran (1859-1938), qui avait créé la Société Expérimentale de Reykjavik, laquelle devint plus tard l’Icelandic Society for Psychical Research, s’intéressa à Indridi. Quand ce dernier tomba en transe, on enregistra des messages reçus en écriture automatique, des voix directes, des mouvements de table, etc.

Dans le local où le jeune médium résida (avec un étudiant en théologie) à partir de l’automne 1907, les séances avaient lieu une ou deux fois par semaine. Parmi les phénomènes constatés, il y eut des raps et bruits de craquements dans l’air, ainsi que des coups frappés sur les murs, des bouffées de vent, froides ou chaudes, des mouvements et des lévitations d’objets, ainsi que la lévitation du médium. Il fut traîné sur le sol et lancé en l’air, les assistants ayant de la difficulté à le maintenir au sol. De plus, des instruments musicaux jouaient tout seuls, et des phénomènes lumineux se manifestaient : des langues de flammes de couleur bleu rougeâtre, des boules de feu, de grands flashs contre les murs, ainsi que des nuages lumineux qui se mouvaient parfois autour de la pièce à grande vitesse, avec un bruit sourd de bourdonnement, et d’où sortait une forme humaine. Il y eut des matérialisations (y compris une figure humaine complète), la dématérialisation du bras du médium, des sensations d’être touché, tiré, frappé par des mains invisibles, ainsi que d’être embrassé. Des bruits ont été entendus loin du médium : rires, bruits de pas, bourdonnements, fracas d’impacts de sabots et bruissements d’habits… Il y eut des voix directes et des chuchotements. C’est surtout au début de 1908 que les voix commencèrent à parler à travers les trompettes en l’air. Il s’agissait de voix , masculines et féminines.

Il y eut aussi des opérations chirurgicales, dont une devant le futur Premier ministre d’Islande, le malade souffrant d’un cancer de l’estomac en phase terminale. Il décéda après une phase d’amélioration consécutive à l’expérience. On a signalé des phénomènes de vision à distance, notamment la vision d’un incendie en 1905, des connaissances (révélées par les contrôles et les communicateurs) inconnues du médium.

Il y eut des apports – comme durant l’hiver 1906-1907 chez Kvaran : objet transporté depuis une maison inconnue du médium -, des passages à travers des cloisons… En décembre 1907, des rideaux furent brutalement tirés, le chapeau de Nielsson arraché, etc. Cela prit fin début janvier 1908 quand la terrible entité supposée être à l’origine du phénomène fit la paix avec le médium et les membres de la Société.

Le 19 décembre 1905, les  »contrôles » prévinrent, par un message reçu par écriture automatique, qu’une opération allait être tentée sur le médium. Le bras gauche de celui-ci avait disparu pour réapparaître une demi-heure plus tard. Cette dématérialisation se répéta lors de deux autres séances. (En décembre 1893, la moitié inférieure du corps – à partir de la taille – de Madame d’Espérance aurait temporairement disparu pendant une séance.)

Début 1906, les témoins virent une substance recouvrir une grande partie du dos d’un malade qui était massé par le médium en état de transe, cette substance ressemblant à de la  »rosée desséchée », d’un gris blanchâtre avec quelques zones d’un  »brillant verdâtre ». On ne découvrit sur le médium aucun produit qui aurait pu expliquer ce phénomène.

Les 6 et 7 décembre 1905, apparut un homme musclé, avec de larges épaules, Indridason gémissant à trois mètres environ de celui-ci. A travers le médium, cet être s’identifia plus tard comme  »Jensen », un  »contrôle » qui disait être le frère du grand-père du médium et avoir été professeur à l’Université de Copenhague. A la fin de 1906, chez Kvaran, Jensen est apparu, dit-on, jusqu’à onze fois par heure), habillé d’une toge blanche descendant jusqu’au sol. Une fois, Jensen permit aux assistants de voir, grâce à la lumière qu’il irradiait, le médium en état de transe assis devant lui. Il y eut des manifestations devant le consul britannique à Reykjavik et l’évêque Hallgrimur Sveinsson (1841-1909). Les matérialisations complètes ne durèrent que quelques semaines. La faculté d’Indridason diminua, sans doute en raison de son médiocre état de santé.

Pendant l’hiver 1907-1908, la Société étudia les déplacements d’objets, les lévitations du médium, les coups frappés, ce qui semblait être des matérialisations de bras, les voix directes, les manifestations concernant les boîtes à musique et les trompettes, les phénomènes lumineux.

En décembre 1907, une photo révéla ce qui ressemblait à une grossière contrefaçon de draperie.

Indridason aurait matérialisé une créature mi-veau, mi-cheval.

Pendant l’hiver 1908-1909, Gudmundur Hannesson (1866-1946), qui devint en 1911 professeur de médecine à l’Université de Reykjavik, étudia les manifestations produites par Indridason, et il publia un compte rendu de ses expériences dans des revues, dont, en 1924, le journal de l’Association for Psychical Research. Il a assisté aux phénomènes habituels (déplacement d’objets, bruits de trompette et de boîte à musique, table retournée…), sauf aux matérialisations. Le médium était isolé par un filet confectionné en solide fil de chanvre et aux mailles serrées, une ouverture (prévue pour faire passer le médium et son contrôleur) étant refermée à l’aide d’une ficelle nouée sur les extrémités de laquelle Hannesson apposa son sceau. On constata des télékinésies, des mouvements à distance de cithare et de boîte à musique, des attouchements, etc. Le médium et son contrôleur furent fouillés, ce qui n’empêcha pas l’éjection des objets, la lévitation du médium… Hannesson, qui avait franchi le filet pour relever les chaises, reçut un coup de poing dans le dos, alors que les deux seules personnes présentes dans ce compartiment se trouvaient devant lui.

Les nombreuses voix directes entendues pendant les séances ne relevaient pas de la ventriloquie car elles donnaient les noms de personnes défuntes qui furent identifiées comme étant celles de relations défuntes de certains assistants. Hannesson entendit deux voix chanter en duo, avec un timbre de basse et de soprano. Certaines voix s’exprimaient en danois, d’autres en suédois, en français… Ce tumulte de voix pouvait durer plus de deux heures. Hannesson ne put jamais mettre en évidence une quelconque supercherie.

Une partie de la presse islandaise chercha à discréditer Indridason, des groupes religieux considérèrent (évidemment) ses phénomènes comme d’origine diabolique, et certains individus impliquèrent les expérimentateurs de la Société dont les enfants furent agressés par des opposants. Indridason fut traité de charlatan, de sorcier, et la Maison expérimentale fut qualifiée de  »temple » dans lequel des imposteurs ne cherchaient qu’à gagner de l’argent.

« Il semble bien qu’il ait été fouillé consciencieusement, notamment pour voir s’il n’avait rien sur lui pour créer artificiellement les lumières ou bien les effluves odorants…

Haraldsson et Gissurarson argumentent aussi du fait qu’à l’époque (1904-1909), l’Islande était très isolée du reste de l’Europe et qu’Indridason n’avait pu inventer tous ces  »tours », capables de produire des phénomènes très similaires à ceux obtenus par les autres médiums. De même, la thèse supposée d’un complice semble incompatible avec les comptes rendus du Docteur Hannesson qui signale de nombreux éclairages impromptus, lesquels ne dévoilèrent rien de suspect et montrèrent le médium immobilisé à sa place (…) » (M. Granger)

Erlendur Haraldsson et Loftur R. Gissurarson sont les auteurs de : Indridi Indridason. The Icelandic Physical Medium (2015). H. Nielsson a évoqué le médium islandais dans son livre intitulé : Mes expériences personnelles en spiritualisme expérimental (éditions Jean Meyer, 1929).

Deux classeurs de procès-verbaux ont été retrouvés chez l’épouse d’un spiritualiste, décédée en 1991. Ils décrivent 13 séances de 1905-1906 et 43 séances de 1907-1908.

Une main matérialisée fut reconnue par le Révérend S. Gunnarsson comme celle de son épouse décédée, à cause d’une cicatrice qui se trouvait sur le même doigt et à la même phalange.

La production de phénomènes spectaculaires causait au médium une réelle souffrance. Après ces séances, il avait l’impression qu’on l’avait battu. (19)

Alain Moreau

 

Références

1. Parasciences, n° 105, juin 2017, p. 30-35.

2. Parasciences, n° 112, mars 2019, p. 50-60.

3. Parasciences, n° 111, janvier 2019, p. 44-50.

4. Parasciences, n° 108, mars 2018, p. 38-44.

5. Leslie Kean, Survivre à la mort, Dervy, 2018, p. 476-477.

6. Parasciences, n° 107, décembre 2017, p. 40-47.

7. Parasciences, n° 113, juin 2019, p. 46-55.

8. Michel Granger, Hors-Série Paranormal-VSD, août 2004, p. 21.

9. Parasciences, n° 110, automne 2018, p. 25-35.

10. Jean-Philippe Crouzet, Les merveilles du spiritisme, Nouvelles Editions Debresse, 1965 et 1971 ; Michel Granger, Extraterrestres en exil, éditions Albin Michel, 1975.

11. Info Monde TCI, n° 3, avril 2000, p. 24.

12. Leslie Kean, op. cit., p. 381-386.

13. Ibid., p. 387-391, 393-394.

14. Ibid., p. 395-396.

15. Ibid., p. 416-423.

16. Ibid., p. 423-426.

17. Parasciences, n° 104, mars 2017, p. 50-56.

18. Leslie Kean, op. cit., p. 398-414.

19. Parasciences, n° 102, septembre 2016, p. 56-62.

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