LA VIE DE MARIE SELON DANIEL MEUROIS
I. Introduction :
Marie, la mère de Jésus (Jeshua), est une figure incontournable du christianisme. L’Eglise catholique la présente depuis 2000 ans sous un faux jour en la qualifiant de « Mère de Dieu », ce qui est absurde, Dieu n’ayant point eu de mère – Il s’est auto-engendré – et Jésus n’étant point « le Fils Unique de Dieu », contrairement à ce que martèlent les représentants de l’Église catholique et une foultitude de croyants orthodoxes : il n’y a point, dans le vaste Univers, quelqu’un qui puisse se targuer d’être le Fils Unique de Dieu. Curieusement, dans leur Trinité, les Pères de l’Église ont mis le Père, le Fils et le Saint-Esprit, évacuant de la sorte la Mère au profit de ce dernier dont on se demande bien d’ailleurs à quoi il peut correspondre…
En 1854, le pape Pie IX a promulgué le dogme de « l’Immaculée Conception », Marie étant présentée comme exempte du « péché originel ». Problème : le péché originel n’est qu’un mythe, ce qui a pour conséquence le fait suivant : nous sommes tous exempts de ce mythique péché, et pas seulement ladite « Vierge ». On raconte qu’en 1858, lors des apparitions à Lourdes, Bernadette a dit au représentant ecclésiastique du lieu – il voulait une « preuve » de l’identité de la Dame perçue – que la Dame lui a dit qu’elle était « l’Immaculée Conception ». Ceci ne constitue pas une preuve de la fiabilité du dogme, cette déclaration ayant été faite par Marie – si c’était bien elle qui s’exprimait alors – comme moyen d’identification permettant aux autorités ecclésiastiques de reconnaître l’authenticité des apparitions, ce qu’elle était obligée de faire sans quoi cette authenticité n’aurait pas été reconnue, ce qui aurait été à l’encontre de l’objectif : créer un sanctuaire où les gens pourraient venir prier…
Aucune source « extraordinaire » contemporaine n’accrédite les dogmes mentionnés ci-dessus associés à la mère de Jésus.
Marie était-elle vierge comme le prétendent les représentants de l’Eglise et les catholique en général ? Sur ce point, les sources « extraordinaires » contemporaines ne sont pas toutes d’accord, comme elles ne sont d’ailleurs pas d’accord sur un grand nombre d’aspects de la vie de Jésus. Néanmoins, il y a un fait incontournable : la grande majorité de ces sources s’accordent à dire que Jésus a eu une fratrie, même si le nombre d’enfants (frères et sœurs), leurs prénoms et leurs dates de naissance (pour les rares sources où ces dates sont données) ne concordent pas. Nous allons voir que, dans le récit de Daniel Meurois, Marie (Meryem) a eu trois fils biologiques : Jeshua, Judas (devenu ensuite Thomas) et Sarah. (Je précise que cette dernière n’était donc pas la fille de Jésus, comme certains auteurs l’ont supputé ou affirmé, mais qu’elle était sa soeur ! Selon le récit de Daniel Meurois, Jésus n’a pas eu de descendance, contrairement à ce que prétendent d’autres sources.) Et nous verrons, dans le récit, que Meryem et Yussaf (Marie et Joseph) ont eu un rapport intime peu avant leur mariage…
Il existe de nombreuses apparitions mariales, ainsi que de très nombreux messages censés émaner de Marie.
Certaines apparitions sont assurément authentiques (le message délivré étant cependant conforme à la doctrine catholique afin que les apparitions soient reconnues par l’autorité ecclésiastique), alors que d’autres sont manifestement le fait, soit d’entités trompeuses se faisant passer pour elle – le même problème existe pour Jésus -, soit d’élaborations subconscientes en adéquation avec le système de croyances des pseudo « voyantes/voyants »… Et il en va de même pour les messages canalisés par voie médiumnique, ces messages étant qualifiés, dans un certain milieu, de « locutions intérieures » – c’est-à-dire, en fait, par clairaudience. On trouve ainsi, en fonction des cas, des messages délirants reprenant le discours religieux obscurantiste classique (références au diable, à l’enfer, etc.), ces messages, qui proviennent d’un milieu de croyants « orthodoxes », ayant pour origine des entités trompeuses (dites du « bas Astral ») se faisant passer pour « la Vierge » ou Jésus, mais on trouve aussi des messages plus éclairés qui se démarquent des autres par leur non-conformité aux dogmes de l’Église (ces messages ne s’adressant pas à ceux qui ont la foi, au sens religieux du terme). Je ne peux personnellement citer, dans cette dernière catégorie (dans la catégorie des messages fiables, même si quelques éléments peuvent ne pas correspondre), que les récits d’Earlyne Chaney (1916-1997), d’Annie Kirkwood (« Message de Marie à l’humanité ») – même si ses prédictions « apocalyptiques » ne se sont pas vérifiées pour les années 1990 – et, en France, de Nicole Dhuin, dont je recommande les deux livres : « Messagère de Marie » (2006), « Enseignements de Marie » (2019), aux éditions du 7.
Je donne, ci-après, quelques citations extraites de « Messagère de Marie ».
Le 20 avril 2002, cette phrase s’imposa dans l’esprit de Nicole Dhuin : Va chercher ton bloc, Marie désire te parler. Elle reçut alors un message dont voici un extrait :

« Aujourd’hui, je veux expliquer pourquoi je t’ai choisie pour cette mission, car une fois de plus tu te demandes : Pourquoi moi ? Il n’y a pas de hasard dans mon choix qui n’est pas un choix personnel mais collectif, car je ne suis pas seule à décider. Il y a tout un Plan Divin dont je fais partie avec nos amis les Anges et tous ceux dans notre Dimension qui œuvrent pour l’aide à l’humanité terrestre. Tu avais décidé avec nous ce travail avant ton incarnation. Tu t’en souvenais lorsqu’enfant, tu pensais avoir un jour un rôle important à jouer. Il est vrai que tu ne t’en souvenais qu’à moitié, puisque tu ne savais pas quel serait ce rôle. (…)
Nous t’avons choisie car, en ces temps, nous avons besoin de messagers qui n’appartiennent à aucune Église.(…)
J’apparais en de nombreux endroits et maintenant je choisis des femmes comme toi car je ne veux plus être accaparée par cette Église qui manipule ces pauvres enfants à qui je suis apparue. Ils ont été choisis parce qu’ils sont des cœurs purs, mais leur univers culturel est tel qu’ils ne peuvent officiellement dire que je suis universelle. »
Voici ce qu’on lit dans un message reçu, le 8 avril 2002, par Nicole Dhuin :
« Au travers de toi, Marie sera reconnue par tous ceux que leurs mémoires karmiques empêchent d’adhérer au message chrétien et surtout catholique. Vous êtes nombreux à vous souvenir de l’intolérance et des sévices que vous a fait subir cette Église sous prétexte de vous ramener dans le droit chemin, c’est-à-dire celui de l’amour du Christ. »
Marie n’apparaît pas qu’aux catholiques, mais à ceux-ci « elle est obligée de tenir un certain langage, sinon ils penseraient être le jouet de ce Satan dont ils ont si peur ».
Dans un message daté du 29 octobre 2002, Marie a apporté les précisions suivantes à propos de l’appellation « Mère de Dieu » :
« Je ne suis pas la Mère de Dieu ainsi que m’appellent certaines Églises, mais durant de nombreuses années j’ai dû laisser dire afin d’être entendue. Je ne puis être la Mère de Dieu, car le Principe Créateur ne peut avoir de Mère. »
Elle a ajouté que nous sommes tous des manifestations vivantes de Dieu, que nous avons tous une parcelle de Celui-ci en nous.
Dans Le livre des prophéties (JMG éditions, 2011), j’ai argumenté l’idée que Marie, lors de ses apparitions, « adaptait » son discours aux gens « visés ». Dans ses messages spécifiquement destinés aux croyants « orthodoxes » (c’est-à-dire : aux croyants se référant à l’enseignement de l’Église), elle utilise des termes et des concepts appartenant à l’enseignement religieux classique, y compris les inepties relatives au démon, etc. Le but recherché étant la reconnaissance, par l’institution religieuse, des apparitions, il s’avère nécessaire que le contenu doctrinal ou théologique des messages soit conforme à l’enseignement de l’Église. Par contre, des messagers extérieurs à la religion institutionnalisée reçoivent des messages exempts de thèmes et d’expressions de ce genre, tout en conservant des éléments centraux « classiques » comme l’insistance mise sur la prière, par exemple. C’est donc avec plaisir que j’ai pris connaissance des extraits suivants de messages reçus par Nicole Dhuin, lesquels reflètent parfaitement ma propre pensée :
Faisant allusion aux apparitions de Kérizinen (Finistère), survenues en 1938-1965, la « voyante » étant Jeanne Louise Ramonet, Marie apporte cette précision :
« Ici, j’ai été obligée de recommander la Pénitence car l’éducation de Jeanne Louise ne lui permettait pas d’admettre que vous pouvez gagner votre paradis sans souffrir. Certes, le monde n’est que souffrance, mais Dieu ne l’a pas voulu. Ce sont les hommes en se coupant de Lui qui ont apporté ces souffrances. (…)
Ici, nous avons demandé de réciter le Rosaire. Nous avons recommandé la Messe et la Communion car la plupart des hommes ont besoin d’obligations et de symbolisme.
La Communion est un Symbole. (…) »
Dans un message daté du 28 décembre 2002, Marie a fait ce commentaire :
« Ce matin, tu restes encore inquiète et interrogative au sujet de la différence que tu observes entre nos messages reçus à Kérizinen, ou ailleurs dans le monde catholique, et ceux que tu reçois. Je te l’ai déjà dit et je te le répète : nous devons nous adapter. Comme nous pouvons parler toutes les langues, nous pouvons nous adapter à toutes les époques et à toutes les situations. (…)
Mon Fils et moi-même sommes apparus à des catholiques bon teint dans cette France, car c’était et c’est encore la religion officielle, pour ne pas dire d’État. Le pouvoir de l’Église y est encore très fort et beaucoup d’âmes y ont encore beaucoup de mémoires catholiques. Pour vivre libre, sans culpabilité, il faut avoir rejeté certains dogmes et, pour cela, l’âme doit réunir certaines conditions. Soit elle doit avoir eu de nombreuses vies de réflexion, c’est-à-dire être ce que vous appelez une vieille âme, soit elle doit avoir eu de nombreuses incarnations en d’autres contrées. D’ailleurs, souvent l’un ne va pas sans l’autre.
Rejeter, si jeune, certains dogmes de l’Église comme tu l’as fait, montre que ta mémoire est bien vivante. (…)
Je te le répète, nous avons été obligés de nous adapter. Ce n’est pas hypocrisie. C’est haute diplomatie. Le vrai message n’a jamais été dévoyé. Lorsque Jésus dit qu’il est la Voie qui mène au Père, il vous faut comprendre qu’il vous a donné l’exemple. En votre monde, il est le plus connu, mais il n’a pas été le seul. Le gros, gros problème, ce qui bouleverse tout, c’est que lorsque les hommes admettent un Exemple, ils voudraient qu’il soit le seul, l’unique, le meilleur, et ils oublient toute tolérance. (…) »
II. Le récit
Après avoir notamment publié les deux tomes de « Le livre secret de Jeshua » (parus au Québec fin 2015 et fin 2017 aux éditions Le Passe-Monde), Daniel Meurois (qui a pratiqué de longue date la décorporation et la lecture dans les « Annales akashiques ») s’est astreint à reconstituer par la même méthode (lecture de la « mémoire akashique ») l’histoire de Marie (Meryem dans le récit). Ce nouveau livre, « Sous le voile de Meryem », est paru au Québec fin 2024 aux éditions Le Passe-Monde (la maison d’édition de Daniel Meurois, pour la publication de ses propres livres et de ceux de sa nouvelle compagne Marie-Johannne Croteau) et en février 2025 en France. Je détaille ci-dessous ce récit, tout en précisant que le récit de Meryem (c’est elle qui s’exprime, ses paroles étant retranscrites par l’auteur) s’arrête à la page 451 du livre. Pour avoir accès au récit complet, il faut bien sûr se procurer le livre. Ce récit me paraît conforme à la réalité, et c’est la raison pour laquelle j’ai rédigé ce long texte. C’est donc Marie elle-même qui raconte sa vie, loin, dois-je ajouter, des représentations puériles d’elle faites par l’Église depuis 2000 ans.
Yohachim et Hannah étaient les parents de Meryem (Marie). Yohachim, qui possédait une petite maison, était prêtre à Jérusalem. Le temple où il officiait était situé près d’un endroit appelé la tour de Siloë.
Hannah avait une cousine, Elisheba (Elisabeth, la mère de Yohanan, le futur Jean le Baptiste). Le père de Meryem annonça à cette dernière que le Frère Yussaf allait veiller sur elle, qu’il allait s’assurer qu’elle soit bien enseignée pour qu’elle entretienne dignement la Flamme de leur peuple. Au centre de la pièce, il y avait une profonde et large coupe de métal « posée sur un pied trapu » et au creux de laquelle ondoyait une Flamme. Yussaf présenta Meryem à Kalikayam, une vieille femme. Bien qu’appartenant au peuple d’Essania, le père de Kalikayam avait été caravanier durant une bonne partie de sa vie. Kalikayam avait été Colombe.
Meryem était dédiée à l’Eternel et devait entretenir la Flamme. Alors âgée de 7 ans, elle avait la garde de la Flamme, le peuple à laquelle elle appartenait étant celui d’Essania. (Je précise qu’il s’agit, bien sûr, des Esséniens.) C’était la nouvelle Colombe. En note de la page 34, Daniel Meurois fait à ce propos le commentaire suivant :
« Dans la Fraternité essénienne, l’existence d’une ‘‘Colombe’’ a toujours été primordiale. Choisie parmi les toute jeunes filles de la Communauté, celle-ci jouait un rôle quelque peu analogue à celui des Vestales grecques. Elle symbolisait la pureté de la Tradition transmise et devait entretenir le Feu Sacré. »
C’est juste après la fête du Pessah de la deuxième année de Meryem au service du petit temple que le rôle et les responsabilités de cette dernière changèrent. Il fallait célébrer les épousailles du Feu et de la Terre, du Feu et de l’Eau, du Feu et de l’Air, puis enfin du Feu avec Lui-même, chaque phase du rituel alors fait devant durer une quarantaine de jours avant de recommencer à son point de départ pour entamer un nouveau cycle. Meryem a célébré le rite du Feu, celui de l’Eau, également pendant 40 jours. Puis ce fut celui de l’Air… Meryem ayant fait 19 fois le tour de la vasque, son regard devait se poser à la base de la Flamme, puis, à voix basse, elle devait prononcer les trois mots du « pacte de la Colombe »…
Trois femmes étaient dédiées à l’entretien du temple : elles se procuraient la matière noire et gluante indispensable à la Flamme, elles s’occupaient des repas (même frugaux), elles filaient et tissaient le lin nécessaire à la confection des futures robes de Meryem puisqu’il fallait bien prévoir qu’elle grandirait en taille.
Entre les rites et les prières, Meryem a appris à lire les astres, et elle était fascinée par « l’Etoile » de son peuple (je précise qu’il s’agit d’une référence à Vénus). Le Frère Yussaf est réapparu alors qu’elle entrait dans sa douzième année, son épouse ayant, un an auparavant, quitté ce monde. Il lui a enseigné la prononciation correcte de nouvelles expressions entonnées dans le Kadosh Kadoshim (qui, précise Daniel Meurois en note, représentait le naos ou Saint des Saints du Temple) du Grand Temple. Yussaf a expliqué à Meryem que les parents (Yohachim et Hannah) de celle-ci n’avaient pas eu d’enfant, et Hannah en était accusée, Yohachim s’étant senti déshonoré. Il est parti dans le désert, il y a gardé ses brebis et vécu avec les nomades, pendant à peu près 5 ans. Une nuit, il a fait un « songe » dans lequel « une Lumière ou un Souffle » lui a annoncé la venue d’un enfant qui serait le sien. Il est aussitôt rentré à Jérusalem et a alors appris qu’Hannah avait fait le même songe. Neuf mois plus tard, Meryem est née.
Meryem ayant eu ses règles (elle avait vu que son corps avait saigné durant la nuit), elle ne pouvait plus être Colombe. Elle était devenue une femme.
Le père de Meryem, se faisant âgé, a décidé de remettre au Frère Yussaf la charge du temple et des petits sanctuaires de la Fraternité a travers le pays, ce que Yussaf a accepté. Ils allaient repartir vivre dans le village du père, en Galilée, celui-ci étant appelé « le village des Frères » (des Frères d’Essania). (En note, Daniel Meurois écrit qu’il ne s’agissait pas du village de Nazareth, celui-ci n’existant pas à cette époque. Ce dernier allait être créé à partir d’un hameau, non loin de là, 4 ou 5 siècles plus tard, pour répondre aux besoins des premiers pèlerins.) Durant les premiers mois de Meryem au village, Yussaf s’est rendu plusieurs fois à Jérusalem. Parmi ses fils, il y avait Jacob, et il avait une fille nommée Avigaël.
Meryem allait avoir, dans un an, 14 ans, et son père Yohachim lui a un jour dit :
« Et si nous convenions que Yussaf t’épouse, qu’en dirais-tu ? »
Meryem n’a pas su quoi répondre.
Lors du premier mariage auquel Meryem a assisté, Yussaf est venu proposer à celle-ci une coupe de vin et, à cette occasion, il a « très délicatement posé sa main » sur celle de Meryem… Elle a fini par décider d’épouser Yussaf. La cérémonie de mariage fut fixée en début d’été.
Djibraël
Environ deux lunes avant les épousailles, lors d’une nuit claire, Meryem eut l’impulsion de sortir de la maison de ses parents. Elle s’est étendue à l’air libre.
« Soudain, j’ai perçu une sorte de bourdonnement comparable à celui des ruches qu’il m’était arrivé d’aller visiter. Un bourdonnement mêlé à un vent tiède. J’ai cherché à me redresser, mais c’était impossible… Tout venait du dedans de mon être et montait en puissance. Allais-je à jamais quitter mon corps et rentrer chez moi ? (…)
Mais voilà que le bourdonnement s’est estompé et qu’une bulle de lumière m’a envahie. Plus immaculée que la plus éclatante des lunes, j’ai senti sa sphère prendre possession de mon coeur, (…). » (Meryem)
Doucement, une Voix a émergé, qui ne parlait pas en mots mais « en souffles articulés ». Meryem a capté son Nom : Djibraël. (Il s’agissait, note Daniel Meurois, de Gabriel : l’Archange Gabriel.) Voici la Parole entendue :
« Soleil et vent. Je viens en toi pour que tu Me portes, ainsi que Celui par qui tout changera. Sois la Coupe… Voici la Mémoire du Souffle que tu t’es promise de porter… Fais-La descendre jusque dans tes entrailles. Enfante du Rassembleur. »
Meryem croit qu’elle a ensuite perdu conscience, et, lorsqu’elle est revenue à elle, elle eut terriblement mal au centre de sa poitrine. Elle s’est accroupie. La poitrine encore douloureuse, elle a pu se lever et marcher vers la maison de ses parents. Malgré ses pas mal assurés, « une incroyable bouffée de bonheur » l’envahissait. Quelques jours plus tard, elle s’est confiée à Yussaf, elle a pris la main droite de celui-ci et l’a placée sur son coeur. Elle lui a dit que c’était là que tout se passait :
« Un Ange de l’Eternel y a ouvert une porte et le Souffle d’une Mémoire s’y est engouffré. » (Meryem)
Environ une semaine plus tard, Yussaf et Meryem se sont retrouvés à l’aube dans le creux d’un vallon voisin, là où il y avait une bergerie délabrée. Meryem a posé la main de Yussaf sur son coeur et toutes les barrières ont cédé :
« Nous nous sommes étreints ; il le fallait pour que le Feu de ma poitrine soit libéré et que l’oppression cesse peu à peu. Le Souffle d’une Mémoire pouvait enfin investir la matrice qui L’attendait. C’est ainsi que cela s’est passé… » (Meryem)
Daniel Meurois a fait, en note, le commentaire suivant (que je mets ici en caractères gras) :
« Par ‘‘le Souffle de la Mémoire’’, il faut comprendre l’atome-germe d’un Avatar ou incarnation divine. Cet atome est d’abord introduit dans l’aura causale de la future mère sous l’action de la Ruah (ici représentée par Djibraêl), puis il va se loger dans son coeur. La Mémoire du Missionné à venir ne passe donc pas par le filtre d’un père incarné. Toutefois, cette ‘‘insémination spirituelle’’ ne peut aboutir si elle n’est pas suivie d’un acte charnel. » (1)
Marie n’était donc pas réellement vierge, contrairement au dogme institué, depuis 2000 ans, par l’Eglise catholique.
Je précise que l’atome-germe (initialement évoqué par l’occultiste Max Heindel décédé en 1919) a été désigné, dans la littérature théosophique, par l’expression atome permanent. En outre, chaque corps subtil (corps astral, mental et causal) génère sa propre aura, et c’est donc l’aura causale qui est ici impliquée, l’atome-germe du corps causal (chaque corps subtil a son propre atome-germe) correspondant à la mémoire de l’âme.
Lors du mariage, un homme assez âgé, connu depuis longtemps de Yohachim et Yussaf, s’est avancé jusqu’à prendre les deux mains de Meryem entre les siennes. Il a dit se nommer Zérah et avoir passé sa vie à attendre les mariés.
Meryem a connu et apprécié les habitants (qui se disaient tous Frères et Soeurs) du village où elle résidait avec Yussaf… Au cours de l’automne, le ventre de Meryem a commencé « à s’arrondir » (faisant ainsi allusion à sa grossesse). Un jour, elle a entendu une voix dire: « M’entends-tu, mère ? »… Jusqu’au jour de la venue de l’enfant, ce fut le seul dialogue de Meryem avec celui qui avait affirmé son unité avec elle.
La naissance de Yeshua (Jésus)
Il y avait, à environ un mille des murets de pierres sèches du village, un lieu appelé bethsaïd par la Communauté (essénienne), où on recevait les voyageurs de passage, les nécessiteux et les malades.
Meryem et Yussaf arrivèrent dans une bâtisse, dans un appentis faisant corps avec le rocher, avec de la paille, des couvertures et la présence d’une femme qui « soignait avec l’âme ». Elle s’y est allongée.
« Mon ventre se tendait, j’y sentais des coups, des mouvements, mais je n’avais pas mal. Au-dedans de moi, je ne percevais qu’une sorte de prière continuelle pareille à un chant qui ondoyait sans mélodie précise.
Les paroles aimantes de Yussaf m’ont veillée jusqu’à l’aube du jour suivant. Elles m’ont raconté la sacralité de la Lune et du Soleil, puis m’ont rappelé la bénédiction d’Elohim en lien constant avec notre peuple… Un mais Plusieurs… Chez nous, il était dit que, bien avant les humains que nous étions devenus, ces Envoyés qui parcouraient les Cieux avaient trouvé le Chemin de l’Union. » (Meryem)
J’apporte les précisions suivantes : les Elohim ou « Envoyés parcourant les Cieux » sont des visiteurs de l’espace associés ici à Lune-Soleil, l’appellation essénienne de la planète Vénus.
L’instant de la naissance de l’enfant était arrivé… L’apparition de celui-ci appela un geste rituel propre au peuple d’Essania : Yussaf a pris délicatement un peu du sang de Meryem et, du bout de l’index, il a tracé « l’Etoile à huit bras » (je précise qu’il s’agit de « Lune-Soleil », donc de Vénus) sur le front de leur fils. Ce dernier fut appelé Yussaf Bar Yussaf.
Meryem venait d’entrer dans ses 16 ans. Le vieux Zérah a dit à Meryem et Yussaf qu’on lui a dit qu’il faudrait peut-être aller vers le Pays de la Terre Rouge. (Je précise que cette appellation désigne l’Egypte.) Et Zérah a ajouté qu’« on » lui a dit que leur parent vivant à peu de distance de Jérusalem dans la bourgade d’Ha-Ramathaïm pourra les y conduire. (En note, Daniel Meurois précise que la bourgade correspond à celle d’Arimathie, cette localité correspondant aujourd’hui à Er Ram, située à moins de 10 kilomètres de Jérusalem, en territoire palestinien.) (2)
Zoroastre
Quelques semaines plus tard, la petite famille est partie vers l’Egypte, avec deux ânes et un mulet.
L’oncle (de Meryem) d’Ha-Ramathaïm portait aussi le nom de Yussaf. Celui-ci possédait de nombreux navires avec lesquels il commerçait à partir de Joppé. Il avait des domestiques.
Meryem vit Isaac et Nathan, deux fils adoptifs de Yussaf, le mari de Meryem. Bien des années auparavant, le frère de Yussaf et son épouse avaient quitté ce monde lors d’une agression romaine dans un village, et l’adoption s’était imposée. L’oncle avait jugé bon de les initier aux principes du commerce. Meryem percevait « une lumière » (je précise qu’il s’agit bien sûr d’une allusion à l’aura) autour de Yussaf, d’Isaac et de Nathan, laquelle était de la même essence « que celle qui enflammait parfois Kalikayam » lors des moments de confidence de celle-ci et de Meryem en haut de leur muraille.
Tous partirent pour Bethléem et, avant d’y arriver, ils rencontrèrent l’oncle d’Ha-Ramathaïm dans une très ancienne bergerie.
Ils ont fini par prendre la direction du Pays de la Terre Rouge. Ils devaient rencontrer les prêtres de l’antique sanctuaire de Niten Tor (lequel correspond aujourd’hui, précise Daniel Meurois en note, au Temple de Dendérah). De temps à autre, un prêtre demandait à voir le fils de Meryem et Yussaf. Le Grand Officiant d’un temple allait avoir l’autorité de diriger les « cérémonies de la lecture des âmes ». Il y eut des chants rythmés, on brûlait diverses variétés d’herbes et on traçait dans l’air « des signes incompréhensibles »…
« Notre petit Yussaf fut même placé à côté d’une imposante vache blanche aux grandes cornes ornées d’or, tandis qu’une vieille femme à demi nue était tombée sur le sol, en proie à une impressionnante transe. On sortit aussi des tablettes de terre ou de pierre dont je n’ai pu voir les motifs gravés ou peints. Un vrai tourbillon de gestes, de cris et de chants fascinants… » (Meryem)
Les visiteurs ne purent être témoins du point culminant de la cérémonie. On leur a raconté qu’après avoir emmené l’enfant dans une salle à part, on lui avait présenté quelques objets « comme des reliques issues d’un autre temps ». Il s’était redressé et avait sans hésitation saisi deux de ces objets, « pour les manier avec aisance comme s’ils lui étaient familiers ».
« C’est à cet instant, semble-t-il, que le nom de Zérah-Ushtar fut prononcé pour la première fois. Zérah-Ushtar… Sa sonorité n’évoquait rien pour moi… mais lorsque j’ai vu un large sourire illuminer tout à coup le visage de notre oncle, j’ai mesuré toute mon ignorance. Non, je ne savais rien de Zérah-Ushtar. (…) » (Meryem)
En note, Daniel Meurois précise que Zérah-Ushtar correspond à Zoroastre (ou Zarathoustra), le prophète qui a réformé le Mazdéisme pour en faire, vers l’an 1000 avant notre ère, le monothéisme appelé Zoroastrisme, sur le territoire de l’actuel Afghanistan.
* J’ajoute pour ma part que l’enfant, qui a reconnu spontanément des objets lui ayant appartenu – comme pour le dalaï-lama au Tibet – dans une précédente vie, est donc la réincarnation de Zoroastre. Zoroastre et Jésus sont donc deux manifestations de la même âme. (L’identification de Zoraoastre à Jésus est mentionnée ailleurs dans l’oeuvre de Daniel Meurois.)
Meryem et Yussaf ont retrouvé leur fils « maintenu droit sur une sorte de trône », l’assemblée ne cessant de psalmodier un seul et unique mot : Av-Shtara. Daniel Meurois précise, en note, que ce mot est la racine première du mot Avatar, et il signifie « incarnation du Divin ». (3)
La Mémoire d’Isis
Un prêtre à la peau d’ébène parla à Meryem de la voûte céleste appelée Nout, avec son « voile de lait ». (Il s’agit d’une référence à la Voie lactée, notre galaxie.) Il invita Meryem à s’asseoir sur le trône (sur lequel son fils avait été assis), et, ses bras reposant sur ceux du siège, elle a senti ses paupières battre puis se fermer. Elle a cru tomber en arrière, puis tout est devenu immaculé :
« Devant moi tout autant qu’en mon centre, une femme à la posture hiératique était assise sur un trône de pierre. Au sommet de sa tête, deux grandes cornes lunaires semblables à celles des vaches servaient d’écrin à un disque d’or… Un soleil éclatant !
Qui était-elle pour vivre ainsi en moi ? Sa respiration était mienne comme l’était tout autant la coupe de son coeur aimant… Mais… mais voilà que j’ai perçu la présence et le poids d’un enfant sur sa jambe gauche, un jeune enfant paré de dignité et que je savais être aussi le mien. L’amour que nous nous portions rayonnait plus puissamment que tout… Elle, Lui et moi ne faisions qu’une seule Force, tandis qu’au-dessus de nous le Soleil, la Lune, les Etoiles, une Etoile, communiaient dans une si douce danse…
Et tout à coup Meryem fut de retour… » (Meryem)
Voici ce que le prêtre a dit à Meryem :
« (…) La Grâce de la Mère est en toi, Celle qui a pour nom Isis et qui a enfanté du Faucon. Celle à qui la venue du Faucon fut annoncée en songe par le Souffle. Isis vit en toi… Accepte-La. Son Faucon œuvre en ton fils ; cela aussi tu le sais… »
En note, Daniel Meurois précise que le nom d’Isis, qui représente aujourd’hui la grande déesse-mère, est d’origine greco-latine et que, pour faciliter la lecture du texte, il a été préféré à celui d’Aset ou encore d’Ese qui étaient en vigueur à l’époque dans tout le bassin méditerranéen.
« Outre celui d’une lune supportant un soleil ou encore celui d’une vache, le symbole qui lui était associé représentait un trône, autrement dit une assise. » (D. Meurois) (4)
Je précise pour ma part que ce passage implique qu’Isis et Meryem (Marie) sont des expressions de la même âme, et qu’Isis était donc une vie antérieure de Marie. (Le Faucon est Horus, ce qui suppose que Jésus avait été Horus.) Contrairement à ce que pensent les exégètes et historiens, divers « dieux » ou « déesse » de l’Antiquité ont réellement existé, mais c’est un autre sujet…
Je précise aussi que la channel et mystique Earlyne Chaney (1916-1997) a également identifié Marie à Isis. On lit, dans son livre intitulé « Initiation dans la Grande Pyramide » (éditions Arista, 1991), qu’en 1976 elle prit conscience, lors d’un voyage en Égypte, qu’Isis et la Vierge Marie étaient une seule et même entité :
« C’est elle qui avait au fil des âges revêtu la forme de toutes ces vierges, de toutes ces déités ; elle avait pris de nombreux visages et de nombreux noms pour satisfaire les humains qui ont besoin de religions différentes. Elle était bien cette Dame vêtue de Soleil, dont les pieds reposaient sur le croissant de lune et dont la tête s’auréolait d’un chapelet d’étoiles. »
Lors d’une très brève et intense prière, Meryem a pressenti, en arrière d’Isis, la présence d’un nom qu’elle connaissait (même si son peuple l’ignorait) mais qu’elle n’arrivait pas à « exhumer », ce nom étant secrètement relié « à l’Etoile ». (Je précise qu’il faut ici comprendre : Vénus). Chaque fois qu’elle cherchait à le faire émerger, la présence d’Isis montait en elle jusqu’à tout effacer du décor dans lequel elle se trouvait.
« Je me voyais invariablement faire des signes sur le sable puis me retourner vers un énorme disque lumineux suspendu dans les airs. Sous lui, je captais alors une puissante radiance couleur de lune. Elle s’en échappait telle une cascade et je savais intimement que c’était portée par elle que j’étais descendue, comme par un escalier, afin de fouler le sol de ce monde…
Ma vision prenait toujours fin à ce moment-là, imprégnée d’une incommunicable nostalgie. » (Meryem)
Je précise que l’énorme disque lumineux correspond bien sûr à un vaisseau de l’espace… (Isis était originaire d’une autre planète que la Terre.) (5)
Les Nephilim
Un jour, le fils de Meryem a dit à son père qu’il y eut un temps où il a eu un autre père en ce monde, mais où ce père était quand même lui. Il était alors un roi dans le désert : David, le Bien-Aîmé, ce dernier n’ayant pas du tout aimé les Nephilim. Le père ayant demandé à son fils comment il connaissait ce nom, le fils a répondu : « Leur nom est écrit parmi les étoiles qui tombent parce qu’ils sèment le sommeil. »
Daniel Meurois écrit, en note, que Nephilim est un terme hébreux pluriel traduit soit par « Ceux qui tombent », soit par « Ceux qui font tomber » :
« Ceux-ci sont généralement associés aux ‘‘Géants’’ antédiluviens qui auraient résulté d’accouplements entre des femmes de la Terre et une race d’hommes non terrestres. Goliath, terrassé par David, aurait été un de ces Nephilim. » (D. Meurois) (6)
Yussaf/Yeshua
Le fils de Meryem a dit un jour à celle-ci qu’il voit chaque jour des gens qui veulent qu’il guérisse leurs plaies, mais pas un ne se demande pourquoi il a mal et pourquoi il « saigne ».
Meryem a évoqué deux petits événements en relation avec son fils :
Une nuit, la voix de son fils l’a tirée du sommeil : « il parlait très distinctement mais de façon entrecoupée en contemplant les Cieux comme si Awoun était là, à portée de son regard ». (Je précise qu’Awoun correspond à Dieu.)
Le lendemain, il s’est dirigé vers son père pour lui montrer, en ouvrant la main, un objet que ce dernier avait oublié dans le sable.
Un jour, le fils a dit qu’il ne s’appelait pas vraiment Yussaf, qu’il avait un autre nom, celui que lui a donné Awoun.
Il a demandé à sa mère, qui se savait enceinte depuis peut-être trois mois (un « souvenir d’amour de l’une de nos dernières nuits au pays de la Terre Rouge »), si elle savait quand « il » viendra les rejoindre. Il voyait bien que le ventre de sa mère était devenu « un nid »…
Il était convenu qu’il rejoigne le monastère du Krmel à l’aube de sa septième année, ce monastère étant, précise Daniel Meurois en note, un temple-école consacré aux enseignements les plus secrets de la Fraternité essénienne. Le moment venu, le fils de Meryem est parti vers le monastère en compagnie de l’époux de celle-ci et d’un cousin nommé Isaac. Le séjour devait être de 6 années. Quelques jours plus tard, Yussaf et le cousin Isaac sont revenus du Krmel. L’époux de Meryem a dit à celle-ci le message que leur fils lui avait confié à son intention : « Tu diras à Meryem que c’est une fille qui s’en vient. Je l’ai vue avec ses grands yeux entre les bras d’Awoun… »
Yussaf a renoué avec sa charge de grand prêtre de la Fraternité essénienne.
Hannah, décédée lors d’une fraîche soirée d’automne, est partie aussi rapidement que celui qui avait été son époux. Meryem s’est alors sentie orpheline.
Le vieux Zérah fut retrouvé chez lui allongé, le visage contre le sol. Il s’en était allé, lui aussi, soudainement. A deux ou trois jours près, cela coïncida avec le retour de Simon, le fils du potier.
(Note personnelle : Ce n’est pas précisé dans le texte, mais Simon était une précédente incarnation de Daniel Meurois, comme on peut le lire dans son livre – écrit avec Anne Givaudan – intitulé « De mémoire d’essénien », paru en 1984.)
Simon, qui avait été très proche de Zérah, revenait de Jérusalem où il avait dû aller se présenter au Grand Temple pour sa treizième année, aussitôt à sa sortie du Krmel. Il a dit à Meryem que tout allait bien pour pour le fils de cette dernière, « mais qu’il ne l’avait pas côtoyé aussi souvent qu’il l’avait espéré, hormis lors des repas partagés ». Le fils de Meryem bénéficiait d’un enseignement à part, la cellule où il vivait étant inaccessible.
Finalement, le fils de Meryem est revenu du Krmel, son arrivée ayant été précédée d’un messager, lequel avait remis une petite tablette d’argile sur laquelle un sceau – celui d’une bague – avait été apposé en creux, ce sceau étant celui du Vénérable… Le fils avait une très fine barbe et une longue chevelure. Il a dit qu’il s’appelait maintenant Jeshua. Il a dit à sa mère qu’elle était la première femme qu’il voyait depuis son enfance… Tout le village a été convié à une fête.
Jeshua allait avoir 13 ans, et il allait être présenté aux prêtres du Grand Temple afin que ceux-ci l’interrogent sur sa connaissance des Ecritures.
Ils se retrouvèrent à Jérusalem, dans un coin du Temple… A un moment donné, un homme s’est précipite au-devant de Jeshua en s’écriant « Utuktu ! Utuktu ! » et en se jetant à ses pieds tout en remerciant l’Eternel. Meryem a reconnu l’homme (Yosh-Héram) qui avait fait partie des sages, à Niten Tor, à avoir identifié Jeshua dans sa prime enfance pour le hisser au rang d’Av-Shtara. L’attitude de l’homme fut considérée comme un sacrilège par une foule d’hommes scandalisés, ceux-ci estimant qu’on ne pouvait s’incliner de la sorte que devant l’Eternel. L’homme ayant dit que l’enfant était bien plus instruit qu’eux tous dans les Ecritures, cela a déclenché des rires : « Qu’il le prouve ! ».
Yussaf s’est penché vers son fils pour lui murmurer : « Peux-tu leur réciter quelque chose ? Ensuite, nous partirons… » Jeshua a alors commencé à réciter toutes les paroles du Lévitique (l’un des livres de la Torah), d’un trait, sans oublier une seule de ses prescriptions. La foule s’est tue, médusée…
Yosh-Héram a suggéré d’aller chez lui. En chemin, Jeshua a dit notamment que lorsqu’il appelle son Père en disant Awoun, c’est parce que dans son coeur Il porte le même nom que l’Amour. Chez Yosh-Héram, une petite pièce fut proposée aux invités. Il fit le récit d’un rêve récurrent, sa première image montrant Jeshua s’adressant à une foule à l’intérieur du Grand Temple. Jeshua était alors comme investi par « quelque chose ». Puis apparaissait une immense chaîne de montagnes enneigées, une voix (celle de Jeshua) lui disant « Emmène-moi là … ». Meryem a alors eu un choc car elle avait souvent fait un songe analogue : elle percevait la haute silhouette d’un homme s’adressant à une foule entre les murs d’un Temple et elle savait que c’était celle de son fils. Puis elle voyait la même silhouette marchant dans le désert avec, dans le lointain, une immense barrière de montagnes blanches.
Assez tôt le lendemain matin, Meryem a appris que son fils reconnaissait avoir, lui aussi, régulièrement fait le même songe :
« … il se disait habité par la vision des hautes cimes blanches et venait juste de demander à Yosh-Héram de le mener jusque sur leurs flancs. »
Lors de l’arrivée au village, Meryem vit deux silhouettes dont celle d’une femme au dos légèrement voûté et qu’elle identifia à la cousine Elisheva. Elle était accompagnée d’un grand jeune homme, son fils Yo Hanan (lequel deviendra, note Daniel Meurois, Jean le Baptiste, lequel était réputé être né de façon miraculeuse, alors que sa mère, prévenue par un songe, a enfanté à un âge très tardif). Elisheva avait toujours son mari, Zacharie.
Après avoir passé beaucoup de temps avec sa jeune sœur et son frère, Jeshua a pris la route pour Jéricho avec Yo Hanan et Elisheva. Au bout de trois semaines, Jeshua était de retour. Il souhaitait prononcer des vœux de naziréat pour une période indéterminée. Daniel Meurois écrit, en note, que les vœux de naziréat étaient ceux d’un ascétisme exigeant. Ils s’étalaient en principe sur une trentaine de jours, mais on pouvait les prolonger indéfiniment.
« Ils exigeaient une vie très frugale, l’exclusion de toute boisson fermentée, un silence rigoureux, le fait de ne pas se couper les cheveux, l’interdiction d’approcher les cadavres, et enfin l’offrande d’une brebis ou d’un agneau au Temple. » (D. Meurois)
Yussaf a dit à son fils : « Et l’agneau à offrir au Temple ?, y as-tu pensé, mon fils ? Tu y répugnerais trop, comme nous tous ici ! ». Ce à quoi Jeshua a répondu : « Oh, Yussaf, père… je crois que je pourrais sans honte tricher avec cela. Mon coeur ne répondra de ses vœux que devant lui-même parce qu’il abrite Awoun. C’est lui Son Temple et je m’y offre déjà tout entier… ».
Jeshua a prononcé ses voeux de naziréat en se levant à l’aube et en priant à voix haute, à l’écart, sous les figuiers, Meryem n’ayant capté que les derniers mots : « Ainsi, toute louange est à toi, Seigneur… ». (Le Seigneur correspond ici à Melkisedek.) Puis Jeshua et Yosh-Héram partirent en direction de Jéricho, d’où ils se joindraient à la caravane promise par l’oncle d’Ha-Ramathaïm.
Quelques années après, un voyageur inconnu a apporté un rouleau de palmes où étaient inscrites quelques lignes rédigées par Jeshua. Ce dernier disait être parvenu au Pays des hautes cimes blanches et affirmait tout son amour pour les siens. (7)
Avigaël
Avigaël, la fille de Yussaf, a paru à Meryem « à peine incarnée avec sa fragile chevelure rousse et ses yeux craignant la lumière du soleil ». Elle inquiétait beaucoup Meryem et Yussaf.
« Régulièrement, je voyais notre fils lui caresser longuement le dos à la hauteur de son coeur comme pour lui offrir la chaleur dont elle manquait. Tous trois, nous savions de façon certaine que la fillette, d’une dizaine d’années environ, n’était pas tout à fait présente…
Chez nous, on disait qu’un ‘‘morceau’’ de certaines âmes pouvait rester ‘‘accroché’’ quelque part dans l’une des innombrables demeures du Très-Haut. Il fallait alors en trouver la raison pour qu’elles puissent vivre plus pleinement leur vie, mais, la plupart du temps, on s’en montrait incapable… » (Meryem)
Yussaf et le fils dirent à Meryem que c’était à elle d’aller « voir l’âme » d’Avigaël. Elle s’est étendue sous les figuiers et s’est retrouvée dans un monde où elle discerna la présence d’Avigaël. Meryem perçut une silhouette vêtue d’une longue robe à peine perceptible, avec des traits émaciés et le fond des yeux « métallique »… Après avoir répété « Avigaël… », Meryem a pris les mains de celle-ci (en fait deux poings serrés), et elle a reçu de plein fouet la vague des souffrances d’Avigaël : sentiment d’abandon, colère, révolte, besoin de contrôler, jalousie, sursauts d’avidité, une multitude de frustrations, « et tout ce qui, pêle-mêle, ne parlait finalement que de peur ».
« Celle qui se nommait Avigaël en cette vie était ainsi engluée dans un cortège de solitudes et de désirs inassouvis accumulés au fil des Temps et des identités revêtues. » (Meryem)
(Je précise qu’il s’agit évidemment ici d’une allusion aux vies antérieures d’Avigaël.)
Meryem a eu envie de dire : « Je t’aime dès lors que toi, Tu T’aimes ! », ce qui pour elle signifiait : « Arrête de nourrir la victime… Ta vie résulte d’une multitude d’autres vies, desserre donc les poings et inverse le cours du torrent de tes amertumes ! ».
Une sphère cristalline a pulsé devant Meryem… Cette dernière s’est ensuite retrouvée en larmes, allongée sous les figuiers.
Avigaël prit ultérieurement un époux. (8)
Yohachim et l’Agartha
Meryem et Yussaf allèrent rejoindre Yohachim et Hannah à Hévron. Hannah a dit à Meryem qu’elle avait été jalouse d’elle :
« Après avoir été si fière de tes ailes de Colombe, te voir partir avec ton époux et ton fils pour le Pays de la Terre Rouge, puis constater le désintérêt de tous pour ton père et moi… Cela a été terrible. Nous étions rongés… alors nous nous sommes enfuis. »
Kalikayam était décédée.
Yohachim, le père de Meryem, a dit à cette dernière qu’un jour, alors qu’il se savait très proche de la tombe d’Abraham, il a eu la soudaine impression qu’une main venait de se plaquer sur son front, l’obligeant ainsi à reculer jusqu’à ce que son dos et sa nuque touchent le rocher. C’est alors qu’une voix a résonné au-dedans de sa tête. Cette voix a dit que ce lieu est une porte donnant accès aux entrailles de la Terre et que personne n’a connu comme Abraham les profondeurs d’Eretz (la Terre). Celui-ci les a visitées sous le nom d’Agar. (Daniel Meurois précise, en note, qu’Agar est le nom de la servante d’Abraham qui a donné son second fils à celui-ci, Ismaël, l’épouse légitime d’Abraham, trop âgée, ne pouvant engendrer d’autre fils qu’Isaac. Le nom d’Agar, a-t-il aussi noté, ne peut que faire penser, dans ce contexte, à celui d’Agartha, lequel définit la contrepartie souterraine de Shambhalla.)
« Eretz a ses mers, ses territoires et ses îles intérieures, ainsi que son soleil. »
Le lieu où se trouvait alors Yohachim est, a dit la voix, le jumeau de la porte cachée sous la table rocheuse du Grand Temple de Jérusalem. (Daniel Meurois écrit, en note, que cette « table » de pierre se trouve au coeur de ce qu’on appelle « Le Dôme du Rocher » sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, autrement dit sur l’ancien emplacement du Temple de Salomon…)
Yohachim est décédé le lendemain du jour où il avait fait ce récit :
« Sans m’en douter, je venais de recueillir ses derniers mots. Lorsqu’Hannah l’a rejoint pour lui proposer un fruit, son âme s’était envolée. Par maladresse et dans l’émotion, elle a renversé et cassé la vieille cruche à la grande anse rouge qui avait toujours suivi notre famille. J’ai entendu le bruit sec de sa chute et j’ai poussé la porte…
Ma mère était agenouillée au pied du lit de cordes, la tête abandonnée sur la poitrine de son époux. Quel âge avait-il atteint ? Elle se montrait incapable de le dire et ne répétait qu’une chose : ‘‘Il était très vieux…’’ » (Meryem)
La cérémonie de mise en terre eut lieu trois jours plus tard, dans un espace consacré à cela à la sortie d’Hévron, quelques lettres ayant été sommairement gravées sur la pierre. Yussaf en a fait à Meryem la lecture à voix basse : « Yohachim Bar Pandira, prêtre. »
Meryem, Hannah et Yussaf quittèrent Hévron quelques jours plus tard. Hannah allait retrouver son ancienne maison au village. Le vieux Zérah a insisté pour qu’un rituel soit accompli à l’occasion du départ de Yohachim :
« Une quarantaine de jours environ s’était écoulée depuis qu’il avait quitté son vêtement de chair, alors c’était le juste moment. Ses dernières éventuelles attaches avaient eu le temps de se dissoudre… » ( Meryem)
Hannah a dit à Meryem qu’elle avait vu deux fois, au petit matin, le fils de cette dernière. Il a seulement murmuré : « Awoun est là… », en lui montrant son coeur avec sa main. Hannah fut visitée par lui une troisième fois.
Joshé, le potier, a parlé à Meryem d’un rêve, fait quelques jours auparavant, au cours duquel il vit un vieillard dont il ne vit pas bien les traits et qui lui a demandé de faire une poterie semblable à celle qu’il lui montrait. Il a ajouté, avant de disparaître : « Ce sera pour Hannah. » Meryem ayant ouvert le sac de toile tendu par Joshé, elle vit une cruche avec une grande anse teintée d’un rouge profond. (9)
Chimbolom (Shambhalla)
Un jour, Meryem aperçut à sa droite une sorte de tour un peu trapue et aux assises carrées, un étrange rayon de lumière l’enveloppant, lequel mettait en évidence un nuage de poussière en suspension dans l’air. Elle le pénétra, et elle s’est alors aperçue que la tour était rattachée à une modeste muraille de pierres baignant dans la même singulière lumière. Puis elle s’est trouvée dans un désert de sable blanc avec, devant elle, trois êtres (deux hommes et une femme) vêtus de longues robes bleues. Ils se sont salués, la main sur le coeur et le sourire aux lèvres, et l’un des hommes s’est adressé à Meryem, sans que ses lèvres aient eu à s’entrouvrir… Ils se sont assis tous les quatre sur un sol sablonneux et chaud que Meryem savait être celui de bien avant la Palestine où elle était née. La femme aux longs cheveux libres, assise entre les deux hommes, a doucement pris les mains de Meryem entre les siennes, cette « communion d’une sacralité totale » ayant réveillé l’Histoire en l’âme de Meryem :
Eretz (la Terre) est mentionnée, ainsi que la référence à une Ambassade. Meryem ayant évoqué le nom de Melkisedek, la femme a confirmé qu’il s’agissait bien du « Roi de toute Justice », celui-ci s’apprêtant à recouvrir le premier fils de Meryem de son « manteau », qui la caresse de son Souffle. La femme a évoqué le nom de Chimbolom.
Daniel Meurois écrit, en note, que Melkisedek est l’émanation directe de l’Archange Mikael (le Christ de notre système solaire) sur Terre. C’est à partir de l’émanation (manifestation semi-matérielle) de Melkisedek que s’est organisé le monde de Shambhalla (Chimbolom) et que s’est constituée la Fraternité des Maîtres ascensionnés parfois appelée « Ordre de Melkisedek ». C’est la projection directe de Mikaël qui a adombré Jeshua dans la Grande Pyramide.
La femme a très lentement lâché les mains de Meryem, jusqu’à ce que cette dernière perçoive entre les paumes la présence de quelque chose d’un peu rugueux . Les ayant entrouvertes, Meryem vit une toute petite pierre cristalline. La femme a dit que le fils de Meryem : « Yussaf, notre frère Sananda », en a reçu une identique. Elle a rencontré, a dit la femme, « l’un des visages d’Elohim ». (10)
Elohim
Meryem s’est vue un jour s’enfoncer dans ce qui était beaucoup plus qu’une simple lumière, et elle s’est vue assise face à trois êtres dont elle ne distinguait pas les visages mais dont « s’échappait la puissance d’Elohim ».
Un jour, alors que le fils de Meryem avait 6 ans, celui-ci a dit à sa mère qu’il a rencontré Elohim au sommet du Thabor. (11)
Meryem et les animaux
Yussaf devait amputer un arbre de l’une de ses branches ?
« Alors, il fallait que je l’en excuse auprès de cet arbre, que je lui parle, que je lui explique… Une sorte de folie ? Une maladie ? Non… la trace d’un Amour que nul ne pouvait manifester ni comprendre, même dans notre Communauté si fière de ses particularités.
J’ai confié tout cela et plus encore à ma vieille cousine. Je lui ai dit mon bonheur de voir les branchages, les plantes et leurs fleurs, se tendre vers moi jusqu’à vouloir s’enrouler dans ma chevelure et, que par complicité, par jeu, j’en laissais volontairement tomber mon voile sur mes épaules…
Personne d’autre ne vivait cela ? Personne n’était donc capable de sentir battre le coeur du tronc d’un figuier, d’un grenadier, puis d’en partager la peur à l’approche éventuelle d’une hache ? Personne ? Vraiment ?
Quant aux animaux… Je palpais tout autant leur fragilité d’âme, leurs espoirs et leur amour si souvent rejeté ou incompris. Qu’on frappe un âne et je souffrais avec lui, pas seulement du coup qu’on lui infligeait, mais du mépris dont on le couvrait, des rages que certains avaient besoin d’assouvir sur son échine. Qu’on donne un coup de pied à un chien ou à un chat, et je faisais tout pour aller le retrouver dans un buisson ou derrière un tas de bois afin de lui chantonner une petite mélodie pour enfants. Je voulais alors lui demander pardon au nom de notre espèce tout entière…
Il y avait aussi les lézards avec lesquels je jouais tandis qu’ils couraient parmi les pierres sèches des murets. C’était facile, ils finissaient toujours par répondre à mes invitations. C’était comme pour les oiseaux, ils venaient me parler, tout simplement, et il n’y avait aucun besoin de traduction puisqu’ils portaient le ciel en eux.
Lorsqu’il m’arrivait d’en faire l’aveu à quelqu’un qui m’avait surprise, je récoltais un aimable sourire, bien sûr… L’ancienne Colombe était ‘‘gentille’’, cela allait de soi… mais je voyais trop bien que nul ne comprenait ne fût-ce que la première lettre de cette sorte d’alphabet qui m’était si naturel. Personne… si ce n’était mon Aimé dont le coeur s’attendrissait sans limite… » (Meryem) (12)
La mort de Yussaf, le père de Meryem
Un jour, Yussaf s’est assis en se disant fatigué et après avoir vidé une charrette de son contenu, sur une grosse pierre du jardin.
« L’instant d’après, alors que j’allais vers lui, je l’ai vu s’affaisser puis s’écrouler sur le sol. Son âme venait de prendre son envol, sans prévenir…
Je me souviens être restée longtemps muette, agenouillée contre son corps inerte, le front collé au sien et me répétant que ce n’était pas vrai, qu’il dormait… Judas est bientôt arrivé et a voulu le secouer. En larmes, je lui ai demandé d’arrêter et de laisser le coeur de son père prier tout seul parce qu’Awoun n’était jamais autant à l’écoute que lorsqu’on s’endort pour une dernière fois. Et puis… et puis je ne sais plus trop. Tandis qu’un indicible calme, une ataraxie totale s’emparaient de moi, tout m’a échappé.
De l’extérieur de ma chair, j’ai aperçu une femme qui s’appelait Meryem. Elle tenait la main d’un homme étendu sur le sol et qui portait le nom de Yussaf. (…) » (Meryem)
Elle est revenue dans son corps. Meryem devait alors approcher une quarantaine d’années. Elle avait mis au monde Jeshua au matin de ses 16 ans, le voyage au Pays de la Terre Rouge avait duré presque 5 ans, il y eut ensuite les 7 années (plus haut il y a écrit 6 ans) de Jeshua au Krmel (je signale qu’il s’agit du mont Carmel), puis 12 ou 13 ans qui s’étaient certainement écoulés depuis que Jeshua était parti vers l’est.
Le corps de l’époux de Meryem a été couvert d’un beau drap de lin, il fut laissé sur le sol durant trois jours, puis il y eut les litanies et les prières. Au soir de la troisième journée, Meryem s’est assise près de la dépouille de son époux et lui a parlé, sachant qu’il l’entendait. Avigaël avait été prévenue. A l’aube, le corps de Yussaf fut lavé puis porté en terre dans le grand drap de lin, avec, à côté de sa sépulture, celle du vieux Zérah, « sans le moindre nom, mais avec pour signe distinctif l’Etoile à huit bras du peuple d’Essania… ». (13)
Meryem et les plantes aux vertus curatives
Meryem a commencé à s’intéresser de près aux plantes aux vertus curatives dont regorgeait la campagne galiléenne. Elles étaient « l’âme d’un savoir-faire et d’un art sacré » en vigueur depuis longtemps parmi ceux d’Essania. Son intérêt s’est manifesté à la suite d’une rapide visite de l’oncle Yussaf évoquant l’intérêt de sa fille adoptive, une certaine Myriam, pour la cueillette des plantes et la préparation des onguents médicinaux. Meryem s’est jointe au petit groupe de femmes du village « qui arpentaient dès l’aube et dans la rosée les espaces les plus vierges » de la campagne. (14)
Les autres enfants de Meryem
Meryem a mis au monde un autre enfant (après Jésus), un garçon appelé Judas.
Le troisième enfant de Meryem était une fille appelée Sarah, nom voulu par Yussaf. C’est le nom qu’elle a reçu « dès qu’il lui eût dessiné sur le front le sceau de l’Etoile ».
« Un peu de mon sang et la marque d’Elohim pour entrer dans sa nouvelle vie. » (Meryem)
Judas ressemblait à Jeshua, il paraissait en être le jumeau. (Note personnelle : C’est cette ressemblance qui est à l’origine de la thèse erronée défendue par certains auteurs, selon lesquels Jésus a eu un frère jumeau !) Il a dit à Meryem son regret de n’avoir pas pu étudier au Krmel ou ailleurs, plutôt que de travailler le bois comme son père, ou encore aux champs et aux récoltes. Il regardait à peine les jeunes filles.
Sarah, quant à elle, avait refusé à plusieurs reprises un mariage avec un jeune Frère de la Communauté. Elle excellait dans la maîtrise du rapiéçage des vêtements. Timothée, le compagnon pêcheur d’Isaac et de Jacob, a fini par attirer son attention à force de venir au village, et une affection s’est nouée. Sarah demanda à sa mère son accord afin d’épouser Timothée.
Après la mort de l’époux de Meryem, une Soeur de la Communauté s’est suicidée en se jetant du haut d’un rocher, un geste rarissime dans cette Communauté. Elle avait laissé deux adolescents désemparés. Le lendemain de son ensevelissement, Meryem a annoncé qu’elle a adopté Siméon et Jacob.
La famille décida de partir à Bethsaïda. Jacob semblait s’intéresser à l’entretien et à la réparation des coques de bateaux, alors que Siméon ruminait une sorte de rage contre Rome.
Siméon a disparu un matin. Le lendemain, Jacob a appris à Meryem que Siméon avait décidé de se joindre à la résistance armée des Iscarii. (Ces derniers, appelés aussi sicaires, sont plus connus aujourd’hui, note Daniel Meurois, sous le nom de Zélotes.)
Un jour, Meryem a demandé à Jude, le jeune apprenti pêcheur d’Isaac, s’il pouvait l’accepter pour mère. Il était seul après avoir connu une enfance chaotique. Le soir même, Jude mangeait dans la maison de Ruth, la vieille cousine de Meryem.
Sarah était devenue enceinte, mais un jour elle a dit à sa mère que, quelques jours auparavant, son petit était retourné chez l’Eternel. Comme elle a dit à sa mère que c’était sans doute pour la punir (car elle est partie de la maison dans laquelle elle vivait avec Timothée), Meryem a répondu :
« As-tu toujours ce galet que t’a donné ton frère en te disant que ‘‘contraindre le corps justifie l’évasion ’’? Va le chercher et parle-lui, explique-lui… Je sais bien que tu ne le souhaitais pas vraiment, cet enfant, alors… ils ‘est évadé, c’était son choix à lui, son droit. Certains restent et c’est également bien ainsi car, derrière tout cela, c’est toujours Awoun qui se cache. Tu vois, Sarah, une petite âme est venue vers toi et t’a enseignée. Souviens-toi… »
Quant à Judas, il lui fut donné le nom de Thomas. (Daniel Meurois note qu’en araméen, Te’Oma signifiait « Jumeau », un terme traduit en grec par « Didymos ». (15)
Le retour de Jeshua
Alors qu’elle se trouvait sur la petite place du marché de Bethsaïda, Meryem a aperçu la haute silhouette d’un homme qui s’approchait :
– « Me reconnais-tu, mère ? Oui… c’est bien moi… »
– « Mon fils ? »
Elle se mit à pleurer, puis tous deux furent dans les bras l’un de l’autre, « emportés par une indicible vague d’Amour »… Elle l’avait reconnu seulement par son regard. Cela faisait 17 ans qu’ils ne s’étaient plus vus.
Il entraîna sa mère vers les bords du lac car il voulait qu’ils soient seuls. Meryem a réalisé la troublante ressemblance existant vraiment entre Jeshua et Judas. (Jeshua était cependant plus grand…) Faisant allusion au décès de son père, Jeshua a dit que ce dernier avait tenu à lui annoncer son départ :
« Il était là, devant moi, plus vivant qu’il ne l’a jamais été, me rendant incapable de ressentir la moindre peine. » (Jeshua)
Jeshua a présenté à sa mère ce que Yussaf lui a offert dans son abri, sur les hauteurs du « Pays de tous les froids » : un médaillon de bronze suspendu à une cordelette noire. Ce médaillon, qui était celui de Salomon, disparaissait parfois, puis réapparaissait, « comme s’il avait besoin de prendre une respiration dans un autre univers que le nôtre ».
Meryem revit son fils Jeshua deux jours après, à Caphernaüm. Une bonne centaine de personnes s’étaient assemblées sur la place de la synagogue et écoutaient Jeshua parler. Il se fit insulter, se fit traiter de fou. Etaient présents Judas, Eliazar, Simon (le fils du potier) et son épouse. (Note personnelle : Je signale, ce qui n’est pas précisé dans le texte, que Simon – je l’ai mentionné plus haut – était une incarnation précédente de Daniel Meurois et que son épouse était celle qui a été son épouse jusqu’au milieu des années 1990 : Anne Givaudan.) Meryem cite aussi, parmi les personnes présentes, Esther, Mathias, Barnabé, Jude. Jeshua fendit la foule pour se rapprocher de sa mère…
Après une ou deux semaines entre Caphernaüm et Bethsaïda et quelques prises de parole devant des assemblées grandissantes, certaines personnes avaient commencé à dire « le Maître » en parlant de Jeshua, ce qu’il refusait catégoriquement :
« C’est donc un maître que vous cherchez ? Dans ce cas, vous vous trompez en m’écoutant, car un maître ne l’est qu’en regard de ses serviteurs. Et moi, je vous le dis, je n’ai pas de serviteur, je n’en veux pas et n’en aurai jamais ! Il n’y a de maître que vous vis-à-vis de vous-même… »
Lors de ces premiers jours, quelques cailloux lui furent jetés à partir du parvis de la synagogue. Les prêtres fulminaient.
Meryem n’a pas assisté à ce qui fut peut-être le premier prodige de son fils à Caphernaüm. Elle l’a appris de la bouche d’un pêcheur du nom d’Alonae. (Daniel Meurois précise, en note, qu’Alonae – « le Chêne » en araméen – sera très vite appelé « André » – c’est-à-dire « le viril » – par Jeshua en raison de sa robustesse.)
« La veille, Jeshua avait fait jaillir de l’une de ses mains une abondante quantité de sel, et lui, qui se disait insignifiant, il avait eu le bonheur d’en manger un peu… ‘‘Un levain pour mon âme’’, m’avait-il confié en pleurant presque. » (Meryem)
C’est de cette façon que Meryem avait compris que son fils avait reçu le Don de faire surgir la matière « de l’immatière », qu’il pouvait à volonté puiser dans le « Grenier céleste de tout ce qui est ».
(Note personnelle : J’évoque divers cas de matérialisation d’objets par Jeshua dans le chapitre XIII du tome I – paru en 2022 chez JMG éditions – de ma trilogie sur la psychokinèse : « Micro-PK et médiums à effets physiques », en me référant au récit de la vie de Jeshua par Daniel Meurois dans les deux tomes de : « Le livre secret de Jeshua », éditions Le Passe-Monde, 2015 et 2017. J’attire l’attention sur le fait que Jeshua n’a pas été le seul à réaliser de tels « prodiges » ou « miracles », d’autres individus – comme les Avatars hindous Sathya Sai Baba et Premananda, tous deux décédés en 2011 – ayant réalisé le même type de phénomènes.)
On disait à Meryem que Jeshua se déplaçait constamment et rapidement sur les bords du lac, dormant à même le sable et les galets, ou chez quelque pêcheur.
Jeshua s’est dirigé vers un vieil homme aveugle assis sur une grosse pierre, dans la cour de la demeure de la cousine Ruth.
« Je n’ai pas capté les paroles qu’il a adressées au vieillard ni ce qu ce dernier lui a répliqué, mais j’ai bien vu celui-ci être secoué jusqu’à en devenir livide après que mon fils lui eût déposé un peu de sa salive et enfin les mains sur chacune de ses paupières avant de quitter lentement la cour.
Quel silence ! Un voile de paix semblait avoir calmé les arrogants, et le vieil aveugle sanglotait à genoux sur le sol. Alors que tous demeuraient figés, je me suis approchée de lui pour m’agenouiller à mon tour comme s’il avait été un petit enfant pris par un soudain chagrin. ‘‘Je ne comprends pas’’, a-t-il bredouillé… ‘‘Où est-il ? Il m’a dit que tout était terminé et de revenir au monde.’’
Le lendemain, le vieillard avait retrouvé la vue. Judas m’en a confirmé la nouvelle aux premières clartés, alors que la maisonnée résonnait déjà sous les exclamation du miraculé qui voulait absolument que cela se sache et se répercute sur toutes les rives du lac. » (Meryem)
La nouvelle s’est propagée, créant des attroupements « et de brusques mouvements de barques sur l’eau ». Des individus ont commencé à faire circuler comme un cri de ralliement le nom de Mashiah (ce qui correspond, je le précise, au Messie) dans les ruelles des bourgades.
Deux jours après, un assez grand nombre de personnes se dirigèrent vers le petit port. Jeshua se trouvait sur la barque mise en place par Alonae. Il s’adressait à une jeune femme que Meryem reconnut être Esther, laquelle appartenait à la Fraternité essénienne. Jeshua ayant demandé à celle-ci pourquoi elle se cachait toujours autant sous son voile, il fit un discours à la suite duquel un homme lança : « Tu te moques de nous ? Tu veux que nous devenions des femmes ? D’où viens-tu pour oser nous insulter de cette façon ? ». Pour Meryem, , « ce n’était pas l’homme vis-à-vis de la femme que mon fils venait de pointer du doigt, mais cette virilité primaire et puérile affichée par la plupart des hommes de notre monde »…
Jeshua déclarait être le Rassembleur… A sa demande, André venait d’abandonner le nom d’Alonae, Shimon étant appelé Kephas (« pierre » en grec, « petra » en latin, d’où le prénom Petrus, c’est-à-dire Pierre). Il y avait aussi Lévi (Mathieu), Eliazar, Barthélémy, Philippe… Quant à Judas, qui était présent, il commença à être, pour beaucoup de gens, « le jumeau », celui dont la ressemblance avec Jeshua prêtait parfois à des plaisanteries. Au sein d’un tel regroupement, les femmes étaient rares, alors que Jeshua avait « tant appelé leur sensibilité et leur présence ! », Meryem ayant éprouvé, à ce propos, de la peine. Hormis Esther, Myriam et Sarah (la fille de Meryem), elle n’en voyait pas d’autres pour « braver les interdits, les retenues et leurs peurs »…
* Jeshua a ensuite accompli un grand nombre de prodiges, surtout des guérisons : celles de diverses plaies profondes qui ne cicatrisaient pas, celle d’un paralytique (un Sadducéen) bien connu de tous depuis sa chute de cheval, celle d’un enfant sourd et muet.
Parfois, Jeshua disparaissait quelques jours d’affilée. Il se réfugiait dans une cabane de pêcheurs, à la sortie de Bethsaïda. Un jour, Jeshua y a invité discrètement Meryem et Sarah. Cette dernière ne cessait de pleurer à cause de son époux Timothée, lequel la contraignait à mentir sur ses allers et venues. Il menaçait de la répudier. Jeshua lui a dit : « Et pourquoi pas, ma sœur ? », le but d’une union « n’est-il pas bonheur et joie ? ». Il a dit qu’il allait parler à Timothée.
« J’ignore quand et comment Jeshua a mis sa promesse à exécution, mais il ne s’est pas écoulé plus d’une semaine avant que Sarah ne vienne vivre avec moi dans la petite pièce que j’occupais chez la cousine Ruth. Apparemment, elle aussi ignorait ce qui s’était passé. Sans qu’elle s’y attende, Timothée l’avait libérée de tout lien en argumentant sans colère que c’était mieux ainsi puisqu’elle était tombée sous l’emprise de son frère, ce dangereux affabulateur dont on ne parlait que trop… » (Meryem)
Peu de temps après, Sarah a annoncé à sa mère qu’elle était devenue enceinte…
Jeshua a demandé à sa mère si elle voulait l’accompagner au village. Jeshua évoqua à sa mère le moment où ses parents l’avaient présenté aux prêtres d’un temple au Pays de la Terre Rouge… Meryem a quant à elle évoqué le moment où elle avait aperçu une tour carrée jusque-là inconnue, « puis un nuage de poussières suspendues dans une étrange lumière », une lumière qui l’avait « avalée ». Elle revit alors, en parlant, les trois êtres vêtus de bleu qui étaient sortis de la lumière et qui lui avaient affirmé venir des Nées, qu’elle était l’une d’eux en exil sur Terre, privée par protection de sa Mémoire. Ils l’ont aussi dite « ambassadrice d’un Soleil »… Jeshua ayant suggéré que sa mère parlait alors de Melkisedek, celle-ci a alors répondu oui.
Meryem ayant montré à son fils la petite pierre cristalline qui lui avait été offerte lors de son contact, un cadeau qu’elle portait toujours autour du cou dans un sac de lin suspendu à une longue cordelette, Jeshua a dit qu’il en avait reçu une semblable au Pays de la Terre Rouge et qu’il s’agissait d’un cadeau de leurs « Frères célestes, un sourire d’Elohim aussi », un pont « entre deux formes de matière ». Il n’avait plus ce cristal car il l’avait offert peu de temps auparavant à un homme s’appelant Jonas.
Faisant référence à la robe de lin blanc qu’il portait, Jeshua a précisé qu’elle lui avait été offerte par « des hommes rares », dans le désert, près du « Veilleur silencieux » (il s’agit du Sphinx situé près de la Grande Pyramide), juste avant que « le Roi de Justice, Melkisedek », ne vienne l’habiter.
Jeshua ayant confirmé, en réponse à la question posée par Meryem, que ce que l’on apercevait dans le lointain était bien le mont Thabor, il a ajouté que c’est là qu’Elohim l’a convoqué avant que son père ne le conduise au Krmel. Meryem a répondu que c’est ce jour-là aussi qu’Elohim l’a attirée dans « sa bulle hors du temps ».
Jeshua ayant pris la main de sa mère, celle-ci est entrée dans un état dans lequel elle se vit au coeur d’une Nuée parcourant les cieux, cette dernière étant « le prolongement harmonieux de ceux qui y vivaient, la quintessence de leurs pensées unifiées ». Il y avait, près d’elle, des présences masculines et féminines vêtues d’une longue robe bleue « et empreintes d’une attentive bonté »… Cette bonté circulait dans tout son être et elle la sentait faire corps « avec les parois du Char de Feu »… A cette époque, Jeshua n’était pas encore né, l’âme de celui-ci élaborant alors le Plan, sur « une île blanche »… Meryem avait voyagé, a dit Jeshua, dans leur Merkavah.
(Daniel Meurois précise, en note, qu’on trouve le terme Merkavah ou Merkabah mentionné en tant que « trône ou Char divin », dans l’Ancien Testament, au Livre d’Ezéchiel.) Meryem était certaine d’avoir déjà entendu le mot Merkavah dans la bouche de Yussaf son époux, alors qu’il était son instructeur dans leur petit temple de Jérusalem.
Jeshua a conté à sa mère « les moments les plus décisifs de son si long voyage vers l’est , le départ de Yosh-Héram, sa rencontre avec un mystérieux Maître de Sagesse qui jouait avec son apparence, la splendeur d’un lac qui lui avait rappelé » le leur, puis son retour finalement marqué par ceux qu’il nommait « les Frères d’Héliopolis »…
Il confia à Meryem avoir eu deux visions : la première sur le chemin de l’aller où un homme et son âne étaient soudainement apparus pour lui annoncer l’arrestation de Yo Hanan, et la seconde au retour, avec le même homme qui démentait cette nouvelle. Le surlendemain matin, un pêcheur a demandé à Meryem de lui parler : Jeshua l’avait chargé de lui dire qu’il venait de partir pour Jérusalem chez l’oncle Yussaf parce que son cousin Yo Hanan avait finalement été emprisonné à la forteresse de Machéronte et qu’il devait intervenir pour le faire libérer…
Lorsque Jeshua a été de retour, il a dit que les actions entreprises à Jérusalem avec l’oncle Yussaf avaient été vaines, et il était convaincu qu’Hérode qui gouvernait la forteresse de Machéronte ne laisserait pas Yo Hanan sortir vivant. Dès le lendemain, Jeshua a repris ses marches autour du lac en compagnie de plus d’une vingtaine d’hommes. « Mais toujours pas de femmes ou si peu et si effacées… »
Durant les semaines et mois suivants, les récits des prodiges accomplis par Jeshua se sont répandus à travers toute la région et même plus loin, disait-on.
Jeshua a voulu donner à Jude un autre nom : Taddée. (Daniel Meurois note qu’en araméen, ce nom signifiait :« Celui qui a du coeur, qui agit selon celui-ci ».)
Est venu le temps où Meryem a vu Jeshua se rendre de plus en plus souvent à Migdel (un hameau), là où vivait, par périodes, Myriam, une fille adoptive de l’oncle Yussaf, qui avait été mariée à un citoyen romain, un homme violent qu’elle avait décidé de quitter après en avoir eu un fils.
On a appris l’exécution de Yo Hanan par Hérode. Simon, le fils du potier, veillait à la bonne construction d’un modeste bethsaïd à la sortie de Caphernaüm, les malades et les blessés y affluant, dans l’espoir d’un geste salvateur de celui que beaucoup commençaient à appeler « le Béni ». Certains repartaient déçus.
« Mon fils s’approchait de quelques-uns pour les soigner tandis qu’il offrait un simple sourire ou un mot à d’autres. Je savais qu’il lisait spontanément l’histoire des âmes, (…).
Ensuite, il laissait ses mains agir sur certains et proposait aux autres sa seule présence pour leur enseigner la patience avec la compassion qui était sienne. Parfois, ce n’était pas compris, pas accepté. Je me souviens avoir dû déployer des efforts pour apaiser des accès de colère ; j’essayais alors de me faire mère une fois de plus, l’espace de quelques instants. » (Meryem)
On voulait qu’elle « intervienne » comme si elle avait toutes les clefs du Béni et qu’elle pouvait « parlementer », comme si celui qui incarnait le Divin ne savait pas ce qu’il avait à faire. On a demandé à Meryem s’il fallait prier pour attirer l’attention de Jeshua… (16)
Jeshua et Myriam
Jeshua a annoncé à sa mère son intention d’épouser Myriam, du village de Migdel. (Note personnelle : Myriam est bien sûr Marie-Madeleine.) Cela n’a pas étonné les habitants des rives du lac.
« Ceux qui ne voyaient en lui ni le Béni, ni un Libérateur, le considéraient pour le moins comme un rabbi fort instruit… et un rabbi, cela devait prendre femme afin de vraiment tout connaître de la vie.
Les noces eurent lieu à Cana, non loin de Tyr, un mois plus tard. L’oncle Yussaf qui y avait une propriété a voulu se charger de tout, selon son habitude. Les millénaires, aidés par quelques écrits, ont conservé l’empreinte de ce qui s’y est passé… Le ‘‘miracle du vin’’… Des jarres qui se remplissaient à n’en plus finir et Jeshua qui dansait comme si rien de particulier ne s’était produit. Je revois encore Eliazar, sidéré, tandis que je ne sais plus si je me suis moi-même réellement émerveillée du prodige. » (Meryem)
Le lendemain des noces, Myriam est venue spontanément rejoindre Meryem dans le jardin qui avait accueilli les festivités. Myriam lui a demandé de lui dire qui est Jeshua, car elle-même ne le savait pas… Myriam étant alors mère (de son précédent mariage), elle ne pouvait pas comprendre comment Jeshua pouvait l’accepter car cela ne la rendait pas, elle, très digne, disait-elle. Meryem a répondu :
« Si tu es si sale que tu le dis, alors pourquoi mon fils aurait-il voulu unir ton chemin au sien ? »
Parlant de son enfant, Myriam a dit qu’il s’appelait Marcus, son père ayant exigé qu’il portât un nom romain. Myriam ayant aimé son époux, Saül, Meryem a répondu que Marcus était donc un enfant de l’amour. Marcus a vu son père boire et frapper sa mère. Myriam a dit à Meryem qu’à Migdel elle vivait avec une vieille amie qui lui a appris l’art d’extraire, des fleurs et plantes, des huiles et des onguents. Jeshua lui avait dit qu’il désirait qu’elle donnât naissance, un jour, à « un baume absolu », un baume dans lequel « l’huile et l’eau parviendraient à se mêler à la perfection », ce qui n’existait plus en ce monde depuis longtemps.
« L’eau, c’était la Lune, le vase et l’épousée… L’huile, c’était la transpiration du Soleil qui s’incarnait, la semence et l’amant. L’huile unique, si jamais elle devait être, serait alors semblable aux cornes d’une Vache surmontée d’un Soleil…
Myriam serait-elle destinée à sauvegarder à sa manière le lait d’Isis ? » (Meryem (17)
Eliazar
Jeshua s’était rendu avec Eliazar (je précise qu’il s’agit de Lazare) à Bethanie, Eliazar y tirant profit d’une propriété dirigée par une nommée Martâ, une sœur à lui ou une cousine, Meryem ne savait trop. Myriam les avait accompagnés.
Jeshua allait faire vivre à Eliazar ce que les prêtres du Pays de la Terre Rouge appelaient « la petite mort » en l’enfermant 3 jours dans un tombeau de pierre afin de l’en faire renaître, porteur d’un nouveau nom. Ainsi, Eliazar était-il devenu Jean. (18)
Judas et les femmes disciples
Judas se disait instruit et mettait aussi volontiers en évidence la blessure dont le Béni l’avait guéri en un instant à Jérusalem.
« C’était elle qui l’avait bouleversé et poussé à lui demander de l’accepter en tant que disciple. Judas voulait témoigner. » (Meryem)
Il a dit à Meryem que les mots de Jeshua le touchaient, mais les gens avaient besoin de faits, les prodiges étant des faits. Il lui a dit que son fils n’avait qu’un geste à faire et bientôt les Romains seraient en déroute.
Meryem évoqua aussi deux femmes, Shlomit (dont l’époux était le pêcheur Zébédée) et Yacouba (son époux étant Chalphi).
Myriam a compris que toutes les femmes qui approchaient « le Béni » ne tardaient pas à devenir amoureuses de lui.
Autour du petit groupe que Myriam, Shlomit, Yacouba et Meryem formaient, se rassemblèrent d’autres femmes, dont Bethsabée, ainsi qu’une jeune nubienne (nommée Sarah) qui aidait à toutes besognes dans la demeure de la vieille Ruth.
Sarah, la fille de Meryem, a fini par casser définitivement avec Timothée :
« Ce fut le coup de rage d’un homme à la pensée tortueuse, constatant le désarroi de son épouse de n’avoir pu se joindre aux autres ‘‘femmes perdues’’. » (Meryem)
Elle a repris sa totale liberté en y voyant un cadeau personnel de la part du Béni, ce à quoi Jeshua a dit qu’il ne lui avait fait aucun cadeau, que c’était elle qui avait décidé de sa vie et que c’était désormais elle qui continuerait à la bâtir.
Il y eut la « pêche miraculeuse » qui retint toutes les attentions jusqu’à Jérusalem, le massacre du tavernier de Bethsaïda alors qu’il servait la bière à quelques soldats, une expédition punitive menée par des Zélotes, et des hommes en armes (des Romains) et quelques pharisiens qui s’en sont pris à Jeshua. Ce dernier a été retenu pour être interrogé, puis il a rejoint Meryem et les autres femmes.
Jeshua se souciait bien peu des risques qu’il pouvait encourir de la part des Romains, et c’était la même chose pour les Iscarii, lesquels « espéraient tirer parti d’une fausse proximité avec lui ». Meryem n’a pratiquement rien su de la rencontre qu’il avait acceptée avec un groupe de ces derniers et leur chef « quelque part dans la montagne ».
Un jour, Jeshua a confié à sa mère (sur le toit en terrasse de la demeure de Ruth) qu’il réunirait d’ici peu quelques femmes et qu’ils iraient vers Jéricho et la Mer de sel, avec des hommes « différents des autres » (de ceux qui « ne craignent pas la tendresse » ni « un corps à corps avec leur esprit », car il y avait trop d’hommes ayant « le combat chevillé à l’âme »). Une semaine plus tard, ils ont pris la direction de Jéricho. Il y avait (outre Jeshua et Meryem) Myriam, Shlomit, Yacouba, et deux autres femmes dont Bethsabée, laquelle a, lors de la halte d’une nuit passée à Migdel, livré à Meryem les secrets de son coeur :
« Incapable de porter un enfant dans sa jeunesse, elle avait été accusée par son époux de s’être offerte à un esprit malin. Perdue dans sa propre vie, c’est alors qu’elle s’était enfuie pour se réfugier aux alentours de Bethsaïda où plusieurs hommes s’étaient appropriés ses charmes… jusqu’à ce que je lui tende la main et lui fasse rencontrer le regard du Béni… » (Meryem)
Il y avait aussi Jean, Taddée, Thomas, Jacob et Simon (qui portait une petite écritoire). Ils ont fait à peine halte à Jéricho, et c’est dans le désert que quelques petites tentes de fortune ont été dressées. Jeshua a demandé à former un cercle et a fait asseoir les personnes présentes, les hommes et les femmes étant en alternance et se tenant les mains. Puis à l’exacte tombée du jour, Jeshua, qui s’était placé debout au centre des personnes présentes, s’est mis à réciter lentement une prière qui a été reprise après lui, phrase après phrase, tout aussi lentement…
A l’aube, Meryem vit une une masse informe paraissant traîner sur le sol, une sorte de grande toile blanchâtre apparemment plus légère que celle d’une tente. Il n’a pas fallu longtemps avant que cette toile ne soit tendue à la hauteur des visages pour que naisse un bel abri, des piquets et cordes ayant été utilisés.
Jeshua a ensuite demandé aux personnes présentes de s’asseoir une nouvelle fois en cercle, par groupes de deux, hommes et femmes face à face, les mains dans les mains, les dos des « couples » ainsi formés se touchant en alternance. Jeshua a dit à Meryem de venir le rejoindre au centre, dos à dos. Jean tenait dans ses paumes celles de Myriam et avait le dos collé à celui de Bethsabée, Simon avait Yacouba face à lui et Shlomit dos à dos. Jeshua a parlé du « Feu tellurique » à la base du corps humain et de « l’Eclair céleste de son sommet », des 7 « lampes » qui les séparent… (Note personnelle : Je précise qu’il s’agit là d’une allusion aux 7 centres psychiques ou chakras.)
Jeshua a suggéré aux personnes présentes de laisser descendre la conscience à la base osseuse du corps et de ressentir sans honte celle du frère ou de la sœur qui offrait son dos.
« En douceur, je me suis laissée glisser jusqu’à la base osseuse de mon dos, j’y ai libéré mon souffle de femme, et bientôt une odeur est montée en moi ou entre Jeshua et moi, je ne sais… Je la reconnaissais… C’était celle du désert de Niten Tor mêlée à l’eau du Nil. Elle disait la fragilité d’une jeune femme tombée des Cieux et qui essayait de ne pas vieillir tout en se faisant mère autant de fois qu’il le faudrait pour escorter la vie. (…) » (Meryem)
A un moment donné, la voix de Jeshua a de nouveau retenti, conviant à faire tourner lentement à la base du corps « un souffle flamboyant », lequel devait libérer « un parfum », celui des émotions, des sentiments avoués ou réprimés, des hésitations peut-être, des sincérités…
« Et je l’ai capté, ce parfum. Il avouait la puissante mémoire du benjoin en moi et peut-être également ce qui flottait dans l’air de ce vieux temple, là où je m’étais tenue, droite sur un trône de pierre, tenant un fils ailé sur mon genou gauche. » (Meryem)
Un cri a retenti, qui venait de quelque part dans le cercle. La roue qui tournait à la base du corps de Meryem « devait être pareille à une braise ».
Pour une troisième fois, Jeshua s’exprima, évoquant « l’essence de l’esprit »… Un autre cri, celui d’un homme, a été poussé. Meryem a été propulsée, par une violente bouffée d’oliban, « au raz de mille décors terrestres dans une explosion de beautés et de laideurs, de tendresses comme de violences »…
Meryem ignorait tout de ce qu’ont vécu les autres participants du cercle. Jeshua n’a rien commenté, rien demandé à qui que ce fût, il a fait circuler un peu d’eau, Meryem l’ayant secondé en distribuant des galettes, des olives séchées et des dattes…
Puis Jeshua entendit réveiller « la deuxième lampe » (je précise qu’il s’agit donc du deuxième chakra) du corps, etc. Le refuge dans le désert s’est étendu sur plus de trois jours, chaque journée ayant été consacrée à la « mise à feu » de deux des « flambeaux » (chakras) de l’être. Il y eut des larmes, des éclats de rire incoercibles, des aveux. Deux femmes qui n’avaient jamais connu l’extase d’une union l’avaient découverte grâce au contact avec une échine et celui de deux mains ayant serré les leurs.
Simon a tenté, devant son écritoire, de rassembler les paroles prononcées par Jeshua, Jean essayant de l’aider. Simon a dit que c’étaient celles qu’il a un jour connues car elles avaient été prononcées au Krmel… Myriam, l’épouse de Simon, était absente, et Judas était fâché de n’avoir pu aller dans le désert. Simon devait rejoindre son épouse pour l’aider à soigner les blessés là où elle était. Jean avait décidé de rejoindre Judas « pour lui parler ». (19)
A propos des miracles
Suivre Jeshua sur tous les chemins de Palestine c’était, dit Meryem, « voyager de prodige en prodige ».
« D’une certaine façon, Judas n’avait pas tout à fait tort. Le peuple réclamait des miracles. Il s’en rassasiait les yeux sans pour autant ouvrir ses oreilles. » (Meryem)
Jeshua s’est assuré que des centaines de personnes le rejoignent sur une colline. On aurait dit, dit Meryem, qu’il voulait marquer les esprits, et elle lui a fait part de son étonnement. Jeshua a répondu qu’il le fallait, afin que chacun connaisse « la magnificence d’Awoun ». Il savait bien que cela ne changerait pas les âmes, mais que cela valait la peine si « quelques coeurs » pouvaient être « attendris à travers le Temps »… C’est à Tabgha qu’il multiplia à n’en plus finir les pains et les poissons.
Il y eut ensuite « une avalanche d’autres prodiges », dont la résurrection d’Anaël, un jeune homme déjà dans son linceul, « au sortir d’un hameau insignifiant ».
« C’était tellement insensé que j’y ai à peine cru. » (Meryem) (20)
Les Iscarii, la mort de Siméon…
Jeshua entreprit d’entreprendre un voyage jusqu’à Béthanie (aux portes de Jérusalem), où il voulait rencontrer les lestaï, les plus violents des Iscarii, qui, apparemment, « exerçaient toutes sortes de pressions sur sa cousine Martà », et il espérait un contact avec l’un de leurs chefs, Judas Bar Abbas, qui aimait se faire passer pour lui, une sorte de « ruse de guerre » pour jeter le trouble. Jeshua avait accepté que Jean soit du voyage, et il avait aussi invité Thomas.
Un événement cruel a particulièrement touché le coeur maternel de Meryem :
« Il ne se passait pas une semaine sans que des blessés ou des mourants ne soient hébergés dans le petit bethsaïd de Caphernaüm. On les y soignait comme on le pouvait et on y cousait aussi de nombreux linceuls . Je m’y trouvais lorsqu’un chariot brinquebalant est arrivé, chargé de trois ou quatre corps ensanglantés. Je me suis approchée d’eux…
Deux hommes y respiraient encore, dont l’un portait le bandeau rouge des Iscarii. (…) L’homme dont la vie s’éteignait n’était autre que Siméon, ce jeune de notre village que j’avais adopté en même temps que son frère au lendemain de la mort tragique de sa mère… Oui, c’était bien ce Siméon qui avait soudainement disparu un matin pour se joindre aux troupes zélotes.
– ‘‘C’est toi, mon fils ?’’, ai-je fait sans réfléchir à la façon dont ces mots seraient pris tandis que mes mains cherchaient les siennes.
Je n’ai reçu qu’une réponse avant que ses paupières ne se ferment à jamais.
– ‘‘C’est moi, mère…’’
Plus rien d’autre n’est sorti de sa poitrine, et c’était parfait dans l’instant puisque l’essentiel et le sacré y avaient été résumés.
Le départ de Siméon a résonné en moi avec les accents de la plus bouleversante des retrouvailles. Ce fils qui m’avait été si brièvement prêté par la vie m’avait appelé ‘‘mère’’ et il me semblait que cette reconnaissance, même tardive, ajoutait un peu à la beauté du long voile d’Isis qui recouvrait la chevelure de mon âme.
J’ai alors accompli un geste dont je ne me serais jamais crue capable. J’ai passé autour de son cou la cordelette du tout petit sac de tissu que je portais discrètement sur la poitrine depuis si longtemps, le sac qui contenait le cristal offert autrefois, hors du temps, par Elohim…
Ce serait donc ainsi, il partirait avec Siméon dans son linceul… J’y ai veillé jusqu’au dernier instant et sans la moindre explication à qui que ce fût. Mon cristal avait rejoint qui en avait plus besoin que moi pour continuer son voyage. C’était tout. (…) » (Meryem)
Jeshua, Myriam, Jean et Thomas sont rentrés de leur long périple. Seul à flanc de montagne, Jeshua avait affronté « une Force » dont il ne voulut rien dire à sa mère, juste avant de faire une halte à Jéricho. Il avait ensuite rencontré des lestaï, puis, tel qu’espéré, leur chef, dans les souterrains de Jérusalem.
Marcus, le fils que Myriam avait eu de son époux tyrannique, est venu rejoindre le groupe. Meryem a vu Marcus et Sarah la Nubienne se rapprocher.
Meryem s’est souvenue d’un petit déplacement vers Génésareth auquel participèrent aussi Myriam, Shlomit, Yacouba et Jean. C’était chez la vieille Tsipora « qui se lamentait auprès de la dépouille de son époux, Nahoum ». Des attitudes outrancières et le mensonge « avaient été soulignés avec insistance par Jeshua ». Meryem n’avait trouvé que froideur et calcul :
« Le grand Rabbi en blanc ne voulait pas ramener son époux à la vie ? Elle ne le méritait pas ? Alors qu’allait-il lui arriver à elle ? Oui… à elle ! (…) » (Meryem)
On a dit à Meryem que Jeshua avait marché sur les eaux du lac à Caphernaüm, mais elle n’y était pas et, sur le moment, elle a cru à une exagération. Le lendemain, Simon-Pierre lui a confirmé le prodige.
« Il en avait été le premier témoin. C’était d’ailleurs vers lui, vers sa barque, que Jeshua s’était déplacé à la surface des eaux. » (Meryem)
L’épouse et les enfants du pêcheur ne l’ont pas cru et prétendaient qu’il était fou, ensorcelé. Mais André et d’autres témoins avaient tout vu. L’oncle Yussaf et Nicodème arrivèrent à Caphernaüm, alertés par les récits que l’on faisait à Jérusalem de Jeshua marchant sur les eaux. Ils voulaient savoir ce qu’il en était… Meryem a pris conscience que les deux hommes étaient membres du Sanhédrin et qu’ils fréquentaient régulièrement Caïphe, l’un des Grands Prêtres du Temple. (Le Sanhédrin était, note Daniel Meurois, l’Assemblée constituante et le tribunal suprême d’Israël à Jérusalem.) (21)
Procla et le retour au petit temple
Meryem s’était trouvée assise au côté d’une femme qui disait s’appeler Livia et qu’elle avait déjà aperçue à plusieurs reprises dans les ruelles et sur la place de Caphernaüm. Jeshua la présenta à sa mère en la nommant Procla. Il s’agissait de l’épouse de Pilate, le Procurateur que Rome avait récemment nommé à Jérusalem.
Procla a dit à Meryem que son époux ignorait qu’elle se trouvait là en ce moment-là, il la pensait à Tibériade, là où ils avaient une demeure depuis que César avait envoyé Pilate dans ce pays. Procla a dit que ce n’était pas un mauvais homme, qu’il aimerait rencontrer Jeshua, mais les émissaires de César et les mauvaises langues du Sanhédrin craignaient l’effritement de leur pouvoir car, selon eux, Jeshua se voudra un jour couronné et à la tête de tout le peuple. Procla a dit qu’on l’épiait sans cesse.
Quelques jours plus tard, ils étaient à Béthanie, chez Martà. Des soldats les ont arrêtés et ils ont dû passer une nuit dehors, dans une cour, à essayer de se justifier et à grelotter. Puis, à l’aube, on leur a ouvert les portes de leur geôle à ciel ouvert.
« Quelqu’un quelque part avait dû admettre que le grand rabbi en blanc avec ses pêcheurs miséreux et son cortège de femmes n’avait rien d’un chef zélote et encore moins d’un lestaï. Un illuminé, certes, mais rien de plus. » (Meryem)
Il y eut la guérison spontanée de la petite Léah, la fille d’un marchand de résines odorantes.
Thomas s’est rapproché d’une jeune femme nommée Maryam, une lointaine cousine qui venait aider aux travaux.
Lors de la fête de Souccot (celle des « huttes », des récoltes et de l’abondance pour le peuple d’Essania), de nombreuses personnes sont allées à Bethanie pour emmener Jeshua jusqu’à Jérusalem afin de l’y honorer…
Meryem voulut aller frapper à la porte du petit temple d’Essania (où elle avait passé les plus douces années de son enfance), et sa fille Sarah a tenu à l’accompagner. Meryem a constaté que la maison d’Hannah et de Yohachim avait été remplacée par une autre. Elle a poussé la porte de « son » temple et a ainsi redécouvert la grande cour d’entrée de ce qui avait été sa maison, son refuge, son cocon de « noble solitude » durant 7 ans.
Meryem et Sarah furent accueillies par une femme couverte de très longs voiles d’un bleu sombre. Meryem a dit qu’elle avait été Colombe en ces lieux, de nombreuses années auparavant, ce à quoi la femme a répondu que les prêtres n’avaient plus trouvé de Colombe depuis des décennies. La Flamme était toujours entretenue, mais il n’y avait plus de Colombe pour les vieilles cérémonies. Cette femme a paru à Meryem « si froide, si sèche », l’amour n’ayant pas résisté en ce lieu à l’usure du temps.
Meryem ayant demandé s’il y avait toujours le dessin de l’Etoile peinte sur l’un des murs, la femme a dit de la suivre. Meryem lui ayant demandé si le nom de Kalikayam lui disait quelque chose, la femme a répondu : « Peut-être, oui… Vaguement… Je ne sais pas… ». La femme a dit à Meryem qu’elle n’avait jamais vu l’Etoile, tout ayant été badigeonné à la chaux il y avait longtemps.
Meryem a redécouvert avec une certaine émotion la petite enfilade des cellules puis sa cellule, mais il n’y avait plus guère d’arbustes « dignes de ce nom » ni de fleurs, et nul n’empruntait l’escalier abrupt qui avait permis à Meryem, ainsi qu’à Kalikayam, d’accéder en haut des murs puis des remparts… Meryem a appris que la Flamme du sanctuaire était éteinte depuis quelques mois, qu’on ne pouvait plus obtenir la matière gluante qui permettait de l’entretenir. (22)
L’arrestation de Judas Bar-Abbas et les marchands du Temple
Jeshua et Myriam sont venus un soir rejoindre Meryem à Béthanie. Jeshua s’est accordé, avec Myriam, une journée ou deux chez Martà. Il a enseigné à travers tout Jérusalem et, à plusieurs reprises, les Romains ont dispersé les attroupements trop enthousiastes qui s’improvisaient autour de lui.
On a finalement annoncé, sur les marches du palais de Pilate, l’arrestation de Judas Bar-Abbas, le chef des lestaï. C’est Jeshua qui en a averti Meryem.
Jeshua s’étant un jour rendu dans le Grand Temple, il s’en est pris aux marchands et aux changeurs de monnaies dont les étals envahissaient une bonne partie de la cour extérieure.
« Selon Myriam, qui avait tout vu, il avait dispersé du pied les amoncellements de pièces et d’ustensiles qui faisaient l’objet de toutes sortes de tractations au milieu des immondices laissés par les troupeaux de brebis. Avec véhémence, il leur avait reproché de profaner l’espace sacré du lieu. Un scandale qui avait cloué presque tout le monde sur place. » (Meryem)
Myriam a aussi dit qu’elle l’avait vu plaisanter avec des Romains aussitôt après avoir rejoint le parvis et avant de s’engager dans les ruelles.
Le soir, ils ont été assez nombreux à se retrouver autour de Jeshua sur la colline aux oliviers… (23)
Le faux Jeshua, répandre l’enseignement…
Le bruit a couru qu’un autre chef zélote avait repris la sica (sorte d’épée courte et courbe) et le flambeau rassembleur de Judas Bar-Abbas en n’hésitant pas à se faire appeler « Jeshua » :
« Dans tous les villages où il passait, il annonçait que bientôt il serait roi de toute la Judée puisqu’il la libérerait du joug de Rome. Dans leur ignorance, beaucoup parmi le petit peuple ne demandaient qu’à le croire et à le suivre. C’était la confusion. » (Meryem)
Meryem, Jeshua et Myriam se sont trouvés dans la pièce haute et très vaste que Philippe avait trouvée… Thadée et d’autres (Marcus, Shlomit, Yacouba, Simon et son épouse) les rejoignirent.
A plusieurs reprises, Meryem a surpris Judas à murmurer quelque chose à Jeshua, en rapport avec Pilate et les Iscarii, ce qu’elle n’aimait pas. Jeshua a multiplié les bénédictions et les guérisons dans les ruelles de Jérusalem « en les parsemant de petits récits à méditer ». Puis, aux heures convenues, il donnait des enseignements plus profonds dans la salle haute en présence, ce qui n’était pas rare, d’une bonne centaine de personnes. Ils y partageaient un repas, Jeshua rompant des galettes d’orge autour de quelques sauces épicées, d’un peu de poisson séché et même de vin. C’est au cours de l’une de ces dernières rencontres que Jeshua a pris la parole « d’une manière inhabituelle et déconcertante » :
« Il annonça que le temps approchait où il devrait s’effacer et où il remettrait entre les mains de chacun le soin de répandre le coeur de son Enseignement. Personne n’était prêt à comprendre ce que cela sous-entendait. Eux ? Porter la Parole du Rabbi, du Maître, du Béni ? C’était insensé !
Dans la pénombre, j’ai lu la panique sur bien des visages… » (Meryem)
Deux ou trois jours plus tard, Meryem apprit, par Jean, que Pilate avait souhaité s’adresser en secret à Jeshua, à la demande de Procla, l’épouse de Pilate. Jean a dit que Pilate n’était pas du tout maître de ce qui se jouait, et il a voulu, sur l’insistance de Procla, mettre en garde Jeshua : le nom de celui-ci avait été cité sur un rouleau, une sorte de rapport destiné à Rome dans lequel il serait décrit comme un rebelle voulant régner sur la Judée.
« Alors Tibère va se méfier et Pilate sait de quoi il est capable. Je l’ai entendu le dire sans ambages. Oui, il se peut que quelque chose se trame depuis Rome… avec l’accord du Sanhédrin, bien sûr. En cet instant-même je crois que Jeshua en informe Yussaf. » (Jean)
Peu de temps après, Jeshua a rassemblé une bonne vingtaine de personnes dans la pièce haute. Il y eut le rituel du partage du pain. Jeshua a utilisé des termes inhabituels :
« … on aurait dit qu’il s’assimilait aux galettes elles-mêmes et que c’était lui qui s’offrait en partage à chaque fois qu’il en rompait un morceau. Que voulait-il dire ? » (Meryem)
Après Simon-Pierre, c’est Judas qui s’est exprimé. Ce dernier a dit à Jeshua : « Oui, tu nous offres l’Energie de Vie pour que nous la redistribuions, pour que nous soyons tes ambassadeurs. (…) » Judas a quitté la pièce
Jeshua a offert aux personnes présentes une pincée de sel qu’il faisait jaillir de ses doigts. (Note personnelle : Ceci est l’équivalent de ce que faisait notamment un autre Avatar connu en Inde sous le nom de Sathya Sai Baba, décédé en 2011. Il faisait jaillir de ses doigts de la vibuthi ou cendre sacrée…) Elles ont avalé cette pincée de sel.
Jeshua a proposé aux hommes présents de se retrouver près « du vieux pressoir de Gethsémané sur la colline aux oliviers ». Meryem l’a embrassé puis a longuement posé la main de celui-ci sur son coeur à elle, Myriam l’ayant imitée… Elles sont parties en direction du bethsaïd. Elles se sont enroulées dans leurs couvertures, blotties l’une contre l’autre. (24)
Rencontre avec Elohim
Incapable de s’endormir « et sans doute un peu fatiguée » par la toux du voisin, Meryem a préféré se lever et sortir. A vingt pas d’elle, légèrement en avant des oliviers, elle a aperçu une silhouette :
« Une radiance couleur de lune s’en dégageait. Elle se tenait debout dans ce que je devinais être une longue robe, mais je ne distinguais pas les traits de son visage. Aussitôt, j’ai senti mon corps se redresser de lui-même, touché par une absolue certitude… ‘‘Elohim !’’, ai-je fait à voix haute. ‘‘Elohim !’’» (Meryem)
Sans que Meryem s’aperçoive exactement de ce qu’il se passait, son corps s’est déplacé sans sa volonté, « comme s’il glissait sur les cailloux ».
« Mon âme soudainement expansée était déjà dans sa forme de lumière… » (Meryem)
(Note personnelle : Meryem dit donc, là, que sa « forme de lumière » – son corps subtil – s’est extraite de son enveloppe physique. En d’autres termes, elle est sortie de son corps.)
Les traits de la Présence ont progressivement émergé de sa luminescence.
« – Te souviens-tu ?, tu avais traversé le Temps pour nous rejoindre… Nous t’avions dit alors : ‘‘Tu es l’une d’entre nous, et ton fils, Jeshua, porte aussi le nom de Sananda. »
Derrière Jeshua, a dit la Présence, il y a Sananda, et derrière Sananda il y a Melkisédek, puis « le Soleil des soleils »…
(Note personnelle : Sananda est mentionné dans de nombreuses sources canalisées, c’est-à-dire lors de communications de type médiumnique, via des channels, ce nom étant identifié, dans ces sources, au Maître Jésus. Dans l’oeuvre écrite de Daniel Meurois et d’Anne Givaudan, le nom de Sananda a été mentionné pour la première fois dans leur livre intitulé « Le voyage à Shambhalla », dont la première édition remonte à 1986 aux éditions Arista. Je m’étais procuré ce livre cette année-là.)
Meryem s’est retrouvée soudainement dans son corps, Elohim ayant disparu. (25)
L’arrestation et la crucifixion de Jeshua
Après avoir un peu marché, Meryem a tressailli en voyant trois hommes qui se tenaient devant elle, vêtus d’une ample robe apparemment bleue, l’un d’eux ayant la peau aussi noire que l’ébène, « les traits du visage déjà marqués par l’âge et par une évidente bienveillance ». Il lui a dit de ne pas avoir peur, les deux autres hommes ayant la main sur le coeur. Il a dit qu’ils venaient d’Héliopolis, au Pays de la Terre Rouge. (Il s’agit, je le rappelle, de l’Egypte.)
« Nous te cherchions ainsi que notre frère, Yussaf d’Ha-Ramathaïm. Comme tu l’as compris, il se prépare des noces douloureuses… »
(Note personnelle : Je rappelle que Yussaf d’Ha-Ramathaïm correspond à Joseph d’Arimathie.)
L’homme a dit qu’ils appartenaient à la Fraternité d’Héliopolis, « proche de la tienne ». (Note personnelle : Il faut comprendre : proche du peuple d’Essania, donc de la Fraternité essénienne.)
« Nous sommes de ceux qui ont facilité la descente du Roi de Justice dans la chair et l’âme de ton fils. Quant à moi, on me donne Balthazar, ce qui veut dire dans ma langue ‘‘Celui qui protège le corps du Maître’’. Il y a aussi une dernière chose… J’aime l’Etoile… »
Notes personnelles :
– La descente du Roi de Justice correspond (voir le chapitre XXX du tome I de « Le livre secret de Jeshua », éditions Le Passe-Monde, 2015) à ce qu’à vécu Jeshua dans la Grande Pyramide : il s’était allongé dans le sarcophage de granit et s’est mis à respirer d’une façon spécifique, son âme s’est élevée au-dessus de son corps, il a perçu la Lumière… Il a tout à coup entendu : « Homme, accueille-Moi ! », et il a entendu le nom « Mihaël » – lequel correspond, note Daniel Meurois, à l’Archange Mickaël. Jeshua a donc été « adombré » par celui-ci, l’adombrement étant le phénomène par lequel l’Energie d’une Présence de nature divine – ou son Emanation – investit un être pleinement réalisé – un Avatar – afin d’agir à travers lui pour accomplir « une mission transmutatrice au niveau de tout un peuple ou même planétaire ».
– Balthazar correspond manifestement au « Roi Mage » de même nom, en relation avec la naissance de Jésus, les trois Mages n’étant cependant pas mentionnés, au moment de la naissance de Jésus, dans le tome I du récit de la vie de Jésus par Daniel Meurois : « Le livre secret de Jeshua ». En note de la page 448 de ce tome I, on lit d’ailleurs : « Peut-être reconnaîtra-t-on en ce prêtre, Balthazar, l’un des rois mages de la Tradition, représenté avec la peau noire et qui porte la myrrhe. »
– L’Etoile correspond bien sûr à « Lune-Soleil », c’est-à-dire Vénus. On fera aussi le parallèle avec l’étoile associée à la naissance de Jésus, laquelle était en réalité un vaisseau de surveillance et absolument pas, contrairement à ce que s’imaginent moult spéculateurs, la conjonction Jupiter/Saturne qui s’est produite en l’an 7 avant notre ère, même si Jésus est bien né quelques années avant notre ère – mais assurément pas le 25 décembre ! Voyez à ce sujet mon livre « Porteurs de Vie et Elohim », le tome 5 de ma série « Civilisations extraterrestres » paru en novembre 2019 chez JMG éditions.)
Balthazar a révélé à Meryem que Jeshua venait d’être arrêté et que Yussaf était alors présent… Les trois hommes ont dit qu’ils allaient rejoindre Yussaf et Nicodème.
Pour les ennemis de Rome, il n’y avait qu’une prison à Jérusalem, la forteresse Antonia, et pour Meryem, c’était là, selon toute vraisemblance, que Jeshua avait dû être emmené. Meryem s’est rendue chez l’oncle Yussaf :
« Il nous a tout raconté, jusqu’aux chaînes que les gardes avaient voulu imposer à Jeshua et que celui-ci avait systématiquement fait glisser de ses poignets. Ensuite tout s’est mélangé dans ma tête. Il me semble que le vieux Yussaf m’a également parlé du fameux Plan comme si tout y était méticuleusement ordonné, voulu, et, somme toute, maîtrisé, (…). » (Meryem)
Sarah et Meryem ont été invitées à vivre chez Yussaf où s’était finalement réfugiée Myriam, en proie au désespoir.
Un vendredi matin, Nicodème est arrivé chez Yussaf, porteur d’une nouvelle que venait de lui communiquer le décurion voué à la sécurité de Procla, un certain Caïus Vorenius dont le nom n’était pas tout à fait inconnu de Meryem. Ce que Nicodème annonça était, dit Meryem, terrifiant :
« Après avoir été flagellé, Jeshua pouvait être porté au gibet d’un moment à l’autre. Pilate en avait donné l’ordre sous la pression d’une petite foule vociférante massée dans l’étroite cour du Tribunal. C’était manifestement une foule composée en majeure partie de Zélotes qui réclamaient la libération de leur chef, Bar-Abbas, en échange d’un dangereux ‘‘fauteur de troubles’’. Caïus Vorenius avait été formel ; il avait assisté à tout. Sans un mot, nous nous sommes précipités dans la ruelle, hors de chez Yussaf. Nous étions au coeur d’un interminable cauchemar… » (Meryem)
Arrivée sous un porche, Meryem a aperçu son fils, la robe déchirée et couverte de sang, le visage émacié, portant avec une peine infinie un lourd morceau de bois en travers des épaules.
« Mon amour de mère me semblait si impuissant, si dérisoire face à une telle monstruosité ! Mais que lui reprochait-on donc ? J’aurais voulu lui faire un signe… mais quel signe n’aurait pas paru inconsistant et ridicule ? Je crois que mes paupières se sont fermées avec l’intention de se sceller, mais j’ai bientôt entendu quelqu’un m’appeler… ‘‘Ne restons pas là, mère… Il faut les devancer, il faut que le Maître nous sache tous présents’’… C’était Jean qui, déjà, me tirait vers lui, tandis que Sarah s’agrippait à sa ceinture. » (Meryem)
Jean s’était coupé les cheveux, et Meryem s’est demandé pourquoi il avait fait cela.
Tant bien que mal, ils se sont frayés le passage. Meryem perçut les visages de Simon, de Taddée, de Pierre, de Shlomit, de Yacouba, de Bethsabée. Myriam, en pleurs, était derrière Meryem. L’oncle Yussaf a dit : « La porte est là… Sortons ! » Ils ont été poussés avec violence et ils se sont retrouvés à l’extérieur, au pied des murailles. Le sentier aboutissait au champ des suppliciés. C’est à peine que Meryem a entendu quelqu’un dire : « Le voilà… ». Jean, qui la soutenait, lui a dit de ne pas regarder, qu’il suffisait que « le Béni » sache qu’ils sont là.
Un bruit sourd a secoué Meryem. Elle ne se doutait pas que c’était celui provoqué par le redressement du poteau auquel on venait de suspendre son fils. Elle ne voulait surtout pas ouvrir les yeux.
« Mais l’instant d’après, sans m’y être préparée, je suis sortie de mon corps et j’ai tout découvert… Aucune force ne m’a protégée parce qu’il ne fallait pas que je le sois. Je devais affronter et vivre la sublimation…
Ma vue venait de se dilater à n’en plus finir, et toute la scène, jusqu’aux remparts de Jérusalem et aux monts de Judée, s’est déployée sous moi. » (Meryem)
Meryem vit son fils presque sous elle, nu et ensanglanté, suspendu à une potence.
« Autour de lui, des gardes semblaient repousser sans conviction une foule silencieuse, tandis qu’un peu plus loin d’autres suppliciés dénudés étaient également attachés à leurs poteaux.
C’était si étrange… Tout se passait avec une extrême lenteur, une sorte de ralenti imposé par le rythme paisible de mon âme qui englobait et acceptait tout. » (Meryem)
Elle a soudain chuté dans son corps, et les bras de Jean la reçurent juste à temps. Il y avait, au pied de la potence, un homme armé, un Romain casqué, pilum à la main.
« Il allait et venait tout en n’arrêtant pas de s’essuyer le front. Je l’ai vu lever les yeux… Au-dessus de lui, Jeshua semblait inconscient, la tête abandonnée sur la poitrine. Je me souviens avoir alors poussé un long soupir. La pluie avait redoublé et il faisait terriblement sombre. » (Meryem)
Meryem a reconnu l’homme à la lance : Caïus Vorenius.
« On m’a rapporté que le décurion avait alors délicatement percé du métal de sa lance le flanc droit de mon fils… C’était le rôle que lui avaient conféré les Frères d’Héliopolis, le geste le plus important de toute sa vie, celui qui allait sacraliser son chemin. » (Meryem)
Daniel Meurois écrit, en note de fin de page, que cette incision a eu pour but de permettre l’écoulement du liquide pleural afin de favoriser une petite respiration qui éviterait ainsi l’asphyxie.
La grêle est tombée sur Jérusalem.
Meryem a entrevu Yussaf et les Frères d’Héliopolis qui transportaient Jeshua inconscient dans une grande pièce de tissu. Elle ignorait tout du lieu où ils allaient.
« Peut-être me l’avait-on dit, mais cela m’avait alors échappé. Dans mon coeur, j’étais déjà ailleurs. Mon fils était vivant et seul cela comptait. Contrairement à Myriam et Sarah dont les larmes étaient intarissables, pas un instant je n’ai douté qu’il puisse revenir parmi nous.
A peine de retour chez Yussaf, j’ai néanmoins eu un malaise. Je suis tombée… Une perte de conscience totale. (…) » (Meryem)
Elle a perçu un chuchotement semblant venir de la pièce voisine : « Ce sont Nicodème et Jean… L’oncle Yussaf a tenu à ce qu’ils veillent sur toi. » C’est Sarah qui avait murmuré ces mots à la lueur d’une lampe à huile. Meryem a demandé aux deux silhouettes de la conduire auprès de son fils, mais il lui a été répondu que Yussaf ne le souhaitait pas, que le danger était trop grand. Jean a dit que Myriam et quelques autres étaient encore « là-bas » avec Jeshua, et que tout était au mieux à ce que l’on savait.
Lorsque Myriam revint, elle a dit qu’elle avait eu le bonheur et le légitime privilège de revoir son époux.
« Après l’avoir aperçu quelques instants, miraculeusement cramponné à l’échine d’un cheval, il lui avait adressé des paroles imbibées d’amour, puis, rapidement, quelqu’un avait saisi la bride de l’animal, et ils s’étaient éloignés dans la nuit. C’était tout… » (Meryem)
Le lendemain, Balthazar a poussé la porte de la demeure de l’oncle Yussaf. Il les a emmenés à Ha-Ramathaïm où Yussaf les a hébergés pour plus de sécurité. Ils ont attendu plusieurs jours, puis, un matin, Balthazar est réapparu et a dit que Jeshua les attendait dans une bergerie. Myriam et Meryem sont parties sur l’heure.
L’après-midi du deuxième jour, ils étaient arrivés. Meryem ayant distingué une silhouette adossée à un arbre, elle et Myriam (qui ne s’était pas dirigée au début dans la bonne direction) se sont dirigées vers Jeshua, ce dernier ayant le dos appuyé à un tronc. Le visage de Jeshua était émacié, « tellement marqué ».
« Myriam et moi nous nous sommes jetées sur l’herbe jusqu’à ses pieds enveloppés de bandelettes tachées de sang séché, n’osant surtout pas les frôler de nos fronts. Que de larmes alors ! Que de larmes ! Oui, mon fils était bien là et j’hésitais à le toucher comme si je craignais de découvrir une preuve, celle qu’il n’était rien d’autre qu’un mirage sur le point de s’effacer. » (Meryem)
Jeshua leur a dit de s’approcher, et celles-ci se sont avancées jusqu’à ce qu’il puisse poser ses mains au sommet de leurs têtes, les mains et poignets étant entourés de bandages, eux aussi maculés de sang.
« Ce fut l’instant où Myriam s’est écroulée à son côté… ‘‘Rabouni… mon Rabouni…’’, l’ai-je entendue murmurer. Qu’aurait-elle pu trouver de plus beau à déclarer à son époux ? Tout son amour était résumé là, dans ces trois mots. » (Myriam)
Jeshua parlait très peu car il respirait mal. Selon Balthazar, la foule était en ébullition à Jérusalem, voire en délire.
« Des groupes s’y étaient formés spontanément, chacun d’entre eux y allant de sa propre théorie au sujet de la disparition du corps du Béni. Résurrection attestant de la toute-puissance d’un réel prophète ou du Mashiah ? Enlèvement ? Complot ? Quant aux disciples qu’il avait pu approcher et informer, ils exultaient discrètement tout en s’efforçant de ne porter aucun signe qui puisse permettre de les identifier… Les cheveux avaient raccourci, les barbes avaient été taillées, voire rasées, et toute robe blanche avait disparu. Cela a fait sourire Jeshua. ‘‘Il y avait des semaines que je le leur conseillais…’’, a-t-il seulement commenté, les paupières closes. » (Meryem)
Meryem a révélé qu’un messager de Procla lui avait rendu secrètement visite chez l’oncle Yussaf.
« Il était en charge de me dire que Pilate, son époux, était pris de rage. Il a entendu parler d’une incroyable lueur qui serait apparue dans les cieux, une lueur avec des silhouettes blanches qui s’y déplaçaient. Cela lui aurait été rapporté par les soldats désignés à la surveillance du tombeau où on a déposé ton corps, mon fils. Toi, tu dois évidemment le savoir… Les gardes ont eu si peur qu’ils se sont enfuis. Selon l’envoyé de Procla, le Procurateur préférerait penser qu’ils mentent et ne fait que parler d’un coup monté par les Nazaréens – c’est comme cela qu’il nous appelle, maintenant – ou par les lestaï… ou par les deux à la fois. Alors… il y a toutes sortes de violences entre les murs de Jérusalem et dans les villages des collines. » (Meryem)
Balthazar a dit que c’est Elohim qui a tout ordonné. Il n’était pas loin, et c’est la « Lueur », la « Nuée » d’Elohim que les soldats ont aperçue.
Le lendemain, ils ont entamé leur retour vers Ha-Ramathaïm. Lorsqu’ils sont arrivés à destination, l’oncle Yussaf a paru souffrant à Meryem, les traits de celui-ci s’étant affaissés, ce qui l’a inquiétée. Il était las de ce qu’il voyait, de ce qu’il entendait…
« Quant à Jeshua, à l’en croire, il semblait que le peuple voulait se persuader qu’il avait bien succombé à ses blessures sur le champ des suppliciés, mais qu’il était revenu à la vie sur décision de l’Eternel. Le nombre de celles et ceux qui le clamaient grossissait comme pour répondre à une nécessité inscrite dans leur conscience commune. (…) » (Meryem)
Balthazar réapparut environ deux semaines plus tard. Jeshua réclamait la présence de Myriam, il fallait qu’il lui parle. Le départ de Balthazar et Myriam a été fixé pour le lendemain.
A son retour, Myriam a montré à Meryem ce que Jeshua lui avait offert : un médaillon de bronze représentant un poisson tête vers le bas, qui surmontait un croissant de lune qui pouvait faire penser à la coque d’une barque. Meryem avait demandé : « Il l’a puisé dans les greniers d’Awoun ? »
(Note personnelle : Elle faisait alors allusion à ce qui correspond à la création ou à la matérialisation d’un objet à partir d’un niveau subtil de la matière appelé « pré-formes » dans « Le livre secret de Jeshua », et que j’appelle, en me basant sur d’autres sources, Substance Universelle et Archétypes de la Création. Voyez le tome I de ma trilogie sur la psychokinèse : « Micro-PK et médiums à effets physiques », JMG éditions, 2022.)
« Reprenant certaines des paroles qu’il nous avait adressées un soir de partage du pain, mon fils avait insisté sans ambiguïté sur le fait qu’il devait se retirer, disparaître, que leur vie, à elle et lui, ne leur appartenait pas, et que c’était également vrai pour chacun de ceux et de celles qui l’avaient suivi. » (Meryem)
A cet instant, Sarah, Martà, Marcus et Jean sont arrivés.
Jeshua avait investi Myriam d’une mission qui supposait leur éloignement.
Taddée et Thomas sont venus se joindre à eux une fois la nuit tombée. Cette nuit-là, Jean et Meryem ont fait le même « rêve » : Jeshua leur demandait de le rejoindre aux abords de la bergerie à quelques milles de Tibériade, et il fallait qu’ils comptent une vingtaine de jours pour l’y trouver, pas avant ni après. Le dix-neuvième jour, plus d’une vingtaine de personnes arrivèrent à destination, celles-ci ayant avancé par petits groupes très espacés afin de ne pas attirer l’attention. Dans la matinée du lendemain, elles sont parvenues au vallon qu’elles cherchaient.
Meryem a proposé de former un cercle en s’asseyant sur l’herbe. Ils ont attendu, jusqu’à ce qu’ils ressentent ou entendent « une sorte de bruissement dans l’air ». Meryem ayant ouvert les yeux, elle vit son fils, debout, « tout en lumière », à quelques pas seulement en dehors du cercle formé par les personnes présentes. Jeshua s’est alors exprimé, disant notamment qu’ils allaient s’éparpiller pour répandre sa parole et qu’il ne fallait pas instaurer le moindre culte…
« Je vous demande maintenant de ne plus m’appeler ‘‘le Béni’’ car le double Soleil qui recouvrait mon être m’a quitté sur le poteau auquel j’ai été cloué. Il a achevé Son Oeuvre à travers mon corps. Désormais, je ne suis plus que Jeshua, votre frère, et désormais aussi, vous devenez des témoins… non pas mes témoins, mais ceux du Vivant, ceux qui ne croient pas, qui ne savent pas à travers l’habileté des idées et des mots, mais ceux qui Connaissent…
Maintenant, allez… allez et offrez la guérison par la pureté de vos mains… » (Jeshua)
Meryem n’est pas parvenue à détacher son regard de la « forme transcendée » de son fils. La lumière de celle-ci était si condensée que l’herbe ployait sous la plante de ses pieds.
Jeshua a progressivement disparu du décor des ruines de la bergerie.
Seuls Myriam, Jean et Meryem connaissaient la destination secrète de Jeshua : le Krmel, ce monastère-forteresse d’où il ne sortirait peut-être plus.
« Il en avait maintenu l’interrogation, laissé planer le doute.
Cependant, un Av-Shtara peut-il demeurer indéfiniment entre de hautes murailles ? Moi, sa mère, sa jumelle hors du Temps qui n’avait jamais voulu ‘‘croire’’, je ne l’imaginais même pas ! » (Meryem) (26)
Après le départ de Jeshua
Les disciples de Jeshua ont foulé la Palestine par petits groupes de trois ou quatre, dormant ici et là… ou ne dormant pas. L’impact laissé par l’enseignement de Jeshua, ses prodiges, sa disparition-résurrection, le jeu trouble des Zélotes et la crainte de Rome de voir le pays s’embraser, ne pouvaient que faire d’eux des sortes de nomades, et c’est de cette façon qu’a débuté la « chasse aux Nazaréens » ou aux « Galiléens », puis que celle-ci est devenue une véritable persécution. Les disciples ne pouvaient pas revenir à Jérusalem ni retourner à Ha-Ramathaïm, où la demeure de l’oncle Yussaf avait d’ailleurs finie par être pillée, « bien que certains s’y soient néanmoins aventurés au prix d’énormes risques ».
« Là comme partout, autant des soutiens inattendus s’y révélèrent spontanément, autant d’imprévisibles trahisons ou délations éclatèrent au grand jour. Quant à moi, je me savais particulièrement recherchée ; le Pouvoir romain estimait que j’avais comploté pour faire disparaître le corps de mon fils. » (Meryem)
Il n’était pas si rare que les petits groupes de « Nazaréens » ou de « Galiléens » se croisent dans une bourgade, et ils devaient alors s’ignorer mutuellement, ce qui était « frustrant, souffrant et même cruel »…
Ils pouvaient imposer les mains sur les plaies et les douleurs « comme l’avait fait le Béni », et voir celles-ci guérir.
Myriam a emmené Meryem jusqu’à ce qui avait été sa maison, à Migdel, ses murs ne formant plus qu’une ruine…
Meryem retrouva (avec Sarah et Jean) Avigaël, la fille de Yussaf, celle-ci ayant alors trois enfants. Avigaël et son époux Ephraïm ne voulaient pas savoir ce qu’il en était de Jeshua, qui il était vraiment, ni même si ses prodiges avaient été réels.
« A quelques reprises, selon eux, des soldats avaient fouillé les maisons et les greniers, ainsi que les alentours. Ils avaient trouvé des Iscarii quelque part et les avaient aussitôt mis à mort… ‘‘Alors’’, nous avait sentencieusement déclaré Ephraïm, nous, nous ne voulons pas d’histoires !’’ » (Meryem)
Lors des adieux, Meryem a dit à Avigaêl et sa famille que si dans quatre jours un petit groupe de femmes et d’hommes les cherchaient là, il fallait leur dire de les retrouver là où ils savaient qu’ils seraient. Sarah et Jean avaient compris le message dont Meryem avait chargé Avigaël et son époux en les quittant. Il évoquait une grotte se trouvant quelque part à mi-chemin entre Gennésareth et le lieu (Tabgha) où Jeshua avait multiplié à souhait galettes et poissons. Cet endroit avait été désigné comme un possible point de ralliement s’il advenait que les membres du groupe se perdaient de vue. Ils s’y étaient déjà rendus à plusieurs reprises pour s’y réfugier ou par mauvais temps. (Dans une note de bas de page, Daniel Meurois écrit qu’il s’agit vraisemblablement de la grotte appelée aujourd’hui Mugharat el-Zuttiyeh, c’est-à-dire « la grotte des voleurs ».)
A l’aube du sixième jour, Sarah a réveillé sa mère pour lui dire qu’ils ne viendraient pas, qu’elle a fait un rêve qui le lui disait, et au lever de la neuvième journée Jean a soudain dit qu’il partait, qu’il allait voir le Maître au Krmel, que celui-ci l’avait appelé cette nuit-là. Il a dit à Meryem et Sarah de l’attendre.
Meryem, quant à elle, a commencé à s’enfoncer dans la semi-obscurité de la cavité, puis elle trouva une galerie. Elle a avancé à plat ventre dans l’obscurité totale, et, très progressivement, elle a commencé à « voir » autour d’elle, de minuscules cristaux recouvrant les parois. Meryem vit une issue béante qui l’a introduite dans une autre cavité suffisamment grande pour qu’elle puisse s’y tenir debout. Elle se trouvait à nouveau dans l’obscurité et son corps lui faisait mal. Elle s’est lentement assise sur le sol. Elle entendit alors une Voix s’exprimer, celle de Melkisédek… Puis elle s’est à nouveau trouvée dans un silence absolu. Elle a entendu Sarah, a rebroussé chemin et s’est extraite de la galerie.
Quelques nuits d’insomnie plus tard, Jean fut de retour. Ils ne retrouveraient plus ni Myriam ni les autres :
« Sur demande impérative de Jeshua, l’oncle Yussaf les ferait quitter le pays au plus juste moment pour sans doute rejoindre la Terre de Kal afin d’en faire ce qu’il avait appelé ‘‘un jardin d’espérance’’. Pour l’heure, il les priait de se cacher autant qu’ils le pourraient. Il y avait notamment un homme qui s’était mis en tête de trouver Myriam avec une sorte de hargne fanatique. Vraisemblablement le père de Marcus… » (Meryem)
(Note : La Terre de Kal est la Gaule et le père de Marcus est Saül de Tarse.)
Jean avait pour mission de mener Meryem et Sarah en Grèce, tout trois devant désormais vivre là. (27)
En Grèce
Jean, Meryem et Sarah levèrent l’ancre pour la Grèce, à Ephèse. Arrivés sur les lieux, un homme les invita à le suivre jusque chez lui. A l’évocation du nom de Jérusalem, les regards ont changé :
« N’était-ce pas là-bas qu’un homme peu ordinaire, un grand sage, à ce qu’on disait, s’était fait massacrer, qu’il était miraculeusement revenu à la vie et que, depuis ce jour, le peuple se révoltait ?
Jean a fait oui d’un signe de la tête qui en disait long et qui a appelé d’autres questions… Etait-ce vrai ? L’avions-nous connu ? » (Meryem)
Jean s’est bien gardé de dire que Meryem était la mère du « grand sage » et que Sarah était la sœur de ce dernier.
Le lendemain matin, Kyrillos, l’homme qui les avait trouvés dans son abri, a parlé à Jean d’une maison en ruines sur les hauteurs du port, et Kyrillos les y a conduits. Le lendemain et les jours suivants, le fils de Kyrillos fut à pied d’oeuvre pour aider, bientôt rejoint par quelques amis pour porter des pierres, et Meryem, Jean et Sarah apportèrent leur contribution. L’aide physique de Meryem fut de courte durée, car elle était rattrapée par toutes sortes de douleurs. Meryem a finalement révélé qu’elle était la mère du « grand sage »…
Au milieu des échoppes d’Ephèse, Jean a ouvert sa bourse et tous trois (lui, Meryem et Sarah) purent se procurer ce que les Grecs appelaient un long chiton (une tunique serrée à la taille par une ou deux ceintures) ainsi qu’une chlamyde (manteau) de laine pourvue d’une fibule (une grosse épingle la maintenant sur une épaule). Les jeunes hommes qui les aidaient se montraient intrigués et voulaient en savoir davantage. Meryem a entrepris d’enseigner les Grecs, leur peuple parlant « d’une multitude de divinités qui vivaient leur vie au-dessus d’eux et qui jamais ne se souciaient des humains ». Il fallait que Meryem apprenne le grec…
La ruine a fini par ressembler à une maison avec son toit plat, son échelle de bois et sa petite cour entourée par un muret à hauteur d’homme. Un temple imposant, celui d’Artémis, se trouvait à faible distance de la nouvelle demeure de Meryem, Sarah et Jean. Dès que les travaux de construction furent achevés, Epiphanès, un ami de Kyrillos, s’est proposé pour montrer le chemin menant au puits, où Meryem a fait connaissance d’une jeune fille nommée Pyrrha, qui chaque jour remplissait ses cruches. Celle-ci connaissait un peu la langue des nouveaux résidents, « à force de vendre des écheveaux de laine sur les places, non loin du port ». Elles se sont liées d’amitié, et c’est à Pyrrha que Meryem doit d’avoir appris le grec en une saison, puis, par la suite, d’avoir approché le Temple d’Artémis. Dès leurs premières rencontres, Pyrrha a demandé à Meryem de lui parler du « Béni »…
Johannès, ainsi que les Ephésiens avaient rapidement appelé Jean, exerçait une forte attraction sur Pyrrha. Meryem a entendu un jour Pyrrha demander à Johannès s’il ne s’était jamais marié, tout en ajoutant : « Moi non plus… ». Meryem avait cependant deviné depuis longtemps que les attirances de Jean allaient plutôt en direction des hommes…
Il semble à Meryem qu’il a fallu 8 ou 9 mois pour envisager faire les premiers pas de témoins en dehors d’Ephèse et de ses environs immédiats…
Meryem a décidé de se rendre, en compagnie de Pyrrha, au sanctuaire d’Artémis (Diane chez les Romains, « la chasseresse »). On disait, a dit Epiphanès, qu’Artémis avait pour frère Apollon et que c’était lui qui conduisait le Char du Soleil… Comme on ne pouvait pénétrer dans le temple, cette visite n’étant possible que quelques jours par an, elles n’ont pu franchir le périmètre du parvis de marbre.
Epiphanès a commencé à parler de Smyrne (avec son grand temple dédié à Zeus) à Jean. Un jour, Meryem a croisé un homme assez grand, avec sur la tête un imposant takrut (un turban)… Environ une semaine plus tard, Jean, Sarah et Meryem avançaient dans la foule, lorsque Meryem revit le même homme au takrut :
« Une scène identique à celle que j’avais vécue plusieurs jours auparavant s’est alors répétée… Quel terrible instant ! Le grand personnage sombre s’est rapproché de moi, le regard planté dans le mien, un regard qui n’en était pas un, d’un noir absolu, dépourvu de la moindre trace d’humanité… J’ai eu la force de ne pas réagir lorsqu’il s’est trouvé à ma portée. J’ai su le regarder sans le voir, sans me laisser piéger par sa noirceur fascinante. Je sentais qu’il espérait que je me retourne, mais je ne l’ai pas fait. La maîtrise de mon trouble devait être plus puissante que tout.
Quelques respirations plus tard, je n’ai pourtant pu me retenir davantage.
– ‘‘L’avez-vous vu ? L’avez-vous vu, cet homme ?’’
– ‘‘Quel homme ?’’, me répondirent simultanément Sarah et Jean. ‘‘De quel homme parles-tu ?’’
– ‘‘Celui au takrut… Celui qui n’a pas de regard…’’
J’avais beau me répéter, préciser et me perdre en interjections, l’un et l’autre n’avaient remarqué personne, et je ne faisais que les inquiéter. (…) » (Meryem)
Une ou deux semaines plus tard, la même rencontre s’est produite alors que Meryem était seule et qu’elle allait gravir un escalier après avoir imposé ses mains sur les plaies infectées d’une vieille femme qui l’avait appelée. Elle vit le même homme aux yeux dénués de blanc, au regard privé de vie et au visage trop lisse, immobile en haut des marches. En gravissant celles-ci, c’est Meryem qui a eu cette fois-ci l’impression de le défier.
« – ‘‘Que veux-tu ?’’, lui ai-je lancé sans réfléchir, mais habitée par une soudaine assurance.
– ‘‘Et toi ?’’
Au timbre presque métallique de sa voix, j’ai immédiatement compris que l’homme n’était pas de ce monde. Etait-ce même un homme ? Je lui ai répondu tout aussi vite…
– ‘‘Je cherche la présence de ce que toi tu ne sais pas que tu cherches…’’
– ‘‘Et qu’est-ce que je cherche ?’’
– ‘‘L’Amour…’’
– ‘‘Mais… qu’est-ce que l’Amour ?’’
– ‘‘Je viens de te le dire… C’est ce que tu ne sais pas que tu cherches… Et c’est la vraie raison pour laquelle tu es venu à ma rencontre.’’
Il m’a semblé que l’obscurité de mon interlocuteur venait de se densifier un peu plus. J’avais mis le doigt sur sa blessure avec un aplomb qui m’avait tout à coup été insufflé par infiniment plus grand que ma personne.
Alors, dans l’instant, j’ai compris qui j’avais en face de moi… C’était sans la moindre hésitation l’un de ces êtres qui, depuis des Temps immémoriaux, s’opposaient à Elohim : un Archonte.
M’avait-il perfidement attirée dans son univers ou avait-il sauté dans le mien pour le brouiller ? Etait-il au moins fait de chair et d’os ? Sans davantage réfléchir qu’auparavant, je lui ai saisi le bras sous le rebord de son manteau. Il était glacé.
– ‘‘Que fais-tu ?’’
Pour la première fois, sa voix trahissait un étonnement.
– ‘‘Je voulais savoir si tu étais vraiment venu jusqu’à moi, si tu étais réel…’’
– ‘‘La réalité ? Elle n’est jamais que cette illusion admise par tous.’’
Ce fut à mon tour d’être surprise. Il disait plutôt juste.
– ‘‘Alors… tu es venu voir comment cela se passe dans notre rêve, n’est-ce pas ? Craindrais-tu que les barreaux de notre prison ne commencent à s’espacer ? Craindrais-tu la mère de Celui qui a entrepris de les dissoudre ? Car, l’espacement, vois-tu, cela ne suffit pas.’’
L’Archonte, qui venait à peine de dégager son bras de la pression de ma main, a descendu l’escalier avec la rigidité qui le caractérisait. Je me suis retournée vers lui et j’ai pointé mon regard sur sa nuque. » (Meryem)
Elle a ajouté qu’il redoutait « le Fils et la Mère, la Main de l’Eternel et l’Eau de la Création », mais qu’il faisait erreur ; « nous ne sommes pas des justiciers ».
« Le Béni et moi sommes des Consolateurs et des Rassembleurs. » (Meryem)
Elle s’est demandé ce qui l’avait poussée à évoquer la Main et l’Eau :
« Une part de moi était en train de déchiffrer les signes couchés sur une multitude de rouleaux et de livres de palmes. Alexandrie et sa bibliothèque ? Les lettres de la Main et de l’Eau, le Yod et le Mem – que tout à coup je connaissais – imprégnaient mes yeux du dedans… Unis l’un à l’autre, ils exprimaient la Signature du Plan, Celle dont ne voulait pas l’Ordre des Archontes.
La présence dénuée de regard s’est alors retournée dans ma direction tout en rabattant vivement sur elle l’un des pans de son manteau comme par souci de protection.
– ‘‘Vous rassemblez, dis-tu… C’est étrange… Je vois votre descendance prise dans des guerres et des guerres… Oh… prends garde… déjà je viens de semer le doute…’’ (…) » (Meryem)
Il a fait volte-face et a disparu derrière l’angle du mur.
A Ephèse, un petit noyau de véritables disciples s’est constitué. Meryem, Sarah, Jean et Epiphanès sont partis pour Smyrne. Un homme se proposa de les héberger moyennant « une petite pièce de monnaie ou deux », ce que Jean a accepté.
« La maison de celui qui allait devenir notre hôte d’un soir était à son image… très humble et exigüe. Akléos – c’était son nom – y vivait seul et donnait l’impression d’être résigné à sa condition, un état apparemment décidé par ‘‘les dieux’’ qui se moquaient bien de lui.
Je me souviens avoir entendu Jean lui demander le pourquoi de cette divine indifférence. Akléos en a été tout étonné… Il ne s’était jamais posé la question. C’était ainsi… tout comme le fait qu’il n’ait jamais trouvé une femme qui veuille bien de lui. Il paraissait ne pas en être affecté, mais j’avais compris depuis longtemps que la résignation était loin d’être un dépassement de la peine ou de la souffrance. Je la savais tel un ‘‘poids-mort’’ que l’on peut se léguer à soi-même d’une existence à l’autre et qui obture toute ouverture à l’espoir d’une vraie vie. » (Meryem)
Epiphanès (qui voulait donner à manger et à boire à son âne) et Sarah s’étant absentés, ils ne furent toujours pas de retour le crépuscule installé. Jean et Meryem étant allés à leur recherche, ils ont aperçu dans la pénombre deux silhouettes, celles d’un homme semblant soutenir une femme, lesquels s’avérèrent être Epiphanès et Sarah.
« Sarah boitillait et avait une partie de sa robe déchirée. Quant à Epiphanès, une balafre sanguinolente lui barrait la joue gauche. Nous nous sommes jetés sur eux. Qu’avait-il pu se passer ? Le souffle coupé, l’un et l’autre se montrèrent incapables de nous répondre avant que nous n’ayons rejoint Akléos dans sa maison. Bien sûr, ils avaient été agressés, mais, selon Epiphanès, c’était surtout à Sarah qu’ils avaient voulu s’en prendre. » (Meryem)
Le « ils » correspondait à deux hommes et à un troisième, derrière eux, qui ne faisait que regarder. L’un voulait souiller Sarah, et l’autre espérait maîtriser Epiphanès. Ce dernier avait pu saisir le bâton accroché au flanc de son âne et avait eu le dessus, mais l’animal a été volé par les deux hommes en déroute. Quant au troisième homme, a dit Sarah, il ne s’est jamais approché, mais, a-t-elle ajouté, « il était étrange avec son énorme turban sur la tête ».
Un peu avant l’aube, Meryem s’est réveillée :
« L’image de l’homme au takrut occupait toutes mes pensées. Ainsi, il venait de réapparaître, et l’agression subie par Sarah ne faisait que concrétiser les craintes éprouvées quelques semaines auparavant. Pour m’atteindre dans ma paix intérieure et ma Joie aimante, s’attaquer à ma fille était le plus court chemin. » (Meryem)
Celui qui hébergeait Meryem et les autres, choqué par ce qui s’était produit, a proposé à ceux-ci de demeurer chez lui pendant plusieurs jours.
Voyant la boiterie encore visible de Sarah et la balafre d’Epiphanès, quelqu’un a indiqué en contrebas de l’agora un endroit où on accueillait les malades et les blessés. Il s’agissait d’une sorte de bethsaïd mis sous la protection d’un certain Esclapios (il s’agit d’Esculape), « un thérapeute du temps jadis élevé au rang de divinité ».
Un soir, Meryem a décidé d’évoquer ses rencontres avec « l’homme sans regard », et Jean, Sarah et Epiphanès furent médusés…
Le lendemain, sur la plage, Meryem s’est assise au creux d’une très vieille barque hors d’usage. A un moment donné, elle n’a plus entendu le chant lancinant de la mer et elle a aperçu une sorte de brume enveloppante, puis la brume s’est déchirée. S’est ensuivi un dialogue avec « Celui qu’on ne nomme pas », Ialdabaôth, l’Usurpateur, le Prince des Archontes, ce dernier correspondant, écrit Daniel Meurois en note, au Démiurge, selon les Gnostiques et les « Parfaits » Cathares.
Puis ce fut le retour à Ephèse. Pyrrha fondit en larmes en retrouvant son Johannès.
Sarah a dit qu’elle irait vivre chez Pyrrha ou que cette dernière viendrait chez elle :
« Elle tissera ses écheveaux et moi je tresserai mes paniers. Nous nous entendons bien et elle veut toujours en savoir plus sur le Béni… Alors, je pourrai lui parler de mon frère, et davantage de monde encore viendra nous écouter sur le marché .» (Sarah)
Avant d’aller à Pergame, les voyageurs passèrent par Smyrne, et ils revirent Akléos, lequel avait enfin pu se mettre en couple avec une femme ayant des enfants. Ils ont logé chez « le nouvel Akléos », son épouse leur ayant fait cadeau d’un âne. Puis ils ont poursuivi leur voyage jusqu’à Pergame.
Meryem dit qu’elle n’a pas compté le nombre de fois où ils ont fait le voyage d’Ephèse à Smyrne, puis de Smyrne à Pergame. Très vite, Epiphanes a préféré ne pas aller plus loin que Smyrne, et, depuis sa blessure, Sarah n’était plus très bonne marcheuse. Et Meryem n’a finalement plus bougé d’Ephèse.
Il y eut des apparitions de plus en plus fréquentes, au cours du sommeil, du visage de Jeshua. Une nuit, Jean est venu pour demander à Meryem si Jeshua était aussi venu lui parler, et il a ajouté qu’il lui avait demandé de mener Meryem et Sarah jusqu’à lui, à Tyr. Meryem avait aussi entendu son fils. Meryem savait que Tyr était un port important contrôlé par les Romains, non loin de Damas. Meryem a ajouté que son fils partait vers l’est, vers le Pays des Hautes Cimes et qu’il lui proposait, ainsi qu’à Sarah, d’être du voyage. Quelques jours plus tard, quelqu’un a évoqué le prochain départ d’un petit navire de commerce pour Tyr, et Epiphanès a alors mentionné le petit pécule qu’Akléos et son épouse avaient discrètement glissé dans une poche de la selle de l’âne qu’ils avaient offert.
Les nuits qui ont précédé le départ, le visage de l’oncle Yussaf a fait irruption dans leurs sommeil. Puis il y eut les silhouettes de Thomas accompagné d’une femme qui marchaient vers Meryem.
L’adieu le plus douloureux fut pour Meryem celui qui poussa Pyrrha en larmes dans ses bras :
« Mon âme avait ‘‘reçu un appel’’… c’était tout ce que je pouvais lui dire… Un argument bien léger pour le poids qu’il imposait au coeur… J’avais beau lui promettre que Johannès reviendrait et qu’il vivrait là, près d’elle et parmi eux, cela ne suffisait pas.
‘‘Tu sais’’, lui ai-je finalement confié, ‘‘plus souvent que tu ne peux l’imaginer, il m’arrive de voyager avec mon âme. Alors, si je viens dans tes nuits, ne me confonds pas avec tes rêves.’’
Et l’Eternel est témoin que ce n’était pas de simples paroles de consolation et que j’avais la ferme intention de ne pas laisser orpheline de coeur ma fille éphésienne. » (Meryem)
Le jour du départ, Epiphanès, qui était le seul présent, s’est retourné au moment où un homme a dénoué les amarres qui maintenaient le bateau à quai. C’est la dernière image que Meryem a gardé de lui et de son dos fatigué. Sarah, qui pleurait, s’accrochait à Jean… (28)
Tyr
La traversée a duré quelques jours, puis Meryem a aperçu les fortifications du port de Tyr.
En marchant seule parmi les étals de poissons, de légumes, de grains et d’épices, Meryem est soudainement tombée en arrêt devant un couple et son âne. Il s’agissait de Thomas et de Maryam de Béthanie !
Le surlendemain, une silhouette de grande taille s’est profilée sous le porche marquant l’entrée du port. C’était Jeshua. Son visage était plus émacié qu’autrefois. Thomas, son frère, avait perdu une part de sa ressemblance avec lui, une profonde ride lui barrant le front. Sarah, Jean et Maryam étaient aussi présents… Jeshua les a emmenés dans un bethsaïd à la sortie de Tyr, sur la route conduisant à Damas.
Thomas a demandé à son frère pourquoi il s’est laissé arrêter, torturer et porter sur l’infâme poteau ans réagir. Il suffisait, a-t-il dit, d’un prodige, d’un seul miracle face à Pilate ou au Sanhédrin et ultimement face à ses bourreaux, et, s’il fallait qu’il passe par le supplice, pourquoi ne pas s’être révélé à tous dès le lendemain ?
« On dirait que le Divin s’est caché après s’être servi de toi jusqu’à ce que ton corps soit exsangue ! » (Thomas)
Jeshua lui a notamment dit que ses rendez-vous avec les bonheurs comme avec l’Adversité, il les a la plupart du temps découverts les uns après les autres, parfois « soutenus par la main tendue d’Elohim »…
Jeshua a dit que si le Béni avait déployé toute sa puissance à travers lui afin de tout éviter, l’humanité entière aurait vite oublié sa Parole…
Jeshua a dit à Jean qu’il reprendrait, le lendemain, la mer pour Ephèse, et que c’était par là-bas que la pleine Mémoire lui reviendrait, et plus encore.
Afin de célébrer l’union de Thomas et de Maryam, un minuscule sanctuaire s’est rapidement improvisé sous la tonnelle : un peu de cendres, une poignée de cailloux pour en délimiter l’espace. Meryem a tendu, avec l’aide de Sarah, son grand voile bleu au-dessus de la tête des époux. Jean a été chargé d’y déverser de l’eau en abondance et Jeshua a égrené quelques paroles.
A l’aube, Jean est parti « sitôt après que le Béni lui eût posé une main sur l’épaule et glissé deux ou trois mots ». Meryem et Jean savaient que leur histoire commune s’arrêtait là pour cette vie. Meryem a rejoint Cadma, la belle et robuste ânesse qui les accompagnait.
« Combien en avais-je connu et aimé d’ânes, d’ânesses ou de mulets dans cette vie ? Combien avais-je dû en ‘‘abandonner’’ aussi pour continuer autrement mon chemin ? C’était difficile à dire, mais suffisamment pour avoir mesuré l’ampleur du savoir de leur espèce. Une véritable connaissance qui s’étendait sans doute sur des millénaires et des millénaires de service à notre propre espèce. Un esclavage consenti depuis la Nuit des Temps terrestres ? Dans tous les cas, une des énigmes de l’amour animal et un des révélateurs de la cruelle immaturité du peuple des hommes. » (Meryem)
Le front de Cadma et celui de Meryem se sont rencontrés fort longtemps jusqu’à ce que Thomas estime que le moment était venu de sceller son ânesse. Thomas ayant dit à sa mère que cette dernière allait être pour elle, Meryem a répondu que Sarah marchait difficilement depuis qu’elle avait été blessée à la cheville quelque part en Grèce, et que c’était donc elle qui allait avoir besoin de Cadma. Jeshua, qui avait ignoré le problème de Sarah, a demandé à celle-ci de lui confier son pied et de dégager son genou.
« D’une main, Jeshua avait déjà saisi la cheville blessée de Sarah, cependant qu’il glissait délicatement l’autre sous le creux de sa jambe. Je l’ai entendu prendre une longue inspiration, et aussitôt, de là où j’étais, j’ai vu un arc de lumière cristalline circuler lentement entre ses deux mains. Je l’avais si souvent vue à l’oeuvre, cette lumière ! » (Meryem)
Jeshua a dit à Sarah de se relever, que l’Eternel les a entendus, que sa cheville était guérie.
Ils sont ensuite partis, la route menant directement à Damas n’étant plus qu’à quelques enjambées. (29)
Damas
Meryem a dû céder aux invitations répétées de ses deux fils pour s’asseoir entre deux besaces sur le dos de Cadma, car l’âge « grignotait » ses forces. La peau de ses mains s’était peu à peu couverte de petites taches légèrement brunes, des marques inexorables de la vieillesse qui s’installait. Loin dans sa mémoire, elles ont ressuscité celles de sa mère, Hannah, qui l’avaient alors émue…
« De la même façon, je n’avais pas voulu écouter Jeshua lorsqu’avant le départ de Jean il m’avait ultimement demandé si je souhaitais vraiment l’accompagner dans l’interminable voyage qu’il projetait.
Tandis que nous avancions vers Damas, ses derniers mots et ma réponse à sa question sont revenus me visiter à plusieurs reprises…
– ‘‘Si tu viens… tu sais ce que cela peut signifier, Meryem…’’
– ‘‘Oui, je le sais… mais si c’est ainsi, tu auras été là jusqu’au dernier moment, et je ne peux rien souhaiter de plus beau.’’ » (Meryem)
Damas n’était qu’une fournaise et il était hors de question d’y séjourner. Jeshua a dirigé les voyageurs jusqu’à un immense caravansérail. A peine arrivés, Jeshua et Thomas ont laissé Meryem et Sarah et sont partis à la recherche d’une caravane. Un arrangement fut trouvé avec un homme, ce que Meryem a compris en voyant dans la soirée ses deux fils revenir, un large sourire au visage. Une très modeste caravane allait partir le lendemain à destination d’une ville nommée Shushan. (Daniel Meurois précise, en note, que Shushan correspond vraisemblablement à l’actuelle ville de Shush, une des plus vieilles cités de l’Iran actuel, dans la province du Khuzestan.)
Meryem a été réveillée au milieu de la nuit par un frôlement sur sa joue, et elle a discerné la silhouette d’un grand chat blanc. Elle l’a suivi et ils se sont rencontrés au pied d’un palmier. Il y eut des caresses mutuelles et des ronronnements. Elle s’est adossée au tronc de l’arbre tandis que le chat « ne cessait de réclamer tendrement les mouvements » de sa main. Jeshua les a discrètement rejoints.
« – ‘‘Tu ne dors plus, mère ?’’
– ‘‘Je prie… enfin… je caresse un chat comme tu le vois…’’
– ‘‘Oh… c’est la même chose, tu sais. Une caresse est une prière que l’on ignore généralement, qu’on la donne ou qu’on la reçoive. Parfois, je caresse une abeille sur une fleur et elle se laisse faire car elle comprend que c’est au Soleil que je m’adresse à travers elle. Je crois l’avoir répété des milliers de fois depuis mon enfance, mais c’est trop simple pour être compris. On réclame toujours des volutes de résines odorantes, des plafonds qui cachent le ciel, des grands gestes et des paroles dont on saisit à peine le sens.
Regarde ce chat qui est venu te chercher… C’est un maître en l’art de vider les têtes de leur superflu. (…) » (Jeshua)
Au réveil, Meryem vit une très petite caravane qui s’approchait. Leurs guides étaient des bédouins, leur chef se nommant Bashim. Ce dernier avait remarqué les cicatrices aux poignets de Jeshua, et selon lui il avait dû être cloué quelque part par les Romains. Etait-il alors un de ces révolutionnaires Zélotes qui s’enfuyait avec sa famille , et venaient-ils de Jérusalem ?
« J’ai vu mon fils lui répondre par des sourires susceptibles d’être interprétés comme on le voulait, puis par des ‘‘en quelque sorte’’ tout aussi flous.
Bashim n’a pas insisté davantage, reconnaissant qu’après tout cela lui était égal, et soulignant le fait que cela valait bien les quelques pièces de leur accord, car il y avait le risque encouru et que, des Romains, nous en croiserions encore longtemps. » (Meryem)
Lors d’une halte dans une rare et jolie oasis (la dernière avant Shushan, avait précisé Bashim), Meryem a voulu parler à Jeshua du cadeau de Melkisédek, puis du « Prince de l’Obscur » dont « le masque ou l’émanation » avait cru « bon » de se manifester à elle.
« – ‘‘L’Ordre de Melkisédek… te souviens-tu, Jeshua ? Tu t’es rapproché de son Île lorsque tu t’es rendu au Pays des Hautes Cimes dans ta jeunesse… Chimbolom… Es-ce pour cela que tu tiens tant à y retourner ? Parce que c’est la terre de ton âme en ce monde… Est-ce que je me trompe ?’’
– ‘‘Non… Tu ne te trompes pas. Parfois j’y suis attiré en esprit et j’y retrouve alors un bref instant mes Frères, ceux du Plan, ceux qui m’appellent par un autre nom.’’
– ‘‘Et tes Soeurs de là-bas n’y sont pas ? Pas même une en particulier ?’’
Jeshua a posé une main sur mon épaule et, d’un mouvement taquin du pied, il a projeté un peu d’eau sur le bas de ma robe.
– ‘‘Toutes mes Soeurs s’y trouvent aussi et tout spécialement Une, bien sûr ! Pour se montrer au grand jour, tu le sais bien, elles attendent leur juste temps sur la Grande Roue cosmique. » (Meryem)
Jeshua ayant dit à Meryem, à propos de Melkisédek, que ce dernier l’a (« n’est-ce pas ? ») personnellement touchée par sa grâce, Meryem a dit qu’elle ne savait pas comment lui répondre au mieux… Jeshua a dit qu’il avait bien vu « la robe de sacralité » dont Melkisédek l’a revêtue. Meryem ayant vivement agité un pied dans l’eau pour asperger le bas des jambes de son fils, elle a perçu une lumière irisée et crépitante qui paraissait tisser Jeshua d’une robe semblable à celle qu’il avait jadis portée « et qui jamais ne voulait se souiller ». Meryem s’est redressée et a brusquement fait quelques pas de côté. Jeshua a alors dit qu’en prononçant le nom du Roi de Justice, elle a appelé « un parfum de Soleil » et que, dans son esprit à lui, il n’a plus eu qu’à lui donner la forme d’une robe…
Meryem n’a alors pas osé évoquer sa rencontre avec le « Prince de l’Obscur », car, dans le cas contraire, cela aurait été une incongruité, « une insulte à la Vie ».
Hormis les enfants de Meryem, nul n’a remarqué, semble-t-il, le nouveau vêtement de lin de Jeshua.
Jeshua a dit qu’il avait aimé, lorsqu’il a entendu ses amis prier, que le nom de Kirisha soit prononcé avec tant de respect. « Tu connais Kirisha ? », a alors demandé Bashim. Jeshua a ajouté qu’il savait que Kirisha portait, plus loin vers l’est, d’autres noms : Isthar, Anahita, et qu’on l’appelle chez eux, dans les collines d’où ils venaient, Lune-Soleil ou encore l’Etoile. Aux yeux de Bashim et des siens, Jeshua était devenu une sorte de prêtre à saluer comme il se devait « et dont la nouvelle robe, finalement découverte, accentuait la dignité ».
Les voyageurs arrivèrent finalement à Shushan. Ils arrivèrent dans un campement à proximité d’un immense marché.
« La fatigue minait toujours davantage mon corps au point où j’avais de plus en plus de difficulté à la cacher. Une douleur s’installait peu à peu au centre de ma poitrine…
Je n’en avais pas peur mais, quelle que fût mon attitude, Jeshua devinait tout rien qu’en croisant mon regard. Alors, de la tête, je lui faisais signe que non, qu’il n’était pas nécessaire qu’il pose sa main sur moi comme pour arrêter les effets des seize années d’avance que mon corps avait sur le sien. Seize… c’était peu, mais il y a parfois des ‘‘peu’’ qui impliquent des ‘‘beaucoup’’.
En quittant Shushan, je lui ai dit sereinement : ‘‘Tu sais comme moi que la vieillesse n’est pas une maladie…’’ » (Meryem)
Bashim et ses compagnons avaient finalement décidé de poursuivre leur route jusqu’à Hafsamané. A l’aube du quatrième jour, les voyageurs ont levé leur semblant de campement . Ils arrivèrent à Hafsamané où ils sont restés, croit-elle, une semaine, jusqu’à ce que Bashim et sa caravane vinrent leur faire tristement les adieux. Thomas a déclaré qu’il les verrait facilement vivre à Hafsamané, où il trouverait un travail. Jeshua a acquiescé. Mais Meryem a voulu continuer, Jeshua ayant demandé : « En es-tu bien certaine ? », et le soir-même ils ont trouvé de nouveaux compagnons de voyage, ceux-ci étant de très pauvres gens, avancés en âge, « et dont les animaux également avouaient une certaine ‘‘usure’’ ».
Le lendemain, ils sont partis pour Sadr Svah, la « ville aux cent portes », celle de Sikander, dont Jeshua avait dit que le sang y avait beaucoup coulé autrefois. (Sikander correspond à Alexandre le Grand.) Ils ont dû supporter la vue de ses remparts en ruines durant une dizaine de jours, « faute de trouver une nouvelle caravane en direction de Bal Baktr ».
« Ce fut alors une autre harassante traversée du désert dans le sillage de quelques familles qui vivaient du commerce des tissus et des tapis… Une traversée qui aurait été un défi impossible à relever pour moi si Jeshua ne m’avait pas trouvé une place sur un charriot, me permettant ainsi de m’allonger.
Il y avait longtemps dans mon coeur qu’il ne m’avait pas appelé ‘‘mère’’ ; cela datait de cette fameuse nuit où nous nous étions confiés comme jamais l’un à l’autre… Mais là, dans notre avance cahotante, ce que j’ai ressenti comme étant une ‘‘infinie secousse de tendresse’’ a fait à nouveau de lui mon fils…
‘‘Non, mère, vieillir n’est pas une maladie… Par contre, ce qui en est une, c’est de ne pas oser exprimer les mots de l’Amour. Et toi, je te le dis, chacun de tes regards prononce les plus beaux d’entre eux avant même que tes lèvres n’aient à les traduire. Alors, plus que toujours et surtout si ton âme décide de nous quitter, je te l’affirme de tout mon être : je t’Aime…’’ » (Meryem)
Un matin, Meryem a aperçu, alors qu’elle était à demi-allongée dans le charriot, une petite présence bleutée « d’une stupéfiante majesté », qui se tenait, sur ses quatre pattes, près d’un arbre sec. C’était un « esprit animal », ce qu’elle savait intuitivement. Elle lui a lancé une sorte de sifflement très aigu, et, presque aussitôt, la forme a disparu. Le lendemain matin, 5 ou 6 petits cervidés se sont profilés à une assez faible distance des voyageurs, sautillant à la file l’un de l’autre, en parallèle avec le cortège de ceux-ci. Meryem a alors émis le même petit sifflement que la veille, et le troupeau s’est alors considérablement rapproché en faisant allègrement des bonds avant de disparaître dans un nuage de poussière, pour ensuite réapparaître en beaucoup plus grand nombre le soir-même.
« Le lendemain, les cervidés avaient laissé place à des lièvres. Thomas en a compté plus d’une centaine qui s’approchaient à quelques pas de nous, forçant la caravane à s’arrêter un instant. Plus personne n’osait faire un geste… C’était presque irréel. Il n’y eut guère que les grognements de l’un de nos dromadaires pour faire s’éparpiller tranquillement la troupe. » (Meryem)
L’homme qui tenait par la bride le mulet de l’attelage de Meryem s’est avancé pour embrasser les mains de celle-ci en murmurant « Anahita… Anahita… »…
Meryem a vécu le reste du voyage dans un demi-sommeil dont elle sortait à chaque fois avec une incroyable lucidité d’esprit, mais aussi une douleur lancinante à la poitrine.
« Parfois, Jeshua réussissait à me faire y accepter une légère imposition de sa main tout en plongeant son regard dans le mien. Je ne voulais rien de plus. » (Meryem) (30)
La mort de Meryem
Les voyageurs sont ensuite arrivés à Merwé, l’étape avant Bal Baktr, la bourgade étant nichée au coeur d’une splendide oasis. En elle-même, Meryem s’est dit : « Oh, mais quel bel endroit pour s’envoler… ».
Daniel Meurois précise, en note, qu’étonnamment, Merwé correspond aujourd’hui à la ville de Mary – ou Marre – au Turkménistan.
« On y trouverait une antique tombe protégée par des barbelés… On dit aussi que ce serait celle de la mère d’Issa, le Rassembleur. » (D. Meurois)
Meryem s’est allongée dans un espace inoccupé au pied de quelques pans de murs, « sous l’oeil particulièrement soucieux de Sarah dont on aurait pu croire qu’elle était un peu fâchée ».
« – ‘‘Est-ce la mort que tu cherches depuis si longtemps, mère ?’’
– Ne dis pas cela, ma Sarah, je ne la cherche pas, je sais seulement la reconnaître quand elle s’approche avec justesse et raison… Et puis, la mort… tu n’ignores pas ce que j’en pense, ni comment Jeshua la regarde aussi…’’
– ‘‘C’est la même chose pour moi, mère, et j’ai bien compris que nous avons franchi son seuil dans les deux sens des milliers de fois, mais… Il y a quelque chose dans mon corps qui se rebelle, qui ne veut pas l’admettre et qui me panique. J’aurais presque besoin que tu me promettes de ne jamais partir. C’est absurde, mais c’est ainsi. Une pulsion animale…’’
– ‘‘Animale ? J’ai utilisé ce mot-là également autrefois. C’était une erreur… Les animaux souffrent, mais je peux te dire qu’ils ne craignent pas la mort, parce que leur âme a le sens du voyage. Je crois que je leur ai toujours un peu ressemblé parce que ces voyages-là se vivent sans routes ni pistes.’’ » (Meryem)
Un homme nommé Tazmuz (dont la tête était ceinte d’un turban orangé), qui s’est manifesté dès le lendemain de l’arrivée des voyageurs, n’a pas manqué de remarquer l’extrême faiblesse de Meryem. Lorsqu’il est revenu un ou deux jours plus tard, il avait le visage tourmenté : sa mère, fort âgée, avait les jambes ulcérées, elle souffrait beaucoup et ne pouvait plus marcher. Il a dit qu’il allait chercher un prêtre-thérapeute et a demandé à Meryem si elle voulait qu’il vienne aussi pour elle, ce à quoi elle a répondu que cela n’était pas nécessaire, que ses « yeux de l’intérieur » voyaient clair… Jeshua, qui se trouvait à deux pas de là, avait tout capté et a demandé à l’homme le nom de sa mère. Celui-ci a répondu : Tysdrah. Jeshua a dit : « Tu dis que ce sont ses jambes ? Donne-moi ta main… »
« Je n’ai pas eu la force de tourner la tête sur le côté, mais j’ai perçu la respiration de mon fils qui changeait de rythme, ainsi que cela se passait souvent lorsqu’il appelait le Souffle.
– ‘‘Retourne chez toi maintenant, mon frère… Ton amour envers ta mère a été entendu.’’
– ‘‘Mais…’’
Le ton de Jeshua s’était fait tellement persuasif que le jeune homme a immédiatement obéi sans rien demander de plus.
De mon côté, j’avais compris… L’onde de guérison qu’avait émise mon fils était à l’oeuvre… Je ne comptais pas les fois où je l’avais vu agir ainsi, à distance, et peu importait que ceux qui souffraient aient été dubitatifs. » (Meryem)
Un peu plus tard, Tazmuz est réapparu avec sa mère, qu’il soutenait certes, mais qui réussissait parfaitement à marcher et ne ressentait plus la moindre douleur.
« Quelques hommes et femmes des alentours les accompagnaient, bouches bées avant que de se répandre en un déferlement émotionnel. Inévitablement, celui-ci s’est reporté sur moi… Qui était cette femme ayant enfanté d’un tel homme ? Fallait-il les laisser m’embrasser les pieds en les couvrant de leurs larmes ? Peu de temps auparavant encore, j’en aurais eu honte, mais là… je n’en avais plus la volonté ni la force. C’était ainsi…
Je me souviens avoir aussitôt entrevu ce qui ne tarderait pas à se passer… La nouvelle de la guérison miraculeuse de la vieille Tysdrah allait circuler plus vite que tout à travers les ruelles et les places de Merwé et Jeshua n’en finirait pas d’y soigner celles et ceux dont l’heure de la guérison était venue…
– ‘‘Je sais ce que tu penses, mère, et je n’ai pas l’intention de le faire. C’est auprès de toi que je veux demeurer.’’
– ‘‘Tu vas faire ce que tu dois faire, mon fils, c’est une demande d’Awoun à travers moi. Ma conscience se déploie et tout m’apparaît tellement clair… Non loin d’ici, il y en a qui t’attendent en secret parce que c’est l’heure que tu changes leur vie. Quant à la mienne, tu le vois bien, elle se métamorphose toute seule. Je sors de ma chrysalide… Ma flamme sait comment retourner au Feu…
Entre mes paupières à demi fermées, j’ai vu Jeshua incliner la tête. » (Meryem)
Dès le lendemain, un homme s’est présenté, suivi d’un autre qui allait traduire ses mots. Sa fille était malade d’on ne savait quoi et l’un de ses amis crachait du sang… « Va, mon fils… », a simplement dit Meryem, « en plaçant un sourire » dans sa voix.
De nombreuses personnes se sont présentées pour offrir à Meryem des présents à hauteur de leurs modestes moyens : plats de fèves, dates, fromages, tubercules inconnus des voyageurs.
« Parfois, j’entendais murmurer le nom d’Anahita et je m’abandonnais alors au sommeil, bercée par sa sonorité.
Malgré les douloureux sursauts de mon coeur qui montaient sans prévenir jusqu’à ma gorge, ce furent pour moi des journées bénies parce qu’émaillées par les plus belles images de mon chemin sur cette Terre et sous ses cieux. Des visages me revenaient plutôt que des situations. Certains d’entre eux me donnaient même l’impression de se pencher sur moi… Mais étaient-ce des impressions ?
Quel bonheur de retrouver celui de la vieille Kalikayam de mon enfance ? Il me semblait avoir rajeuni et faisait remonter en moi notre histoire commune… Quelques années trop brutalement interrompues. Et puis il y avait mon Aimé, Yussaf, dont le regard me soulevait presque hors de mon corps comme pour me dire ‘‘Viens… Viens’’. Bien sûr, Hannah et Yohachim étaient là, attentifs et graves, ainsi qu’ils l’avaient si souvent été. Enfin… quelques autres présences dont les noms ne me revenaient pas, mais dont j’avais peut-être représenté la planche de salut à un moment de leur vie… et qui s’en souvenaient… A moins qu’ils ne m’aient attendue depuis un autre temps.
Il y eut aussi une nuit différente des autres… Celle où j’ai craint de voir apparaître les traits touchants de Jude penché à son tour sur moi. Depuis notre éparpillement, je n’avais plus jamais eu de nouvelles de cet autre fils qui m’avait tant émue sur les bords de notre lac… Son visage ne s’est cependant jamais présenté… Devais-je comprendre qu’il était encore de ce monde, quelque part ?
Quant à l’image de ma fusion intérieure avec Isis et son enfant ailé, elle me poursuivait sans relâche entre deux vagues de sommeil. Je m’y retrouvais, elle me soutenait en me confirmant ce que j’avais toujours exigé de moi : la dignité d’être la Mère universelle… » (Meryem)
Lorsque Jeshua était absent, Sarah, Maryam et Thomas ne quittaient pas Meryem et prenaient soin d’elle « comme d’une petite fille à peine née ».
« J’ai souvenir qu’il m’est arrivé de tracer dans la poussière avec l’un de mes doigts le dessin d’un serpent qui se mordait la queue, ce symbole qui enseignait que mourir et naître demandaient le même effort et s’appelaient mutuellement. Ont-ils compris à ce moment-là ce que je cherchais à leur rappeler ?
C’était peu avant ce jour où je leur avais demandé de m’adosser à un palmier, la tête bloquée par un tissu roulé sur lui-même. J’aimais cette position, j’y respirais mieux.
Cela n’a toutefois pas duré… J’ai tout-à-coup été transpercée par une douleur fulgurante. Etait-ce tout ? Etait-ce réellement fini ? J’ai perdu conscience… Mes paupières ont néanmoins décidé de se rouvrir… mais seulement mes paupières car je ne voyais plus rien. Tout était recouvert d’un voile opaque… Où était la Lumière ? Mon âme ne s’était donc pas encore envolée ? » (Meryem)
Meryem a bientôt senti la pression d’une main sur la sienne :
« Jeshua ? C’est toi ? Je ne vois plus rien… C’est le moment, n’est-ce pas ? tu sais, cette nuit j’ai vu… »
« Je crois que ce furent mes derniers mots. Ma langue s’est engourdie et un très léger tourbillon m’a aspirée. Je flottais au-dessus de mon corps et je contemplais ma tête qui reposait sur l’une des épaules de mon fils. Je revivais, j’avais emporté ma douceur avec moi et ne voulais que la redistribuer au centuple.
Un instant, je me suis confondue avec les grands rameaux du palmier contre lequel mon corps reposait. Une caresse… puis je suis redescendue, tel un papillon qui cherche une fleur pour s’y poser… Cette fleur, je l’ai trouvée dans les yeux émeraude de Jeshua d’où perlait une rosée qui glissait lentement sur ses joues pour se perdre dans sa barbe. J’ai eu la sensation de goûter à son sel, puis à nouveau j’ai été aspirée vers le haut, juste assez pour apercevoir Sarah secouée par des sanglots à mes pieds.
‘‘Mais non… non… ai-je alors voulu m’écrier, ne pleurez pas ainsi… Je n’ai plus mal, c’est doux, je respire, c’est le Vivant…’’
Il n’y avait évidemment pas de mots pour sortir de ma bouche… Je n’ai pu que faire pleuvoir toute ma tendresse sur mes enfants !
J’ai alors vu Jeshua me tirer délicatement vers lui et m’allonger sur le sol avant d’étendre son grand voile de lin sur mon corps. ‘‘Voilà… Voilà…’’ ai-je encore murmuré sur le fil de mon âme, comme par réflexe. ‘‘Oui, voilà…’’.
Durant toute la nuit, il est resté assis près de moi, à me parler dans son espace intérieur… Debout face à ma forme étendue sous son voile, je l’ai écouté. Conformément à la tradition de notre peuple, il a évoqué les moments les plus puissants de ma vie, ceux qu’il connaissait, ceux qu’il avait manqués comme ceux que nous avions partagés. Pas toujours les plus faciles ni les plus beaux, mais ceux qui avaient donné à ma vie tout son sens et sa nécessité. Chez nous, on disait que cela ouvrait plus grand notre Portail vers le Soleil. » (Meryem)
A l’aube, Meryem a tout à coup perçu le corps luminescent de son âme. Elle sortait définitivement du rêve de sa vie.
« Dès lors, pourquoi aurais-je attendu le jour de l’ensevelissement de mon vêtement usé ? Mon fils l’a compris, lui qui s’est allongé sur le sol pour m’escorter dans mon ascension à travers le Lait des Etoiles…
Ivres de Paix, nous nous sommes donc laissés emporter et embrasser par la spirale des Créations jusqu’à l’éblouissement et jusqu’à ce qu’enfin je me retrouve seule mais démultipliée dans cet Infini qui était ma demeure.
Oui, je me souviens… C’est là, exactement là, au-delà de tout, que j’ai renouvelé ma promesse de revenir et d’être à jamais Votre Dame du Feu. » (Meryem) (31)
Alain Moreau
Références :
- Daniel Meurois, « Sous le voile de Meryem », éditions Le Passe-Monde, 2024, p. 64-69.
- Ibid., p. 74-78.
- Ibid., p. 79-84, 87, 90-92.
- Ibid., p. 93-96.
- Ibid., p. 134-135.
- Ibid., p. 113-114.
- Ibid., 117-118, 127-128, 146, 150-151, 165-167, 169-179, 182-183, 189-191, 197-198.
- Ibid., p. 128-133, 151.
- Ibid., p. 151, 153, 155-158, 160-163.
- Ibid., p. 139-141, 143.
- Ibid., p. 144-145,
- Ibid., p. 186-187.
- Ibid., p. 199-201.
- Ibid., p. 202.
- Ibid., p. 135-136, 151, 201-204, 209-213, 255, 259.
- Ibid., p. 214-217, 220-221, 224-226, 229-234, 236-237, 239-241, 243, 245-250, 254, 257-261.
- Ibid., p. 262-265.
- Ibid., p. 267.
- Ibid., p. 268-282, 284-285.
- Ibid., p. 286.
- Ibid., p. 287-295.
- Ibid., p. 296-305.
- Ibid., p. 305-308.
- Ibid., p. 312-317.
- Ibid., p. 318-319.
- Ibid., p. 320-336, 338-343.
- Ibid., p. 345-358.
- Ibid., p. 359, 361, 365-373, 375-376, 378-386, 389, 391-394, 396, 398-403, 405-410.
- Ibid., p. 411-413, 415-420, 423-427.
- Ibid., p. 429-434, 436-444.
- Ibid., p. 444-451.




