Depuis le récit de Platon, le sujet de l’Atlantide a enflammé les imaginations, notamment celles des spéculateurs qui placèrent (et continuent de placer) le « continent perdu » dans les endroits les plus fantaisistes : mer Méditerranée, mer du Nord, mer d’Azov, mer Caspienne, mer Rouge, Europe, Asie, Afrique (Tunisie, Sahara, etc.), Amérique, Antarctique, etc. Un autre spéculateur a localisé l’Atlantide, de façon erronée, du côté de l’Indonésie. (Voir Robert Schoch, « Les constructeurs des pyramides », éditions du Rocher, 2004.)

Les sources « psychiques » ou « paranormales » valables sont unanimes : l’Atlantide a existé, elle se trouvait au niveau de l’océan Atlantique, et sa disparition définitive remonte à environ 12 000 ans. Malheureusement, de nombreux spéculateurs ont placé le continent disparu (souvent réduit par eux à une simple île) dans les endroits les plus variés de la planète, à l’exclusion, bien sûr, de la bonne localisation, celle que je viens de donner. Ces localisations fantaisistes s’expliquent simplement par le rejet de la possibilité d’une civilisation « avancée » dans la prétendue « préhistoire » et par la prétendue impossibilité géologique de l’existence d’un continent disparu là où se trouve l’Atlantique. Dès lors, les spéculateurs s’en sont donné à cœur joie pour identifier la « terre atlante » à des contrées n’ayant strictement rien à voir avec ce qu’avait écrit Platon : « au-delà des Colonnes d’Hercule » (le détroit de Gibraltar), c’est-à-dire, bien sûr, dans l’océan Atlantique. Il y a une constante dans ces multiples localisations fantaisistes : elles se contredisent toutes, leurs promoteurs étant pourtant persuadés d’avoir raison, ce qui est plutôt pathétique !

I. L’île Socotra :

Voici un premier exemple d’identification absurde, celui prôné par Jacques Hébert : l’île Socotra.

Fin 2003, est paru un livre dans lequel l’auteur identifiait l’Atlantide à l’île Socotra (ou Socotora), après le détroit de Bab el Mandeb (qui ferme la mer Rouge), au débouché du golfe d’Aden, porte de l’océan Indien !

L’auteur de cette « découverte », Jacques Hébert, commence par rejeter toute idée d’une disparition il y a 11.600 ans d’une Atlantide localisée au niveau de l’océan Atlantique, en reprenant les arguments de ses devanciers : il y a plus de 11.000 ans, l’humanité vivait la fin du paléolithique, l’écriture et la métallurgie n’existaient pas, etc. Et le prêtre égyptien ne pouvait avoir cité à Solon le nom de l’océan Atlantique, car ce dernier n’était connu des seuls Égyptiens que quelques années avant la visite du Grec en Égypte.

Jacques Hébert se débarrasse de la date donnée dans le récit de Platon (9000 ans avant son époque) en recourant à l’échappatoire suivante (qu’il n’est pas le premier à utiliser) : il y aurait eu une confusion entre 900 ans et 9000 ans, un zéro ayant été ajouté par erreur ! Il évoque un contresens entre deux interlocuteurs ne parlant pas la même langue, l’erreur pouvant être recherchée dans les différences de transcription des systèmes numériques égyptiens et grecs. A moins que la mémoire de Solon ne l’ait trahi ! Et comme les Égyptiens disposaient dans leurs archives de renseignements très détaillés sur l’île « atlante », « il était clair que des marins venus d’Égypte avaient dû y débarquer dans des temps très anciens et y avoir été reçus pacifiquement »…

Dans son récit, Platon ne dit presque rien des habitants atlantes. Cela s’explique, selon Jacques Hébert, par le fait que Solon et le prêtre égyptien connaissaient le peuple dont il était question.

Chez Jacques Hébert, les « colonnes d’Hercule » (correspondant au détroit de Gibraltar), mentionnées dans le texte platonicien, deviennent… le détroit Bab el Mandeb (après la mer Rouge) !

Comment, se demande-t-il, le prêtre de Saïs peut-il parler d’une île située dans l’océan Atlantique « comme d’une évidence, quand les Égyptiens, à l’époque de la visite de Solon, ne connaissaient cet océan que depuis une dizaine d’années seulement, à la suite de la réussite de l’expédition maritime du pharaon Néchao II ? ».

Les arguments relatifs à la localisation atlantique sont rejetés :

– La formation des continents et des plates-formes continentales « réduisent pratiquement à néant toute possibilité de retrouver dans l’océan Atlantique une île jadis submergée » (d’après « Archéologia » d’avril 1983).

– La migration des anguilles ne s’explique pas par un voyage vers leur ancien habitat atlante car, si tel avait été le cas, leur espèce aurait disparu depuis bien longtemps.

– Les énormes blocs trouvés à Bimini (petite île des Bahamas dans la mer des Caraïbes) ne sont qu’une formation d’origine naturelle (la datation au carbone 14 donnant une date d’environ 2200 ans).

Jacques Hébert pose cette question : toute l’énigme de l’Atlantide « ne repose-t-elle pas sur l’interprétation erronée de la part de Solon de ces deux indications essentielles données par le vieux prêtre : une mer et un détroit appelé Colonnes d’Hercule ? ». Selon cet auteur, le prêtre égyptien a sans doute tenté de décrire à Solon « un passage étroit entre deux mers dominé par un rocher élevé », et Solon, « frappé par une description qui coïncidait si bien avec le détroit de Gibraltar, en a peut-être déduit qu’on lui parlait des Colonnes d’Hercule »… La « ficelle » est grosse (comme pour la date passant de 9000 à 900 ans) !

Selon Jacques Hébert, le prêtre égyptien de Saïs semble avoir voulu parler d’un détroit identique à celui que les Grecs appellent ‘‘colonnes d’Hercule’’. En fait, cette spéculation de Jacques Hébert ne repose pas sur grand-chose, à savoir le besoin de précision, dans le texte, pour désigner les colonnes d’Hercule : « selon votre tradition », « à ce que vous dites », « dites-vous » (selon les traductions), ce qui, pour lui, semble marquer « une incertitude, un doute, de la part du vieux prêtre ». Il parle d’« insistance superflue » là où le prêtre ne fait que donner l’appellation grecque correspondante. Contrairement à ce que Jacques Hébert écrit, la petite phrase : « que vous appelez, dites-vous », n’a, dans le contexte, rien d’incohérent.

Afin de justifier son interprétation, Jacques Hébert met l’accent sur la ressemblance qui existe entre le détroit de Gibraltar et celui de Bab el Mandeb : largeur quasiment identique, présence d’une montagne et d’un petit îlot rocheux (îlot Persil pour le détroit de Gibraltar et celui de Perim pour le détroit de Bal el Mandeb). Mais cela n’enlève rien au fait que l’on trouve, dans le texte, la référence aux « colonnes d’Hercule », donc au détroit de Gibraltar. La solution (dite « oubliée ») qu’il avance n’a donc rien de cohérent, et on ne peut pas induire l’idée que le prêtre égyptien ne savait pas précisément de quoi il parlait au juste. Selon Jacques Hébert, puisque le prêtre égyptien n’a pas parlé de la mer Méditerranée (afin de situer « l’île »), « le détroit qu’il évoque ne peut être celui de Gibraltar (les Colonnes d’Hercule), mais simplement un détroit qui ressemble à celui des Colonnes d’Hercule ». Voilà, à n’en pas douter, un curieux raisonnement, que je ne partage évidemment pas.

Selon l’informateur égyptien, la superficie de l’île évoquée était « plus grande que la Libye et l’Asie réunies ». Selon Jacques Hébert, le prêtre n’a sans doute pas évoqué les dimensions réelles de l’île, mais l’espace maritime qu’elle contrôlait. Dans le récit, les dimensions attribuées à l’île sont les suivantes : 532 kilomètres, 355 kilomètres. Il est vrai qu’à l’époque de Platon, les notions d’Asie et d’Europe n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui.

Dans le « Timée », on précise que l’on pouvait passer de cette île « sur les autres îles », et de ces dernières on pouvait gagner « tout le continent sur le rivage opposé de cette mer qui méritait vraiment son nom ». Il s’agit là pour les défenseurs (dont je fais partie) de l’Atlantide atlantique, d’une référence implicite à l’Amérique… Jacques Hébert, par contre, identifie le continent sur le rivage opposé… au continent Indien ! Cette absurdité l’autorise à postuler que Solon a pu de lui-même donner le nom d’Atlantide à cette île.

Il est vrai que quelques éléments semblent en contradiction avec la localisation atlantique. Jacques Hébert écrit que la « puissance insolente » a des frontières communes avec l’Égypte (en Libye) et la Grèce (la Tyrrhénie), ce qui constitue, dit-il, une « contradiction géographique flagrante avec une localisation dans l’océan Atlantique ». Pourtant, il est bien précisé dans le texte que cette « puissance insolente » s’est jetée sur l’Europe et l’Asie « du fond de la mer Atlantique » !

Une autre déclaration du texte semble en contradiction avec la localisation atlantique : la référence à l’existence de fonds vaseux. Or, on fait observer qu’il ne peut exister, dans l’Atlantique, des fonds vaseux capables de rendre difficile la navigation durant des siècles, à cause des tempêtes et fortes marées qui disperseraient la boue d’un engloutissement en quelques mois ou quelques décennies. Ce problème ne se pose pas au niveau du golfe d’Aden, un golfe sans fort courant. Selon Jacques Hébert, ce détail de la « boue » prouve :

– Que l’île s’est engloutie quelques centaines d’années (ou un millénaire) avant la visite de Solon à Saïs (et non 9000 ans).

– Qu’elle ne pouvait se situer dans l’Atlantique.

Au moment où le prêtre et Solon discutent, le prêtre dit que la mer lointaine est toujours impraticable et inexplorable car encombrée par la boue. Pour Jacques Hébert, la seule explication plausible « est que le prêtre a eu, outre le papyrus – ou sa copie – qui décrivait la fin de l’Atlantide, connaissance du récit des marins égyptiens à leur retour de l’expédition du pharaon Néchao ». Pourtant, comme nous venons de le voir, le nom de l’océan Atlantique est bien présent dans le récit.

Dans son récit, le prêtre évoque l’existence, sur l’île atlante, d’éléphants, ce qui implique, écrit Jacques Hébert, la proximité de l’Afrique. Toujours selon cet auteur, le phénomène cataclysmique n’a pu survenir dans l’océan atlantique car un tremblement de terre capable d’engloutir l’île atlante et l’armée grecque campant à proximité des côtes « aurait été d’une telle ampleur qu’il eût dévasté une bonne partie du bassin méditerranéen et laissé suffisamment de traces pour que les géologues, à notre époque, les retrouvent », ce qui n’est pas le cas.

Jacques Hébert adapte les données de sa localisation de « l’île atlante » aux données du récit platonicien, le « portrait-robot » de Socotra étant, écrit-il, « très fidèle au récit platonicien » : la superficie à sa base pourrait correspondre à la description donnée par Platon (532 kilomètres sur 355), et son aspect sous la mer « est celui décrit par le vieux prêtre »…

Jacques Hébert précise que deux îles formaient l’Atlantide : l’île dite royale, minuscule, avec le palais du monarque, et, à proximité, l’île majeure (la « grande île ») avec les falaises à pic, où résidaient les neuf autres rois. Il y a, selon Jacques Hébert, une « contradiction flagrante chez Platon », car l’Atlantide n’a pas été, avant son immersion, un seul et vaste territoire, mais était constituée de deux terres, la grande et la petite île. Selon Jacques Hébert, l’île royale émergeait du côté de la Somalie. En ce qui concerne la grande île, il parle de « chiffres à l’évidence ‘‘gonflés’’ transmis par Platon ».

On peut en outre chiffrer les forces théoriques en présence (Athéniens et Atlantes). On doit admettre que les nombres trouvés sont, écrit Jacques Hébert, « totalement fantaisistes » (comparés à ceux des armées des empires vivant à l’époque).

« Si l’on s’en tenait, en effet, aux chiffres extrapolés du ‘‘Critias’’, près d’un million de soldats atlantes auraient affronté la seule Athènes, forte, au mieux, elle, de vingt mille combattants. Impossible. Absurde. Disproportionné par rapport à la superficie supposée de l’île – quelque cent quatre-vingt dix mille kilomètres carrés -, surtout si l’on tient compte du reste de la population (femmes, enfants, vieillards) qui porterait la population entière de l’île au chiffre approximatif de plus de quatre millions d’habitants, soit presque autant que toute la population supposée de l’Europe à cette époque ! » (J. Hébert)

Selon Jacques Hébert, il est possible que l’explication de ce rapport de forces disproportionné tournant à l’avantage de la minorité athénienne se trouve « dans la volonté évidente de Platon de marquer l’exploit des Spartiates contre les Perses, événement survenu près d’un siècle avant qu’il n’écrive le Timée et le Critias ».

Dans la version de Jacques Hébert, l’île Socotra a été engloutie par des tremblements de terre, eux-mêmes provoqués par le passage, près de la Terre, d’un corps céleste. Voici encore une autre interprétation de cet auteur : c’est l’armée grecque qui a attaqué les « Atlantes » puisqu’elle se trouvait à proximité de l’île, le prêtre ayant modifié la version des faits en présentant les Atlantes comme les agresseurs…

Finalement, quelles sont les conclusions de Jacques Hébert ? Selon lui, cette approche méthodique « aura fait voler en éclats l’antiquité mythique de dix mille ans » attribuée à l’Atlantide, cette approche ayant démontré, selon lui, que le peuple atlante ne pouvait être que celui que l’Histoire connaît sous le nom de Phéniciens, une conclusion que je ne partage évidemment pas.

Selon lui, l’idée que Socotra ne soit que le sommet de la montagne de « l’Atlantide » engloutie résulte de l’examen approfondi et méthodique de chaque phrase, de chaque mot du texte de Platon, mais aussi « du sens critique policier », l’auteur étant commissaire de police honoraire !

« Est-ce un hasard si cette île se cache, méconnue, sauvage, juste à la sortie du seul détroit que les anciens Égyptiens connaissaient ? Est-ce une coïncidence si son socle sous-marin correspond assez précisément à la description du texte de Platon avant son engloutissement ? Enfin, la chance seule veut-elle qu’elle se trouve justement dans une région du globe où le volcanisme et la minceur de l’écorce terrestre plaident en faveur du cataclysme gigantesque décrit par Platon ?

Hasard, toujours, si cette île occupe une position stratégique dans l’océan Indien où elle a pu, dès le troisième millénaire avant J.-C., devenir le berceau d’un puissant empire maritime issu des civilisations égyptienne, mésopotamienne et surtout celle de l’Indus ? Cet empire, en raison du monopole commercial qu’il exerçait, s’est sans doute trouvé en conflit avec Athènes vers 1500 avant J.-C., car cette cité grecque était à l’époque la puissance maritime dominante en Méditerranée. Dès lors qu’il s’était implanté au Liban, ce peuple était devenu pour les Grecs un concurrent dangereux à éliminer. » (J. Hébert) (1)

Que dire de cette analyse ? Notons tout d’abord que l’auteur part, comme tous ses devanciers « rationalistes », de l’élimination de la possibilité que l’Atlantide ait pu exister il y a quelque 12.000 ans dans l’Atlantique, cette version ne correspondant pas à ce que les préhistoriens, les océanographes et les géologues croient savoir sur les origines de l’humanité et sur la réalité géologique. C’est là, naturellement, que réside l’énorme erreur initiale de Jacques Hébert, l’interprétation Socotra étant calquée sur la négation d’une Atlantide de plus de 10.000 ans et localisée dans l’océan Atlantique.

Ceux qui nient l’authentique Atlantide (ainsi appelée pour la différencier des pseudo Atlantides qui foisonnent chez de nombreux spéculateurs) sont focalisés sur le texte de Platon, comme si celui-ci était le seul à en avoir parlé. Certes, il fut le premier, mais il ne faut pas oublier que de très nombreux auteurs, se basant sur des « révélations » reçues, en ont fait état, et ce, depuis le dix-neuvième siècle (Société Théosophique, etc.). Pour ma part, le récit platonicien m’intéresse peu, ma conviction de la réalité passée de l’Atlantide (la vraie !) étant basée sur l’étude d’un grand nombre de communications de type « psychique ». Et je fais le pari que les sources alléguées correspondantes sont authentiques.

La validité de l’interprétation de Jacques Hébert (comme de celle d’autres spéculateurs) repose sur le rejet initial d’éléments incompatibles avec cette théorie : les 9000 ans sont transformés en 900 ans, les « Colonnes d’Hercule » sont identifiées au détroit Bab el Mandeb ! Ces deux « adaptations » du récit rapporté par Solon ne peuvent que fragiliser la pertinence des autres éléments qui, eux, semblent correspondre à la théorie défendue : l’absence de fonds vaseux dans l’Atlantique, le fait que presque rien n’est dit des habitants atlantes, les ressemblances entre les deux détroits (au niveau de la superficie, etc.), l’allusion aux frontières communes avec l’Égypte (la Lybie) et la Grèce (la Tyrrhénie). Notons cependant que la présence d’éléphants n’est pas un critère suffisant, car rien n’interdit la présence de ceux-ci sur l’île atlante, il y a plus de 10.000 ans, à la fin de l’Atlantide (atlantique)…

Selon Jacques Hébert, aucun phénomène cataclysmique à l’origine de la disparition d’une Atlantide atlantique n’a pu se produire, car on en aurait retrouvé des traces. Cela est vrai pour la période vers 1500 avant J.-C., mais diverses « révélations » et traditions font référence à des cataclysmes de cette nature qui se sont produits dans l’histoire de la Terre, le dernier en date remontant précisément à environ 12.000 ans.

Selon Jacques Hébert, le prêtre égyptien n’a pu citer à Solon le nom de l’océan Atlantique car ce dernier n’était connu des seuls Égyptiens que quelques années avant la visite du Grec Solon en Égypte. Mais, en fait, rien n’exclut la possibilité que le prêtre égyptien ait pu avoir accès à des documents très anciens préservés par des prêtres initiés et faisant état de l’existence de cet océan, ce dernier étant d’ailleurs mentionné dans le récit (« au-delà des Colonnes d’Hercule »).

Toujours selon Jacques Hébert, l’activité principale de l’île : le commerce maritime mené par des marchands venant de partout, ruine l’image d’une Atlantide vieille de dix millénaires et unique dépositaire de connaissances extraordinaires. Ceci anéantit l’idée que seuls les Atlantes maîtrisaient il y a plus de 11.000 ans l’agriculture, l’écriture et la métallurgie. A cette époque, écrit-il, les seuls moyens de navigation disponibles étaient de simples barques construites en évidant des troncs d’arbres ou des radeaux de joncs, et les Atlantes ne pouvaient donc commercer avec personne. Ceci est faux, évidemment, si l’on se base sur certaines énigmes (mention de vaisseaux aériens dans certains textes sanskrits, etc.) et sur les multiples sources « paranormales » convergentes affirmant le contraire.

A propos des deux « îles » :

La référence, dans le récit platonicien, aux deux îles, est parfaitement compatible avec certaines sources « paranormales ». Au dix-neuvième siècle, en effet, Helena-Petrovna Blavatsky (et ensuite Annie Besant dans sa « Généalogie de l’Homme ») avait évoqué plusieurs catastrophes ayant morcelé, à de longues périodes de distance historique, le continent atlante initial :

1. Celle qui brisa l’Atlantide en 7 îles, au milieu de l’époque Miocène, il y a 4 millions d’années

2. Celle de la fin du Pliocène, il y a 850.000 ans, qui fit des continents « Daitya » et « Routa » 2 îles distinctes, à la suite de la disparition de la grande bande de terrain qui les unissait.

3. Celle pendant laquelle les deux îles sombrèrent à leur tour, il y a environ 200.000 ans. Il ne resta plus au milieu de l’Atlantique que l’île Poséidon, qui fut ensuite submergée en 9564 avant l’ère chrétienne. (2)

II. L’éruption du volcan Santorin vers 1600 avant J.-C. :

Dans la plupart des cas de fausses Atlantides, on trafique les coordonnées spatio-temporelles, comme dans le cas de l’identification de « l’Atlantide » à la destruction de la civilisation minoenne, cette destruction ayant été provoquée par l’éruption du volcan de Santorin, vers 1600 avant J.-C. En Méditerranée, donc, et à une époque n’ayant strictement rien à voir avec la date donnée par le philosophe grec Platon : vers 9000 avant J.-C., une fois ajoutée la période nous séparant de sa mort.

Cette « thèse » avait par exemple encore été défendue dans une émission de Jacques Pradel sur Europe 1, en mars 2002. (La personne alors interrogée par Jacques Pradel a publié en 2008 un livre sur le « mythe » de l’Atlantide…) Le magazine « Thalassa » (6 septembre 2002, France 3) y a aussi fait référence. Les défenseurs de cette théorie supposent qu’un zéro supplémentaire a été ajouté par erreur (9000 au lieu de 900) !

Parmi les défenseurs de l’identité Atlantide/Santorin, il y a eu les archéologues grecs Angelos Galanopoulos et Spiridon Marinatos, J. V. Luce (professeur de l’Université de Dublin), l’équipe du commandant Cousteau, Alain Bombard (qui en avait parlé dans une émission télévisée) et Jacques Lebeau (ancien rédacteur en chef de la revue « Atlantis »). Voici, à ce sujet, le commentaire de Jacques Hébert, dont je partage la conclusion :

« Scientifiquement avérée, cette éruption du Santorin, cinq à dix fois plus puissante que celle du Pinatubo, s’avère bien pratique. Elle clôt le débat Atlantide et elle fournit une explication ‘‘clé en main’’ aux mythologistes : voilà le mystère du déluge éclairé. Quant à Phaéton interrompant la course du Soleil par sa chute, c’est le colossal nuage de cendres qui obscurcit le ciel et terrorise les populations antiques. Même les dix plaies d’Égypte que relate le ‘‘Livre de l’Exode’’ trouveraient là une cause rationnelle. Que la configuration géographique ne corresponde plus du tout aux récits précis de Platon, que l’océan au-delà d’un détroit s’évanouisse dans une mer Égée connue des locuteurs de Platon, mais qu’ils ne citent jamais, aucun de ces contre-arguments ne trouble les tenants de cette absurdité. » (3)

Une absurdité qui a la peau dure. Dans un livre publié en 2007, « Les grands mystères de l’Histoire » (City Éditions), l’auteur, Laurent Pfaadt, écrit encore que l’hypothèse Santorin est la plus probable. Le même auteur écrit que, selon Edgar Cayce, l’Atlantide a été détruite à trois reprises par des bombes atomiques… entre 5000 et 10.000 avant J-C. !! Il y a là manifestement une erreur : ce n’est pas 5000 qu’il faut lire, mais 50 000 ! En outre, si le clairvoyant américain Edgar Cayce (1877-1945) a bien évoqué trois destructions du continent atlante, ces destructions n’étaient cependant pas à chaque fois dues à l’utilisation de bombes atomiques. Les dates réelles données sont : vers 50.000 avant J.-C., vers 28.000 avant J.-C., vers 10.000 avant J.-C. (4)

Martin Pepper, titulaire d’un doctorat en géosciences de l’université d’Arizona, localise stupidement l’Atlantide à Santorin (Grèce). (« Science et Inexpliqué », n° 62, mars-avril 2018, page 34.) L’identification de l’Atlantide à Santorin a été mise en exergue par Nicolas Montigiani dans le numéro 51 (mai-juin 2016) de sa revue « Science et Inexpliqué ». On y trouve une petite interview de Floyd McCoy, un professeur de géologie, de vulcanologie, d’océanographie et de sciences naturelles à l’université d’Hawaï. A la question : Santorin pourrait-elle être la fameuse Atlantide ?, Floyd McCoy a ingénument (et bêtement) répondu : « Ce serait vraiment fantastique ! » Non, ce ne serait pas fantastique car c’est tout simplement stupide. Dans ce petit article, on lit aussi que l’historien irlandais Tony O’Connell (2010) déclare qu’il « est clair » (sic) que le terme « colonnes d’Hercule » (référence au récit platonicien) « était sans aucun doute jadis employé pour qualifier une grande variété de sites importants », et qu’il s’avère aussi plausible que cette expression soit devenue, à un moment donné, « une sorte d’expression destinée à marquer certaines limites géographiques ». Tony O’Connell a ainsi répertorié de nombreuses zones géographiques qui ont été susceptibles de porter ce nom dans les temps anciens : la région de l’île de Malte, le détroit du Bosphore, de Sicile (Messine), d’Ormuz, le golfe de Gabès, voire le delta du Nil.

Nicolas Montigiani cite cependant Jacques Hébert en donnant précisément la citation que j’ai moi-même donnée plus haut. (Ce n’est qu’en mai 2016 que j’ai mis l’ajout relatif au numéro de mai-juin 2016 de « Science et inexpliqué »…) Nicolas Montigiani commente ainsi le commentaire de Jacques Hébert, ce dernier qualifiant d’absurdité l’identification de Santorin à l’Atlantide :

« Curieux discours de la part d’un individu qui développe une hypothèse visiblement tout aussi hasardeuse (l’île de Socotra, située au large du Yémen). »

La réalité, c’est que les deux hypothèses sont absurdes. En effet, l’Atlantide n’a certes rien à voir avec l’île Socotra, mais elle n’a aussi rien à voir avec Santorin !

Nicolas Montigiani cite la globe-trotteuse française Jess Bontemps qui dit que l’éruption volcanique de Santorin a pu donner naissance à « un mythe comme celui de l’Atlantide ». Comme justificatif, elle écrit que la culture raffinée des Minoens, « leur maîtrise de la navigation, de l’architecture, des arts, de la tauromachie », ont pu inspirer les récits.

On notera que tous ceux qui spéculent sur l’identification de Santorin à l’Atlantide (idem pour la foultitude d’autres localisations fantaisistes) ne prennent comme référence que le récit initial de Platon, en ignorant et passant sous silence la foultitude de sources « extraordinaires » (« psychiques », etc.) qui, depuis le dix-neuvième siècle, situent l’Atlantide au niveau de l’océan Atlantique et à une date bien plus reculée, bien sûr, que vers 1600 avant notre ère. D’ailleurs, Nicolas Montigiani ne fait pas, dans son petit article, la moindre référence à ces dernières sources, préférant ressortir la vieille identification ridicule de Santorin, avec de surcroît comme titre inapproprié de son article : « Déluge, Atlantide… Dernières révélations scientifiques ». Non seulement ce n’est pas scientifique (car cela est erroné), mais ce n’est pas non plus nouveau.

Sur la base du texte platonicien, on nous dit que les taureaux et les dauphins existaient en Atlantide. Or, les fresques d’Akrotiri dépeignent ces animaux. De même, toujours selon Platon, les Atlantes étaient réputés avoir été un peuple de marins émérites, ce qui, nous dit-on, « est précisément le cas des Minoens ». Néanmoins, les dauphins, par exemple, ont pu exister dans la vraie Atlantide (celle de l’océan Atlantique), et rien ne s’oppose à ce que les vrais Atlantes (ceux du milieu de l’océan Atlantique) aient pu être, eux aussi, de bons marins. On notera en outre que Nicolas Montigiani ne mentionne nullement la date donnée par Platon pour l’engloutissement de l’Atlantide, à savoir 9000 ans avant l’époque du philosophe grec. Ce qui ne correspond évidemment pas avec la date de l’éruption volcanique du Santorin.

Pour rejeter la localisation atlantique, Nicolas Montigiani nous ressort les arguments classiques des océanographes : les plaques tectoniques eurasienne et américaine (Amérique du Nord) s’emboîtent parfaitement, ce qui laisse pas ou peu de place pour « un quelconque bout de terre », les cartographies modernes des fonds marins ne trouvant aucune trace d’un continent perdu. On nous dit que l’Atlantique existe dans sa forme actuelle depuis plus d’un million d’années. (5) Ces déclarations des océanographes et géologues se heurtent pourtant à l’affirmation contraire que l’on trouve dans de multiples sources « extraordinaires », qui, depuis le dix-neuvième siècle (avec H.-P. Blavatsky), évoquent une masse continentale au niveau de l’océan Atlantique… En outre, voici une citation extraite d’un livre de Pierre Carnac :

« Lorsque des scientifiques, tels B. C. Heezen, M. Ewing, D. Ericson et D. B. Bentley, démontrent dans un article rigoureusement scientifique que les actuelles montagnes sous-marines du Grand Météore et de Cruiser se trouvaient il y a 12 000 ans au-dessus du niveau de la mer et qu’elles faisaient partie, à l’époque, d’une terre insulaire assez grande, c’est un fait avéré, mais nul ne l’utilise comme il se doit pour mettre au pas des idées contraires. Dans le contexte des changements d’ordre géologique et géographique survenus dans l’Atlantique, l’existence d’une Atlantide est scientifiquement envisageable ; il est inversement bien peu scientifique de la rejeter. »

Pierre Carnac ajoute que la géologie « laisse ouverte la possibilité que l’Atlantide ait pu se situer sur le plateau sous-marin açorien, et plus précisément sur la plaine située à environ 2000 m sous le niveau de l’océan, entre la crête sous-marine qui touche au sud le plateau des Açores et au nord la dorsale nord-atlantique ». Rien ne s’oppose à une telle identification, écrit-il. Il y a aussi le comportement des anguilles européennes qui ont choisi la région atlantique de la mer des Sargasses pour s’y assembler et accomplir leur ponte. Ces poissons « sont les descendants de ceux qui peuplaient les rivières et les estuaires de la côte nord-ouest de l’Atlantide ; lorsque cette dernière a commencé à s’effondrer à partir de l’ouest, les anguilles ont continué de fréquenter leurs anciens lieux de ponte ». René Thévenin a précisé qu’on ne peut comprendre autrement les mœurs des anguilles. (6)

1. Émissions sur RMC Découverte et France 5 :

Dans la nuit du 9 au 10 août 2016, RMC Découverte a diffusé plusieurs émissions sur l’identification de l’Atlantide à Santorin. Si, dans la première émission (datée de 2006), on a évoqué la thèse de la civilisation atlante avancée (thèse défendue notamment par William Henry et George Erickson) – le clairvoyant Edgar Cayce a aussi été mentionné -, on a aussi largement mis en avant la thèse Santorin qualifiée de « plausible » par Floyd McCoy (un professeur de géologie, de vulcanologie, d’océanographie et de sciences naturelles à l’université d’Hawaï), lequel a cependant eu la prudence de dire, à propos de cette identification, que c’était « difficile à dire » et que c’était « impossible à savoir ». Pour certains spéculateurs, les Minoens sont « probablement » (ce qui est faux) les Atlantes. Floyd McCoy a eu quand même l’objectivité de dire que certains éléments concordent et que d’autres ne concordent pas avec cette identification, aucune théorie ne s’imposant.

Dans une petite interview publiée dans le numéro 51 (mai-juin 2016) de « Science et inexpliqué », Floyd McCoy a, à la question : Santorin pourrait-elle être la fameuse Atlantide ?, ainsi répondu : « Ce serait vraiment fantastique ! » Non, ce ne serait pas fantastique car, si l’on se réfère à certaines sources « extraordinaires », c’est tout simplement fantaisiste.

Dans une émission de la série documentaire « Sur la trace des Aliens », émission diffusée la même soirée d’août 2016 que l’émission précédemment évoquée, c’est la « thèse » de Giorgio Tsoukalos, le théoricien bien connu des « anciens astronautes » (l’un des principaux intervenants de la série documentaire « Alien Theory »), qui a été présentée. On a notamment vu, dans cette émission datée de 2014, Peter Daughtrey (lequel situe de façon inexacte l’Atlantide… au sud du Portugal, avec comme capitale Silves) et Jonathan Bright (à propos de l’identification de l’Atlantide à la cité détruite d’Akrotiri). Giorgio Tsoukalos a dit que certains éléments de l’identification de l’Atlantide à Akrotiri sont en adéquation avec le récit de Platon, mais que d’autres ne le sont pas. Mais pour lui, l’Atlantide était peut-être « une sorte d’appareil volant » ! Il ne faut pas oublier que Giorgio Tsoukalos voit des extraterrestres « partout » (dans toute énigme archéologique en quelque sorte), comme on peut le voir dans « Alien Theory »

Dans la troisième émission (datée de 2008), « Forces de la nature », on a parlé d’« étranges similitudes » et de « ressemblance frappante » entre le récit platonicien sur l’Atlantide et l’éruption du volcan de Santorin. On a dit que cette catastrophe pourrait avoir inspiré l’Atlantide, mais qu’on ignorait si l’Atlantide est un mythe ou une réalité. Un intervenant a dit que Santorin était (ce qui est faux) « la meilleure candidate », Floyd McCoy ayant par contre précisé qu’il était impossible de prouver cette identification. L’émission « A la recherche de l’Atlantide » a été rediffusée sur RMC Découverte le 4 octobre 2016. Cette ânerie a encore été rediffusée dans la nuit du premier au 2 novembre 2016.

Le 10 août 2016, France 5 a diffusé, sous le titre « Le mythe de l’Atlantide », un documentaire britannique daté de 2016. Dans ce documentaire, on a développé les prétendues « troublantes similitudes » censées exister entre l’Atlantide de Platon et Akrotiri, la ville engloutie au sud de l’île grecque de Santorin. On a eu droit à toute une kyrielle d’expressions inexactes du genre : « On ignore si l’Atlantide a réellement existé » et « personne ne sait si cette civilisation a réellement existé » (ce n’est pas ce que pense tout le monde !). Angie Hobbs considère à tort que, si elle a existé, il est « fort probable » qu’elle se trouvait au cœur de la Méditerranée. Quant à la commentatrice, elle a fait un listing des « ressemblances » et « points communs » entre Santorin (au milieu de la mer Égée) et le récit platonicien relatif à « l’île atlante » :

Il y avait, à Santorin, des installations sanitaires (avec des toilettes).

L’Atlantide était « extrêmement riche ». Or, il y avait à Akrotiri des signes évidents de richesse.

Le port est censé correspondre à la description de « l’île atlante ».

La « preuve la plus convaincante » est censée être le cataclysme (éruption du volcan de Santorin suivie d’un tsunami) survenu en mer Égée vers 1600 ans avant notre ère. Ce cataclysme a été présenté comme étant « peut-être une source d’inspiration pour le philosophe », cette catastrophe étant censée être « très similaire à celle décrite par le philosophe ».

On a parlé des Minoens, de l’île de Crète, et du culte du taureau que ceux-ci pratiquaient. Or, dans son récit atlante, Platon mentionne des taureaux.

On parle de « mystérieux liens » entre la catastrophe en mer Égée et le récit platonicien. Selon ce documentaire, la destruction d’Akrotiri « semble refléter le récit de Platon ». Les résidents ont disparu, exactement, nous dit-on, comme dans le mythe de Platon. L’antique Théra pourrait être, a déclaré de façon inexacte la commentatrice, l’Atlantide de Platon. Le récit de Platon est formulé dans des termes qui sont censés rappeler « étrangement » la civilisation minoenne. Le documentaire évoque la submersion d’un palais « exactement comme dans le récit de l’Atlantide ». On parle d’un méga-tsunami ayant détruit la flotte minoenne, avec l’engloutissement des ports du réseau commercial.

Ainsi, de « nombreux éléments » suggèrent, selon les promoteurs de cette émission, que le récit platonicien est inspiré de la catastrophe survenue en Méditerranée vers 1600 avant notre ère. On relève parfois, dans ce documentaire, des précautions langagières telles que : « peut-être ce qui a inspiré » la légende de l’Atlantide, cette catastrophe « correspond peut-être » au récit de Platon.

La localisation atlantique de l’Atlantide est brièvement rejetée dans le documentaire au prétexte que l’océan Atlantique était complètement inexploré à l’époque de Platon. Donc, l’expression « au-delà des colonnes d’Hercule », que l’on trouve dans le récit platonicien, est explicitée non pas par : « dans l’océan Atlantique », mais par une localisation en sens inverse (donc, du côté de la Méditerranée)… En fait, rien n’exclut la possibilité que le prêtre égyptien de Saïs, à l’origine des révélations (recueillies par Solon) sur l’Atlantide, ait pu avoir accès à des documents très anciens préservés par des prêtres initiés, documents dans lesquels aurait été préservé le souvenir de l’existence, dans un lointain passé, du continent atlante localisé au niveau de l’océan Atlantique.

Il y a en outre un énorme détail qui est passé sous silence dans le documentaire britannique diffusé sur France 5 (et dans d’autres émissions faisant le parallèle entre le récit platonicien sur l’Atlantide et la catastrophe en mer Égée vers 1600 avant J.-C.) : le fait que, dans son récit, Platon situe la disparition de l’Atlantide… 9000 ans avant son époque ! Du coup, le cataclysme en mer Égée vers 1600 avant J.-C. n’est plus du tout conforme à la localisation géographique et temporelle du récit platonicien… (On sait que des « petits malins » – mais cette arnaque intellectuelle n’est pas utilisée dans le documentaire, la date donnée par Platon ayant été passée sous silence – contournent cet obstacle fort gênant en suggérant qu’un 0 a été ajouté par erreur. Du coup, ce ne serait pas 9000 ans en arrière – par rapport à l’époque de Platon -, mais… 900 ans ! Le tour est joué.)

Mais que penser réellement des « points communs très troublants » – Stephen Sparks, l’un des intervenants, a parlé d’« énormément de points communs » – évoqués dans le documentaire diffusé en août 2016 sur France 5, entre le cataclysme dans la mer Égée et le récit platonicien de l’Atlantide ? Ainsi que je l’ai déjà signalé plus haut, dans son article publié dans « Science et Inexpliqué » de mai-juin 2016, Nicolas Montigiani cite la globe-trotteuse française Jess Bontemps qui dit que l’éruption volcanique de Santorin a pu donner naissance à « un mythe comme celui de l’Atlantide ». Comme justificatif, elle écrit que la culture raffinée des Minoens, « leur maîtrise de la navigation, de l’architecture, des arts, de la tauromachie », ont pu inspirer les récits. Sur la base du texte platonicien, on nous dit que les taureaux et les dauphins existaient en Atlantide. Or, les fresques d’Akrotiri dépeignent ces animaux. De même, toujours selon Platon, les Atlantes étaient réputés avoir été un peuple de marins émérites, ce qui, nous dit-on, « est précisément le cas des Minoens ». Néanmoins, les dauphins, par exemple, ont pu exister dans la vraie Atlantide (celle de l’océan Atlantique), et rien ne s’oppose à ce que les vrais Atlantes (ceux du milieu de l’océan Atlantique) aient pu être, eux aussi, de bons marins. La recherche archéologique a montré qu’il y avait à Santorin des installations sanitaires, qu’il y avait à Akrotiri des signes évidents de richesse, et qu’il y avait le culte du taureau. Certaines de ces caractéristiques listées dans l’émission de France 5 pourraient sûrement s’appliquer aussi bien à une civilisation qui aurait existé dans l’océan Atlantique, même si cette idée n’est pas envisageable pour les milieux académiques. Il existe, dans la littérature canalisée et « ésotérique », des descriptions de l’Atlantide atlantique faisant état de la richesse (architecturale, etc.) de cette société antédiluvienne…  Quant au port censé correspondre à l’île atlante, il n’était sûrement pas difficile de trouver un endroit, dans la vraie Atlantide (beaucoup plus grande qu’une simple île), pouvant se rapprocher plus ou moins d’un port en mer Égée. Ces « similitudes frappantes » alléguées ne sont donc pas réellement démonstratives en ce qui concerne l’identification de la civilisation décrite par Platon à la civilisation minoenne. Enfin, le caractère réputé être « très similaire » de la catastrophe de Santorin avec le récit de la destruction de l’Atlantide par Platon ne repose que sur certaines similitudes inhérentes à toute catastrophe d’ampleur. Dans le cas de la vraie Atlantide (dans l’océan Atlantique), il y a aussi eu une immersion des terres consécutives à un tsunami ravageur, que la catastrophe ait été déclenchée par un astéroïde ou qu’elle ait été provoquée par certains Atlantes ayant utilisé une technologie destructrice.

Contrairement à ce que croient les hellénistes, le récit platonicien ne se limite pas à une allégorie philosophique et politique et n’a pas eu comme seul objectif, contrairement à ce que dit le géologue Guy Kieffer chargé de recherche au CNRS, de « donner une leçon de civisme et de bonne conduite ».  S’agissant du récit de Platon, on peut penser que le philosophe grec a transposé une fiction de cité idéale dans une histoire vraie héritée des Égyptiens. Il a pu intégrer dans son récit des éléments descriptifs conformes à son époque, tout en ajoutant des informations (comme la date réelle de la disparition de l’Atlantide : 9000 ans avant l’époque de Platon) révélées par Solon. Les prêtres égyptiens n’ont donné que quelques éléments (dont la date et la localisation géographique), et Platon a ensuite « brodé » sur la base de ce qui était acceptable pour son époque.

Pour rejeter la localisation atlantique, Nicolas Montigiani évoque, dans son article du numéro de mai-juin 2016 de « Science et inexpliqué », les arguments classiques des océanographes : les plaques tectoniques eurasienne et américaine (Amérique du Nord) s’emboîtent parfaitement, ce qui laisse pas ou peu de place pour « un quelconque bout de terre », les cartographies modernes des fonds marins ne trouvant aucune trace d’un continent perdu. On nous dit que l’Atlantique existe dans sa forme actuelle depuis plus d’un million d’années. Ces déclarations des océanographes et géologues se heurtent pourtant à l’affirmation contraire que l’on trouve dans de multiples sources « extraordinaires », qui, depuis le dix-neuvième siècle (avec H.-P. Blavatsky), évoquent une masse continentale au niveau de l’océan Atlantique…

Depuis le récit de Platon, le sujet de l’Atlantide a enflammé les imaginations, notamment celles des spéculateurs qui placèrent (et continuent de placer) le « continent perdu » dans les endroits les plus fantaisistes : mer Méditerranée, mer du Nord, mer d’Azov, mer Caspienne, mer Rouge, Europe, Asie, Afrique (Tunisie, Sahara, etc.), Amérique, Antarctique, etc. Un autre spéculateur a localisé l’Atlantide, de façon erronée, du côté de l’Indonésie. (Voir Robert Schoch, « Les constructeurs des pyramides », éditions du Rocher, 2004.) La réponse à cette pléthore de localisations absurdes est simple :

« Il y a deux aspects du récit qui donnent au problème de l’Atlantide de Platon un caractère d’improbabilité fantastique : la situation dans l’océan Atlantique, où depuis longtemps devait exister un océan et non une terre ; l’existence sur cette terre d’un clan civilisé des Atlantes, alors que le reste de l’humanité se trouvait encore au stade néolithique.

Cela explique que beaucoup d’atlantologues, ne pouvant pas dépasser ces obstacles sus-indiqués, refusent la base même de la légende, la date de la disparition de l’Atlantide et sa situation dans l’océan Atlantique. C’est pour cette raison qu’ils situent leur pseudo-Atlantide dans différents endroits du globe terrestre. » (P. Carnac) (7)

En fait, de très nombreuses sources canalisées et « ésotériques » (dont Edgar Cayce n’est que le cas le plus connu) font état de l’existence, dans la prétendue « préhistoire », de civilisations avancées, ce qui est totalement en opposition avec ce qui est constamment matraqué dans les grands médias et dans les institutions scolaires et « académiques »… Pour ma part, je fais le pari que ces sources sont « dans le vrai » (ce dont je suis convaincu depuis les années 1970) et que les « scientifiques officiels » sont donc dans le faux. Reste, bien sûr, pour prouver cela, à trouver une « capsule temporelle » (renfermant des documents, ainsi que des objets technologiques) remontant à l’Atlantide… Je mentionne dans « Révélations extraterrestres » (JMG éditions, 2017), le tome II de « Civilisations extraterrestres », quelques sources (comme la source James Tyberonn/Métatron) évoquant l’Atlantide (disparue il y a 12.000 ans dans l’océan Atlantique), mais il y en a beaucoup d’autres. Voyez, par exemple, l’intéressant récit de Chrystèle Pitzalis dans le tome III de : « Osmose Temporelle » (éditions Ariane, 2016).

2. Une localisation « psychique » erronée :

Dans leur grande majorité, les sources « paranormales » localisent l’Atlantide au sein de l’océan Atlantique. Il existe cependant deux sources « psychiques », que j’évoque ci-après, non compatibles avec cette localisation.

Nous avons vu que certains spéculateurs ont identifié l’origine du prétendu mythe du continent disparu à une catastrophe, vers 1600 avant J.-C., due à l’éruption du volcan Santorin, une interprétation du récit platonicien que je ne partage évidemment pas. Or, le « canal » Marc Angélidès dit avoir eu une vision de l’Atlantide alors qu’il était en vacances allongé sur une plage de Santorin (île de la Grèce au sud des Cyclades), et depuis il dit savoir que cette île est « un vestige de l’Atlantide ». Contrairement aux Grecs actuels, note Olivier de Rouvroy qui a rapporté ces « révélations », « les habitants de cette cité étaient de grande taille »… (Ces « révélations » étaient disponibles sur le site : ww.erenouvelle.com) Contrairement à ce qui est écrit, cependant, il est faux de dire que Platon voyait, dans l’île de Santorin, un vestige de l’Atlantide. Cette localisation est celle de certaines personnes refusant l’idée de l’existence passée d’une civilisation « avancée » dans la « préhistoire », et localisée au niveau de l’océan Atlantique. Ceci était important à rectifier.

Pour accorder quelque réalité à cette « vision » de Marc Angélidès, il faudrait supposer que l’île Santorin ait pu être, il y a plus de 10.000 ans, une « colonie » de l’Atlantide, ce que je ne crois pas. On notera cependant que le message reçu par ce « canal », et dont l’origine serait le « Collectif Melchisédech », est tout à fait conforme à ce que disent, à propos de l’Atlantide, les diverses sources « canalisées » ou ésotériques : civilisation technologique, manipulations génétiques, etc. Il existe manifestement, chez ce prétendu « canal », un mélange d’une théorie populaire, mais erronée, avec une description « correcte » de la culture atlante.

Il existe une autre source « psychique » ayant identifié l’Atlantide à l’île Santorin. Il s’agit de l’identification donnée par Doreen Virtue :

Doreen Virtue est allée à Santorin. On notera qu’elle a pris connaissance de revues et de journaux qui contenaient des articles faisant le lien censé exister entre Santorin et l’Atlantide. C’est le médium James Van Praagh qui lui a suggéré d’aller à Santorin et lui a donné cette information erronée : « Tu sais que c’est aussi l’Atlantide. » Doreen Virtue lui a dit que plusieurs recherches « semblent démontrer que Santorin est l’un des endroits où se trouve l’Atlantide ». Évidemment, ces « recherches » sont celles que j’ai évoquées plus haut. Notons tout de même que ceux qui ont défendu le lien Santorin/Atlantide n’ont pas suggéré que l’Atlantide pouvait aussi être identifiée à d’autres endroits !

Doreen Virtue écrit, de façon inexacte, que les références de Platon à Athènes et à la Libye plaçaient l’Atlantide dans la Méditerranée ou les régions du Moyen-Orient. Ceci est faux, la seule mention dans le texte platonicien, à laquelle elle se réfère d’ailleurs, étant que l’île atlante était « une île plus grande que la Libye et l’Asie réunies ». Elle ajoute que la description faite par Platon « correspond certainement à celle de Santorin », ce qui est inexact. Les couleurs de la terre et des falaises de Santorin correspondent, dit-elle, aux couleurs (rouge, noire et blanche) évoquées par Platon. Elle ajoute que Platon décrivait l’Atlantide comme étant une île circulaire dotée de sources d’eau chaude et froide, « ce qui correspond aussi à Santorin ». Mais ceci se heurte au constat suivant : l’histoire que raconte Platon est réputée s’être produite 9000 ans avant l’époque du philosophe, ce qui ne cadre évidemment pas avec la date du séisme de Santorin. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que Doreen Virtue fait sienne la conjecture habituelle selon laquelle Solon aurait pu confondre 9000 ans avec 900 ans. Certains détails, écrit-elle, auraient pu être modifiés lors de la transmission orale de l’histoire.

Le mot « Atlantide » n’étant pas un dérivé de l’océan Atlantique, mais plutôt de la mythologie grecque, Doreen Virtue écrit que c’est « un lien de plus entre la Grèce et l’Atlantide ». Elle se réfère ici à Poséidon qui avait donné l’île à son fils Atlas et qui l’avait nommée en l’honneur de ce dernier. Néanmoins, cet argument n’a rien de pertinent car, Platon ayant été un Grec, il était naturel qu’il fasse allusion à sa propre culture.

On notera en outre que Doreen Virtue évoque des scènes de l’Atlantide qui ne cadrent absolument pas avec la catastrophe de Santorin (vers 1600 avant J.-C.), mais correspondent fort bien avec ce que mentionnent les multiples sources décrivant la véritable Atlantide, celle qui se trouvait au niveau de l’océan Atlantique. Elle parle ainsi de « régressions » vers des vies antérieures et de souvenirs spontanés faisant état d’une société très avancée, de l’utilisation de cristaux… En outre, Doreen Virtue fut « régressée », par son mari psychothérapeute Steven Farmer, vers sa vie atlante où elle se vit comme étant l’une des gardiennes du temple de guérison. Ce temple abritait une pyramide en cristal limpide d’environ 30 à 60 centimètres de haut, « avec l’image holographique d’un grand œil bleu qui voyait tout et qui rayonnait en son centre ». Ce n’est pas là une description de Santorin en 1600 avant J.-C. ! Il y a une incompatibilité totale entre ce type de descriptions et la localisation géographique et temporelle de Santorin. Et ce, malgré le fait que Platon mentionne des taureaux en Atlantide, ceci étant corrélé au fait que le taureau était l’animal sacré à l’époque de Santorin. Doreen Virtue, consciente de l’incompatibilité entre ses « visions » ou « souvenirs » et la civilisation minoenne, écrit ceci : « Il n’y avait aucune preuve de l’existence d’édifices en cristal pur, ainsi que l’avaient prétendu certains, et je n’ai pas vu d’aire d’atterrissage pour des véhicules volants. Toutefois, j’ai senti la présence de cristaux partout. Si ce site n’était pas l’Atlantide, il y était sûrement apparenté. L’énergie dont il était rempli a déclenché en moi des flots de souvenirs de ma vie antérieure à cette époque-là, et ouvert davantage le canal de communication divine que j’avais établi avec les anges de l’Atlantide. »

Mais cette « réactivation » de souvenirs ne s’expliquerait-elle pas tout simplement par la croyance à la nature atlante de cette contrée ? Nous pourrions parler ici, pour certaines personnes, de lieu « psychiquement chargé » associé à l’idée d’Atlantide. D’où la confusion, faite par certains « sensitifs » comme Doreen Virtue, entre « visions » ou « souvenirs » de l’Atlantide et Santorin.

L’identification Atlantide/Santorin a été encore aggravée, chez Doreen Virtue, par les propos d’un personnage, un Grec qui dit, notamment, qu’au sixième siècle avant notre ère les dieux de l’Olympe ont changé l’ADN des premiers Athéniens (censés constituer le « peuple serpent des Pléiades » !) pour les transformer en hommes, ce processus étant censé avoir été « complété » au cinquième siècle avant J.-C. ! Doreen Virtue ayant « reconnu » le lieu où se trouvait, selon elle, le temple de guérison de sa « régression », l’« historien psychique » déclara qu’il s’agissait de l’un des sites des temples de guérison atlantes. Il déclara avoir été un grand prêtre au temple de la guérison. Cet « historien psychique » prétend avoir été le poète épique Omiros, lequel correspond à Homère, l’auteur de « l’Iliade » et de « l’Odyssée » !

Selon cet « historien » particulier, le dieu Poséidon a réalisé des expériences sur l’ADN, ce qui aurait créé beaucoup d’anomalies comme les gargouilles, les sirènes, les centaures, les monstres marins, Zeus ayant mis fin à cette pratique. Doreen Virtue se souvint avoir vu, à Santorin, de nombreuses sculptures de sirènes et de tritons. Cet « historien » connaît manifestement bien les travaux de Zecharia Sitchin sur les dieux sumériens (des visiteurs de l’espace) puisqu’il évoque les « Anunakis » – identifiés par « l’historien psychique » à des Pléiadiens -, ceux-ci étant venus sur Terre il y a 300.000 ans. (L’identification à des Pléiadiens n’est pas faite par Zecharia Sitchin.)

Doreen Virtue dit avoir eu des visions de dragons et de géants mi-bêtes, mi-hommes, qui déambulaient en Atlantide, et elle a compris, écrit-elle, que le Sphinx d’Égypte était façonné à l’image de ces êtres fabuleux. Elle a « vu » le légendaire Minotaure, mi-taureau, mi-homme. Elle s’est souvenue des cornes de taureau gravées dans les bâtiments des ruines d’Akrotiri, ainsi que du récit de Platon faisant état de taureaux dans les rues de l’Atlantide, ceux-ci étant sacrifiés pour plaire aux dieux et les apaiser.

Le personnage (ou « illuminé ») rencontré par Doreen Virtue déclara à celle-ci que le système numéral de l’Atlantide était fondé sur le nombre 13. Il ajouta que les ordinateurs atlantes (qui ne pouvaient évidemment pas exister à Santorin en 1600 avant J.-C. !) étaient basés sur un fonctionnement axé sur 13 nombres.

Il déclara à Doreen Virtue que les prêtresses avaient l’habitude, dans le temple de guérison, de chanter pour « ouvrir » les vortex (chakras). Puis il se mit à fredonner la mélodie que Doreen Virtue avait chantée lors de sa régression dans son passé atlante, ce qui corroborait la réalité de la régression. Il précisa qu’il ne fallait pas enseigner cette chanson à quelqu’un qui serait susceptible d’en faire un mauvais usage…

Nous devrions, dit l’« historien psychique », avoir 12 segments d’ADN (cette affirmation étant compatible avec de nombreuses sources « canalisées »). Il ajouta que les 5 autres paires (les 10 segments « manquants ») allaient être à nouveau liées le 21 décembre 2012 (ce qui ne s’est évidemment pas vérifié) ! Selon notre « historien », il suffirait seulement d’avoir l’intention d’entrer en contact avec le « Premier Créateur » (sic) et de lui demander de nous faire récupérer les dix segments manquants pour retrouver ceux-ci complètement en 3 mois ! Nous sommes ici en plein « délire ».

Bref, il y a, chez notre « historien », un mélange de faits réels (bien que non reconnus par les « vrais » historiens) avec une identification trompeuse de l’Atlantide à Santorin.

L’archange Michael est censé avoir dit à Doreen Virtue que les chapelles grecques couvrent les vortex de l’Atlantide. Mais contrairement à ce qu’elle croit, Doreen Virtue ne foulait pas « l’ancienne Atlantide » lorsqu’elle était à Santorin. Il ne s’agissait pas des « pierres de l’Atlantide ».

La référence, pour la localisation de l’Atlantide, aux autres « endroits », en plus de Santorin, s’explique par ce qui suit. A la question : « L’Atlantide se trouvait-elle à l’emplacement de Santorin aujourd’hui ? », l’entité canalisée « Merlin/Hermès » répondit à Doreen Virtue que l’Atlantide s’étendait en divers lieux de la Terre. Elle était proche de « Shambala », situé au large des côtes indonésiennes, et allait jusqu’au centre de Bali. Elle avait aussi un lien avec l’Australie. (8) Cette localisation, disons-le, est fantaisiste, et elle n’est pas corroborée par une seule source « psychique » sérieuse. En fait, cette localisation ressemble plus à celle de la Lémurie qu’à celle de l’Atlantide !

Les deux sources fantaisistes évoquées ci-dessus mises à part, il convient de rappeler que toutes les autres sources « extraordinaires » (« paranormales » ou autres) ayant évoqué l’Atlantide localisent correctement l’Atlantide au niveau de l’océan Atlantique.

Nous avons vu que l’« historien psychique » rencontré par Doreen Virtue a fait état, en Atlantide, d’expériences génétiques ayant abouti à la création de monstres. On retrouve cette idée de manipulations génétiques dans d’autres sources qui, elles, ne localisent évidemment pas l’Atlantide en mer Égée ! Voici deux exemples (que je ne détaille pas ici) :

– La channel Midaho a été informée qu’à la fin de leur civilisation, les Atlantes ont fait des manipulations génétiques sur des animaux et des humains… (9)

– Lors d’une sortie hors du corps, Anne Givaudan a vu une scène se déroulant en Atlantide. L’être auquel elle s’est « identifiée », lors de la perception de cette scène, travaillait dans un grand laboratoire de recherche où des expériences génétiques étaient en cours… (10)

On voit donc qu’il y a, chez « l’historien psychique » rencontré par Doreen Virtue, un mélange de localisation erronée de l’Atlantide avec des éléments valables de description de cette civilisation engloutie. Si « l’historien psychique » grec a identifié l’Atlantide à Santorin, c’est manifestement par « fierté nationale » !

III. Une fausse Atlantide en mer du Nord :

On sait que Platon parlait d’une île localisée au-delà du détroit de Gibraltar, cette île ayant été détruite à la suite d’un cataclysme. Ce dernier s’est produit à une date correspondant à 9000 ans avant l’époque du philosophe grec.

Sylvain Tristan est l’auteur de : « Les lignes d’or » et de : « L’Atlantide, le premier empire européen ». Quant à Jean Deruelle, il est l’auteur de : « L’Atlantide des mégalithes ». Que soutiennent ces auteurs ? Que l’Atlantide était la civilisation des peuples mégalithiques d’Europe du Nord ! C’est Jean Deruelle qui a émis le premier l’hypothèse de cette origine mégalithique de la civilisation atlante.

Sylvain Tristan dit qu’il fait « une équation entre les descriptions recevables des peuples atlantes et ce que nous savons de l’expansion mégalithique ». Il insinue que la première description faite par Platon de l’empire atlante et de ses colonies « correspond presque rigoureusement à l’implantation territoriale mégalithique ». Il ajoute que le seul peuple de cette époque à maîtriser la navigation est la civilisation mégalithique dont la colonisation s’est effectuée sur toutes les côtes de l’Atlantique. Quant à Diodore de Sicile, il a décrit les Atlantes comme des peuples qui vivaient jadis le long de l’Atlantique, quelques millénaires avant les Grecs. Là encore, dit Sylvain Tristan, il ne peut s’agir que des peuples mégalithiques.

Pour étayer sa thèse, Sylvain Tristan s’est appuyé sur des faits archéologiques, des références mythologiques et une « démonstration mathématique ». En fait, tous ces éléments sont tout à fait indépendants de l’identification erronée des Atlantes aux « mégalithiciens ».

Alan Butler est le « redécouvreur » de la « géométrie à 366° ». C’est le décryptage du disque de Phaistos qui est à la base de cette « redécouverte ». Cet objet retrouvé en Crète est un calendrier basé sur une année de 366 jours. Daté de 1800 avant J.-C., ce calendrier est censé renforcer l’hypothèse selon laquelle les peuples du nord de l’Europe (Frisons) étaient des Atlantes, car cet objet reproduit des symboles mégalithiques et philistins (Frisons)… Selon Sylvain Tristan, les « unités de mesure des Atlantes », identifiés aux « mégalithiciens », montrent qu’ils étaient maîtres d’une géométrie à 366°. L’Écossais Alan Butler considère que les constructions mégalithiques étaient fondées sur une unité de mesure de 83 centimètres, le yard mégalithique, qui est une subdivision parfaite de la circonférence terrestre et qui implique le nombre 366, une seconde d’arc terrestre mesurant 366 yards mégalithiques. De plus, les sites mégalithiques et les capitales des premières civilisations sont situés à des endroits qui impliquent la maîtrise de la géométrie à 366°. Les capitales de ces civilisations sont placées à certains endroits selon des critères mathématiques et astronomiques précis, et elles sont tissées sur le réseau de lignes correspondant au découpage de la Terre selon 366 méridiens équidistants. Si l’on découpe la Terre comme une clémentine en 366 quartiers, on révèle le réseau d’implantation des capitales des anciennes civilisations.

Si ce genre de considération ne pose pas de problème particulier, il s’avère néanmoins que cela n’a, à vrai dire, rien à voir avec la véritable Atlantide (localisée au niveau de l’Océan Atlantique et non en Europe). Ce n’est pas le « génie des Atlantes » qui est ici impliqué. Selon Sylvain Tristan, les (faux) Atlantes auraient découvert cette géométrie par une observation des astres.

Les « mégalithiciens », dit-il, sont allés jusqu’au Jourdain. Selon cet auteur, le fait que les nouvelles grandes cités des peuples d’Amérique du Sud, de Grèce, aient été érigées sur les « lignes d’or », montre que l’Atlantide a participé à la naissance des civilisations. Les « mégalithiciens » auraient ainsi favorisé l’émergence des grandes civilisations de Sumer, d’Égypte, de l’Indus, de la Grèce.

En fait, et comme nombre de ses prédécesseurs, la stratégie de Sylvain Tristan est d’évacuer les éléments du récit platonicien incompatibles avec sa thèse, afin de faire cadrer à tout prix les « faits » à celle-ci. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que cet auteur rejette la datation que Platon a faite de l’Atlantide, soit 9000 ans avant Solon, cette datation ayant, dit-il, discrédité la thèse « mégalithique » aux yeux des historiens. Il est convaincu que cette indication est erronée, les datations au carbone 14 des restes mégalithiques situant leurs auteurs dans la période de 5000 à 1000 ans avant J.-C. Il ne fait aucun doute pour lui que les Atlantes étaient un peuple qui vivait, à cette période, sur les bords de l’Atlantique. Il ne peut s’agir, dit-il, que des « mégalithiciens » installés dans l’Europe du Nord et qui ont ensuite colonisé les côtes atlantiques jusque dans la Méditerranée où l’on retrouve leurs constructions aux Baléares, en Corse, à Malte et en Afrique du Nord… Il existe, ajoute-t-il, « des passerelles flagrantes entre les références mythologiques atlantes et les légendes de l’Europe, et la mer du Nord ».

L’autre « élément de preuve », selon Sylvain Tristan, est la description des peuples de la mer attaquant les pays de la Méditerranée, ce qui coïncide « avec la fin de la période mégalithique ». Y sont « clairement dépeints », prétend-il, des marins accomplis venus du nord. Les descriptions égyptiennes « exposent avec précision une épée d’origine armoricaine, preuve d’une invasion de la Méditerranée par des peuples océaniques ».

En réalité, l’erreur de Sylvain Tristan est double : le rejet de la date de Platon et l’identification des « Atlantes » à la civilisation mégalithique de l’époque 5000/1000 avant notre ère.

Il existe un détail qui montre le caractère absurde de la thèse de Sylvain Tristan. On sait que Platon, dans son récit, évoquait une île atlante. Sylvain Tristan localise cette île… en Europe du Nord ! Voici son « argumentation » :

« Le recoupement des récits mythiques grecs fait de l’Europe du Nord une excellente candidate pour avoir accueilli une île importante de l’ère atlante. Plus encore, les mythes d’Avalon, Atland et Aztlan, respectivement du folklore celtique, frison et aztèque, rappellent cette île d’Atlantide dont les descriptions ne peuvent correspondre qu’à une zone septentrionale située en Europe du Nord. Or, justement, il y a bien des terres qui ont été immergées dans la mer du Nord, tout autour desquelles ont été retrouvés des mégalithes. Il est impensable que le peuple mégalithique soit passé à côté d’une vaste île présente dans la région, vu sa cinétique d’implantation. L’immense île du Dogger Bank a été submergée assez récemment, à une date évaluée par les archéologues à 5000 ans avant J.-C. Cette date ne correspond pas à l’époque apogée de la civilisation atlante. Personnellement, je pense que cette estimation est erronée car elle ne prend pas en compte le phénomène d’affaissement général des sols dans cette zone. Le sol s’enfonce et continue encore de s’enfoncer en mer du Nord. C’est pour cela qu’en Angleterre, Allemagne et Hollande, les habitants luttent contre la mer. Il ne fait pour moi aucun doute que l’île du Dogger Bank a dû jouer un rôle très important dans la civilisation mégalithique. L’immersion de cette île à laquelle Platon fait référence a contribué en partie à faire naître le mythe de l’Atlantide. Il y aurait selon moi de fortes raisons de faire des fouilles dans cette région et en particulier le long de la ligne d’or qui traverse le Dogger Bank. Elles révéleraient peut-être pour le moins des mégalithes, sinon la capitale de l’Atlantide. »

Que d’erreurs, encore, dans cette citation !

Identifier l’île évoquée par Platon à l’île du Dogger Bank en Europe du Nord est une totale absurdité lorsqu’on sait que le philosophe grec a bien précisé, dans son récit, que l’Atlantide était localisée « au-delà des colonnes d’Hercule », c’est-à-dire au-delà du détroit de Gibraltar (entre l’Espagne et le Maroc), donc dans l’Océan Atlantique ! Sans oublier que Platon évoquait la date de 9000 ans avant Solon, ce qui ne correspond pas, évidemment, avec la date de la disparition de l’île du Dogger Bank. Ce n’est pas pour rien si Sylvain Tristan rejette cette datation, celle-ci allant totalement à l’encontre du scénario de l’histoire de l’humanité matraqué dans les médias, les institutions académiques et les manuels scolaires.

On notera par ailleurs que Sylvain Tristan est obligé de considérer comme erronée la date donnée par les archéologues pour l’immersion de l’île du Dogger Bank, car cette date ne correspond pas vraiment avec celle qui devrait être, selon lui, la bonne ! Mais ce n’est évidemment pas l’immersion de cette île qui est à l’origine « en partie » du prétendu mythe de l’Atlantide. Aucune chance de trouver, fouilles aidant, la capitale de l’Atlantide en cet endroit !

En outre, le mythe d’Avallon semble plutôt une référence implicite au continent d’Hyperborée, lequel était localisé, selon la tradition ésotérique, vers le Pôle Nord.

Sylvain Tristan est aussi amené, pour justifier sa thèse, à déclarer que Platon a forcé le « mythe » en parlant de palais, sa « tendance hyperbolique » étant nette, dit-il, lorsqu’il évoque des statues d’or, « alors que nous savons qu’il n’y avait pas d’or à cette époque en Europe ». Voilà effectivement un élément supplémentaire qui va à l’encontre de la thèse de Sylvain Tristan, mais plutôt que d’en tirer la conclusion que cela ne cadre pas avec celle-ci, il soutient, pour préserver celle-ci, qu’il s’agit là d’une invention du philosophe grec !

Il mentionne le fait que certains individus prêtent à l’Atlantide une technologie très avancée, telle l’aviation, ce qui ne lui paraît pas du tout vraisemblable ! Ce n’est effectivement pas du tout vraisemblable en Europe pendant la période 5000 à 1000 avant J.-C., mais cela est par contre tout à fait « vraisemblable » (n’en déplaise aux « préhistoriens » et autres archéologues) pour la période antédiluvienne (il y a plus de 11.000 ans), ainsi que le relatent de très nombreuses sources « paranormales » (médiumniques, etc.) !

Sylvain Tristan évoque une transmission de connaissances des Atlantes jusqu’à nous via les druides et les Celtes… (11) Cette dernière thèse a quelque chose de vrai, à condition, néanmoins, d’identifier les vrais Atlantes à une civilisation ayant existé, au niveau de l’Océan Atlantique, il y a environ 12 000 ans (et plus).

L’Atlantide n’était aucunement le « premier empire européen ».

Faisant référence à la localisation de Sylvain Tristan : le Doggerland (grande étendue de terre qui reliait la France, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne), Nicolas Montigiani cite, dans le numéro de mai-juin 2016 de sa revue « Science et Inexpliqué », l’historienne Bleuette Diot :

« A mon sens, cette Atlantide du Nord, qu’elle soit ou non celle de Platon, pourrait bien être l’explication rationnelle de certaines légendes, en particulier celle de la cité d’Ys, la célèbre ville engloutie, ou encore celle du fameux mythe celte des Quatre Îles au nord du monde. »

Cette fausse Atlantide, celle du Nord, ne peut en aucun cas être celle de Platon, ne serait-ce que parce que dernier évoquait « les colonnes d’Hercule » (qui ne sont pas vraiment en mer du Nord !) et que la date donnée par le philosophe grec, pour la fin de l’Atlantide, est 9000 ans avant son époque. En outre, de multiples sources « extraordinaires » (« psychiques », etc.) situent la vraie Atlantide dans l’océan Atlantique. En conséquence, et contrairement à ce qu’écrit Nicolas Montigiani, la localisation géographique de Sylvain Tristan ne mérite pas « d’être creusée ». (12) Le seul aspect qui mérite d’être « creusé », dans cette affaire, c’est le lien Atlantide/sites mégalithiques.

L’Atlantide et les sites mégalithiques :

La thèse de Sylvain Tristan est erronée, mais il existe cependant une réelle relation entre les sites mégalithiques et l’Atlantide.

Voici, à ce sujet, la thèse de Daniel Harran (1947-2024) publiée dans le numéro d’octobre/novembre 2009 de la revue « Sacrée planète » (la même revue où à été publiée la thèse de Sylvain Tristan). Ce qu’il écrit à propos du lien Atlantide/sites mégalithiques correspond à ma pensée, même si je suis très dubitatif sur le lien qu’il fait entre « crop circles et Atlantide ».

Daniel Harran, qui explique la formation de la grande majorité des « crop circles » par des « esprits de la nature » (laissons-lui la responsabilité de cette thèse à laquelle je n’adhère pas), défend aussi l’idée d’une relation entre ces formations céréalières et la civilisation disparue de l’Atlantide.

De nombreux « crop circles » sont créés chaque année dans le comté du Wiltshire et ses alentours, en Angleterre. Daniel Harran note que la majorité des « agroglyphes » en Angleterre sont créés :

– Soit à proximité des sites mégalithiques anciens tels que Stonehenge et surtout Avebury.

– Soit près des nombreux tumulus présents dans cette région.

– Soit près des « chevaux blancs » qui sont une tradition propre à cette région du Wiltshire.

L’âge des temples sacrés de Stonehenge et d’Avebury est estimé à au moins 5500 ans. A Stonehenge, les pierres les plus lourdes pèsent une vingtaine de tonnes, environ six tonnes pour celles disposées en linteaux.

« Une étude géologique a montré que les plus lourdes ont été extraites d’une carrière située à plus de vingt kilomètres, alors que les autres proviennent d’une carrière située au Pays de Galles, à 220 km.

Comment, il y a 5500 ans, à l’époque néolithique, les hommes ont-ils pu transporter et ériger des pierres aussi énormes ? Cette question se pose de la même façon pour tous les très nombreux sites mégalithiques d’Europe et du monde entier. Partout, ces constructions remontent ‘‘à la nuit des temps’’. En France, par exemple, la pierre la plus imposante est le monolithe de Locmariaquer en Bretagne (fragmenté en trois morceaux) qui est estimé à 280 tonnes, alors qu’il a été extrait d’une carrière située à une douzaine de kilomètres du lieu actuel !

Il faut avouer que les explications ‘‘officielles’’ des historiens, qui mettent en jeu des cordes, des rondins en bois pour le transport, des plans inclinés en terre et la force musculaire d’un grand nombre d’hommes, ne sont pas crédibles. Les rondins seraient écrasés dans la terre par le poids des pierres, sans compter les obstacles du relief entre les carrières et les lieux d’érection ; et le nombre d’hommes qui pourraient joindre leurs forces pour soulever puis déplacer les pierres serait limité par la place disponible autour de ces pierres.

Or, la précision du jointoiement des linteaux à Stonehenge est excellente et témoigne d’une parfaite maîtrise des techniques de construction. D’autre part, la disposition des pierres a révélé que les hommes de l’époque avaient des connaissances très avancées sur les mouvements de la Terre, du Soleil et de la Lune : c’était un véritable observatoire astronomique.

Il faut le reconnaître : ces mégalithes impliquent que les bâtisseurs détenaient des connaissances et avaient développé des capacités qui leur permettaient une maîtrise de la force de pesanteur, capacités oubliées depuis longtemps par l’Homme. Tout ceci nous amène à penser que les bâtisseurs appartenaient à une civilisation antique développée qui aurait disparu avant d’être oubliée. » (D. Harran)

Daniel Harran évoque l’Atlantide disparue, localisée, d’après Platon, « au-delà des colonnes d’Hercule » (c’est-à-dire le détroit de Gibraltar), et engloutie environ 9000 ans avant son époque.

L’Atlantide fait partie de l’histoire orale de la plupart des peuples amérindiens. D’après les Anciens de ces tribus, leurs ancêtres sont venus de l’Atlantide. Ce sont ces ancêtres qui ont construit les pyramides en Amérique centrale.

« D’autre part, il a été observé que la description faite par Platon de l’empire atlante en Europe correspond presque rigoureusement à l’implantation territoriale des mégalithes. » (D. Harran)

Ici, Daniel Harran fait manifestement allusion à la thèse de Sylvain Tristan (qu’il cite d’ailleurs dans ses notes bibliographiques) !

Daniel Harran donne cette citation d’un auteur :

« Alors que la civilisation de l’Atlantide a disparu brutalement il y a 10 000 ans environ, les migrations atlantéennes ont amené les descendants de cette civilisation à prendre pied sur notre continent en Grande-Bretagne, avant de traverser l’Europe et de poursuivre vers l’Est quelques millénaires plus tard jusqu’en Asie. De plus, les Atlantes avaient développé des capacités qui leur permettaient de soulever des charges énormes. »

Un autre auteur est cité :

« L’Égypte fut à l’origine peuplée par des survivants de l’Atlantide, après que deux cataclysmes l’eurent détruite ; le Sphinx et les pyramides de Gizeh ont été construits par les Atlantes. »

Daniel Harran propose l’idée que la proximité de nombreux « agroglyphes » avec les sites mégalithiques en Angleterre indique que les auteurs cherchent à nous rappeler la civilisation oubliée de l’Atlantide.

Le peuple scythe a vécu dans le Caucase (sur les rives de la mer Noire) pendant le premier millénaire avant notre ère. L’écrivain grec Hérodote a consacré un livre à ce peuple d’éleveurs nomades et de cavaliers intrépides. Ce peuple s’est distingué par la construction de kourganes, des tumulus souvent de grandes dimensions (jusqu’à 300 mètres de diamètre) qui recouvraient les tombes de rois ou de personnages importants… Le cheval occupait, pour ce peuple, une grande place.

« Ainsi, il y a 3000 ans environ, vivait dans cette région d’Asie un peuple qui s’est distingué par la construction de très nombreux tumulus, par une large place faite aux chevaux et un art étonnamment développé. L’origine de ce peuple est encore considérée comme un mystère. Nicolas Witsen fut l’un des premiers chercheurs à s’y intéresser. Le fait que ce peuple ait fait preuve d’une étonnante maîtrise des techniques artistiques qui s’est perdue par la suite, nous porte à penser que ces techniques devaient être un héritage d’une époque antérieure. Or, nous savons aujourd’hui que ce peuple scythe se trouvait au bout du chemin des grandes migrations post-alantéennes, et nous pouvons comprendre ainsi qu’il était, en fait, un lointain descendant des Atlantes.

Par les très nombreux tumulus et la large place accordée aux chevaux, nous remarquons l’analogie entre le peuple qui habitait le Wiltshire il y a 5000 ans environ et le peuple scythe présent dans le Caucase il y a 3000 ans. Or, ils se trouvaient tous les deux sur le chemin des migrations post-atlantéennes, le premier ayant bien sûr vécu à une période antérieure au second. Ce rapprochement nous permet de comprendre que les tumulus et la place particulière accordée aux chevaux étaient des caractéristiques des peuples descendant des Atlantes. Nous proposons alors l’idée qu’en attirant notre attention sur ces endroits, les auteurs des ‘‘agroglyphes’’ cherchent encore à nous rappeler la civilisation oubliée de l’Atlantide. » (D. Harran)

Pourquoi l’Atlantide ?

« Tous les auteurs qui ont mentionné cette civilisation de l’Atlantide ont indiqué qu’après une période de décadence et de guerres intérieures, elle a disparu il y a 12000 ans environ par l’engloutissement de l’île dans les profondeurs de l’océan Atlantique.

Or, chacun de nous se rend compte que l’humanité vit actuellement une période très critique où tous les signaux d’alarme se sont allumés successivement, du fait de l’exploitation inconsidérée des richesses naturelles de notre planète, des pollutions très graves qui ont rompu les équilibres écologiques, des très nombreuses disparitions d’espèces animales et végétales, du fait des inégalités économiques et sociales toujours plus criantes dans nos sociétés génératrices de conflits et de guerres incessantes, etc. » (D. Harran)

L’Homme est en train de détruire sa planète.

« Tout cela montre que notre civilisation traverse une crise sans précédent… sans précédent dans notre histoire connue, mais les auteurs des ‘‘agroglyphes’’ semblent faire leur possible pour nous alerter en nous rappelant que des événements aussi tragiques ont déjà existé dans le passé, qu’une civilisation a précédé la nôtre et a effectivement disparu suite aux troubles et aux dissensions intérieures qu’elle n’avait pas su maîtriser. (…)

Ainsi, on peut comprendre que le message des ‘‘agroglyphes’’, lié à leur localisation privilégiée en Angleterre près des vestiges atlantes, est une mise en garde qui nous est adressée contre le risque réel de disparition de notre civilisation, en nous rappelant le précédent de l’Atlantide. » (D. Harran)

La conclusion de Daniel Harran est la suivante :

« L’interprétation que je propose est que des êtres spirituels bienveillants liés à la Terre, des élémentaux, nous interpellent avec insistance pour nous dire :

‘‘Nous existons’’, et au-delà pour nous aider à prendre conscience du monde des esprits, de l’existence d’autres êtres intelligents présents sur Terre mais qui vivent dans d’autres plans.

‘‘Respectez la nature’’, dont ils sont les gardiens.

‘‘Rappelez-vous l’Atlantide’’. Ils veulent nous faire comprendre que nous devons choisir aujourd’hui entre autodestruction et disparition de l’espèce humaine, ou bien évolution par l’éveil de notre conscience.

Les élémentaux, qui vivent dans le monde invisible, sont attachés à cette région du Wiltshire. Ils ont conservé la mémoire des relations harmonieuses que le peuple atlante entretenait avec eux, et ils sont aujourd’hui témoins de la grave dégradation de la Terre et de la dangereuse dérive de notre civilisation humaine. C’est pourquoi ils se manifestent à nous, avec leurs moyens, pour nous mettre en garde. Mais ces êtres sont aussi caractérisés par un profond instinct d’indépendance et n’ont pas de relation avec ceux des autres régions et des autres pays. Ceci explique la singularité de cette région d’Angleterre et le fait que les ‘‘agroglyphes’’ soient là les plus anciens, les plus nombreux, les plus spectaculaires et… les plus expressifs. » (13)

Que penser réellement de cette corrélation « agroglyphes »/Atlantide ? Si je suis d’accord avec les propos de Daniel Harran sur l’Atlantide et sur la relation de cette civilisation avec les mégalithes (dans une perspective différente de celle de Sylvain Tristan), je dois par contre préciser que les élémentaux sont loin d’être les seuls responsables des « crop circles ». Voyez, dans la rubrique « Énigmes et sujets divers », mes deux articles :

« Les crop circles Les hypothèses ».

« L’origine des crop circles selon les sources ‘‘extraordinaires’’. »

IV. Autres localisations fantaisistes :

Je mentionne, dans les trois premières pages consacrées aux localisations fantaisistes de l’Atlantide, les fausses Atlantides suivantes : d’abord l’île Socotra, puis Santorin, et enfin une île de la mer du Nord et un empire européen entre 5000 et 1000 avant notre ère.

Parmi les autres localisations fantaisistes, citons celles-ci, listées par Jacques Hébert :

• L’Amérique de Christophe Colomb, selon Lopez de Gomora – fin du quinzième siècle – et tous les lettrés de son temps.

• Dans le nord de l’Europe, selon le biologiste suédois Olav Rudbeck (1679). Ce dernier voyait dans l’Atlantide une allégorie de son propre pays comme berceau de la civilisation.

• La Perse (ennemie jurée des Grecs).

• La ville de Tartessos, à l’embouchure du Guadalquivir en Espagne, selon Schulten.

• Entre l’Inde et la corne de l’Afrique (« Atlantide » primitive) et entre la Lybie et l’Italie (« Atlantide » ‘‘postcataclysmique’’ et occidentale), selon l’Allemand Joseph Karst.

• Le Lac Poopô en Bolivie, selon le colonel britannique John Blashford-Snell (1997).

Selon l’universitaire russe Viatcheslav Koudriavtsev (1997), « la capitale du royaume d’Atlas » se trouve sur le site de Little Sole Bank, au large des côtes de la Cornouaille anglaise, par quarante-neuf mètres de profondeur… (14)

1. L’île du cap Spartel :

Dans le numéro de novembre 2002 de la revue « Science et Vie », François Herbaux évoque une localisation défendue par le géologue et préhistorien Jacques Collina-Girard, lequel identifie l’Atlantide à l’île du cap Spartel (au débouché du détroit de Gibraltar). Cette île ne mesurait que quatorze kilomètres de long et cinq kilomètres de large avant son « engloutissement » il y a environ 19.000 ans.

Jacques Collina-Girard a publié, en 2009, un livre sur sa localisation de l’Atlantide. Son titre : « L’Atlantide retrouvée ? » (éditions Belin). Dans le numéro 10 (juillet/août 2009) de « Science et Inexpliqué », on lit, à propos de ce livre, que le scénario de l’auteur « est assez convaincant », une déclaration que je ne partage évidemment pas. Le commentateur pose aussi la question : ce livre « va-t-il mettre un terme à la quête de l’Atlantide ? ». Ma réponse, bien sûr, est non, car la terre atlante ne peut pas en fait être identifiée à l’île du cap Spartel. Le seul point avec lequel je suis d’accord concerne le désaccord de l’auteur de l’ouvrage avec l’argument de l’historien (décédé) Pierre Vidal-Naquet, lequel pensait que les tentatives de faire coïncider le mythe platonicien à une localisation géographique (et donc à une matérialité) sont critiquables car elles participent d’une volonté de trouver systématiquement « un noyau factuel aux mythes ». Selon cet historien, le mythe de Platon n’a pas pour but de donner des informations sur une civilisation disparue, mais de délivrer « une démonstration politique et philosophique ». Pour Pierre Vidal-Naquet, chercher l’Atlantide est aussi pertinent que de chercher la maison du Petit-Poucet. Jacques Collina-Girard exprime son désaccord sur ce point. On peut d’ailleurs noter que, dès la génération qui a suivi celle de Platon, on a commencé à s’interroger sur la réalité de l’Atlantide. (15)

Dans une émission télévisée, diffusée le 25 septembre 2009 dans le cadre du magazine « Thalassa » (France 3), une séquence a été consacrée à l’identification de l’Atlantide à l’île du cap Spartel. On a eu droit, bien sûr, à l’affirmation erronée classique : « Il n’y avait pas, il y a 12 000 ans, de civilisation avancée. » On a aussi entendu dire que les caractéristiques (localisation, etc.) de l’île du cap Spartel semblent coïncider avec le récit platonicien. Or, on peut rejeter cette localisation pour diverses raisons, dont celles-ci :

Premièrement, dans le texte de Platon il est bien précisé : « au-delà des colonnes d’Hercule », donc au-delà du détroit de Gibraltar, ce qui positionne clairement l’île atlante dans l’Océan Atlantique et non au niveau du détroit de Gibraltar.

Deuxièmement, les dimensions fort modestes de l’île du cap Spartel n’ont strictement rien à voir avec la superficie de l’« île » de Platon : « plus grande que la Libye et l’Asie réunies » ! Jacques Collina-Girard en est réduit à postuler que « le souvenir du naufrage progressif de l’île, causé par la remontée des eaux à la fonte des calottes glaciaires, a été transmis par la tradition orale (…) jusqu’à l’époque de Platon, qui l’aurait magnifié pour les besoins de sa démonstration en inventant l’Atlantide »…

Troisièmement, on ne peut pas vraiment parler d’engloutissement soudain, cette fausse Atlantide n’ayant subi aucun cataclysme. Edouard Bard évoque à ce propos une remontée des eaux estimée à dix mètres par siècle au maximum ! Evidemment, l’« Atlantide » de Jacques Collina-Girard n’a pu être peuplée que d’hommes de Cro-Magnon, la « riche et fabuleuse Atlantide » étant réduite à une pure fiction imaginée par Platon… (Nous retrouvons ici le « conte philosophique » !)

Donc, contrairement à ce qu’on lit dans le numéro 335 (décembre 2008/janvier 2009) de « Le monde de l’inconnu », et contrairement à ce qui a été suggéré dans « Thalassa » en septembre 2009, on ne peut pas dire que de nombreux points correspondent avec les descriptions données par Platon !

Un article du numéro 19 (janvier/février 2011) de « Science et Inexpliqué » est consacré à la thèse du géologue et préhistorien Jacques Collina-Girard. Notons d’abord le caractère erroné du titre de l’article : « Atlantide : un scientifique l’a localisée ! ». Il aurait fallu écrire : « un scientifique pense avoir localisé l’Atlantide ». L’article débute bien, avec notamment la réfutation de l’identification des vestiges de l’Atlantide à l’île de Socotra (la thèse de Jacques Hébert, à la réfutation de laquelle je consacre un texte dans la même rubrique).

En 2001, dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences, Jacques Collina-Girard avance que les fonds marins situés à l’ouest du détroit de Gibraltar montrent des caractéristiques conciliables avec l’existence, il y a quelque 12.000 ans (date correspondant au récit de Platon), d’une île aujourd’hui submergée. Il avait noté, sur une carte marine du Détroit de Gibraltar, un relief sous-marin qui avait été une île, un archipel englouti depuis 10.000 ans…

L’helléniste décédé Pierre Vidal-Naquet voyait dans les propos de Platon une simple invention, et pour l’agrégé de lettres classiques Antoine Thivel, l’Atlantide est « un mythe des origines, qui utilise une fois de plus le Déluge comme instrument de la colère divine », le récit platonicien étant réduit à une fable morale à forte signification politique. Cela est faux, mais l’identification de l’Atlantide à l’île du Cap Spartel n’est pas meilleure, n’en déplaise à Jacques Collina-Girard et à d’autres. Dominique Commelin, du CNRS, qualifie le travail de Jacques Collina-Girard de « mise au point moderne », le travail du géologue ayant par ailleurs été appuyé par le préhistorien François Djindjian (CNRS, Université de Paris 1), le docteur Jean Nicod (professeur à l’Institut de géographie d’Aix-en-Provence) et le professeur Christian Boudignon (maître de conférence à l’Université d’Aix-Marseille). Et dans une note de lecture datée de novembre 2009, l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS), une association rationaliste bien connue, indique que « loin des fréquents ouvrages d’archéologie fantastique d’inspiration plus ou moins ésotérique, nous avons ici la démarche d’un scientifique qui appuie son argumentaire sur un large corpus scientifique, faisant appel aux données de diverses disciplines ».

Faut-il s’étonner de ces appuis scientifiques et « rationalistes » ? Non, bien sûr, car la fausse Atlantide prônée par Jacques Collina-Girard ne bouscule pas les dogmes préhistoriques et géologiques ! Rien de bien « méchant » et d’« inquiétant », pour les tenants de la « science », que de reconnaître l’immersion d’un île ayant pu donner naissance au « mythe » de l’Atlantide, d’autant plus que la localisation et la date de la disparition de cette île sont cohérentes avec le récit platonicien !

« Quels éléments vous ont poussé à localiser l’île devant Gibraltar, et non, comme c’est généralement le cas, au milieu de l’Atlantique ?»

A cette question, Jacques Collina-Girard a fait cette réponse :

« Pour la bonne et simple raison qu’il y avait bien une île devant Gibraltar et qu’il n’y en a jamais eu aucune au milieu de l’Atlantique ! Platon, d’ailleurs, parle d’une île située à la sortie du détroit… »

Platon avait écrit « au-delà des colonnes d’Hercule », donc, de toute façon, dans l’océan Atlantique. Mais la réponse du géologue, avec son affirmation péremptoire relative à l’inexistence passée d’une île au centre de l’océan Atlantique, est tout à fait conforme au dogme qui prévaut en matière de géologie des fonds marins. Cette affirmation se heurte à l’affirmation contraire de nombreuses sources « extraordinaires » (canalisées, etc.).

Jacques Collina-Girard dit qu’il y a un faisceau d’arguments qui montrent que son hypothèse est la bonne, mais la réalité est différente, le fait « qu’à l’endroit dit, au lieu dit et à la date dite, il y a bien eu un événement géologique réel qui évoque fortement l’histoire de Platon », pouvant très bien s’expliquer de la sorte : l’immersion de cette petite île « pointée » par Jacques Collina-Girard n’est qu’une partie localisée et ponctuelle d’un événement de bien plus grande ampleur ayant affecté une masse territoriale bien plus importante qui se trouvait, n’en déplaise à Jacques Collina-Girard, au milieu de l’océan Atlantique (du côté des Canaries, des Açores, au large de la Floride).

Bien sûr, dans son récit, Platon n’a pas évoqué de civilisation technologiquement avancée (cela aurait d’ailleurs été incompréhensible à son époque), et comme le note Jacques Collina-Girard, ce qu’il a décrit ressemble plutôt aux cités grecques de l’époque :

« Nous sommes plus, à mon avis, dans la partie fiction et modèle philosophique. »

Certains individus prétendent que le récit est une invention du philosophe grec dans le but de dépeindre une cité « idéale ». Ceci n’exclut pas, rétorque Jacques Collina-Girard, la possibilité que « cette histoire soit une invention qui brode sur une autre, véritable, héritée de la tradition orale, ce que dit explicitement le philosophe au début du ‘‘Timée’’ – il transpose une fiction de cité idéale dans une histoire vraie héritée des Égyptiens ». (16) J’ajoute que ceci est parfaitement compatible avec la version « ésotérique » de l’Atlantide que je défends ! Les prêtres égyptiens n’ont donné que quelques éléments (dont la date et la localisation géographique), et Platon a ensuite « brodé » sur la base de ce qui était acceptable pour son époque.

Contrairement à ce que croient les hellénistes, le récit platonicien ne se limite pas à une allégorie philosophique et politique et n’a pas eu comme seul objectif, contrairement à ce que dit le géologue Guy Kieffer chargé de recherche au CNRS, de « donner une leçon de civisme et de bonne conduite ».

Dans un article publié dans le numéro de mai-juin 2016 de sa revue « Science et Inexpliqué », Nicolas Montigiani note qu’en 2002, le préhistorien français Jacques Collina-Girard a défendu la thèse (qui, contrairement à ce que rapporte Nicolas Montigiani, n’était pas « plutôt séduisante ») selon laquelle l’île atlante aurait été celle de cap Spartel, au débouché de Gibraltar.

« Bien qu’en accord avec les dires du philosophe grec, elle n’a pas tardé à subir le feu de la critique, notamment parce qu’elle gomme l’idée d’une civilisation raffinée en la remplaçant par de modestes populations préhistoriques en proie à divers cataclysmes géologiques sur une longue période. » (N. Montigiani) (17)

2. L’Antarctique :

Certains auteurs, tout en défendant l’idée d’une civilisation scientifiquement avancée dans la « préhistoire », donnent cependant de celle-ci une localisation erronée : l’Italien Flavio Barbiero (1974), l’Espagnol Javier Sierra (2000), le couple Flem-Ath et l’Américain Graham Hancock localisent en effet cette civilisation dans l’Antarctique !

Graham Hancock considère comme « imparable » l’argument de Galanopoulos et Bacon selon lesquels aucune terre n’a jamais relié l’Ancien Monde au Nouveau par-delà l’Atlantique. Il « n’y a pas de continent englouti au fond de l’Atlantique : l’océan Atlantique existe dans sa forme actuelle depuis au moins un million d’années ». L’existence d’une Atlantide ayant les dimensions décrites par Platon « constitue tout simplement une impossibilité géophysique ». Graham Hancock note que les océanographes « ont méticuleusement cartographié le fond de l’océan Atlantique et n’y ont pas trouvé la moindre trace d’un continent perdu ». Cet auteur s’est donc rallié à l’hypothèse antarctique soutenue par les époux Flem-Ath… (18) Or, le caractère prétendu imparable de cet argument n’est manifestement pas partagé par tout le monde, si l’on se réfère à Pierre Carnac (citation donnée aussi plus haut) :

« Lorsque des scientifiques, tels B. C. Heezen, M. Ewing, D. Ericson et D. B. Bentley, démontrent dans un article rigoureusement scientifique que les actuelles montagnes sous-marines du Grand Météore et de Cruiser se trouvaient il y a 12 000 ans au-dessus du niveau de la mer et qu’elles faisaient partie, à l’époque, d’une terre insulaire assez grande, c’est un fait avéré, mais nul ne l’utilise comme il se doit pour mettre au pas des idées contraires. Dans le contexte des changements d’ordre géologique et géographique survenus dans l’Atlantique, l’existence d’une Atlantide est scientifiquement envisageable ; il est inversement bien peu scientifique de la rejeter. »

Pierre Carnac ajoute que la géologie « laisse ouverte la possibilité que l’Atlantide ait pu se situer sur le plateau sous-marin açorien, et plus précisément sur la plaine située à environ 2000 m sous le niveau de l’océan, entre la crête sous-marine qui touche au sud le plateau des Açores et au nord la dorsale nord-atlantique ». Rien ne s’oppose à une telle identification, écrit-il. Il y a aussi le comportement des anguilles européennes qui ont choisi la région atlantique de la mer des Sargasses pour s’y assembler et accomplir leur ponte. Ces poissons « sont les descendants de ceux qui peuplaient les rivières et les estuaires de la côte nord-ouest de l’Atlantide ; lorsque cette dernière a commencé à s’effondrer à partir de l’ouest, les anguilles ont continué de fréquenter leurs anciens lieux de ponte ». René Thévenin a précisé qu’on ne peut comprendre autrement les mœurs des anguilles. (19)

On notera, en outre, que toutes les sources valables de type ésotérique ou médiumnique situent l’Atlantide au niveau de l’Atlantique…

Il existe par contre une source « psychique » qui situe l’Atlantide en Antarctique. L’écrivain Placide Gaboury reprend en effet à son compte, à tort, la « confirmation », par l’entité « Imhotep », de la localisation de l’Atlantide dans l’Antarctique, cette « information » ayant été obtenue par l’intermédiaire d’une médium prénommée Louise. « Imhotep » est censé être, évidemment, le grand prêtre d’Héliopolis qui a construit la pyramide de Saqqara (vers – 2900). On me permettra de douter qu’il s’agisse réellement de lui, car je ne pense pas que le vrai Imhotep puisse « confirmer » la localisation dans l’Antarctique. Je pense que Placide Gaboury a été convaincu de la localisation antarctique de l’Atlantide par la lecture d’ouvrages d’auteurs (les Flem-Ath, Graham Hancock ou un autre auteur) défendant cette thèse. Et, comme par hasard, il a obtenu une réponse positive en posant cette question à « Imhotep » : « Et l’Atlantide n’était pas située, comme on l’a cru, dans le nord de l’Atlantique (les Açores, etc.), mais dans l’Antarctique, qui était alors un peu plus haut qu’actuellement grâce au déplacement des continents ? » (20)

Voici ce que note par ailleurs Nicolas Montigiani dans le numéro de mai-juin 2016 de sa revue « Science et inexpliqué » :

« Le continent Antarctique a aussi été proposé un temps, sans plus de succès, des carottes glacières prélevées in situ attestent d’une glaciation intégrale depuis plusieurs centaines de milliers d’années. » (21)

3. Au bord de la mer Noire :

Certains spéculateurs ont postulé que l’origine du « mythe » du Déluge pouvait être associé au remplissage de la mer Noire par la Méditerranée, suite à une violente montée des eaux. (William Rayan, Walter Pitman et G. Lericolais.) Siegfried G. Schoppe et Christian M. Schoppe défendent ainsi la thèse erronée selon laquelle l’Atlantide se trouvait au bord de la mer Noire, ceci étant censé expliquer sa brusque immersion. (22)

Mais là encore, outre la localisation erronée, il y a le fait que cet événement s’est produit à une date bien postérieure à la date communément admise (comme dans le récit platonicien) pour la destruction finale de l’Atlantide : il y a environ 12.000 ans.

4. Tartessos :

James Cameron est un réalisateur et producteur américain bien connu, à l’origine notamment des films Avatar (2009, décembre 2022, etc.). Il s’est aussi intéressé à certaines énigmes historiques. Il était déjà connu pour avoir identifié en 2007, avec son collègue « chercheur » Simcha Jacobovici, une chambre mortuaire découverte à Talpiot-Est, un quartier de Jérusalem, comme étant celle de Jésus de Nazareth et de sa famille. (J’en ai parlé dans mon premier livre paru en 2007 : « Communications interdimensionnelles », JMG éditions.) C’est une thèse peu vraisemblable qui a été critiquée par les archéologues (et qui ne correspond pas, je l’ajoute, à ce que disent diverses sources « extraordinaires » à propos de la vie de Jésus).

Les deux hommes pensent aussi pouvoir identifier l’Atlantide à Tartessos ! Voilà donc une énième fausse Atlantide à laquelle Nicolas Montigiani a consacré un petit article complaisant dans le numéro 4 (novembre-décembre 2020) de sa revue Inexpliqué.

Pour le « couple » Cameron/Jacobovici, il y a environ 5000 ans, une culture unifiée par des symboles, des dessins, des scripts, des temples, etc., s’est répandue de Malte à la Sardaigne et bien au-delà, l’épicentre s’étant trouvé dans le sud de l’Espagne, juste à l’ouest du détroit de Gibraltar (les fameuses « Colonnes d’Hercule » évoquées par Platon). Des territoires attribués aux Minoens, aux Phéniciens et à d’autres peuplades appartenaient, selon l’archéologue Richard Freund (de l’Université de Christopher Newport, Virginie), à une seule et même culture, celle des Atlantes. Selon Cameron/Jacobovici, la capitale est restée dans les mémoires sous le nom de Tartessos.

« D’après l’archéologue, historien et philosophe allemand Adolf Schulten, cette ville ‘‘fantôme’’ s’élevait dans une sorte d’île qu’enfermaient les deux bras du fleuve espagnol Guadalquivir, dont l’un a aujourd’hui disparu, avant de se jeter dans l’Atlantique. » (N. Montigiani)

Simcha Jacobovici est, dit-il, « pratiquement certain » que ce que Platon décrivait comme la capitale de l’empire Atlante se trouve « sous les vasières de Donana, dans le sud de l’Espagne », une région où prospérait jadis une « immense ville, maintenant engloutie, appelée Tartessos – Tharsis dans l’Ancien Testament ». (23)

Cette localisation erronée – Tartessos – de l’Atlantide, par Cameron/Jacobovici, n’a en fait rien de nouveau. Dans le cas Cameron/Jacobovici, on nous parle d’une civilisation remontant seulement à environ 5000 ans, ce qui disqualifie déjà totalement, pour des gens comme moi, les prétentions des deux « chercheurs », sachant que toutes les sources « extraordinaires » consultées (du 19ème siècle à nos jours) situent la disparition finale de l’Atlantide vers 10.000 avant J.-C. En outre, ce « qu’oublient » de préciser Jacobovici et Cameron, c’est que Platon situait la fin de l’Atlantide à… 9000 ans avant son époque ! Donc, pas vraiment il y a seulement 5000 ans. Et bien sûr, elle se situait au milieu de l’océan Atlantique (les Canaries, les Açores, mais aussi du côté des Bermudes, étant de vrais vestiges atlantes),  mais elle ne se trouvait absolument pas au sud de l’Espagne.

Quelle est la raison de la kyrielle de localisations fantaisistes de l’Atlantide défendues par moult spéculateurs qui se contredisent gravement, dont celle de Jacobovici/Cameron ne constitue que le dernier avatar médiatique ? La réponse est fort simple. Je donne ici la citation suivante de Pierre Carnac :

« Il y a deux aspects du récit qui donnent au problème de l’Atlantide de Platon un caractère d’improbabilité fantastique : la situation dans l’océan Atlantique, où depuis longtemps devait exister un océan et non une terre ; l’existence sur cette terre d’un clan civilisé des Atlantes, alors que le reste de l’humanité se trouvait encore au stade néolithique.

Cela explique que beaucoup d’atlantologues, ne pouvant pas dépasser ces obstacles sus-indiqués, refusent la base même de la légende, la date de la disparition de l’Atlantide et sa situation dans l’océan Atlantique. C’est pour cette raison qu’ils situent leur pseudo-Atlantide dans différents endroits du globe terrestre. » (24)

Comme je l’ai écrit, toutes les sources « extraordinaires » (depuis H. P. Blavatsky au dix-neuvième siècle) situent l’Atlantide dans l’océan Atlantique (et pas seulement au sud de l’Espagne !), sa disparition finale remontant à environ 12.000 ans. Je donne, dans ma série « Civilisations extraterrestres », quelques informations à ce propos. Exemples :

Le récit du contact extraterrestre de Jean de Raigualgue, dans le tome 3 : « Contacts avec des visiteurs de l’espace », JMG éditions, 2018.

Les informations des Maîtres ascensionnés Arten et Pursah rencontrés par Gary Renard, dans le tome 4 : « Rencontres extraterrestres et êtres hautement évolués », JMG éditions, 2018.

Conclusion :

On trouve, dans le numéro 335 de décembre 2008/janvier 2009 de la revue « Le monde de l’inconnu », un petit texte mentionnant trois localisations de l’Atlantide : au bord de la mer Noire, dans l’Antarctique, et au niveau du détroit de Gibraltar (île du cap Spartel). Je viens de critiquer ces thèses.

Quant aux émissions télévisées sur le sujet de l’Atlantide qui sont périodiquement diffusées, elles se ressemblent toutes, aucune ne mettant en exergue la réelle localisation passée de l’Atlantide : dans l’océan Atlantique, avec sa disparition datant d’environ 12.000 ans. En 2017, il y a eu trois autres exemples de ce type de « documentaires » : une émission sur Planète +, une deuxième émission diffusée le 26 septembre 2017 sur RMC Découverte, intitulée : « Atlantide, la cité perdue ». Rien que le titre de ce « documentaire » (de James Cameron et Simcha Jacobovici) montre que les responsables de ce dernier sont « à côté de la plaque », l’Atlantide n’ayant pas été une simple cité, mais un continent. Il y a eu aussi la rediffusion sur France 5, le 10 octobre 2017, d’une émission intitulée « Le mythe de l’Atlantide », émission durant laquelle a été défendue la stupide identification de « l’Atlantide » à la civilisation minoenne vers 1600 avant notre ère… Deux rediffusions mettant en avant l’identification de l’Atlantide à Santorin ont encore été programmées en décembre 2017 (la même soirée) sur RMC Découverte.

Les années se sont écoulées et les « documentaires » télévisés sur les fausses Atlantides ont continué à proliférer. Les mauvais documentaires télévisés – ainsi que les mauvais articles – sur l’Atlantide se succèdent ainsi (avec les rediffusions) ad nauseam. Ainsi, par exemple, a été rediffusée, le 14 février 2026, dans le cadre de la série d’émissions « Les plus grands mystères de l’Histoire », une émission intitulée : « Atlantide, la cité engloutie a-t-elle vraiment existé ? », cette émission ayant été diffusée sur RMC Life. Un autre « documentaire » a été rediffusé le 15 mars 2026 dans la série « Les grandes énigmes de l’Histoire », cette émission, diffusée sur Novo19, étant intitulée « Le mythe de l’Atlantide ». A noter l’emploi des expressions « cité » et « mythe », toutes deux inadéquates. L’Atlantide n’était en effet nullement une simple cité, mais une île-continent, et, en outre, ce n’est nullement un mythe, même si cette réalité passée n’est pas reconnue par les chercheurs « académiques » qui s’expriment dans les médias mainstream. Et cela durera tant que persistera dans la prétendue « intelligentsia » le mythe (réel celui-là) de l’impossibilité d’une civilisation avancée dans la prétendue « préhistoire ».

Alain Moreau

 

Références :

1. Jacques Hébert, « Atlantide, la solution oubliée », éditions Carnot, 2003, p. 15-22, 167, 29, 33-38, 43-51, 58-59, 61-62, 99-102, 55, 68-69, 92-93, 103, 74-84, 95, 132-133, 152-153.

2. Annie Besant, « La généalogie de l’Homme », éditions Adyar, édition de 1982, p. 209-210.

3. Jacques Hébert, op. cit., p. 18, 179.

4. Dorothée Koechlin de Bizemont, « L’univers d’Edgar Cayce », tome 1, éditions Robert Laffont, 1985, p. 186.

5. « Science et Inexpliqué », n° 51, mai-juin 2016, p. 16-19.

6. Pierre Carnac, « L’Atlantide Autopsie d’un mythe », éditions du Rocher, 2001, p. 216, 221-222.

7. Ibid., p. 67.

8. Doreen Virtue, « Médecine des Anges », éditions AdA Inc., 2005, p. 13-14, 29-32, 50-51, 66-68, 76-78, 81, 98, 132-133.

9. Midaho, « Dialogues avec Dieu », tome 1, éditions Hélios, 1996, p. 216-218.

10. Anne Givaudan, « Alliance », éditions S. O. I. S., 2000, p. 47.

11. « Sacrée planète », n° 23, août/septembre 2007, p. 36-41.

12. « Science et Inexpliqué », n° 51, mai-juin 2016, p. 17.

13. Daniel Harran, « Sacrée planète », n° 36, octobre/novembre 2009, p. 15-21.

14. Jacques Hébert, op. cit., p. 173-174, 176, 178.

15. « Science et Inexpliqué », n° 10, juillet/août 2009, p. 51.

16. « Science et Inexpliqué », n° 19, janvier/février 2011, p. 44-47.

17. « Science et Inexpliqué », n° 51, mai-juin 2016, p. 16-17.

18. Graham Hancock, « L’empreinte des dieux », éditions Pygmalion, 1996, p. 434-443.

19. Pierre Carnac, op. cit., p. 216, 221-222.

20. Placide Gaboury, « Les compagnons du Ciel », Les éditions Quebecor, 2006, p. 152, 156-157.

21. « Science et Inexpliqué », n° 51, mai-juin 2016, p. 17.

22. « Le monde de l’inconnu », n° 335, décembre 2008/janvier 2009, p. 21.

23. « Inexpliqué », n° 4, novembre-décembre 2020, p. 28-31.

24. Pierre Carnac, op. cit., p. 67.

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