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Il est bien connu que les illusionnistes sont, en général, opposés à la réalité des phénomènes psi. A priori, une telle attitude n’est pas surprenante car, étant des spécialistes des trucages, ils peuvent déceler ceux-ci, lorsqu’ils existent, et ils peuvent également reproduire, avec les moyens de leur art, les divers phénomènes paranormaux allégués. Il existe ainsi des spécialistes du « mentalisme » (comme Viktor Vincent, qui ne croit pas à la télépathie) capables de réaliser de surprenants tours impliquant de fausses télépathie et clairvoyance. Les illusionnistes peuvent aussi tordre et déplacer des objets sans trucage apparent. Parmi les illusionnistes (improprement appelés « magiciens ») qui ont été de virulents détracteurs du « paranormal », on peut citer l’Américain James Randi (1928-2020) et le Français Gérard Majax.

I. Le projet Alpha :

Dans les années 1980, les rationalistes ont fait grand cas de l’entreprise de « démystification » réalisée par James Randi et deux jeunes acolytes, Steven Shaw et Michael Edwards. Cet illusionniste a été présenté comme « le fléau du monde psi », connu pour sa croisade de dénonciation de prétendus (réels ou non, selon les cas) « escrocs » et « tricheurs » en matière de « perception extrasensorielle » ou de « psychokinèse ».

Le « zététicien » Henri Broch ne tarit pas d’éloges à l’égard de ce pourfendeur du « paranormal », et prétend qu’en dépit de la mise en garde de Randi, les chercheurs en parapsychologie ont été « continuellement, d’une manière incroyablement répétitive, trompés par leurs sujets ou leurs propres désirs d’obtenir des résultats positifs », ce qui est, à vrai dire, totalement inexact. L’exemple que Broch donne, celui de Jean-Pierre Girard étudié notamment par Charles Crussard, est un mauvais exemple, car les résultats obtenus par ce dernier ont été concluants quant à la réalité des effets observés, contrairement à ce que Broch insinue (avec d’autres individus)…

Résumons brièvement, sans entrer dans les détails, cette affaire « Alpha ». Ce cas, détaillé par Henri Broch (« Le Paranormal », 1985, Le Seuil), a également été évoqué dans un numéro de « Science et Vie ». Les deux comparses de Randi, Shaw et Edwards, se sont portés volontaires, pour une démonstration de « pouvoirs psi », au Laboratoire McDonnell pour la Recherche Psychique qui venait d’être créé à l’université Washington de Saint-Louis (Missouri), le directeur du laboratoire étant alors Peter Phillips (un professeur de physique).

Les sujets imposèrent leurs conditions « par de petits accès de colère », la table du laboratoire fut habituellement couverte de très nombreux objets (au lieu de la présence d’un seul objet de test), les spécimens n’étaient pas marqués de manière permanente mais portaient seulement des étiquettes de papier attachées avec des bouts de ficelle… Les deux compères purent réinsérer plusieurs fois le même fusible grillé, l’un d’eux fit varier l’image d’une caméra vidéo simplement en touchant le bouton de contrôle sur le côté de la caméra, etc.

Des objets furent placés à l’intérieur d’un aquarium retourné, boulonné et cadenassé sur une solide table. Il était laissé toute la nuit dans une pièce fermée à clef. Shaw et Edwards laissèrent une fenêtre non verrouillée pour pouvoir pénétrer la nuit dans la pièce, et ils découvrirent plusieurs manières d’ouvrir l’aquarium « scellé ». Le matin, on découvrit les objets tordus, cassés, déplacés, et des « signes cabalistiques » étaient tracés par le déplacement de petits objets dans une couche de café ! Ce ne sont là que quelques exemples parmi d’autres.

Les conditions de contrôle étaient donc quasi inexistantes, et les deux compères purent donner libre cours à leur « créativité ». D’autres chercheurs (Berthold Schwarz, Otto H. Schmitt et Walter Uphoff) furent aussi trompés par les jeunes illusionnistes.

Le 28 janvier 1983, une conférence de presse organisée à New York par le magazine Discover révéla l’existence du « Projet Alpha », lequel, selon Broch, permet au public informé de celui-ci « de mieux se rendre compte du vide complet » du dossier paranormal. Cette conclusion est inadéquate, l’histoire de la parapsychologie étant pleine de récits d’expériences réalisées par des chercheurs autrement plus critiques que ceux qui se sont faits « avoir » dans le cadre du Projet Alpha. Il suffit, pour s’en convaincre, de prendre connaissance des précautions drastiques (allant jusqu’à la fouille corporelle) prises par certains expérimentateurs lorsqu’ils étudièrent des médiums comme Eusapia Palladino, Franek Kluski, etc.

Voici comment Richard Broughton a, quant à lui, présenté le Projet Alpha :

« Plusieurs fois au cours d’une période de dix-huit mois, les deux jeunes gens participèrent à des séances de recherche au laboratoire. Ce travail qualifié d’exploratoire s’effectua dans des conditions relativement détendues. Lors du congrès de 1981 de l’Association de parapsychologie, les chercheurs de McDonnell présentèrent une vidéo de certaines séances où, selon eux, s’étaient déroulés des phénomènes intéressants. Les chercheurs précisèrent qu’ils ne revendiquaient rien et venaient simplement demander l’avis de leurs collègues. La vidéo fut littéralement décortiquée par les autres parapsychologues, qui y découvrirent de très nombreux points faibles. Les chercheurs revinrent donc à Saint-Louis et restructurèrent leurs expériences conformément aux conseils de Randi (qui s’était proposé pour les aider) et d’autres parapsychologues. Sous ces conditions plus rigoureuses, les deux jeunes gens ne produisirent plus d’effets apparemment psychiques, et les chercheurs signalèrent leur absence de résultats lors du congrès de l’année suivante. Puis ils cessèrent de collaborer avec les deux jeunes gens.

L’affaire aurait pu se terminer ainsi, mais quand Randi comprit qu’on ne travaillerait plus avec ses deux comparses, il organisa une conférence de presse (soutenu en cela par le magazine Discover) et annonça qu’il avait mené une ‘‘expérience sociologique’’ pour voir si les parapsychologues étaient à même de détecter des fraudeurs. En privé, Randi avait dit aux chercheurs de McDonnell qu’ils avaient ‘‘réussi l’épreuve’’ et que ses deux magiciens étaient incapables de tricher une fois que des conditions plus rigoureuses leur étaient imposées, mais lors de la conférence de presse et pendant tout le battage publicitaire qui s’ensuivit, Randi tourna en ridicule les travaux des parapsychologues. On se garda bien de mentionner que les chercheurs de McDonnell n’avaient en aucun cas prétendu que leurs deux sujets avaient réussi à produire des phénomènes psy.

Peu après, certains commentateurs scientifiques, dont William Broad du New York Times, firent remarquer que si Randi avait été un psychologue, son imposture lui eût valu pas mal d’ennuis auprès de la commission d’éthique de l’American Psychological Association. Lors de la convention de 1983 de la Parapsychological Association, le Projet Alpha fut vivement condamné par les collègues de Randi venus discuter de la manière dont les magiciens pouvaient collaborer avec les parapsychologues. Malgré son aspect éthique peu reluisant, le Projet Alpha avait été chaleureusement soutenu par les membres du CSICOP, qui y voyaient l’une de leurs plus audacieuses démystifications. » (1)

Richard Broughton donne comme références le témoignage d’un des chercheurs de McDonnell qui a détaillé la correspondance et les interactions avec Randi au cours de cette période (Michael A. Thalbourne, février 1984), ainsi qu’un article de Lloyd M. Auerbach (ASPR Newsletter, n° 9, avril 1983).

II. Les illusionnistes et le psi :

En France, certains illusionnistes (Kassagi, Sylvain Mirouf, Gilles Arthur, etc.) ont ponctuellement montré, à la télévision, qu’ils étaient capables de reproduire, avec les moyens de leur art, les effets produits par certains sujets psi, notamment en matière de torsion d’objets métalliques.

Mais c’est surtout Gérard Majax qui a été le plus prolixe en apparitions médiatiques destinées à démystifier (selon lui) les prétendus « trucs » utilisés par des sujets psi. Pendant plusieurs décennies, on l’a vu apparaître régulièrement sur le petit écran pour dénoncer les « charlatans » du paranormal. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages de prétendue « démystification », dont Le grand bluff (1978) et Les faiseurs de miracles (1992). Il se targue de n’avoir jamais constaté le moindre effet psi, toutes les personnes qu’il a pu approcher ayant eu recours, selon lui, à des trucages. Faire la critique de ses livres et prestations prendrait ici trop de place. Ses « démonstrations » (faites avec une belle assurance) sont convaincantes auprès des novices et des ignorants du domaine psi, mais n’illusionnent pas tout le monde…

La question qu’il convient de poser est en fait celle-ci : existe-t-il des illusionnistes qui reconnaissent avoir constaté la réalité de certains effets psi ? La réponse est résolument positive.

J’ai signalé, plus haut, que la majorité des illusionnistes sont opposés au paranormal. Il semblerait, cependant, qu’une évolution a eu lieu ces dernières années. Jean-Pierre Girard cite ainsi une enquête menée par Polly Birdsell pour les besoins de sa thèse portant sur l’opinion des prestidigitateurs à propos de « l’occulte ». Celle-ci est manager de la California Magic and Novelty Corporation à Pleasant Hill (près de San Francisco). Il s’avère ainsi que 82 % des « magiciens » ne sont pas opposés à la réalité du psi… J.-P. Girard, sujet PK bien connu, a reçu des propositions d’étude du plus grand « cercle magique » des États-Unis.

Historiquement, beaucoup de grands détracteurs étaient en fait des illusionnistes n’ayant jamais assisté à la moindre expérience.

« On aurait aimé que ces derniers prennent exemple sur leur prestigieux aîné : Robert Houdin, qui est à l’illusionnisme ce que Sigmund Freud est à la psychanalyse. Robert Houdin, dans les années 1870, étudia et attesta positivement des dons de perception extrasensorielle du sensitif Alexis Didier. » (J.-P. Girard) (2)

Il y a une chose que les détracteurs du « paranormal » (pour lesquels les illusionnistes constituent de précieux alliés) évitent de mentionner dans leurs écrits de pseudo « démystification » : le fait que, dans l’histoire de la parapsychologie, divers illusionnistes ont cautionné certaines expériences « paranormales ». Il existe divers exemples, comme celui de l’Italienne Eusapia Palladino (1854-1918) – nom écrit aussi, comme ci-dessous, Paladino -, une célèbre médium à effets physiques. Voici ce qu’a écrit à ce sujet le « métapsychiste » (et illusionniste amateur) Robert Tocquet :

« En 1909, elle se rend aux Etats-Unis, et, au cours de nombreuses expériences, produit toute la gamme des phénomènes physiques paranormaux : mouvements sans contacts, raps, empreintes à distance, ectoplasmies. Un rapport substantiel et positif est établi par Hereward Carrington, homme de science et habile prestidigitateur. Ce compte rendu est accompagné de cette sorte de certificat établi par le plus renommé des illusionnistes américains de l’époque, Howard Thurston : ‘‘J’ai observé en personne les soulèvements de table de Mme E. Paladino, en compagnie de mon assistant et de M. Carrington, et je suis absolument convaincu que les phénomènes que j’ai vus n’étaient pas dus à la fraude… J’en suis si convaincu, que je m’engage à verser une somme de mille dollars à une fondation charitable, si l’on peut me prouver que Mme Paladino n’est pas capable de soulever une table sans le secours d’aucun truc et d’aucune supercherie.’’

Notons, au passage, l’histoire assez curieuse de Hereward Carrington. C’était un homme de lettres et un savant de valeur qui avait fait de la prestidigitation son violon d’Ingres. Bien que non professionnel, il était très habile et il se vantait ‘‘d’avoir surpris et dévoilé plus de trucs de médiums que tout autre homme au monde, et de n’avoir pas encore assisté à un seul exemple de phénomène médiumnique de nature physique, sans avoir pu l’expliquer par une fraude consciente ou inconsciente’’. Les phénomènes observés avec Eusapia ne tardèrent pas à le convertir, et il devint, dès lors, un ardent défenseur des phénomènes physiques paranormaux. » (3)

Il ne reste dès lors, pour les illusionnistes (et leurs supporters) hostiles au « paranormal », qu’à déprécier la compétence de leurs collègues ayant authentifié certains effets psi.

III. Le témoignage de Ranky :

Il y a un aspect que les illusionnistes opposés au psi passent sous silence : le fait que la reproduction d’un « phénomène » par les moyens de l’illusionnisme ne constitue absolument pas la preuve que l’effet authentique correspondant n’existe pas. Pourtant, certains illusionnistes fonctionnent bien ainsi : nous pouvons reproduire tel ou tel effet, donc le « sujet psi » x, qui prétend le faire sans trucage, est un charlatan. Et c’est ce message qui passe très bien dans le grand public (y compris, bien sûr, chez les scientifiques et les « zététiciens »), lorsqu’il est asséné par des illusionnistes de notoriété publique, comme Gérard Majax et James Randi, à coup de « démonstrations » qui se veulent… démonstratives, mais qui ne le sont que par le biais d’apparences trompeuses. Nous sommes, là aussi, dans le domaine de l’illusion.

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Il est donc réconfortant de voir un illusionniste honnête, connu sous son nom de scène Ranky, aller à contre-courant de la plupart de ses collègues de métier et proposer de faire la part du vrai et du faux dans l’éventail des phénomènes allégués, contrairement à l’engagement de certains de ses collègues pour qui il n’y a, justement, que du faux.

Ranky a publié en 1996, chez Dervy, son premier livre sur le paranormal et l’illusionnisme : « Vérité et illusions de la parapsychologie ».

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Dix ans après, en 2006, est paru, aux éditions Trajectoire, un livre plus complet : « Le paranormal de mes yeux vu… »

En 2012, Ranky a publié un nouvel ouvrage : « Encyclopédie du mystère » (éditions Trajectoire) :

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Ranky est à l’origine de la création du C.I.E.E.P.P., le Comité Illusionniste d’Expertise et d’Expérimentation des Phénomènes Paranormaux.

Enfant, il lut, chez ses parents, trois livres : Comment tirer les cartes ; La clef des songes, et Le magnétisme personnel, ce dernier étant écrit par le Docteur Hector Durville. Ranky, qui a assisté à sa première séance de « magie » à l’âge de 12 ans, a lui-même vécu des expériences de nature psi, et c’est sûrement ce qui explique son ouverture d’esprit envers le « paranormal », contrairement à certains de ses collègues. Il raconte, par exemple, qu’un matin il vit un habitant du quartier qui marchait mécaniquement, le visage inexpressif et le regard perdu. Ranky ayant salué son voisin, celui-ci ne répondit pas et ne le vit pas.

« Il passa devant moi et j’eus la sensation inexplicable qu’il semblait flotter dans ses vêtements, comme s’il ne touchait pas terre. Il me vint aussitôt à l’esprit l’idée saugrenue que cet homme avait quitté la vie, et qu’il marchait dans un autre monde. Cette impression étrange continua à s’imposer à moi, à tel point que je ne pus m’empêcher de prononcer à haute voix : ‘‘Demain, monsieur José sera mort.’’

Quelques jours plus tard, j’appris effectivement le décès de ce monsieur. Il était mort le lendemain de son passage devant la maison. »

Cette même année, alors qu’il arrosait les fleurs devant sa maison, Ranky vit arriver son médecin de famille, le docteur Brochard, qui se tenait droit, marchait mécaniquement avec le visage figé, les yeux dans le vague.

« Il ne répondit pas à mon salut, ne sentit pas les quelques gouttelettes d’eau fraîche qui l’aspergèrent lorsque maladroitement je déviai le tuyau d’arrosage. Il passa devant moi sans me voir. Je le vis de dos flotter bizarrement dans ses vêtements. Il semblait lui aussi marcher au-dessus du sol. La même pensée traversa mon esprit : ‘‘Il est mort.’’

Le lendemain matin, la ville de Bonneuil apprenait le décès brutal par crise cardiaque du docteur Brochard. »

Dans les années 1970, Ranky ouvrit un « cabinet expérimental de voyance », en utilisant l’astrologie. Il s’agissait de consultations téléphoniques qu’il donnait dans un but de recherche, les annonces passées dans des journaux d’annonces spécifiant : « Réponse gratuite à une question ». Au début, il inscrivait sur une fiche le prénom et la date de naissance de chaque interlocuteur.

« Au bout de quatre ou cinq mois de pratique, je pus abandonner ce système de classement pour celui des ‘‘cartes d’identité sonore’’. J’étais devenu capable de mettre automatiquement un prénom sur le son de la voix de plus de deux cents personnes grâce à leur timbre, leur intonation, leurs hésitations et d’autres repères. Qui plus est, lorsqu’un souci, une maladie, perturbaient cette voix, je pouvais immédiatement dire de quel problème il s’agissait. Encore une fois, ce système est fondé sur la déduction, la logique, le raisonnement et non la voyance à l’état pur. »

Il lui arrivait de faire de la « pure divination ». Il annonça ainsi à l’acteur Michel Simon deux ou trois événements qui se sont révélés exacts, notamment le très grave danger qui planait sur une prostituée et que l’on retrouva assassinée…

Un jour, alors qu’il recevait une infirmière antillaise, il déclara à celle-ci (prénommée Rosette) qu’elle était fatiguée depuis quatre jours et qu’elle se mettait plusieurs fois à pleurer dans la journée, il lui parla de travaux qu’elle envisageait dans son pavillon et qui concernaient principalement l’escalier intérieur, etc. La femme fut étonnée, et Ranky aussi. Il lui dit qu’elle allait acheter un immeuble (alors qu’elle n’avait pas d’argent) à un ou deux étages, afin d’exercer son métier d’infirmière. Elle montera un cabinet d’infirmières, d’abord avec une collègue venant d’un autre hôpital. Elles ne s’entendront pas trop. Tout cela se passera près de chez elle, à Montgeron, rue des Chalands ou quelque chose comme ça.

« Il y a lieu, à ce point précis de l’histoire, de se demander si les voyants ne forcent pas quelquefois le destin de clients. En tout cas, Rosette m’avoua plusieurs jours plus tard qu’elle avait envisagé d’adopter le statut d’infirmière libérale mais qu’elle avait abandonné le projet faute de moyens financiers. Depuis mes prévisions, elle avait alors recommencé à y réfléchir pour finir par croire que la chose était possible. Comme je lui avais dit que l’argent n’était pas un problème, elle s’était mise à chercher un petit immeuble à Montgeron. »

Elle téléphona à Ranky pour lui dire qu’elle croyait avoir trouvé l’immeuble. Arrivé sur les lieux, le « voyant » lui dit que ce n’était pas là. Il ajouta, alors qu’il n’y avait rien dans la rue, que c’était impossible à cause de la tranchée au milieu de la rue. Allant un peu plus loin, dans une autre rue, Ranky dit à Rosette que c’était là, rue de Chalandray. Le lendemain, Rosette déclara qu’effectivement la rue de l’immeuble vue la veille allait être en travaux pendant près d’un an pour mise en conformité des eaux. Ils devaient aussi creuser une tranchée en plein milieu, la rue devant être coupée à la circulation.

Une semaine après, les prédictions s’avérèrent exactes. L’immeuble de deux étages se trouvait bien rue de Chalandray, Rosette obtint l’argent grâce aux démarches que Ranky lui conseilla de faire.

« Elle m’indiquait des banques, des organismes de gestion, des comptables, des conseillers juridiques, et tout en ne connaissant strictement rien aux affaires je répondais : ‘‘Allez-y, c’est bon’’, ou bien : ‘‘Non, surtout pas.’’ »

Lorsqu’une personne prend contact avec lui pour une consultation, Ranky perçoit dans les cinq secondes qui suivent la raison de sa visite, et il est capable d’établir un diagnostic sur sa santé physique ou morale. Il sait tout de suite s’il va pouvoir ou non l’aider, si elle vient pour elle ou pour quelqu’un d’autre. Il annonce à cette personne pourquoi elle est venue et ce qu’elle attend de lui. Il ne la laisse pratiquement pas s’exprimer pendant au moins un quart d’heure. Viennent des détails sur des événements passés, actuels et à venir du consultant, ponctués parfois de « dates assez précises » et d’« éclairs divinatoires ».

« La personne qui me consulte doit le faire pour une raison sérieuse. Les curieux, les sceptiques, les poseurs de devinettes empêchent le phénomène de se produire. Je les détecte immédiatement, le leur dit et ils repartent, eux aussi étonnés de cette lucidité. J’ai vu plusieurs ‘‘rationalistes’’ quitter mon bureau stupéfaits. En fait, il en est de même pour les Tarots. Si on interroge les cartes sans motif sérieux, simplement par amusement, elles ne répondent pas. »

Comment a-t-il pu, dans bien des cas, donner des noms de villes, de rues, des dates, des informations imprévisibles ?

« Au cours de la première émission de Rémy Grumbach, ‘‘L’Odyssée de l’étrange’’, il était prévu une expérience de télépathie pour laquelle les organisateurs avaient enfermé dans des boîtes en carton numérotées divers objets, à charge pour les sujets d’en décrire le contenu. Durant une pause publicitaire, les boîtes étaient disposées sur une table. Et subitement, pour moi, spectateur, ce fut le fameux ‘‘éclair divinatoire’’. Deux boîtes s’imposaient à mon regard. Je ‘‘connaissais’’ celle qui allait être prise au hasard et confiée au sujet afin de le faire deviner. Je ‘‘savais’’ également quelle autre serait prise en deuxième choix. Mais le plus extraordinaire était que je ‘‘voyais’’ les objets qui étaient à l’intérieur et voulais donc absolument faire part de ma vision à des témoins. Je consignais ma divination sur un mouchoir en papier que je confiais à Madame Yves Lignon et au sujet Psi Jean-Marie Legall.

N° 1 : Il s’agit d’une ampoule électrique en verre transparent.

N° 2 : C’est une casserole en inox de taille moyenne, très brillante.

Après la pause publicitaire, l’émission reprit. Jacques Pradel choisit un carton au hasard parmi les quinze possibles. Il s’agissait d’une ampoule électrique en verre transparent. Ma prédiction était exacte. »

Plus tard, il apprit qu’il y avait bien une casserole en inox parmi les objets cachés.

En voyant une photo, Ranky est souvent capable de dire si la personne est vivante ou morte. Un jour, il déclara à un anesthésiste que si sa mère était opérée, elle mourrait quinze jours après, un dimanche. Le 21 avril 1985, elle mourut quinze jours après l’intervention. Et lorsqu’il donnait des spectacles en discothèques, la plupart du temps perdues en pleine campagne, il a étonné ses partenaires par sa faculté à trouver l’emplacement concerné. (4)

* Le C. I .E. E. P. P. :

Il y a un aspect que les illusionnistes opposés au psi ont passé sous silence : le fait que la reproduction d’un « phénomène » par les moyens de l’illusionnisme ne constitue absolument pas la preuve que l’effet authentique correspondant n’existe pas.

Pourtant, certains illusionnistes pensent ainsi : nous pouvons reproduire tel ou tel effet, donc le « sujet psi » x, qui prétend le faire sans trucage, est un charlatan. Et c’est ce message qui passe très bien dans le grand public (y compris, bien sûr, chez les scientifiques et les « zététiciens ») lorsqu’il est asséné par des illusionnistes de notoriété publique, comme cela a été le cas de Gérard Majax et de James Randi, à coup de « démonstrations » qui se veulent… démonstratives, mais qui ne le sont que par le biais d’apparences trompeuses. Nous sommes, là aussi, dans le domaine de l’illusion.

Il est donc réconfortant de voir un illusionniste honnête, connu sous le nom de Ranky, aller à contre-courant de la plupart de ses collègues de métier et proposer de faire la part du vrai et du faux dans l’éventail des phénomènes allégués, contrairement à l’engagement de certains de ses collègues pour qui il n’y a, justement, que du faux.

Ranky (avec qui j’ai correspondu par e-mail à diverses reprises) a publié en 1996, aux éditions Dervy, son premier livre sur le paranormal et l’illusionnisme : Vérité et illusions de la parapsychologie.

Ranky est à l’origine de la création du C. I. E. E. P. P., le Comité Illusionniste d’Expertise et d’Expérimentation des Phénomènes Paranormaux. Le but de ce comité d’illusionnistes est de détecter les supercheries éventuelles de certains médiums et d’authentifier, lorsqu’elles existent, les véritables manifestations psi. Le C. I. E. E. P. P. a été créé dans les années 1970. Ses membres ont été : Ranky, André Sanlaville, O’Shan, Naga, Blondine, Mystag, Claude Stavisky, Pierre Berton, Lily Pouliguen, Robert Tocquet (illusionniste amateur décédé), Rénélys, Claude Géraldy, Pierre Edernac, Syndra Khan.

Motivé principalement par la demande de chercheurs en parapsychologie, André Sanlaville avait recherché, lui aussi, les moyens de créer un groupe d’illusionnistes experts. Il y eut ainsi la création d’un comité international, l’International Psi Commitee of Magicians, qui comprenait William Edward Cox (USA), Rudolph Mayr (Suisse), Clifford Davis (Angleterre), Ranky et André Sanlaville (France). Répondant aux conditions du comité international, le projet de groupe français fut agréé. André Sanlaville, correspondant auprès des pays adhérents, invita en mars 1976, par courrier, les illusionnistes qualifiés à adhérer à ce comité d’expertise. Quelques illusionnistes répondirent favorablement à cette lettre, ce qui permit, en novembre 1976, de mettre en place le comité d’expertise.

Dans une interview publiée dans le numéro 26 (1997) de la série de fascicules Facteur X, Ranky précisait qu’en vingt-deux années d’existence (à l’époque de l’interview) le comité illusionniste a étudié quatre-vingt-seize dossiers. Vingt-et-un demeuraient inexpliqués :

« Il s’agit notamment de cas de psychokinèse étudiés par un laboratoire américain, de cas de voyance tout à fait déroutants, et de guérisons que les médecins n’ont pas pu expliquer. » (Ranky)

Dans Le paranormal, de mes yeux vu (éditions Trajectoire, 2006), Ranky parle des vrais phénomènes psi que lui et son Comité ont pu constater, mais aussi des cas qui relèvent d’explications triviales ou d’escroqueries. L’auteur aborde également quelques thèmes qui ne relèvent pas vraiment du « paranormal » (comme l’hypnose et les fakirs).

Les sujets psi suivants ont obtenu des résultats positifs et concluants (quant à l’authenticité de leurs capacités) :

  • Le sujet PK Jean-Pierre Girard.
  • La voyante Maud Kristen et le « visionneur à distance » Joseph MacMoneagle. Une expérience combinée de précognition et de vision à distance a été réalisée avec la collaboration de Mario Varvoglis, président de l’Institut Métapsychique International.
  • Trois expériences de « psychométrie » (connaissance extrasensorielle par l’intermédiaire d’un objet – ou d’une « cible » – tenu dans les mains) : Juliette Delaforest (identification, dans des enveloppes, de photos de personnages célèbres), Pascal Mahious (réception d’informations associées à des documents mis dans des enveloppes de Kraft cachetées), Dominique Vallée (clairvoyance sur des photos de défunts).

Ranky évoque également dans son livre les cas surprenants de « Monsieur Jean » (qui possédait une extraordinaire faculté de clairvoyance, hors norme) et d’un jeune homme qui entendait des musiques symphoniques avec des chœurs, principalement le soir au coucher… Outre le cas de clairvoyance de Sidonie, il mentionne quelques témoignages, dont celui d’Alexandre (cas de décorporation présumée). Il y a aussi l’étonnant phénomène des fleurs séchées, celles-ci étant associées à un membre de la famille de Ranky, décédé en 1970…

Ranky et les collègues de son Comité n’ont évidemment pas uniquement constaté d’authentiques phénomènes psi. Beaucoup de cas traités n’avaient rien de « paranormal ».

En 2002, Ranky a été invité, parmi d’autres personnes, à assister à une séance de « matérialisation d’entités » réalisée par des médiums mexicains appartenant au groupe spirite « Cuarto de Luz ». Il est arrivé à la conclusion qu’il n’y avait là que des trucages.

Ranky s’est aussi intéressé au cas des guérisseurs philippins, ces « chirurgiens aux mains nues » qui ont défrayé la chronique dans les années 1970. Il s’est rendu sur place et a constaté le recours à des trucs simples (des « charges » dissimulées à différents endroits : sous le rebord d’une cuvette, sous la table, dans une poche, sous une serviette, sous ou dans le coton apporté bien souvent par un complice)…

De nombreux cas investigués n’ont révélé aucun caractère paranormal : l’affaire du « motard masqué », le cas Assaf Bassam (dont les mains étaient censées suinter de l’huile), etc. Dans les années 1970, il y eut le cas du faux Comte de Saint-Germain, ce dernier ayant prétendu pouvoir transmuter du plomb en or.

Le but du C. I. E. E. P. P. était de détecter les supercheries éventuelles de certains médiums et d’authentifier, lorsqu’elles existaient, les véritables manifestations psi. Deux événements incitèrent Ranky a créer ce Comité. Un groupe de pseudo « parapsychologues », constitué d’un « clairvoyant », d’un « guérisseur », d’un marchand de talismans, d’une « voyante », d’une « magnétiseuse », et d’un Africain procédant au « retour d’affection » et au « désenvoûtement », constituait une véritable association de malfaiteurs. Une de ses amies, criblée de dettes et menacée des pires représailles par le gourou et ses complices, finit par se confier à Ranky. Elle bâclait son travail, ne dormait plus, n’avait plus d’électricité chez elle et à peine de quoi se nourrir. Ses deux jeunes enfants commençaient à être en danger. Loyers impayés, huissiers à sa porte : tout ce gâchis parce qu’elle souhaitait le retour de son mari qui avait abandonné le domicile conjugal. Elle avait conseillé à deux amies de consulter ces mêmes personnes. Ranky put régler les problèmes de son amie…

Le second événement qui incita Ranky a créer ce comité d’expertise des phénomènes paranormaux fut l’apparition à la télévision d’Uri Geller. Cet Israélien disait pouvoir exercer une action psychokinétique sur des ustensiles métalliques (cuillers, fourchettes, clés), arrêter ou remettre en marche des montres, capter le contenu de dessins mentalement transmis. Ranky note que les illusionnistes professionnels étaient furieux de constater la notoriété subite d’Uri Geller à l’aide de moyens très simples alors qu’eux travaillaient avec acharnement nombre de manipulations. Certains n’étaient pas loin de penser que ce vedettariat, acquis en quelques jours à peine grâce à deux ou trois cuillers et fourchettes tordues à la télévision, allait lui permettre de les détrôner des scènes de music-hall. Et Uri Geller, qui disait obtenir ses effets sur la matière par psychocinèse, ne cachait cependant pas avoir débuté dans la vie active en tant qu’illusionniste.

Un soir, lors d’une « réunion magique », Ranky annonçait qu’il ne lui semblait pas très intelligent de refuser a priori la possibilité d’un « pouvoir » éventuel et inconnu. Il fallait d’abord observer ce « médium » et apporter ensuite les preuves de ses trucages, avant de le reléguer au simple rang d’illusionniste…. Il fut, ce soir-là, l’objet d’un tollé mémorable, et il sortit franchement déçu par le comportement de bon nombre de ses confrères.

Uri Geller avait été amené à se produire en France sur les instances d’un producteur de cinéma célèbre, doublé d’un illusionniste amateur très apprécié. Dans ces conditions, toute approche scientifique des phénomènes proposés devenait irréalisable. Plus qu’Uri Geller, c’était le comportement borné des « magiciens » eux-mêmes qui incitait Ranky à cette création de comité d’expertise, celle-ci lui apparaissant de plus en plus comme une œuvre de salubrité publique. Uri Geller avait engendré une multitude de « médiums » : tous se mettaient à tordre des petites cuillers à tour de bras. Certains pensaient qu’il n’y avait aucune raison qu’Uri Geller fût célèbre et pas eux, alors que d’autres, plus sérieux, découvraient que ce qu’ils faisaient naturellement depuis toujours, c’est-à-dire modifier des objets ou en déplacer d’autres par ce qu’ils croyaient souvent être l’effet d’un courant d’air, d’une vibration phonique ou autre phénomène physique, pouvait être dû à une faculté qui leur échappait. Geller leur en avait donné conscience. Ranky a lui-même connu une jeune femme qui était fort inquiète des phénomènes se produisant à son domicile. Des photos et des bibelots se déplaçaient sans raison apparente sur une table encombrée notamment d’un poste de radio ancien, et il n’était pas rare qu’elle retrouvât, le matin, ces objets jonchant le sol. La radio fonctionnait toute la journée et même très tard le soir. Quelquefois, la jeune femme s’endormait en oubliant d’éteindre le poste. Ranky pensa que les vibrations du haut-parleur pouvaient se transmettre à l’épaisse table de bois et favoriser le déplacement des objets. Ayant conseillé à la jeune femme d’ôter le poste de la table, les objets continuèrent à bouger. Les effets troublants cessèrent brusquement après plusieurs mois… (5)

Dans une interview publiée dans le n° 26 (1997) de la série de fascicules « Facteur X », Ranky précisait qu’en 22 années d’existence (à l’époque de l’interview), le comité illusionniste a étudié 96 dossiers. Ainsi que je l’ai signalé plus haut, 21 demeuraient inexpliqués : cas de psychokinèse étudiés par un laboratoire américain, cas de voyance « tout à fait déroutants », guérisons que les médecins n’ont pas pu expliquer…

Dans son livre publié en 2006, Ranky parle des vrais phénomènes psi que lui et son Comité ont pu constater, mais aussi des cas qui relèvent d’explications triviales ou d’escroqueries. Nous allons les appeler les « dossiers positifs » et les « dossiers négatifs ». L’auteur aborde également quelques thèmes qui ne ressortissent pas vraiment du « paranormal » (comme l’hypnose et les fakirs).

Les dossiers authentifiés :

Voici quelques cas authentifiés par Ranky.

1. Précognition et vision à distance : Maud Kristen et Joseph MacMoneagle

C’est la journaliste Marie-Monique Robin qui a présenté Maud Kristen à Ranky, lors d’une séance de spiritisme donnée par le groupe « Cuarto de Luz » où il avait été pressenti pour donner son avis sur ces manifestations. Maud Kristen avait exposé son opinion sur les prestations douteuses de ces spirites mexicains. Quelque temps plus tard, Marie-Monique Robin sollicita la participation de Ranky dans un documentaire consacré à la recherche en parapsychologie : La science face au paranormal, ce documentaire ayant été diffusé, en 2004, sur Canal +.

Maud Kristen s’est rendue aux Etats-Unis. Norman Don, professeur en neurologie à l’université de Chicago, a étudié son activité cérébrale pendant ses « voyances ». Elle devait notamment deviner le contenu de sept enveloppes scellées. Même Norman Don ne connaissait pas le contenu des enveloppes. Maud Kristen donna, sur trois enveloppes, une description d’une très grande justesse. Au moment où elle commençait à « voir » le document, les ondes cérébrales étaient du type « Alpha », ce qui correspond à dix hertz, soit cycles cycles à la seconde, caractéristiques d’un état de profonde relaxation. Les deux hémisphères cérébraux étaient par moment alignés, leur activité étant synchrone. Ceci n’est pas habituel, car en général les deux hémisphères ne fonctionnent pas en phase. La synchronisation des deux hémisphères cérébraux est une caractéristique de ce que les neurologues appellent un état modifié de conscience. Or, l’équipe de Norman Don, qui a remarqué que les performances Psi sont liées aux états modifiés de conscience, a donné l’exemple des chamans qui prennent des plantes hallucinogènes pour atteindre cet état. Il évoque aussi l’état onirique, propice, chez certaines personnes, aux rêves prémonitoires.

Joseph MacMoneagle, ancien agent des services secrets américains, est un spécialiste de la « vision à distance » (« remote viewing »), celle-ci concernant la perception de scènes ou de « cibles » dans un endroit éloigné, par clairvoyance. En 1970, alors qu’il se trouvait en poste, en Allemagne, il fut victime d’un accident cardiovasculaire au cours duquel il expérimenta une NDE. C’est à la suite de cet événement qu’il manifesta des aptitudes Psi. En 1978, il fut engagé par la CIA comme « espion-voyant ». Il a participé à 200 missions de vision à distance dont 150 auraient été positives, c’est-à-dire qu’elles auraient servi aux plus hautes sphères du gouvernement.

Avec Cécile Clocheret, collaboratrice de Françoise Gazio, Ranky choisit à l’aide d’un plan de Paris-Banlieue 25 sites, en éliminant les monuments trop touristiques (Arc de Triomphe, Tour Eiffel, etc.). Les fiches retenues furent ensuite placées dans des enveloppes blanches opaques, et ces dernières furent scellées, mélangées et numérotées pour pouvoir les tirer au sort par un moyen que Ranky devait choisir au dernier moment. Il rangea ensuite ces 25 enveloppes dans son attaché-case, dans l’attente du tournage.

Avec Mario Varvoglis, docteur en psychologie (qui a travaillé à l’université de Princeton) et président de l’Institut Métapsychique International, on avait décidé d’organiser une double expérience, avec à Paris Maud Kristen et en Virginie Joseph MacMoneagle. A Paris, il était 14 heures, et 8 heures en Virginie.

Maud Kristen devait essayer de « voir » le futur en devinant où se trouverait Mario Varvoglis à 18 heures. Le site, alors connu de personne, devait être tiré au sort à 17 heures.

« En arrivant il y a des arbres de chaque côté. La vue est plutôt large. Je sens une certaine austérité, quelque chose de solennel. C’est presque pompeux. Le bâtiment, en face, a vu passer de très belles réceptions, avec des robes somptueuses. Dans ce lieu, je sens une grande concentration de matériaux précieux : marbre, bois, dorures, formes alambiquées. A l’intérieur, je vois de belles peintures et des panneaux sur les murs. L’endroit n’est pas en bon état et mériterait d’être restauré. » (Maud Kristen)

Ranky s’est rendu, quelques jours plus tard, au Grand Palais. Le bâtiment était bardé d’échafaudages, de bâches, etc., car il était en rénovation.

A 17 heures 20, Ranky tira au sort, à l’aide d’une roulette, le lieu-cible, parmi les 25 proposés. L’enveloppe n° 16 est désignée : c’est le pont Alexandre III.

En ce qui concerne le contrôle du second médium, Joseph MacMoneagle, il faut préciser que Mario Varvoglis ne prit connaissance de la cible qu’en arrivant sur les lieux. Ranky et Mario Varvoglis arrivèrent sur le pont Alexandre III à 18 heures. Au même moment, en Virginie, Joseph MacMoneagle entra en méditation, afin de déconnecter sa conscience de l’environnement. Il se concentra sur Mario Varvoglis (qu’il avait croisé dans des congrès de parapsychologie).

Sur le pont Alexandre III, Mario Varvoglis (accompagné de Ranky) commença à se concentrer sur les images qu’il voyait.

« Je fais le vide dans mon esprit, et maintenant j’essaie de recevoir les images que voit Mario à Paris. Mario se penche vers la gauche. Il y a une sorte d’arche (en même temps, Joseph dessine ce qu’il annonce ‘‘voir’’). Et là, c’est un mur. Et puis je ‘‘vois’’ un passage qui passe sous quelque chose. J’ai vraiment l’impression très forte de quelque chose qui s’enfonce profondément dans le noir (effectivement, la journée est ensoleillée et le dessous de l’arche du pont est très sombre). D’un côté c’est ouvert, de l’autre côté aussi. C’est peut-être un pont. » (Joseph MacMoneagle)

Il se concentre quelques secondes puis reprend au moment précis où Mario Varvoglis regarde la main d’une statue :

« C’est très bizarre, je ‘‘vois’’ une main (plus tard, en visionnant le film, on s’apercevra que Joseph tend son propre bras droit, imitant celui de la statue). Je pense qu’elle fait partie d’une statue, en métal. Elle est dans un angle ou en hauteur. C’est un endroit particulier, très artistique, très compliqué. Je vois Mario marcher, regarder en l’air et me dire : ‘‘regarde Joseph’’ (ce qui est parfaitement exact). »

Il se mit à recevoir des flashes très rapides :

« Il y a un bâtiment adjacent pas très haut mais long et qui présente toujours les mêmes motifs, avec une zone obscure en haut. Ce bâtiment en arcades n’est pas très vieux : il a peut-être soixante ans. J’ai l’impression qu’il y a tout près une sorte de mémorial, quelque chose dédié à la mémoire d’une personnalité célèbre… ou peut-être une bataille importante… ou, c’est ça, un mémorial en l’honneur d’une personnalité d’une époque particulière… »

Le dessin de Joseph MacMoneagle correspond parfaitement au bâtiment d’Air France, situé juste à côté du pont Alexandre III.

« Quand on réécoute les paroles et qu’on regarde les dessins de Maud, on s’aperçoit qu’elle a bien capté l’essence de cet ensemble architectural du XIXe siècle construit pour l’Exposition Universelle, en se connectant plutôt sur le Grand Palais que sur le pont.

Il y a beaucoup de correspondances entre ce qu’a dessiné Joseph MacMoneagle aux États-Unis et les structures, sur le pont et aux alentours, notamment le bâtiment assez bas avec les arches qui correspond au bâtiment d’Air France qui est juste à côté du pont Alexandre III.

Quant au mémorial consacré à un grand personnage : en face du pont, on voit les Invalides qui est le tombeau de Napoléon. » (Ranky) (6)

Cette expérience a été évoquée, le 4 janvier 2004, dans une émission de Marc Menant sur Europe 1. Les deux invités étaient Maud Kristen et Bertrand Méheust. Une séquence consacrée à cette expérience a été diffusée le 19 janvier 2004 (en fin de soirée) dans le magazine d’information de Canal + : « Lundi Investigation ».

2. Psychométrie : Juliette Delaforest et Pascal Mahious

En parapsychologie, la « psychométrie » peut se définir comme étant l’aptitude à obtenir des informations, par clairvoyance, en utilisant comme intermédiaire un objet ou une enveloppe contenant un document.

Juliette Delaforest disait être capable de reconnaître, dans des enveloppes, des photos de personnages célèbres. Elle a été testée le 24 mars 1994. Deux expériences, avec chacune une enveloppe, ont été faites. La première a duré 12 minutes 27. La seconde expérience a duré 7 minutes 52.

Avant l’arrivée de Juliette Delaforest, 10 enveloppes ont été numérotées, et Ranky a glissé à l’intérieur 10 photos préalablement sélectionnées par la rédaction du magazine à l’origine de l’expérience. Il était le seul à connaître le contenu de chaque enveloppe. Les photos représentaient des personnages français célèbres.

Lors de la première expérience, à la demande de la voyante, lorsque Ranky le pouvait, il disait à cette dernière si la vision était exacte. Lors de la seconde expérience, Ranky proposa à Juliette Delaforest de ne pas la guider. C’était une première pour elle, mais elle accepta le défi.

Pour la première expérience, Juliette Delaforest évoqua un homme (ce qui était exact) qui a chanté (exact) mais qui fait plutôt du théâtre ou du cinéma. Il a affaire avec Depardieu ou avec Gérard, déclara-t-elle Elle déclara que ce n’est pas Daniel Auteuil, ni Darmon, ni Depardieu. Mais elle voyait Gérard Depardieu. Ou c’est lui, ou il est en affaire avec Gérard Depardieu, précisa-t-elle. Ranky constata que les informations données étaient justes à 80%. L’enveloppe fut ouverte : il y avait la photo de Gérard Depardieu.

Lors de la seconde expérience, Juliette Delaforest finit par donner le nom exact de la « cible » : Guy Béart.

Une autre expérience de psychométrie a eu lieu le 26 août 2005, avec Pascal Mahious, le protocole d’expérimentation ayant été mis au point par les membres suivants du Comité illusionniste : Ranky, Blondine et Claude Stavisky. Un avis technique a été pris par liaison téléphonique auprès de Pierre Edernac, également membre du Comité.

Neuf photos ou documents ont été choisis, isolés dans des feuilles de papier et glissés dans des enveloppes de Kraft cachetées. Elles ont été mélangées. Les personnes présentes à la séance étaient Jacques Mandorla, Dominique Vallée, Ranky et Blondine. C’est Jacques Mandorla qui, lors d’une conférence, a présenté Pascal Mahious à Ranky. Jacques Mandorla l’avait déjà soumis à plusieurs tests dont les résultats lui étaient apparus étonnants. Pascal Mahious a découvert sa médiumnité à l’âge de 7 ans.

« Alors qu’il n’a jamais connu son grand-père paternel vivant à l’étranger, celui-ci lui apparaît un soir au pied de son lit pour lui annoncer son départ définitif de ce monde. Il lui décrit des scènes, des décors. On apprendra une semaine plus tard qu’il est décédé la nuit même où il est apparu dans les scènes et les décors décrits. Dès lors, ses dons de voyance et de médiumnité accompagnent Pascal en permanence. Il passe néanmoins son enfance et son adolescence en tentant de refréner cette capacité qui lui fait peur. Son entourage est souvent saisi d’étranges interrogations par les paroles d’un enfant dont les dires se réalisent. Ses prédictions concernent aussi bien les petites joies de ses camarades de classe que les adultes qui restent perplexes lorsqu’il leur déroule innocemment des faits très personnels sans vraiment les comprendre lui-même. Passionné par son prochain et la défense de ses intérêts, il choisit toutefois un parcours professionnel sans aucun rapport avec le paranormal. Il suit des études juridiques qui l’amèneront à exercer la profession de juriste en droit social pour le Ministère de l’Emploi. Avec le recul, il constate que ses facultés se développent très souvent à la faveur de chocs émotionnels violents.

A la mort de son deuxième grand-père, qu’il prédit à sa mère six mois auparavant, il en vient à avoir des voyances ‘‘sauvages’’, c’est-à-dire de plus en plus fortes, précises, dans n’importe quel lieu ou circonstance. Il ne choisit pourtant pas d’ouvrir un cabinet de consultations, estimant cette profession trop marginale et sans réelle consistance. Il poursuit son parcours professionnel et accède au poste de responsable des ressources humaines d’un grand bureau d’étude. Mais sa médiumnité omniprésente s’exerçant quotidiennement, son entourage immédiat en vient à le solliciter de façon plus concrète et lui réclame avec insistance des consultations formelles. De bouche à oreille, les gens le sollicitent de plus en plus, et il réalise que cette réelle profession l’épanouit et lui permet d’aider son prochain. Un journaliste venu le tester incognito pour un célèbre magazine le propulse de façon immédiate dans le monde de la voyance. Il quitte alors son poste de directeur des ressources humaines pour se consacrer pleinement à l’activité de voyant. » (Ranky)

* Expérience n° 1. Pascal Mahious place les neuf enveloppes en éventail et, après quelques secondes de réflexion, en choisit une sur laquelle il place la paume de sa main droite.

Il ressent quelque chose de très hachuré, découpé et a des sensations de mouvements. Il évoque quelque chose de mécanique. Il voit des arrondis, des couleurs, du métal, des choses qui n’ont rien à voir ensemble, des cerceaux, des rubans. C’est quelque chose qui fait partie du passé, mais qui traverse le temps. Il parle de quelque chose de sérieux, d’amusant, de festif. C’est concentrique. Cela est dédié à un personnage. Il voit des flashes de photos, des personnalités. Il voit des ciseaux, comme si on découpait un article ou un document. (On a en effet découpé quelque chose.) Il voit du rouge. C’est artistique, il y a quelque chose de rétro. C’est controversé…

La photo représente Ranky et Blondine sur la scène du casino de Paris. Voici le commentaire de Ranky :

« Le décor est bien hachuré, découpé. Il y a des arrondis de lumières et le rideau de fond est constitué d’innombrables rondelles métalliques de couleurs, solidaires les unes des autres par des agrafes. ‘‘Le décor marque un style, une mode’’ : celui de Paco Rabanne. Les sensations de mouvements et ce quelque chose de mécanique sans forcément parler de vibrations humaines, c’est précisément le style du numéro présenté ce soir-là par Blondine et moi. Et les choses qui n’ont rien à voir ensemble représentent exactement la diversité des numéros qui avaient été engagés précisément pour leurs différences. Amusant, sérieux, festif, étaient les qualités demandées par les organisateurs pour être engagé dans ce spectacle. Il y avait des cerceaux, des rubans, des disques de toutes les couleurs. C’était bien une représentation connue, faisant partie du passé mais qui traverse le temps (l’illusion) et donnée en l’honneur de Valérie Griffet, Miss France 1984. Cette élection a été très controversée puisqu’elle a engendré plusieurs procès entre les deux comités français : celui de Monsieur Le Parmentier et celui de Madame Geneviève de Fontenay. Les flashes de photo et les personnalités étaient innombrables : Hugues Aufray, Piéral, Daniel Guichard, Yves Mourousi, la grande presse, la télé, un ministre, etc.

Pascal Mahious voit quelqu’un découper un document, c’est exact : j’avais dû découper la photo pour qu’elle rentre dans l’enveloppe ! Il s’agit d’ailleurs du seul document sur les neuf ayant été découpé. »

* Expérience n° 2. Pascal Mahious voit des croquis, des esquisses, des dessins. C’est lié au souffle, à l’air, et cela le fait voyager. Cela fait référence à des valeurs, plus qu’à une personne, à un groupe… C’est dans des livres. C’est comme s’il y avait un côté abstrait, surréaliste, imaginaire. Il y a de la légèreté, de la hauteur, cela s’étudie et c’est toujours d’actualité. On philosophe dessus, il y a des conférences, on peut en débattre. On se déplace pour voir cela. Il y a une construction. Ce qu’il voit ne se trouve pas sur le document contenu dans l’enveloppe, mais se trouve à l’intérieur de quelque chose, et c’est ce quelque chose que l’on voit sur le document.

A l’intérieur de l’enveloppe, il y avait la photo de la maison du peintre Jean-François Millet à Barbizon.

« Plus que la description du document, c’est l’âme de la maison qui est décrite. C’est lié au souffle, à l’air… Cela fait référence à des valeurs, plus qu’à une personne, à un groupe. Il s’agit en effet de l’école des peintres de Barbizon qui travaillaient en plein air, sur le motif, dans les champs et la forêt de Fontainebleau. Un nombre considérable d’ouvrages sont consacrés au sujet. Les conférences-débats sont innombrables et ‘‘chacun peut y voir quelque chose à sa manière’’. Quand Pascal Mahious dit que ce qui se trouve à l’intérieur touche beaucoup de monde, nous confirmons que les visiteurs affluent, tous les jours, à longueur d’années pour visiter ce lieu, richesse du patrimoine artistique universel. » (Ranky)

* Expérience n° 3. Pascal Mahious voit du noir, la nuit, quelque chose d’imposant, grave, recueilli, avec un côté solennel. Il parle d’un conquérant, de complot, d’autorité, de domination, de stratégie. Tout cela est très vieux, c’est comme une représentation. Il y a un côté impersonnel. C’est théâtral, un peu comme dans un temple. Il entend des langues étrangères, et il y a du passage dehors, à l’extérieur. Il voit des colonnes, des arcades.

La « cible » était le Théâtre-Opéra de Rennes. Effectivement, comme le note Ranky, cela se passe plus la nuit que le jour, dans des langues étrangères.

« En fait, Pascal a décrit des scènes d’opéra avec ses ingrédients habituels : personnages mythiques, conflits, guerres… Effectivement aussi, c’est du solide, avec des colonnes, des arcades. Il y a du passage, beaucoup de passage, c’est le Théâtre-Opéra de Rennes. » (Ranky)

* Expérience n° 4. Pascal Mahious perçoit de la sensibilité, de la générosité, quelqu’un qui parle beaucoup. Il voit des « choses ondulées », des éventails, comme des cascades. La personne est dans le relationnel. Il y a quelqu’un d’assis sur des « choses ondulées », et quelqu’un debout, magistral, avec un côté « autorité », dans le sens de sommité, quelqu’un qu’on écoute, qui dit des choses simples et vraies. C’est un homme très bien, qui se donne du mal et qui veut perpétuer quelque chose. Cet homme a un « côté un peu comédie », a deux métiers ou occupations, avec une soif de reconnaissance. Pascal Mahious parle de vocation, d’idéal, de mode de vie, de quête, d’énergie incroyable. Il voit des ondes, des zigzags, des ondulations.

La « cible » est un document publicitaire représentant les artistes Pierre Berton et Lily Pouliguen.

« La partie visuelle du document laisse pantois les spectateurs de cette expérience. Le personnage debout est Pierre Berton, un accordéoniste et compositeur de talent. L’autre personne, jouant également du même instrument, est assise sur un troisième accordéon. Un escalier monumental se trouve derrière les musiciens et évoque également des zigzags, des choses ondulées, des éventails…

Seuls Blondine et moi-même, qui connaissons intimement le personnage depuis trente-cinq ans, pouvons témoigner de la justesse prodigieuse de cette description du caractère et des aspirations de cet artiste.

Oui, il parle beaucoup, il écrit, il compose et donne même parfois des conférences toujours ‘‘simples et vraies’’. C’est un homme ‘‘très bien, qui se donne du mal, à fond’’ avec un côté un ‘‘peu comédie’’. Il a effectivement ‘‘deux métiers ou occupations’’. Il est musicien et magicien… et ‘‘il veut conserver quelque chose’’ puisqu’il a créé un musée de l’accordéon à force de patience et de persévérance pour dénicher des instruments extrêmement rares. Il a aussi entièrement produit de ses mains plus de quarante reproductions en modèles réduits des plus célèbres orchestres du monde qu’il expose un peu partout en France : Jacques Hélian, Duke Ellington, Django Reinart, Sydney Bechet, etc.

‘‘C’est une vocation, un idéal, un mode de vie.’’ Et c’est aussi une ‘‘quête’’ perpétuelle pour trouver un lieu culturel et laisser une trace, dans une ville qui accueillerait son musée…

‘‘Il a une énergie incroyable’’ : malgré les années qui passent et une santé quelquefois un peu défaillante, il étonne par son allant, son courage, ses projets… Il ne désarme pas. Il ne désarmera jamais. Il est incroyable ! » (Ranky) (7)

3. Photos de défunts : Dominique Vallée

Une expérience de clairvoyance sur des photos de défunts a eu lieu le 26 août 2005, le protocole d’expérimentation ayant été établi, comme pour Pascal Mahious, par les illusionnistes Ranky, Blondine et Claude Stavisky. Six photos ou documents ont été choisis. Étaient présents à la séance : Jacques Mandorla, Pascal Mahious, Ranky, Blondine.

Ce n’était pas la première fois que Ranky faisait pratiquer ce contact, sur photo, avec les « morts ». Lors de l’émission Mystères, Ranky avait été invité pour authentifier les capacités de Mario Mercier, poète et chamane, à manipuler du charbon de bois incandescent. Il passa l’épreuve avec une sérénité impressionnante. Quelques jours plus tard, Mario Mercier ayant été invité chez Ranky, le regard du chamane fut attiré par une photographie qu’il prit en main. Il donna avec une justesse étonnante la description du caractère du beau-père de Ranky, de la maladie des poumons à laquelle il avait succombé, de son érudition bien qu’il n’eût que très peu fréquenté l’école. Puis ayant demandé le prénom de cet homme, on lui répondit : Julien. A partir de ce moment là, quelque chose sembla le gêner dans sa voyance. Il hésita un peu, puis demanda de confirmer ce prénom. Il finit par demander ce que Jean venait faire dans tout cela. Mario Mercier venait de réaliser ce que Ranky aime appeler un « éclair divinatoire ». En effet, détestant le prénom Jean que ses parents lui avaient donné à sa naissance, le beau-père de Ranky s’était fait prénommer Julien durant toute son existence.

Lors de l’expérience d’août 2005, Dominique Vallée choisit trois photos sur les six proposées. Les personnes décédées, sauf une, faisaient partie de la famille de Ranky et Blondine.

Dans le cas d’Eric, Dominique Vallée déclara que cet homme était « dans le chagrin », qu’il y avait « des vibrations très douloureuses au niveau de la tête », et qu’il n’a pas pu se sortir d’une « situation difficile »… Ranky précise que la situation difficile évoquée s’est terminée par un terrible accident de la route où la tête a été horriblement touchée.

Dans le cas d’Henri, Dominique Vallée déclara quela boisson a été fatale à cet homme, que le prénom Paul ou Paulette tourne autour de lui, qu’il est rempli de culpabilité… Ranky précise que toute son existence a été axée sur sa femme Paulette, décédée de la maladie de Charcot dont il s’est toujours obsessionnellement senti coupable. Elle était née un 19 septembre, et il a organisé cet anniversaire en solitaire, le 19 septembre 2000, en buvant des alcools jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Dans le cas de Nicolas, Dominique Vallée vit un homme allongé sur un lit, avec des perfusions, en phase finale… Il avait du mal à se stabiliser, professionnellement. Il allait d’un travail à un autre. Il montrait toujours une joie de vivre mais il avait un problème… quelque chose n’était pas d’équerre dans sa vie. Il avait un problème de sang… Ranky précise qu’il s’agit de son ami Nicolas Maillard, journaliste d’investigation. Il est décédé dans de grandes souffrances à l’âge de 33 ans. Il avait effectivement un problème de sang. Il avait des problèmes professionnels de par « sa grande probité, son professionnalisme incorruptible ». Il avait la joie de vivre. Il avait peut-être un problème dans sa vie, mais on ne le sait pas. (8)

4. Monsieur Jean et le castrat décédé :

Âgé de près de 80 ans, « Monsieur Jean » possédait une extraordinaire faculté de clairvoyance, hors norme. Au cours de conversations, lorsqu’une question se pose aux interlocuteurs, Monsieur Jean ferme les yeux quelques secondes, semble entrer en lui-même et se brancher sur un canal mystérieux, existant, d’après lui, dans le cosmos. Puis, il redistribue la réponse qu’il vient de recevoir. Personne n’a jamais reçu de sa part une réponse erronée. Le phénomène est complètement répétitif. Ranky note que c’est tout simplement prodigieux ! C’est ainsi que désirant savoir s’ils allaient acheter une propriété dans l’Oise, Ranky et son épouse eurent la réponse suivante : « La maison est isolée, l’endroit est désert. Le terrain est criblé de monticules. Il y a des papillons. Vous n’achetez pas la maison. » Effectivement, la maison était isolée, l’endroit étant un lieu-dit de quinze habitants. Le terrain était rempli de monticules de taupes. Au moment de la visite des lieux, au milieu du terrain de 3000 mètres carrés, une nuée de papillons s’est élevée dans les airs. Malgré toutes les tractations, il n’a pas été possible de conclure l’achat de cette belle maison si convoitée.

Un jour, Monsieur Jean s’est rendu dans le quartier d’une ville qu’il ne connaissait pas. On lui a demandé de raconter l’état des lieux existant avant les constructions modernes qui venaient d’être terminées. Il décrivit des bâtiments en L et des jardins à la française avec l’emplacement de plusieurs fontaines. Peu de temps après, Ranky a pu consulter dans les services du cadastre les anciens plans architecturaux de ce quartier : les descriptions de Monsieur Jean s’avéraient de la plus parfaite exactitude.

Les exemples sont innombrables. Une autre fois, à propos d’une question posée par Ranky à propos de sa mère souffrante, Monsieur Jean répondit : « 79 », sans autre précision ni commentaire. Un an plus tard, la mère décédait, à l’âge de 79 ans.

Venons-en au cas du tombeau du castrat. Le phénomène a débuté en 1994. Pendant sept à huit soirées consécutives et à deux ou trois reprises dans l’année, un jeune homme a entendu des musiques symphoniques avec des chœurs, principalement le soir, au coucher.

Cela durait de quelques secondes à quelques minutes. Il s’agissait de compositions originales qu’il chantait pour que l’on puisse les enregistrer sur bande magnétique et les transcrire sur papier. Un compositeur a assuré que c’était parfait au niveau de la ligne mélodique et de l’harmonie. Or, il faut savoir que ce jeune homme ne connaît pas la musique.

Au bout de deux ou trois auditions venait se greffer, sur les instruments et les chœurs, une voix très aiguë et très pure qui donnait des messages intéressant la vie personnelle du médium malgré lui, ce qui le perturba quelquefois, d’autant plus qu’il n’osait en parler à personne de son entourage de peur d’être pris pour un farfelu ou plus grave encore. Pendant une certaine période, la voix très aiguë et très pure du chanteur répétait à l’oreille du médium le nom d’un village et d’une colonne brisée. On a fini par retrouver ce village, un village où il ne s’était jamais rendu auparavant. Là, on a découvert une tombe comportant une colonne cassée. Et dans cette tombe repose un chanteur d’opéra, plus précisément un castrat ! C’est peut-être sa voix, très aiguë et très pure, que le médium a entendue. (9)

Dans une interview publiée dans le n° 26 (1997) de la série de fascicules Facteur X, Ranky a également évoqué ces 2 cas.

5. Le cas Sidonie :

On accusait Sidonie de « dire n’importe quoi ».

Elle avait 8 ans lorsque sa mère reçut la visite d’un voisin célibataire. A chacune de ses visites, la gamine s’enfermait dans un profond mutisme. A la question de sa mère : « que t’a donc fait ce monsieur ? », elle répondit : « Il est pas beau. » Or, cet homme n’était ni plus beau ni plus laid que d’autres. Puis la gamine parla de son nez cassé, de son œil crevé, de ses bras tordus. Le samedi suivant, l’homme fut victime d’un terrible accident de voiture et faillit être tué. Il s’en tira avec le nez cassé, une clavicule brisée, l’autre bras écrasé et perdit complètement l’œil gauche.

Une autre fois, alors que la famille devait se rendre au cinéma, Sidonie chanta durant tout le repas : « Au feu, au feu les pompiers. » Il n’y eut pas de cinéma ce soir-là, car lors de leur arrivée sur les lieux ils trouvèrent les pompiers s’efforçant de circonscrire un foyer qui couvait dans une énorme fumée grasse, âcre et noire, qui s’échappait du hall d’entrée.

Ranky rencontra Sidonie à plusieurs reprises, ses séances de prestidigitation l’ayant amené à se produire dans une école où elle travaillait en tant que femme de service. C’est elle qui aborda Ranky alors qu’il venait, pour la première fois, proposer son programme de « magie » dans un centre scolaire du Val-de-Marne. Elle déclara que cela allait être dur aujourd’hui, qu’il devrait plutôt revenir demain, et qu’il devrait voir la directrice des filles.

« Effectivement, j’eus ce jour là un très mauvais contact avec le directeur de l’école. A ses yeux tous les arguments étaient valables pour refuser ma prestation. Je n’insistai pas et allai trouver la directrice de l’école des filles. A peine eus-je le temps d’ouvrir la bouche que j’obtins l’autorisation de venir amuser ses élèves.

Le lendemain, je revins à la charge auprès du directeur. Il me fixa une date pour le mois suivant. » (Ranky)

En sortant du bureau du directeur, Ranky rencontra Sidonie qui lui dit qu’elle lui avait bien dit de revenir aujourd’hui. Intrigué, il engagea la conversation, lui faisant part de son étonnement quant à la justesse de ses « prédictions », mais elle n’en fut pas surprise. Une de ses collègues confia plus tard à Ranky que tout ce que Sidonie disait arrivait.

Un matin, alors que Ranky installait son petit théâtre pour une représentation et que Sidonie l’aidait à ranger les bancs, « l’homme à tout faire » de l’établissement pénétra dans le réfectoire. Il était joyeux et sifflait. A la question de Sidonie : « Cela a l’air d’être la forme ? », l’homme déclara qu’il partait à la campagne. Sidonie répondit que cela l’étonnerait, car il était trop tard pour réserver les places de train. L’homme ayant répondu qu’il partait en voiture, Sidonie déclara que cela l’étonnerait aussi car il n’avait pas de voiture ! L’homme ayant répondu que sa voiture était devant l’école avec les valises dans le coffre, Sidonie répliqua : « Sûrement pas. » Il avait en effet une voiture garée devant l’école, mais, vers 11 heures 30, un camion l’emboutit complètement à l’arrière, annulant la partie de campagne prévue.

Un jour, Sidonie demanda à une collègue, qui venait d’être embauchée le matin même, si elle était la femme du boiteux. La personne incriminée se récria en précisant que son mari ne boitait pas du tout. Lorsque cette femme rentra chez elle, elle trouva son mari qui sautillait pour se déplacer. Il avait eu un accident de travail et venait de se casser un pied !

Sidonie accepta de se prêter à quelques tests que Ranky voulut faire avec elle. Il prépara 3 séries de 10 enveloppes dans lesquelles se trouvaient 10 nombres de 2 chiffres, 10 papiers de couleurs différentes, 10 cartes à jouer. Elle donna 30 réponses fausses. Ranky l’invita dans un petit restaurant chinois. Il avait mis des petits objets hétéroclites dans ses poches, que Sidonie devait deviner.

« Procédant par la logique, elle annonça pour la poche droite de mon pantalon, un briquet, et pour la poche droite de ma veste, un paquet de cigarettes. C’est bien sûr dans ces poches qu’habituellement je mets lesdits objets, mais pour la circonstance j’avais changé l’ordre des choses. La voyance sur commande ne fonctionnait pas. Elle éclata soudainement d’un rire inextinguible et me raconta que le serveur avait buté sur une marche et que son plateau garni de verres était allé atterrir sur la robe d’une cliente scandalisée. » (Ranky)

Il n’y avait pas de serveur dans le restaurant, mais une serveuse. Quant aux quelques clientes présentes, elles étaient toutes en pantalon.

Ranky proposa à Sidonie de prendre un café au bar le « Mayol ». Entre les trois ou quatre tables installées en terrasse il y avait un serveur grand, très maigre, aux gestes saccadés. Au moment même ou Ranky et Sidonie arrivèrent, l’homme buta sur le bord du trottoir, catapultant son plateau sur les genoux d’une cliente furieuse… (10)

6. Décorporation :

Alexandre, un correspondant de Ranky, fit parvenir à ce dernier une lettre dans laquelle il décrivit des « décorporations ».

A l’âge de 21 ans, en 1997, il pesait plus de 100 kg et, à la suite d’un régime, il perdit 40 kg. Vin la fin du régime, il lui arriva de sortir de son corps, le soir, en essayant de s’endormir. Il dit que c’est grâce au Stilnox (un médicament) qu’il peut se « décorporer ». Il « flotte » librement dans l’air, en direction du plafond. Il a des sensations de corps, de mains qui le frôlent et le traversent… Il « voit » parfois un « tunnel ». Il a « vu » un rectangle blanc crème s’allumer et s’éteindre, il s’est senti redescendre dans son corps à grande vitesse et a violemment « atterri » dedans.

Sans Stilnox, il sort de son corps lorsqu’il va sur le matelas vibromasseur de sa grand-mère, lorsque ce matelas s’arrête tout seul après vingt minutes. Alexandre « passe à travers le fauteuil » puis revient dans son corps. Le tout dure deux à trois secondes.

Le processus de la « décorporation » se produit, chez lui, ainsi :

Il représente son cerveau comme rempli de « petites billes » qui se rassemblent pour former comme une « balle » au milieu du cerveau. Cette « balle » se meut et cogne contre la paroi du crâne, de plus en plus vite et de plus en plus fort. Des « cercles » de plus en plus grands commencent à se former sur son corps. C’est, écrit-il, comme si son « être fluidique » rentrait et sortait de son corps. A un moment donné, la « balle » sort de son cerveau, à travers le crâne, toujours contre le haut. A ce moment précis, les « cercles » s’arrêtent. La décorporation s’effectue alors. C’est le seul moment, qui dure deux secondes, qui soit désagréable. C’est comme s’il étouffait pendant deux secondes ou comme si on lui « arrachait le cœur dessous »… La décorporation s’effectue de deux manières différentes, soit contre le haut, soit de biais.

Ranky précise qu’Alexandre est parfaitement équilibré. Le Stilnox est un médicament hypnotique dont la durée de prescription est limitée à quatre semaines. Il est prescrit pour des troubles sévères du sommeil : insomnie occasionnelle ou transitoire. Les contre-indications sont nombreuses.

« Certains symptômes d’intolérance sont d’apparence banale mais d’autres dénotent une dangerosité forte pouvant aller, dans certains cas, jusqu’au décès. Ce médicament peut être favorisant des effets décrits par Alexandre : épisode confusionnel, dépersonnalisation, déréalisation, phénomènes hallucinatoires, modification de la libido…

La décorporation d’Alexandre n’est peut-être pas entièrement un mystère ! » (Ranky)

On peut en effet se demander si le médicament pris par Alexandre provoque seulement des sensations « hallucinatoires » de type « décorporation », ou si ce médicament induit, via une action neurologique spécifique, une réelle sortie du corps…

Un autre cas cité par Ranky est celui vécu par l’illusionniste Claude Stavisky. Alors qu’il était âgé d’environ 8 ou 9 ans, ce dernier faisait des « lévitations de corps ». Cela se produisait lorsqu’il était allongé sur le lit, les yeux ouverts. Il sentait son corps s’élever lentement jusqu’au plafond, et il restait ainsi en suspension. Mais s’il bougeait, il redescendait rapidement avec l’impression de tomber du lit. Il pouvait répéter à volonté cet exercice, presque chaque soir, au coucher. Puis, ayant grandi, il ne tenta plus ce genre d’expérience qu’il avait réalisée des dizaines de fois.

Vers l’âge de 10 ans, il voyait sa mère près de son lit, alors que celle-ci était à la prison de la Roquette. Dès qu’il approchait la main pour la toucher, sa mère disparaissait instantanément. Il faisait naître l’apparition quand il voulait. Le phénomène dura tout le temps de la durée de la détention, soit environ 1 mois.

Devenu adulte, Claude Stavisky tenta de retrouver sa capacité, mais ce fut en vain. (11)

7. Les fleurs séchées :

Ce cas concerne un membre de la famille de Ranky, décédé en 1970.

Le premier fait extraordinaire eut lieu un mois après le décès : quelques violettes placées près de sa photo se sont « immortalisées » en une dizaine de jours.

« Ayant remarqué le phénomène, nous avons placé à nouveau d’autres fleurs près du portrait. Résultats identiques : toutes les fleurs sèchent en peu de temps. Quelques variétés réputées durer longtemps, dans un vase rempli d’eau, ont subi le même sort : les fleurs sèchent, sans perdre un seul pétale. Les roses grimpantes de nature fragile perdent habituellement vite leurs pétales qui ont tôt fait de former un tapis sur le sol. Pourtant, toutes les roses placées près de la photographie s’immortalisent en 10 ou 15 jours et les pétales ne tombent pas. Nous en possédons des cartons pleins. Bien sûr nous avons tenté de trouver une explication à ce phénomène qui se reproduit depuis plusieurs décennies. A ce jour nous n’en possédons pas. Que les fleurs soient dans l’eau, sans eau ou dans un pot rempli de terre, le résultat est identique. Nous avions pensé que le degré hygrométrique de l’air pouvait agir. Nous avons donc sans arrêt déplacé la photo, la changeant de pièce, du rez-de-chaussée au sous-sol, avec toujours le même résultat.

Si nous coupons deux fleurs venant du même pied, celle posée près de la photo sèche, l’autre meurt en perdant ses pétales. Au cours du séchage qui devient visible vers le huitième jour, si nous enlevons la photo, la fleur arrête de sécher, perd ses pétales et souvent se met à pourrir.

Une photo identique se trouvait en Saône-et-Loire, dans l’appartement de la veuve : le même phénomène se produisait, dans n’importe quelle pièce, en n’importe quelle saison et dans toutes les conditions. » (Ranky)

Il est possible de reproduire l’expérience. Il suffit de poser la photocopie de cette photo chez soi et de fleurir celle-ci comme s’il s’agissait de l’un de nos proches disparus. Les fleurs choisies doivent être en « bonne santé ». Il faut les couper avec précaution de façon à ne pas déchirer les pétales ou abîmer les queues. Si quelques pétales tombent, cela proviendra probablement d’une blessure de la fleur.

Le séchage des fleurs s’accompagne également souvent d’autres manifestations mystérieuses : déplacements d’objets, bruits, etc.

« Ce test est paru dans divers revues et magazines. Nous avons reçu plus d’une centaine de lettres de lecteurs ayant tenté l’expérience avec succès, mais ‘‘bizarrement’’ aucun émanant d’un scientifique. Mais nous savons qu’ils ont des préoccupations autrement plus importantes ! » (Ranky) (12)

Les dossiers « négatifs » :

Ranky et les collègues de son Comité n’ont évidemment pas constaté que d’authentiques phénomènes psi. Beaucoup de cas traités n’avaient rien de « paranormal ».

En matière de phénomènes de « poltergeist » (phénomènes physiques paranormaux spontanés – coups frappés, déplacements d’objets, etc. – associés à une personne), Ranki et le Comité illusionniste n’ont pas été confrontés à des phénomènes inexpliqués. Les cas évoqués avaient des explications « banales ».

Alors que l’auteur était âgé d’une dizaine d’années et qu’il dormait avec son frère, des coups secs se faisaient entendre lorsque la lumière était éteinte. Ils étaient en réalité dus à la rétractation du métal qui se refroidissait lors de l’extinction de la lumière (alors que l’enchevêtrement métallique du vieux lustre se dilatait lorsque la lumière était allumée).

Dans le studio d’une dame âgée de plus de 90 ans (Camille Miot), une statuette représentant la Vierge se déplaçait au cours de la nuit sur le bahut où elle se trouvait. Ceci s’expliquait simplement, comme Ranky put le constater, par les vibrations provoquées par les véhicules qui empruntaient la route située derrière le mur où le bahut était adossé, ce qui provoquait le déplacement de la statuette.

Une femme prétendait que dans sa loge de concierge se produisaient des faits bizarres : bibelots traversant la pièce, piles de vaisselles tombant de l’évier… Diverses personnes témoignèrent de la réalité des faits. En fait, Ranky se rendit compte (grâce au miroir accroché au mur) que c’était la « plaignante » qui produisait ces « phénomènes ». Motif : souffrant de solitude, elle voulait attirer l’attention sur elle, cette femme revêche n’ayant jamais pu se faire aimer et étant persuadée que personne ne l’aimerait jamais.

Une « Dame blanche » (une femme assassinée et emmurée par son mari) se manifesterait pratiquement chaque nuit dans un château près de Lyons-la-Forêt. Ranky fut invité (par Patrice Laffont) à participer à une émission télévisée, en direct, à minuit, afin d’assister à son apparition. Mais la « belle dame » ne vint pas.

Un homme avoua être l’assassin interposé d’une petite fille, dans une petite ferme du Finistère. Marie, la benjamine âgée de 12 ans, fut tuée par sa mère, son frère et sa sœur. Elle fut tuée car la maison était « hantée », des odeurs, des courants d’air glacés et des bruits étranges se produisant depuis la mort (par maladie) du frère aîné. Il y eut d’autres « phénomènes » : bruits d’eau qui coule, de casseroles que l’on décroche, etc. La mère, qui interrogeait dans l’obscurité, entendit une voix qui s’identifia au fils décédé et qui déclara que, pour se racheter et accéder au ciel, il avait besoin d’une « âme innocente », celle de sa sœur qui devait le rejoindre et mourir le premier anniversaire de sa communion, comme une sainte. Il souffre trop, disait-il. Il exigea que la petite fille fut vêtue de sa robe blanche pour être immolée rapidement. En fait, l’assassin était un amoureux éconduit qui avait décidé que cette petite fille, puisqu’elle ne pouvait pas lui appartenir, n’appartiendrait jamais à personne. Il pénétrait tout simplement dans la maison à l’aide d’un double des clefs, et il fit en tant que « revenant » 3 interventions de 3 à 4 minutes tous les 20 jours, ce qui sema l’angoisse dans la famille. En 1980, la mère vivait toujours dans un hôpital psychiatrique, la sœur faisait aussi des séjours dans des services psychiatriques. Le frère se suicida par pendaison. Quant à l’instigateur du crime, qui se savait condamné par une terrible maladie, il décéda peu après l’aveu fait.

Des feux « spontanés » se produisirent dans une ferme de Séron, petite ville des Hautes-Pyrénées. Le C. I. E. E. P. P. conclut, dans son rapport d’expertise du 26 août 1979, signé par Mystag, que les incendies étaient d’origine chimique et criminelle, deux des enfants de la maison étant directement concernés. (13)

En 2002, Ranky a été invité, parmi d’autres personnes, à assister à une séance de « matérialisation d’entités » réalisée par des médiums mexicains appartenant au groupe spirite « Cuarto de Luz ». Le noir était total et les manifestations des prétendus « Esprits enfants » s’expliquaient manifestement par des « trucs » simples avec notamment des plumeaux comme ceux que l’on pouvait trouver dans les effets spirites observés dans l’illusionnisme de l’époque de Camille Flammarion, plumeaux qui servaient à caresser à distance les visages des participants, ces accessoires étant, à cette époque, souvent télescopiques. Ranky évoque aussi la « prise » de gants phosphorescents dans un costume adapté, ce qui explique les « mains de spectres »… Le « spectre » tout de blanc vêtu était indéniablement, écrit-il, le « médium » déguisé. (14)

Ranky s’est aussi intéressé au cas des guérisseurs philippins, ces « chirurgiens aux mains nues » qui ont défrayé la chronique dans les années 1970. Il rappelle le cas du « chirurgien à mains nues » français Michel Carayon, lequel prétendait réaliser les mêmes prodiges que ses collègues philippins. Yves Lignon organisa, avec le concours de deux illusionnistes (Llorens et Aldo Farrez), une « contre-démonstration » destinée à démonter ce qui semblait apparaître comme une vaste fumisterie. Les « magiciens » extirpèrent, de l’abdomen du patient volontaire, un morceau de boyau et un bouquet de fleurs en papier. Mais il s’agissait d’une imitation et non d’une démonstration. Ranky, quant à lui, simula une maladie auprès de Michel Carayon. Ranky fut néanmoins stupéfait lorsque le guérisseur lui déclara que son problème se situait vers son estomac, l’endroit que l’illusionniste avait décidé de désigner et où il y avait une petite hernie hiatale. Il ne fut pas opéré, le guérisseur lui ayant préconisé un traitement par le magnétisme. Il fut néanmoins « opéré » lors d’une troisième visite. Le guérisseur avait pris ses « matériaux » pour les mettre sur le ventre puis les avait fait disparaître. Et l’hernie hiatale était toujours là.

Un collègue prestidigitateur, Jacques Vestit, vint consulter pour un mal de ventre imaginaire. Michel Carayon lui dit de laisser tomber ce mal de ventre et de s’occuper de son vrai problème, ce qui fut suivi d’une description d’une justesse impressionnante du véritable mal dont il souffrait. Carayon débuta un traitent (sans intervention « chirurgicale »), et dès le lendemain Jacques Vestit déclara se sentir nettement mieux. Le côté théâtral des opérations était sans doute destiné à déclencher le mécanisme de guérison.

Des illusionnistes réputés firent à la télévision des démonstrations de « chirurgie à mains nues ». Magazines et journaux publièrent des explications accompagnées de dessins… Ranky monta un numéro parodique de « chirurgien à mains nues » et se rendit aux Philippines pour voir « opérer » des guérisseurs locaux : Antonio Alcantara (qui prenait à peine la précaution de dissimuler les abats de poulet et le colorant végétal qu’il « dématérialisait » des organes malades de ses « clients »), Juan Labo (qui effectue des « radioscopies » à l’aide d’un drap jeté sur les patients), Joséphine (qui connaît les techniques illusionnistes, du faux dépôt au tourniquet), Palitayan, Oligane. Ranky rencontra ainsi une bonne quarantaine de guérisseurs, dont Juan Blanché, Marcellino Asuège, Alex Orbito, José Mercando, Terté (le plus ancien « et sans doute l’inventeur de ces opérations »). Tous ces « chirurgiens » ont été surpris en flagrant délit de tricherie, et il n’y avait pas de dématérialisation de tumeurs. Tous avaient des « charges » dissimulées à différents endroits : sous le rebord d’une cuvette, sous la table, dans une poche, sous une serviette, sous ou dans le coton apporté bien souvent par un complice. Quelques éléments subtilisés à trois guérisseurs se sont avérés être, à l’examen, des boyaux de porc ou de poulet. Néanmoins, ces « chirurgiens » guérissent quelquefois et soulagent toujours. L’explication donnée est celle qui fait intervenir l’effet placebo, les guérisseurs à mains nues utilisant « le mensonge comme technique thérapeutique »… (15)

Néanmoins, pour une lecture à la fois complémentaire et différente des pratiques de certains guérisseurs philippins, je conseille vivement la lecture des livres de Janine Fontaine, cette dernière ayant notamment travaillé avec le guérisseur Antonio Agpaoa : « Médecin des trois corps » ; « La médecine du corps énergétique », etc. (livres parus aux éditions Robert Laffont).

Parmi les autres cas investigués par Ranky et qui se sont soldés par des conclusions négatives, il y a :

Le cas Assaf BassamCet homme d’origine syrienne et chrétien orthodoxe, au service de Michel Merhej (un riche homme d’affaires libanais), prétendit voir la Vierge qui lui parlait en arabe, chaque fois qu’il se mettait en prière. Ses mains se mettaient alors à suinter de l’huile. Ranky put assister au phénomène, mais le cérémonial établi ne permit pas de contrôler efficacement l’expérience… En 1990, la supercherie fut découverte grâce au réalisateur Bob Thérault et à la caméra de Jean-Yves Casgha, lors de l’émission Ex Libris de Patrick Poivre d’Arvor. On constata la présence, entre le pouce et l’index d’Assaf Bassam, d’une capsule brillante en plastique remplie d’huile. Le serviteur avouera ses méfaits et sera conduit en prison pour avoir escroqué Michel Merhej, lequel lui avait fait don, pour ce miracle à répétitions, d’une fortune en terrains et maisons. (16)

L’affaire du motard (dé) masqué – On n’a pas oublié le cas de Jean-Marie Laforgue, cet homme vu à l’émission « Mystères », dans les années 1990, lequel prétendait pouvoir conduire une moto avec une cagoule sur la tête, donc sans voir, tout en étant hors de son corps. Il avait parcouru environ 9 kilomètres « en aveugle ». Le 10 février 1994, une nouvelle tentative fut réalisée sous la supervision du C. I. E. E. P. P. et, à cette occasion, le motard a été incapable de réitérer son exploit. Plusieurs membres du comité avaient eux-mêmes placé sur les yeux du motard 2 balles de mousse, du coton, le tout maintenu en place par du sparadrap noir. Dans ces conditions, Jean-Marie Laforgue ne pouvait pas voir. (17)

Le « bêtisier » du paranormal :

Dans son livre paru en 2006, Ranky a consacré un chapitre à ce qu’il appelle le « bêtisier du paranormal ».

Le premier cas s’est passé dans les années 1990. C’est celui d’un homme qui disait être stigmatisé le vendredi. Alors qu’il était allongé sur son lit, le torse nu, on voyait se former jusqu’à l’abdomen la croix du supplice sur la peau qui rougissait et qui se boursouflait. Ranky put subrepticement prélever une substance grasse dont l’homme s’enduisait la peau. Il s’avéra que le produit utilisé était un médicament, la « percutalgine », employé dans les douleurs d’entorse, de foulure, ou de crises rhumatismales, qui provoque des allergies très « visuelles » si on prend soin de la faire pénétrer en massant exagérément l’endroit choisi.

Le deuxième cas est celui d’une statue de la Vierge censée pleurer des larmes de sang. Ce phénomène se produisait dans un groupe de prière en dissidence avec l’Eglise catholique. Cette secte trouve son origine dans les révélations d’un « voyant », Léon Theunis, qui prétendait avoir vu une statue de la Vierge pleurer des larmes de sang. Les larmes de la Vierge de Bohan ont cessé de couler avec le décès de Léon Theunis… Ranky note qu’un simple examen des photos de la statue permet de démontrer qu’elle ne pleure pas, les larmes n’accusant pas les contours du visage. Elles ont été rajoutées, soit sur la statue elle-même, soit sur la photo avant son passage à l’imprimerie, probablement avec un crayon feutre par petits points.

Le troisième cas est celui d’un homme qui disait pouvoir augmenter, par « passes magnétiques », la température d’un thermomètre. Il utilisait le thermomètre et un mouchoir. En fait, il amenait le réservoir à mercure entre le pouce et l’index. En serrant fortement ces deux doigts, l’un contre l’autre, le tissu du mouchoir dégageait une chaleur qui faisait rapidement monter le mercure.

Le quatrième cas est celui d’une fausse psychocinèse sur des filaments de tungstène. Un prénommé Damien prétendait pouvoir modifier, par la pensée, les filaments de tungstène d’ampoules électriques. On a constaté, sur 6 ampoules, la modification de 4 filaments. Or, une boussole avait permis de détecter la présence, au niveau du genou du « sujet », d’un fort champ magnétique. Il suffisait à Damien d’approcher son genou, équipé d’un aimant, sous le plateau du guéridon, pour modifier légèrement les filaments des ampoules. Le tungstène n’étant pas « aimantable », l’individu a dû changer les filaments, au cours d’une désolidarisation du culot de l’ampoule et du verre !

Un autre sujet, Thierry Vigneron, affirmait aussi modifier couramment des filaments dans une ampoule électrique. Une batterie de tests, mise en œuvre en présence des journalistes Nicolas Maillard et Eric Bony, n’a pas donné de résultat positif.

Le cinquième cas concerne les hommes et les femmes-aimants. Des personnes se disent capables d’« aimanter », sur leur corps, divers ustensiles métalliques : cuillers, fourchettes, couteaux, plats en inox, fer à repasser… Parmi ces aimants humains, il y a, par exemple, le Roumain David Gheorghe. Les illusionnistes peuvent reproduire cet effet. On voit ainsi, dans le livre, une photo où Ranky fait la même chose. Ceci dit, il convient d’être prudent avant de conclure hâtivement. Ranky écrit :

« Alors il ne reste plus à ces hommes et femmes ‘‘magnétiques’’ qu’à venir comparer si le procédé est le même chez eux et chez nous. Simple, non ? »

Le sixième cas concerne une savonnette qui bondissait par-dessus une baignoire, chaque fois que la personne concernée, Myriam, prenait sa douche. Il s’agissait, en fait, d’un mécanisme vendu dans les magasins de farces et attrapes, noyé dans le savon.

Le septième cas concerne la modification de cristaux liquides. L’effet est obtenu par l’emploi d’une pièce de monnaie dissimulée dans une main ou gardée dans une poche de pantalon (où la pièce reste en contact avec la cuisse). Le corps transmet sa chaleur à la pièce qui, une fois déposée sous la plaque thermosensible, fera apparaître quatre ou cinq ronds, pourvu que l’on déplace cette plaque en gardant la pièce bien dissimulée.

Le huitième cas concerne une fausse psychocinèse. Presque chaque matin, une dame trouvait, dans sa salle à manger, des tas d’objets jonchant le sol : bouteilles, verres, cendriers, vases, bibelots. Elle ne se rappelait jamais les moments où cela se produisait. En réalité, cette femme était alcoolique et sa mémoire gravement atteinte ne lui permettait pas de se rappeler du remue-ménage qu’elle produisait elle-même sous l’empire de l’alcool. (18)

Autres sujets traités par Ranky :

Parmi les autres sujets traités par Ranky, dans son ouvrage paru en 2006, il y a le cas de Richard Chanfray (1940-1983), le faux Comte de Saint-Germain qui prétendait, au début des années 1970, transmuter du plomb en or. L’auteur évoque aussi l’hypnose de spectacle et l’hypnose médicale (avec un cas d’hypnose truquée, celui de Stanislas Gonet), les charlatans de la voyance (« voyance » par correspondance, etc.), le psi et la télévision, la synchronicité (les étonnantes correspondances entre les vies des Présidents américains Abraham Lincoln et John Kennedy, etc.). Il aborde aussi les « mystères de la vie ordinaire » : influence lunaire et astrologie, malédiction attachée à une maison ancienne de Saône-et-Loire (avec multiplicité de morts animales et humaines), le « sixième sens » animal (comme dans le cas d’un chat parcourant un millier de kilomètres pour retrouver le domicile ou le maître), la sensibilité des plantes (à la musique, etc.), les « mystères de la vie ordinaire individuelle » (comme dans le cas du « coup de foudre »). Il dit quelques mots sur Jacques Benveniste et la « mémoire de l’eau ».

Il traite également du sujet des yogis et fakirs.

On trouve une interview de Ranky dans le numéro 90 (avril 2005) de La Revue de l’Au-delà, ainsi que dans le numéro 14 (mars/avril 2010) de Science et Inexpliqué.

En 2007, Ranky et Jacques Mandorla ont créé leur « blog » : paranormal.blogspirit.com

Alain Moreau

 

Références

1. Richard Broughton, « Parapsychologie. Une science controversée », éditions du Rocher, 1996, p. 119-120.

2. Jean-Pierre Girard, « La revue de l’Au-delà », n° 75, décembre 2003, p. 31.

3. Robert Tocquet, « Les mystères du paranormal », éditions Psi International, 1978, p. 281-282.

4. Ranky, « Le paranormal de mes yeux vu… », éditions Trajectoire, 2006, p. 13-16, 34-43, 88, 132, 317.

5. Ibid., p. 17, 20-23.

6. Ibid., p. 43-54.

7. Ibid., p. 57-77.

8. Ibid., p. 86-92.

9. Ibid., p. 307-308, 317-318.

10. Ibid., p. 220-224.

11. Ibid., p. 309-314.

12. Ibid., p. 314-316.

13. Ibid., p. 190-198.

14. Ibid., p. 81-86.

15. Ibid., p. 105-127, 137-143.

16. Ibid., p. 213-216.

17. Ibid., p. 241-253.

18. Ibid., p. 294-306.

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