
| Note : Les photos intégrées dans ce texte, qui représentent les protagonistes de cette expérience de contact médiumnique, sont extraites de la page Facebook de Stéphane Allix et ont été prises par le photographe Mikael Lafontan |
L’histoire tragique d’Aurélie

En octobre 2010, le corps d’une jeune femme prénommée Aurélie et celui de son mari sont retrouvés sans vie à leur domicile. L’enquête policière a rapidement conclu à un féminicide, suivi du suicide du conjoint.
Quinze ans plus tard, en 2025, Stéphane Allix a décidé de soumettre une simple photo d’Aurélie à plusieurs médiums, à un voyant et à un mentaliste. Le voyant est Alexis Tournier (que j’avais vu dans l’une des 5 émissions de la série documentaire Dossiers surnaturels diffusée en 2015 sur la chaîne télévisée Numéro 25) et le mentaliste est Fabien Olicard (vu aussi dans Dossiers surnaturels). Les médiums, quant à eux, sont : Dominique Vallée, Christelle Dubois, la jeune Maïlenn (la fille aînée de Christelle Dubois) alors âgée de 19 ans, Pierre Yonas, Henry Vignaud, Virginie Lefebvre. À l’exception de la jeune Maïlenn et de Virginie Lefebvre, on aura reconnu, dans cette liste, les mêmes médiums que ceux qui ont participé, 11 ans auparavant, au « Test » effectué par Stéphane Allix à l’occasion du décès du père de ce dernier, cette expérience étant relatée dans « Le Test » (éditions Albin Michel, 2015).

Stéphane Allix a demandé aux médiums d’entrer en contact avec Aurélie, et ce, sans leur avoir donné au préalable la moindre information. Ils savaient seulement qu’elle était décédée. Ils ignoraient tout de son identité, de la date de sa mort ou des circonstances de cette dernière.
Quand Allix a débuté son enquête, il ne connaissait rien de la vie d’Aurélie. Il a rencontré les médiums sans avoir d’informations particulières sur la jeune femme. Ainsi, il n’a eu, au cours des tests, aucune idée de la pertinence ou non des ressentis des médiums, ni de la véracité des informations données. Même les détails de la mort d’Aurélie lui étaient inconnus à ce stade.
Une fois tous les médiums consultés, Allix a rendu visite aux parents d’Aurélie ainsi qu’aux proches de celle-ci, afin d’examiner méticuleusement avec eux la retranscription de chaque séance. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a pu juger de l’exactitude ou non des détails donnés, en s’appuyant sur les souvenirs de la famille, sur les procès-verbaux de l’enquête conduite par la Brigade criminelle et sur le compte-rendu de l’autopsie, autant de documents que le père (Pierre) d’Aurélie a accepté de partager avec lui.
« L’histoire tragique d’Aurélie n’a eu quasiment aucun écho dans la presse : à peine quelques articles sommaires, publiés dans des journaux régionaux durant les jours qui ont suivi sa mort. C’est tout. Aucune chance, donc, que les médiums sélectionnés puissent en avoir eu connaissance ni, si cela avait été le cas, s’en souviennent quinze ans plus tard. De ce meurtre oublié de tous, sauf de ses proches ravagés par le chagrin, il ne reste aujourd’hui presque rien. » (S. Allix)
C’est dans le cadre de ses enquêtes que Stéphane Allix avait, 6 ans auparavant, fait la connaissance, au téléphone, du père d’Aurélie, les échanges ayant alors essentiellement porté sur le cheminement de deuil de lui et de son épouse. Le père avait dit au téléphone que sa fille Aurélie avait été tuée par son mari, lequel s’était ensuite suicidé. Lorsque Stéphane Allix l’a contacté à nouveau pour lui parler de son projet et lui demander son accord, le père a tout de suite accepté. Allix lui a dit qu’il ne voulait connaître aucun détail, il lui a demandé de lui envoyer seulement une photo d’Aurélie, et il a précisé qu’il viendrait le voir seulement une fois que les tests auront été réalisés.
Chaque médium interrogé n’a vu la photo d’Aurélie qu’en la présence de Stéphane Allix, au moment où il lançait l’enregistrement de la séance. La seule consigne était : « Cette personne est décédée, pouvez-vous entrer en contact avec elle ? »
Au fil de son enquête, Allix a mis à l’épreuve les résultats des séances en distinguant ce qui pouvait relever de biais cognitifs (effet Barnum, biais de confirmation) de ce qui, de façon sûre et certaine, ne pouvait être que le fruit d’une réelle communication médiumnique. (1) J’évoque d’abord les contributions du mentaliste Fabien Olicard et du voyant Alexis Tournier, avant d’évoquer les ressentis des médiums.
Fabien Olicard (le mentaliste)
Stéphane Allix a souhaité tester celui-ci dans les mêmes conditions que les médiums, ce que le mentaliste a accepté. Allix lui a envoyé la photo d’Aurélie. Fabien a dit qu’il ne pouvait pas dire beaucoup de choses sur elle, car il n’avait pas grand-chose sur quoi s’appuyer. Il a parlé d’une forme de tristesse, que son sourire était relativement dissimulé, que c’est une personne assez renfermée et qui n’a pas une haute opinion d’elle-même… Il ne pouvait pas en dire plus car il n’avait rien sur quoi se fonder (ce qu’elle faisait dans la vie, pourquoi elle n’est plus là…). Stéphane Allix remarque que tous les médiums interrogés ont décrit Aurélie comme une personne « solaire », « joyeuse », « quelqu’un de très gai, qui aime la vie, qui a des projets, qui est enjoué », autant de qualificatifs qui, note-t-il, ne sont pas en adéquation avec ce que la photo dégage pour Fabien, la description des médiums n’étant pas celle qu’inspire la photo à un mentaliste chevronné. En outre, les médiums sont allés beaucoup plus loin que décrire simplement deux traits de caractère…
Pour Fabien Olicard (qui ne croit pourtant pas à la vie après la mort et à la voyance), les médiums n’utilisent pas des techniques de mentalisme. Il est convaincu que les médiums ne connaissent pas l’existence des secrets des mentalistes et que l’on se trompe de combat quand on estime qu’ils utilisent simplement ces techniques, et il ajoute : même chose pour les voyants, d’ailleurs.
Les médiums ont tous évoqué spontanément la violence, la brutalité d’une agression qu’ils disaient ressentir dans leur corps, plusieurs médiums ayant notamment évoqué la présence d’une autre personne impliquée dans le drame. (2)
Je note pour ma part que la position de Fabien Olicard manque de cohérence : d’une part, il reconnaît que les techniques de mentaliste n’expliquent pas les prestations des médiums et voyants, et d’autre part il dit ne pas croire à la vie après la mort et à la voyance ! Or, une fois éliminés les « trucs » des mentalistes, il ne reste plus grand-chose que l’une de ces deux explications !
Alexis Tournier (le voyant)

Les médiums recevraient-ils leurs informations par perception extrasensorielle (donc par voyance) et non en communiquant avec des défunts ? Stéphane Allix note que certains médiums qu’il a consultés et testés exercent ou ont exercé une activité de voyance en parallèle à la pratique de la médiumnité.
« Ils ont l’habitude de distinguer les sources différentes avec lesquelles ils sont en relation. Si une certaine confusion peut parfois surgir, ils savent par expérience quelles dispositions intérieures ils mettent en œuvre selon qu’on leur demande une séance de médiumnité ou de voyance, et en général savent très bien s’y tenir. » (S. Allix)
Lorsqu’ils sont en mode médiumnité, ils sentent physiquement la présence des défunts, ce qui n’est pas du tout le cas en voyance.
Le voyant Alexis Tournier, qui est formateur en « vision à distance » au sein de Clevao Formations, a accepté de participer à l’expérience avec Aurélie. Si Alexis ne pratique pas la médiumnité en cabinet, il a cependant eu, au cours de sa vie, de nombreuses expériences de contact avec des défunts. Stéphane Allix ayant envoyé la photo d’Aurélie à Alexis Tournier, ce dernier a travaillé seul une petite heure et a ensuite appelé Stéphane Allix pour faire le compte rendu de ses perceptions.
Alexis a notamment dit qu’il a eu l’impression de quelqu’un qui est décédé lentement, qui n’a pas pu être sauvé, et qu’il y a peut-être des gens impliqués dans la mort d’Aurélie… Stéphane Allix note qu’Alexis ne reçoit pas d’informations de la part d’Aurélie comme cela a été le cas pour les médiums. (Voir plus loin.)
« Aussi, chez lui, le processus d’interprétation et de traduction des ressentis est rendu bien plus complexe dans la mesure où personne ne l’aide. Aurélie ne l’aide pas. Il va chercher et obtient des bribes d’informations sans savoir, d’une part, de quoi il retourne, mais surtout sans être en mesure de discerner s’il s’agit d’informations littérales, de métaphores, de symboles, etc. » (S. Allix)
On dirait, a dit Alexis, qu’elle (Aurélie) a mis un certain temps pour mourir, et il s’est demandé si cette femme n’a pas été malmenée ou violentée. Il a dit qu’on dirait qu’elle a beaucoup souffert, que c’est plutôt localisé au niveau de l’abdomen ou du thorax, avec des difficultés respiratoires. Il s’est demandé s’il n’y avait pas quelque chose de criminel. Il a eu l’impression qu’à un moment donné elle saignait. Il a évoqué une relation toxique, il s’est demandé si elle n’avait pas été violée (ce que l’autopsie a laissé entendre). Il avait peur qu’on lui ait fait du mal, et cela le mettait en colère, qu’on l’ait laissée gisante, agonisante, dans un endroit…
Dans sa pratique de voyant, Alexis ne prête pas son corps aux défunts et n’éprouve pas physiquement les sensations qu’ils ont traversées, il va chercher de l’information sans avoir besoin de se laisser envahir, ce qui, à la différence des médiums, le maintient à distance des émotions attachées à ces informations.
Alexis a dit qu’on dirait qu’on donnait des coups à Aurélie, dans un décor assez lumineux et blanc. (Le loft du couple était un endroit lumineux et blanc.) L’information étant devenue plus précise, Stéphane Allix a le sentiment qu’Alexis a alors ouvert le canal de la médiumnité.
Alexis a dit qu’Aurélie avait l’air de se préparer dans l’endroit lumineux… En effet, elle se préparait à partir, à quitter l’appartement, à acter sa séparation avec le mari qui lui faisait vivre un enfer. Alexis croyait qu’elle était décédée quand des gens sont venus la secourir, du sang ayant coulé. En effet, Aurélie était morte depuis 24 heures à l’arrivée des pompiers et des policiers.
Alexis a dit qu’il croyait que ce qui est arrivé à cette jeune femme est très grave, qu’elle n’avait pas conscience du drame qui se préparait.
Alexis a du recul sur ses perceptions, il a pris conscience de ses mécanismes interprétatifs inconscients, et ses capacités sont moins parasitées par les schémas psychologiques inconscients de sa personnalité.
« Il arrive à se rendre compte du moment où ses filtres se mettent en place. Au bout d’une vingtaine de minutes, il a ainsi réalisé assez nettement qu’un certain nombre d’éléments qu’il percevait étaient métaphoriques. Sa bascule sur le mode médiumnité lui a permis d’être plus en résonance avec Aurélie, mais dès lors d’autres filtres ont surgi pour maintenir cette distance de sécurité émotionnelle que lui offrait la voyance et qu’il n’avait plus en médiumnité. » (S. Allix)
Chez Alexis, la captation d’informations est plus abstraite et surtout nettement métaphorique au début. Il paraît piocher dans une sorte de banque de données, l’information étant plus morcelée, ce qui demande au voyant un effort de décryptage plus important.
La séance d’Alexis a évolué. Dans la première partie, il a tâtonné, les éléments captés ne permettant pas une compréhension de ce qu’Aurélie a subi ni des circonstances de la mort de celle-ci. Vers le milieu de la séance, il a commencé à se demander si ces informations ne seraient pas surtout métaphoriques.
Alexis a eu, jeune, des expériences médiumniques (choses ou entités venant à lui) qui l’ont un peu traumatisé, et il a toujours une espèce d’appréhension à retourner là-dedans. En outre, une partie de lui savait que ce qui s’était passé pour cette fille était grave, et il a eu peur que sa sensibilité en soit heurtée.
« C’est une espèce d’autoprotection, parce que c’est quand même hyper choquant de capter la souffrance de quelqu’un, surtout de quelqu’un qui se fait assassiner dans de telles conditions. C’est horrible. Donc c’est comme si j’avançais sur la pointe des pieds. Je veux bien y aller, mais pas trop, et doucement. » (A. Tournier)
Alexis a été le troisième à avoir capté l’importance de la fête à laquelle Aurélie a participé… Ils ont tous senti la présence d’autres personnes autour d’elle, juste avant sa mort. (3)
Dominique Vallée (médium)

A peine Stéphane Allix a-t-il donné la photo d’Aurélie à Dominique que cette dernière a dit :
– Il y a quelque chose de violent et de brutal dans son départ. Violent… Est-ce qu’elle a reçu des coups ?
Elle a dit que l’univers musical est important autour d’elle. Elle a ressenti comme un coup dans le dos et au niveau du cou. Dominique, qui avait peine à respirer, prenait de grandes inspirations comme si elle manquait subitement d’air.
Stéphane Allix, qui a eu connaissance du rapport d’autopsie après les tests, note que ce rapport mentionne de très nombreuses marques de coups sur le corps, certaines, au niveau de la gorge, étant compatibles avec des manœuvres de strangulation, la mort étant due à des coups de couteau reçus, à gauche, dans la gorge. Les voies respiratoires d’Aurélie ont été sectionnées.
Dominique a évoqué l’Italie. Aurélie est, dit-elle, moqueuse, taquine. Elle a pensé, au début, à un accident ou à un suicide, et elle a évoqué un problème d’alcoolisme dans la famille. Pierre, le père d’Aurélie, a dit qu’il n’y a pas de cas d’alcoolisme dans la famille, et l’Italie ne lui dit non plus rien. (Dominique cherchait à comprendre ses ressentis, à « traduire » en mots les sensations reçues, ce qui l’a conduite à des tentatives d’interprétations divergentes.)
Dominique a dit qu’elle ressentait un coup très violent à la tête, ainsi que dans le cou et le dos. « On est dans quelque chose qui est coupé… » Il lui est venu le mot « massacrée ». Pierre a reconnu : « Bah oui, elle a été massacrée… »
Dominique a parlé des enfants et de l’idée de créer quelque chose à l’étranger. Le père a révélé que sa fille était très investie auprès d’une association dont la mission était d’exaucer le rêve d’enfants et d’adolescents gravement malades, mais il n’était pas au courant d’un projet de départ pour l’étranger.
L’idée de suicide ne concernait pas Aurélie, mais son mari.
Dominique a dit qu’Aurélie était très sportive, qu’elle était très active physiquement, ce que Pierre a confirmé. (Mais elle ne vivait pas au bord de l’eau, contrairement à l’interrogation de Dominique.)
Stéphane Allix note qu’un contact médiumnique n’est pas une conversation entre deux êtres :
« C’est une perception subtile et fragile se traduisant par des ressentis physiques dans le corps du médium, des pensées transmises par le défunt et surgissant dans son esprit, des fragments de scènes visuelles émergeant dans son cerveau. Le médium essaye de décrire toutes ces sensations, en même temps qu’il essaye de les comprendre. C’est dans ce processus d’analyse inconsciente que se glissent des approximations, des erreurs, comme des choses justes. Ne sachant pas ce qui est important ou non dans ses ressentis, le médium peut déformer une information sensorielle juste en raison de ses mécanismes conscients et inconscients d’interprétation. » (S. Allix)
Dominique a dit qu’Aurélie avait, à un moment, un masque, une douleur dans la gorge, et elle s’est demandé si elle avait été attaquée. Dominique a dit qu’elle voyait des gens autour d’Aurélie.
Dominique a dit qu’Aurélie la faisait fredonner, et elle la voyait qui dansait. Aurélie lui a montré une île, la montagne et la mer. Était-elle partie en Polynésie ? Pierre a confirmé à Stéphane Allix qu’Aurélie avait beaucoup voyagé à l’étranger (Malte, Espagne, République dominicaine, New-York, Tunisie, Polynésie). En outre, Aurélie suivait un cours de Zumba, à l’heure du déjeuner, dans la salle de sport où elle se rendait tous les jours.
Dominique a parlé d’une forêt, d’une allée, et elle a dit qu’il faisait nuit. Elle avait l’impression qu’Aurélie n’était pas toute seule au moment de son
Dominique Vallée (photo de Mikael Lafontan)
départ. Or, le meurtre a eu lien dans l’appartement. Mais elle n’était pas seule. Pourquoi Dominique a-t-elle évoqué des « gens pas forcément bienveillants », alors qu’il n’y avait qu’une personne pas du tout bienveillante, le mari ? Elle a demandé si Aurélie a disparu, si on l’a retrouvée, que c’était comme si ses parents ou la famille s’inquiétaient qu’elle ne donne plus signe de vie. L’autopsie a révélé que le décès remontait à 24 heures quand le corps d’Aurélie a été découvert, et c’est l’inquiétude des collègues de travail, ne la voyant pas arriver le lundi, qui a déclenché l’intervention des pompiers et la révélation du crime.
Dominique s’est demandé si quelqu’un s’en était pris à elle. « Mais pas quelque chose de prémédité… » Elle a eu l’idée du petit ami qu’elle voulait quitter. « Comme si elle se prenait une grande baffe sur le côté droit, un grand coup sur le côté droit. »
Stéphane Allix a remarqué que Dominique se mettait à fredonner après avoir perçu des éléments de violence. Dominique a dit que c’est Aurélie qui la faisait fredonner. Est-ce la défunte qui, lorsqu’elle replonge dans la brutalité de sa mort, s’en distancie de cette manière ?
Deux semaines plus tard, Stéphane Allix a montré à Dominique Vallée, via WhatsApp, la photo de la personne qui est décédée avec elle. (Il n’en a pas dit plus.) Elle s’est demandé s’il y a eu quelque chose autour de leur départ commun, et elle a dit qu’il y a eu quelque chose d’assez violent, peut-être juste avant, une dispute qui a conduit à cela. Puis Stéphane Allix lui a dit que cet homme était le mari d’Aurélie, lequel l’a tuée de façon extrêmement violente avant de se suicider.
Stéphane Allix note que les éléments erronés qui ont surgi au cours de la séance sont cohérents avec les tentatives de compréhension, de « traduction », de la médium. (4)
Christelle Dubois (médium)

Le plus lointain souvenir d’une perception médiumnique de Christelle remonte à l’âge de 8 ans, lors d’un accident de voiture avec sa grand-mère qui a provoqué chez elle ce qui ressemble à une expérience de mort imminente, ses premières visions s’étant produites dans les jours qui ont suivi cet accident. Cela a commencé par des visions de personnes au pied de son lit… Lorsqu’elle a eu l’accident de voiture, elle a vu son grand-père maternel (décédé lorsqu’elle n’avait que 9 mois), dont elle a donné une description (elle n’avait vu que des photos en noir et blanc) à sa mère : yeux « super bleus »… Lorsqu’elle est entrée dans l’adolescence, Christelle s’est mise à entendre les personnages, pas seulement de les voir : lors de passages en voiture près d’un endroit où son beau-père, qui était pompier professionnel, était intervenu sur un accident. Elle entendait le jeune qui s’était tué.
Lorsqu’elle a épousé, à la vingtaine, l’homme qui allait devenir le père de ses enfants, tout s’est arrêté : plus aucune voix, plus aucun fantôme, jusqu’à la naissance de sa fille Maïlenn en 2005…
Elle est devenue aide-soignante. Elle a observé, à l’hôpital, la décorporation très progressive de l’âme à mesure que le décès approche : l’âme sort du corps, revient, ressort, etc. Elle voyait la corde d’argent, le fil qui relie l’âme au corps tant que la personne est encore vivante.
« Quand je voyais les silhouettes un peu laiteuses des âmes avec cette corde, je savais que la personne n’était pas encore décédée. Mais, dès que je ne voyais plus cette corde d’argent, les silhouettes était un peu plus lumineuses ; là, je savais que la personne était partie, l’âme définitivement séparée du corps. » (C. Dubois)
Christelle s’est formée au milieu funéraire. En majorité, les défunts dont elle s’occupe lui parlent, mais elle n’a pas de contact avec certains. Certains ont besoin de vivre pleinement cette expérience du passage et ne veulent pas être dans la communication, et certains ne peuvent pas.
Elle parle de guides spirituels présents pour accueillir l’âme. Elle a expliqué à Stéphane Allix que, pendant tout le temps où elle a la charge du défunt, entre le décès et les funérailles, elle perçoit, autour de lui, des tourbillons d’énergie. Elle insiste sur le fait que nous sommes attendus de « l’autre côté », que nous ne sommes pas seuls pendant le passage de la vie à la mort.
L’expérience avec cette médium devenue entrepreneure de pompes funèbres a été faite en liaison vidéo, le cliché d’Aurélie étant placé devant la caméra de l’ordinateur de Stéphane Allix. Elle a coupé la vision, car elle préférait, afin d’être mieux concentrée, rester uniquement en communication audio.
Aurélie lui montra d’autres personnes autour d’elle et une amie cherchant des réponses vis-à-vis de son départ. Elle lui a montré un jeune garçon auquel elle n’a pas eu le temps de dire au revoir. Elle a dit qu’elle était dégoûtée car elle est partie tellement vite qu’elle n’avait pas eu le temps de finir ce qu’elle avait commencé. Stéphane Allix a ultérieurement appris, par le père d’Aurélie, que cette dernière s’était investie dans une association d’accompagnement d’enfants et d’adolescents malades.
Aurélie a montré beaucoup de petits coquillages et la mer, disant qu’elle aimait beaucoup voyager. Elle a montré beaucoup de fleurs, et elle a dit que l’on a gardé des fleurs de son enterrement, une rose ; elle a montré les chiffre 8 et 1, et elle a parlé du mois de mars. Elle a montré des gens qu’elle a retrouvés de l’autre côté, un homme et une femme un peu âgés (comme des grands-parents), et il y avait un homme un peu plus jeune, ainsi qu’un autre jeune homme (d’une trentaine d’années) qu’elle avait très peu connu sur Terre.
Christelle Dubois et sa fille Maïlenn (photo de Mikael Lafontan)
Pierre, le père d’Aurélie, a en effet gardé une rose, laquelle se trouvait toujours sur son bureau. Le nombre 18 : le mari d’Aurélie était pompier.
Christelle vit une dame âgée avec des lunettes. Elle a dit qu’Aurélie est partie brutalement… « C’est la tête qui prend. » Elle a eu la notion que l’on a mis du temps à la retrouver. (Le corps n’a été retrouvé que 24 heures après le décès.)
« Montagne », « à l’étranger », « ravin », « je n’ai pas de douleur » : tout cela était par contre faux. Stéphane Allix voit dans ces « erreurs » des interprétations inconscientes erronées fabriquées par le cerveau de Christelle. Il est important de garder à l’esprit qu’en médiumnité, ajoute-t-il, les sensations physiques sont justes, mais que les constructions et interprétations peuvent parfois être complètement erronées, le seul moyen de juger de la réalité d’une séance médiumnique résidant dans la possibilité offerte de discerner les informations sensorielles des interprétations inconscientes.
Aurélie montra à Christelle un gros cadeau d’anniversaire. C’était la fête, « et d’un seul coup on est au moment de sa mort », laquelle n’était pas volontaire. Christelle a vu deux personnes autour d’Aurélie… Pourtant, note Stéphane Allix, cette dernière était vraiment seule avec son mari quand le drame s’est produit. Christelle a parlé de deux hommes (dont l’un est décédé), ainsi que d’une amie (qui n’était pas là au moment du décès). L’un, plus petit, portait un gros sac au dos, l’autre (celui qui est décédé) étant grand, avec des cheveux courts bruns. Le grand, en colère, a parlé de « traquenard », Christelle ayant l’impression qu’il est parti un peu après Aurélie. Il disait que ce n’était pas sa faute.
Aurélie a montré à Christelle la nature, en extérieur, un côté montagneux. Elle lui a dit qu’elle tombait sur la tête, Christelle ayant ressenti des douleurs au niveau cervical. Aurélie est morte tout de suite, mais on ne l’a pas retrouvée tout de suite.
Christelle a vu un objet à la main de l’homme, ne sachant pas s’il est métallique ou non. Stéphane Allix a immédiatement pensé au couteau avec lequel Aurélie a été tuée.
« Je ne dis pas qu’il l’a tuée », a dit Christelle. Tout, dans ce que le jeune homme très présent, insistant, transmet à Christelle, ressemble, note Stéphane Allix, à la défense désespérée d’un accusé (un homme dans le déni) : il dit que ce n’est pas sa faute et dit que c’est un « accident ».
Deux éléments semblaient parasiter les perceptions de Christelle : la présence véhémente du garçon et la difficulté de la médium à entrer dans des sensations émotionnellement difficiles. L’homme a dit à Christelle : « Tu m’appelles et après tu me dis de me casser. »… Elle l’a senti dans la souffrance. Il était, dit-elle, avec Aurélie au moment du décès.
Christelle, qui n’a pas perçu de malaise chez Aurélie, s’est demandé si c’est elle-même qui bloquait mentalement ou si c’est « une question d’énergie » venant d’Aurélie qui ne pouvait pas lui montrer plus. Christelle croit qu’elle a aussi peur de se tromper.
« C’est un peu comme si Christelle avait perçu une ambiance générale, tout en se tenant à distance, respectant sans le vouloir une sorte de barrière de sécurité émotionnelle. Un peu comme la spectatrice d’un film d’angoisse qui se cacherait les yeux au moment des scènes les plus violentes. » (S. Allix)
Trois jours après l’expérience de contact, Christelle Dubois a envoyé à Stéphane Allix un message vocal pour lui indiquer qu’Aurélie s’est manifestée à elle. La jeune femme lui a montré un endroit un peu festif, son départ ayant eu lieu juste après. Christelle a pensé, à un moment donné, que le jeune homme décédé avec elle était responsable, et elle s’est même demandé si ce n’était pas lui qui l’avait tuée, avant de se donner la mort…
Stéphane Allix à soumis à Christelle Dubois, en liaison vidéo, la photo du mari d’Aurélie. Elle a confirmé qu’il est « dans l’histoire ». Elle a dit que c’était le jeune qu’elle avait vu à côté d’Aurélie, le côté grand et élancé de l’individu lui faisant dire que c’est lui.
Elle vit beaucoup de sang, sur tous les deux (Aurélie et son mari). Le jeune homme de la photo a dit que ce n’est pas lui qui a tué…
Christelle a dit, à un moment, le mot accident ; or, ce n’était pas un accident. Christelle a répondu qu’il était rare que les défunts dénoncent la personne qui les a tués. C’était comme si Aurélie protégeait encore son mari. Christelle a déjà eu un cas de ce genre, celui où la défunte n’avait pas voulu dire qu’elle avait été tuée par son conjoint, avant de confirmer, en fin de séance, que c’était bien le cas.
« Mais j’ai galéré, elle n’arrêtait pas de me dire que non, elle n’avait pas été tuée, que ce n’était pas lui. » (C. Dubois)
Stéphane Allix fait ce commentaire :
« Et je ne peux pas non plus exclure la présence persistante de cet homme qui ne cessait de répéter que ce n’était pas sa faute. Lui aussi semblait insister sur le fait que c’était un accident. Encore une fois, j’imagine combien le médium doit batailler quand il est assailli d’éléments dont certains se contredisent parfois : ses sensations qui vont dans un sens, son propre cerveau qui s’en mêle et fait surgir des interprétations, et, dans le cas présent, les dénégations assénées par un défunt insistant qui cherche à orienter Christelle dans une autre direction. »
Christelle a dit qu’une tierce personne est impliquée dans la mort d’Aurélie, ce qui n’est pas conforme aux éléments de l’enquête dont on dispose, selon lesquels il n’y a pas eu d’intervention d’un tiers. Ils n’étaient que deux dans l’appartement ; le mari a tué Aurélie et s’est suicidé. Christelle a ressenti que cette troisième personne avait un rôle. (5)
Maïlenn
Celle-ci, la fille aînée de Christelle Dubois, était âgée de 19 ans lors de l’expérience. Elle montre depuis l’enfance des dispositions médiumniques. Enfant, elle avait des difficultés à dormir dans sa chambre car elle sentait des présences, elle disait à sa mère voir des ombres, des choses qui lui faisaient très peur. Cela a fini par s’arrêter. Elle a « réouvert le canal » à l’adolescence, mais elle était alors très en colère à cause de sa médiumnité car cela la fatiguait énormément. Là ou elle habitait avant, elle entendait beaucoup de remarques disant que sa mère était une sorcière, ce qui était blessant, et jusqu’à quasiment l’âge de 14 ans elle était fermée sur le sujet, elle ne voulait pas en entendre parler. Elle ne voulait pas avoir ce don. Maintenant, elle accepte.
Sa mère l’a testée dans les mêmes conditions que celles de Stéphane Allix avec elle, c’est-à-dire sans rien dire du tout de la « cible » à Maïlenn, sans partager les ressentis eus par Christelle durant son propre test. La mère a simplement dit à sa fille qu’il s’agissait d’une jeune femme, avant de lui demander ce qu’elle ressentait sur cette dernière.
Stéphane Allix n’avait pas laissé la photo d’Aurélie à Christelle, et en dépit de cela Maïlenn lui a donné une description physique correspondant au souvenir que Christelle avait d’Aurélie. A la question : « D’après toi, elle est partie de quoi ? », Maïlenn a spontanément répondu : « Pour moi, elle a été assassinée. »
Stéphane Allix a décidé de tester Maïlenn, Allix n’ayant alors pas encore fait de retour à Christelle, laquelle ignorait donc tout de l’affaire.
« Elle m’explique que sa fille est très, très stressée, et manque énormément de confiance en elle par rapport à sa médiumnité. Lorsqu’elle l’a accompagnée au cours de quelques séances de médiumnité publiques, elle a pu se rendre compte que Maïlenn fonctionnait exactement comme elle : elle voit des choses mais, dès qu’il faut aller un peu plus dans le détail, elle bloque. Pourquoi ? » (S. Allix)
Stéphane Allix a fait la connaissance en « visio » de la jeune fille, il lui a montré la photo d’Aurélie, Maïlenn demandant, comme sa mère avant elle, de basculer en audio pour mieux se concentrer.
Maïlenn a l’impression que c’est quelqu’un qui aime bien voyager, que sa mort a été assez rapide, assez violente, assez brutale. Elle a la sensation d’avoir quelque chose derrière la tête, « une masse qui descend au niveau de la nuque », ce qui la contracte beaucoup. Elle a des frissons et a très chaud. Pour elle, cela ne se passe pas en France. Elle a l’impression qu’ils sont plusieurs à décéder dans ce lieu, qu’il a fallu quelques heures, quelques jours, pour retrouver le corps. Elle demande : Est-ce que trois personnes sont décédées ? Ou trois personnes sont impliquées ?
Quelques jours après, Stéphane Allix a fait un retour à Maïlenn. Il lui a soumis la photo du mari d’Aurélie. Elle a eu les mêmes ressentis puis a ajouté qu’on était la nuit, dans quelque chose d’enfermé, l’homme semblant avoir du mal à respirer. Elle avait du mal à respirer, sa gorge se resserrant. « Est-ce qu’il s’est passé quelque chose au niveau de son thorax ? Un coup de couteau ou quelque chose comme ça au niveau de son thorax ? »
Stéphane Allix lui a révélé que cet homme et la jeune femme ont été retrouvés morts dans un même endroit. Elle a pensé à un meurtre et a vu une arme blanche, avec beaucoup de violence et de peur. Elle a l’impression que pour l’homme cela se joue au niveau du thorax, alors que pour la jeune femme c’était à la tête. Le père d’Aurélie a révélé à Stéphane Allix les circonstances du suicide de son gendre, lequel a fini par se porter trois coups de couteau dans la gorge, dont un a été mortel.
Stéphane Allix a ensuite révélé à Maïlenn que la jeune femme a été tuée par l’homme sur la photo, lequel était son mari. Elle a évoqué une dispute, cet homme pouvant être très gentil et très aidant envers les autres, tout en ayant une autre facette très sombre, très manipulatrice… Allix a découvert que les éléments relatifs au caractère du mari d’Aurélie correspondent bien au souvenir laissé par cet homme.
Maïlenn a beaucoup de mal à interpréter et à trier ses perceptions, qui arrivent par blocs, elle a conscience de tout mélanger en essayant tant bien que mal d’exprimer ce qu’elle perçoit. Elle a eu beaucoup de mal au début à faire la différence entre le mental et la médiumnité, c’est sa mère qui l’y a aidée. L’exercice avec Stéphane Allix était une première pour elle.
Un kyste potentiellement cancéreux pose à Maïlenn des problèmes de santé au quotidien : malaises vagaux, crampes abdominales, fatigue chronique. Elle était obligée, depuis plusieurs mois, de dormir au moins 12 heures par nuit. Elle voit un lien entre son parcours de soins et le stress que cela lui a causé, avec les parasitages psychologiques dans sa médiumnité. Quand elle est stressée par quelque chose, elle commence à trembler, à avoir le cœur qui s’accélère, à voir flou, à avoir la nausée, et il lui est arrivé de faire un malaise, de perdre connaissance. Stéphane Allix note qu’il y a une forme de lutte permanente en elle entre les perceptions sensorielles médiumniques « et l’appréhension profonde qu’elle éprouve lorsque des sensations corporelles nouvelles échappent à son contrôle et réactivent le souvenir traumatique ».
Chez elle, la médiumnité est un facteur de stress. Quand elle lâche prise, la crise d’angoisse monte et elle doit se concentrer le plus possible pour éviter de faire un malaise. Du coup, toutes les perceptions s’arrêtent. Elle pense que sa médiumnité est brouillée par son état psychologique, et elle travaille avec sa psy afin de gagner en stabilité. (6)
Pierre Yonas (guérisseur, médium et voyant)
Lorsque la mère de Pierre était enceinte de lui, elle a tenté par trois fois d’interrompre sa grossesse, l’IVG étant, à l’époque, interdite en France. Les deux premières fois, la personne sollicitée n’est pas parvenue à percer la poche des eaux, et, la troisième fois, la guérisseuse-accoucheuse qui est intervenue a été dissuadée par une force, quand elle s’est approchée du ventre de la femme enceinte, d’aller plus loin. Pierre a expliqué que la guérisseuse a senti des énergies qui la repoussaient. Elle a dit à la mère qu’elle n’allait pas le faire, et qu’à sa place, elle le laisserait vivre. C’est la mère qui a raconté cela à Pierre bien plus tard. Pierre a lié cet épisode traumatique à l’émergence de sa médiumnité…
« Après une vie intra-utérine marquée par le traumatisme d’une mort miraculeusement évitée, Pierre a été abandonné par sa mère à la naissance et confié à la Ddass, puis à des familles d’accueil parfois maltraitantes. Une entrée dans la vie absolument cauchemardesque. Et qui s’accompagne dès le début de perceptions médiumniques. » (S. Allix)
D’aussi loin qu’il se souvienne, Pierre a toujours vu les défunts. Les adultes disaient qu’il s’agissait d’amis imaginaires, ce à quoi il répond que c’était ses amis, oui, mais pas du tout imaginaires. Ceux-ci ne lui faisaient pas peur, mais il a parfois été agressé, après, par des « trucs horribles ». Il gardait cela pour lui car on le traitait de fou dès qu’il commençait à en parler. Les êtres perçus venaient faire en sorte qu’il ne soit pas seul, ils lui parlaient…
Ci-dessus : Pierre Yonas (photographie de Mikael Lafontan)
Très tôt, les capacités de Pierre se sont aussi exprimées, parallèlement, à travers des dispositions de magnétiseur-guérisseur, remarquées dès la petite enfance. Quand il caressait vaches, chiens, poules ou chèvres, on observait que les animaux allaient mieux après que l’enfant les a touchés. Pierre a dit qu’il leur donnait de l’amour, il voulait qu’ils aillent mieux.
Il a pratiqué longtemps gratuitement, accumulant les petits boulots à côté. Puis, à 22 ans, il a fini par s’installer pour se consacrer exclusivement à cette activité médiumnique.
Pierre Yonas voit apparaître « des formes étirées, jaune doré, semblables à des flammes de bougie ». Il en perçoit une, deux ou trois, autant de défunts qui sont en train d’arriver. Ce n’est que graduellement « qu’ils reprennent leur caractère, leurs tics, ce qu’ils étaient avant la fin de leur dernière incarnation ». A partir de ce moment-là, c’est comme si les défunts vibraient à travers lui : ton particulier de leur voix, leur gestuelle, leurs émotions, leur manière d’être de leur vivant sur Terre. C’est ainsi qu’ils envoient des informations au médium.
« Pierre explique que la première chose qu’ils racontent, ce sont les circonstances de leur mort. Ensuite, ils livrent ce qu’ils aimaient. Les bois, la forêt, la nature, les voyages, dans le cas d’Aurélie. Puis viennent des éléments de leur caractère ainsi que d’autres détails. » (S. Allix)
Stéphane Allix a tendu à Pierre Yonas la photo d’Aurélie, en précisant seulement qu’il s’agissait d’une personne défunte. Il a ressenti beaucoup de violence, une fête, la jeune femme étant perçue comme quelqu’un de joyeux, de pétillant, très intelligente et aimant les études, qui fait du sport, qui a soif de s’occuper des autres. La notion de « l’étranger » est revenue, comme avec les trois précédentes médiums. (Aurélie avait beaucoup voyagé.) Le père d’Aurélie a confirmé le sport, l’écriture, la soif de s’occuper des autres.
Pierre Yonas a évoqué le prénom Vanessa. Il a évoqué une mort très rapide, foudroyante. Il a entendu « boum », « boum », « boum », du bruit, avant qu’Aurélie ne s’écroule. Le père d’Aurélie a dit qu’il a appris, en interrogeant les voisins, que la personne habitant juste en dessous de chez Aurélie a entendu des bruits très violents le dimanche vers midi, provenant de l’appartement du couple, ce qui correspond, à peu de chose près, à l’heure précédant la mort d’Aurélie. Les policiers ont noté, dans le procès-verbal réalisé sur la scène de crime, plusieurs traces de violence dont un impact sur le mur en placoplâtre du couloir de l’entrée. Ils y ont prélevé des cheveux qui se sont révélés appartenir à Aurélie.
Pierre étouffait, il a toussé, pris lui-même à la gorge. Stéphane Allix a repensé aux traces de strangulation révélées par l’autopsie. L’enquête a dû être rapide, selon Pierre Yonas ; or, la Brigade criminelle a bouclé ses investigations en moins de 24 heures.
Pierre a dit qu’Aurélie est plutôt joyeuse d’être de « l’autre côté ». Mais elle n’avait pas prévu de mourir : on l’a tuée, a dit le médium. Il a entendu les mots : « pas seule », donc, a-t-il ajouté, elle n’a pas été seule quand on l’a tuée.
Il y a, a-t-il dit, une histoire avec une amie « qui est très pipelette, qui parle beaucoup ». Elle devait avoir rendez-vous avec Aurélie, et cela a mal tourné. Le père de cette dernière a dit que sa fille avait bien une amie très proche, une amie, qui, même 15 ans après, appelait toujours le jour du décès d’Aurélie ou pour son anniversaire. Aurélie et Cynthia faisaient de la Zumba ensemble.
Pierre a évoqué les prénoms de Sarah et de Serge. Il a vu du sang, des bois. On a retrouvé Aurélie pas vivante. Pour lui, c’est un assassinat, deux personnes étant autour d’elle. Il a vu un homme brun avec les cheveux très courts (le teint un peu mat). Or, le mari d’Aurélie était brun, avait les cheveux courts et était bronzé. Il a déjà été en prison, a dit Pierre, c’est un récidiviste. Or, si le mari d’Aurélie n’a pas fait de prison, c’était bien un récidiviste, Aurélie n’ayant pas été la première à avoir subi sa violence.
Pierre Yonas a vu une fête, comme si elle rentrait d’une fête, puis il l’a vue seule, il l’a ressentie comme étant chez elle.
Cela ne l’étonnerait pas, a-t-il dit, qu’elle fasse un métier où elle s’occupe des autres, il l’a vue écrire et beaucoup lire, « il y a des lettres ». Il ne faisait pas très jour, c’était sombre, puis « on l’attrape » ; il pense qu’on a abusé d’elle… Il a vu des coups, du sang, il a entendu crier, elle est de dos quand on l’attrape. Il a dit que cet homme a dû tuer des gens, sur un accès de colère par exemple. Or, si le mari d’Aurélie n’a tué personne avant, un mois avant le drame il a agressé un automobiliste, ce qui a valu à ce dernier une fracture du nez.
Pierre Yonas a mis ses mains sur sa tête, puis sur sa gorge. Il a tapé avec force sur la table pour signifier un coup, tout en désignant le côté gauche de sa tête. D’après le rapport d’autopsie, les plus importantes lésions traumatiques relevées sur le visage d’Aurélie se situent… à gauche.
Pierre a parlé d’odeurs de feu, quelque chose qui en tout cas le fait tousser.
Aurélie a retrouvé une dame qu’elle aimait beaucoup, « peut-être sa grand-mère », ainsi qu’un grand-père paternel, « front dégagé, pas beaucoup de cheveux »… Il y avait beaucoup de personnes autour d’elle, « là-haut »…
Pierre a évoqué quelqu’un qui était amoureux d’elle avec une forme d’exclusivité, une possessivité : « Elle lui appartient, et il la tue. C’est çà ! J’ai ça. »
Il a dit que le père d’Aurélie éprouve de la culpabilité de ne pas l’avoir protégée, mais celle-ci ne parlait pas beaucoup de ses problèmes, c’était quelqu’un de secret, a dit Pierre, et il a ajouté qu’une copine savait, laquelle a dû dire à Aurélie de faire attention.
Aurélie a parlé à Pierre d’un homme. Pierre croyait que cela a mal tourné dans une soirée, dans une fête. Évoquant cet homme, il a dit : « Il a dû être jaloux, possessif, excessif… et violent ».
Pierre ayant vu des gens courir, il a dit qu’il devait y avoir un parc. Il a eu la sensation qu’Aurélie n’avait pas d’enfant (ce qui est vrai) et qu’elle ne devait pas être fille unique. (Elle avait deux frères, plus âgés qu’elle.)
Pierre Yonas a dit entendre la voix d’Aurélie, une voix douce, calme, rassurante, pétillante, avec une forme de joie. Elle lui a aussi envoyé des images, ainsi que des sensations physiques.
« Et là c’est comme si l’on me mettait des coups, on me frappe, on me cogne le visage… comme si on me cognait dans un meuble. On me colle au sol. On me fait saigner, on m’étouffe. J’étouffe avec mon sang… C’est violent… » (P. Yonas)
Les mots de Pierre sont cohérents avec les détails du rapport d’autopsie que Stéphane Allix a pu consulter à l’issue de tous les tests : coups, marques de chute et de violence sur le corps, égorgement ayant provoqué la mort…
Pierre a dit qu’il y a eu une hémorragie interne qui a étouffé avec son sang Aurélie. Il s’est tapé sur la poitrine et il a dit que cela cognait, en montrant la tête : « Visage, tête, et je me noie dans mon sang. » Il a fait un bruit de gargouillis avec sa gorge, puis il a dit que cela s’arrêtait. Pour lui, c’est comme cela qu’Aurélie est morte. En tout cas, a-t-il précisé, c’est ce qu’elle lui a envoyé. Elle lui a montré son état un peu tuméfié, les coups très violents qu’elle a pris, comme si on la cognait contre un mur, comme si on la cognait au sol… Elle ne pensait pas que cela lui arriverait, mais le gars ne gérait pas sa colère, sa violence.
Pierre a dit que pour lui, le gars a été arrêté, que cela ne fait pas 15 ans que cela est arrivé, il dirait : autour de 8 ans – « ou dans ces eaux-là » -, et le gars peut donc être ressorti, conclut-il. Puis il a ajouté : « Ah non, ce n’est pas le cas, apparemment. C’est ce que j’entends. » En réalité, les faits s’étaient déroulés 15 ans auparavant, et le mari d’Aurélie n’a pas été emprisonné puisqu’il s’est suicidé dans la foulée. Stéphane Allix ayant demandé à Pierre Yonas s’il pourrait se « connecter à lui », Pierre a répondu que s’il se connectait à lui, il faudrait déjà qu’il soit mort, « et il pourrait bien être mort, en fait, celui-là… » Mais il n’en avait pas l’impression, car on lui a dit : « Il n’est pas là », « pas avec nous, en tout cas ». Pierre a senti des regrets, « mais c’est comme une mélopée qu’il répète comme pour dire qu’il n’a pas fait exprès ».
Pierre a dit que cela s’est passé chez Aurélie, dans un appartement sombre, en France. Il a vu la police française. Le gars sentait l’alcool. « Tu ne dois pas me quitter ! Fais pas ci, fais pas ça. »
« Puis la jalousie… comme si elle allait rencontrer l’amour et qu’on l’en empêchait. »
Elle est maintenant paisible, tranquille, en paix, dit Pierre Yonas.
Après avoir rencontré Cynthia, l’amie d’Aurélie (voir plus loin), et fait tous les tests, Stéphane Allix a revu Pierre Yonas. Il a soumis au médium la photo « d’une personne liée à la jeune femme ». (Il s’agissait du mari.) Il n’avait rien dit à Pierre Yonas, pas même si ce dernier avait réussi.
Pierre Yonas a parlé d’un individu très préoccupé par les apparences, qui « peut être le très bon copain et qui, dans l’intimité, a un tout autre visage », quelqu’un qui ne tolère pas qu’on lui dise « non », et il a ajouté qu’il y a, chez lui, de la possessivité, de la jalousie. C’est lui qui a porté les coups. « C’est un peu comme si on lui appartenait, à ce mec-là ! » Il y a chez lui de la névrose, de la paranoïa, de la possessivité, de la colère. Pierre Yonas entend : « J’ai raison, j’ai toujours raison, c’est moi, moi, moi. »
Pierre a dit que l’homme a dû aller derrière les barreaux avant d’être maintenant libre, ce qui est inexact. Il a ajouté que l’homme de la photo veut contrôler, mais qu’il perd tout contrôle dès qu’on se rebelle ou qu’on le quitte. « Il va la surveiller, la harceler, la critiquer pour l’éloigner, l’isoler. » Le père d’Aurélie a raconté à Stéphane Allix que le mari débarquait même sur le lieu de travail de son épouse de manière imprévue, juste pour vérifier ce qu’elle faisait. Pierre Yonas a parlé de harcèlement.
Il a étouffé, comme si l’homme attrapait Aurélie à la gorge. L’homme la cognait, la tabassait, cela saignait. Pierre Yonas pensait que l’homme est un ex, une relation toxique qu’Aurélie avait eue ou qui était encore plus ou moins présente, qu’elle a voulu fuir cette relation, comme si elle se sentait en danger. Stéphane Allix note, à propos de la relation toxique qu’Aurélie a voulu fuir, que c’est exactement ce qui s’est passé.
Tout ce qui précède a été dit par Pierre sans qu’il ait observé la photo. Il l’a ensuite retournée. Il a dit que l’homme « aime l’adrénaline », qu’il a dû faire du sport, ce qui est exact. Il est surprenant que Pierre n’ait pas perçu que l’homme était mort. Pierre a dit qu’il ne le percevait pas car cet homme « n’est pas dans la lumière », Aurélie et lui n’étant pas « dans la même dimension ». « Mais il y a comme une forme de suicide derrière. » Il a ajouté qu’il est sûr qu’il y a un suicide.
« Il y a le meurtre et le suicide. Non ? » (P. Yonas)
Il y a une arme, a dit Pierre qui a dit que c’était comme s’il s’écroulait, comme s’il tombait. (Stéphane Allix note que le mari d’Aurélie a essayé, en vain, de se pendre au montant de l’escalier métallique donnant accès à la chambre en mezzanine, avant de se porter les coups de couteau mortels.)
Pierre s’est demandé s’il n’y a pas eu un carreau cassé ou une fenêtre cassée… (Stéphane Allix note que les corps étaient entourés de nombreux débris de verre provenant d’une applique cassée, dans une mare de sang.)
Pour Aurélie, Pierre a vu beaucoup de coups, de tuméfactions, et il étouffait comme si on l’étranglait, avec du sang sur le corps comme si on le poignardait. Il a parlé de la tête, comme si on s’acharnait sur lui. (On note, dans le procès-verbal de l’officier de police judiciaire, qu’on a constaté, à l’aplomb de la tête d’Aurélie, une giclée de sang sur le mur, celle-ci mesurant 43 centimètres de haut.)
Pierre a dit que l’homme s’est tué, son départ ayant eu lieu peut-être dans les minutes suivantes, les deux corps étant trouvés dans le même lieu. C’est Aurélie qui le lui a dit. Pierre avait des odeurs d’alcool et a dit que l’homme avait quelque chose dans le sang qui le dérangeait, se demandant s’il s’agissait peut-être de la coke. (Les rapports d’autopsie ne mentionnent aucune trace d’alcool ou de psychotropes. En revanche, Cynthia – voir plus loin – a précisé à Stéphane Allix que le mari était sous traitement pour ses blessures suite à la bagarre qu’il avait déclenchée quelque temps auparavant.)
Pierre a dit que l’homme ne pouvait pas venir, car il n’est pas « dans la lumière », que, lui, il ne se connectait pas avec « la basse vibration », et que l’homme concerné ne peut pas monter « dans la fréquence » de Pierre. Il faudrait que Pierre soit dans la « basse fréquence », ce qui n’est pas possible.
Pierre a vu l’homme en colère, balançant des objets, attraper Aurélie par les cheveux, puis il y avait quelque chose « avec une pointe, comme des ciseaux ». Pierre pense que l’homme a tué Aurélie, il lui a cogné la tête au sol ou sur un rebord. Puis l’homme a paniqué, s’est assis par terre, puis il s’est tué. C’est comme cela que cela s’est passé, pour Pierre.
Stéphane Allix ayant fait allusion à l’évocation de l’étranger par les médiums consultés, le père d’Aurélie a confirmé que le couple aimait les îles, les pays où il fait chaud et où il y a la mer, mais il pense aussi qu’ils avaient déjà eu un énorme conflit à l’étranger, et que c’est là qu’Aurélie a commencé à avoir peur et à se dire qu’il ne fallait pas qu’elle restât avec lui. Le père pense que cela peut être lié à des voyages à l’étranger (et qu’elle a pu voir un type ou un serveur). Pour le père, l’étranger est en rapport avec un conflit qu’il y a eu dans le couple, et que c’est là que cela a commencé. Le mari surveillait son épouse pour voir si elle regardait quelqu’un d’autre, et il observait les autres hommes pour savoir s’ils la regardaient : quelque chose de cet ordre a déclenché un conflit pendant un voyage (au cours d’un des derniers voyages, pense le père), et c’est là qu’Aurélie a commencé à prendre du recul.
Pourquoi, lors de la séance, Aurélie n’a-t-elle pas donné (dès le début) son prénom ? Pierre Yonas a apporté cette réponse :
« Parce qu’un défunt ne se rappelle pas forcément le prénom de sa dernière incarnation. Là où il se trouve, quand il passe de l’autre côté, il reprend son vrai nom d’âme et retrouve la mémoire de tout ce qu’il a été. Il n’est plus exclusivement identifié à la vie terrestre qu’il vient de quitter, même s’il est encore imprégné de souvenirs et d’expériences. »
Stéphane Allix note à cet égard que lorsque nous mourons, nous redevenons ce que nous sommes vraiment, notre âme, nous sommes moins prisonniers d’une identification à une personnalité limitée. Si, après la mort, nous conservons une forme d’individualité, celle-ci n’est pas réductible aux éléments de la personnalité physique que nous étions. (7)
Rencontre avec l’amie d’Aurélie
Deux médiums ont évoqué une amie d’Aurélie : Christelle Dubois et Pierre Yonas. Cette amie, Cynthia, a accepté de rencontrer Stéphane Allix. Aurélie et Cynthia s’étaient rencontrées en 2007, soit trois ans avant le drame, lorsque Cynthia a été embauchée dans la société de consulting où Aurélie travaillait déjà depuis plusieurs années. Dix mois après son arrivée, Cynthia a démissionné, entraînant Aurélie à sa suite. Aurélie a de suite retrouvé un travail dans une autre entreprise dans laquelle elle s’est épanouie. Cynthia a dit qu’Aurélie était gentille, bienveillante.
« Quand je demande à Cynthia si les mots de Dominique : « une jeune femme déterminée, qui sait ce qu’elle veut ; quand elle a un objectif, elle y va, elle fonce », correspondent à Aurélie, elle me répond sans hésitation que c’était le cas depuis qu’elle se trouvait dans ce cadre professionnel plus épanouissant. Elle me confirme également que les qualificatifs employés par les différents médiums s’appliquent bien à son amie. Elle était ‘‘joyeuse’’, ‘‘gaie’’, ‘‘moqueuse’’ également, elle aimait faire des blagues, rigoler. Elle adorait danser. La nature, le sport. » (S. Allix)
Aurélie s’est mariée en 2006, à l’âge de 23 ans, après deux ans de relation. Cynthia a notamment dit que le mari d’Aurélie la dévalorisait sans cesse, qu’il tenait les comptes du couple… Aurélie est devenue assistante de direction.
« Entre son évolution de carrière et la prise de conscience que ce qui se passait à la maison n’était pas normal, elle a commencé à changer, à se révéler, à vouloir faire autre chose de sa vie. Et ça, ça a remis en question les bases de son couple. Lui, forcément, ça ne lui a pas plu. » (Cynthia)
L’homme faisait vivre une forme d’emprise psychologique à Aurélie. Il manifestait une jalousie maladive… Il appelait Aurélie en permanence, il la pistait.
Cynthia a dit que le mari a compris qu’Aurélie lui échappait totalement, qu’elle allait le quitter. Sa décision n’était pas encore prise, mais elle allait le quitter. Il ne l’a pas supporté.
Stéphane Allix ayant évoqué l’allusion (par Christelle Dubois et Pierre Yonas) à une fête, Cynthia a révélé qu’on avait fêté son anniversaire le vendredi soir précédant le week-end où le mari a tué Aurélie. Cynthia et Aurélie sont allées au restaurant puis ont fini la soirée dans une boîte de nuit. Et le mari a fait une crise pendant qu’elles dînaient, il a appelé Aurélie pendant le repas.
Stéphane Allix a précisé à Cynthia que Pierre Yonas a mentionné une prénommée Vanessa. Or, Vanessa est le second prénom de Cynthia.
Pierre Yonas avait parlé d’une amie qui est « très pipelette », qui parle beaucoup, et qui, à son avis, devait avoir rendez-vous avec Aurélie, puis cela a tourné mal, a-t-il ajouté. Cynthia a confirmé qu’elle est très pipelette, qu’elle et Aurélie passaient des heures à papoter.
Pierre Yonas a dit qu’une amie a dû dire à Aurélie de faire attention. Cynthia a confirmé qu’elle l’avait mise en garde. Il y a, mentionnée chez les médiums, l’idée qu’il y avait de l’eau à proximité de l’endroit où elles étaient (le vendredi soir). Or, la boîte de nuit est située, a précisé Cynthia, sur la berge du fleuve.
Cynthia a précisé que, le soir du drame, le mari a appelé Aurélie pour lui faire une crise, et Cynthia a essayé de le rassurer en disant qu’elles étaient là juste pour s’amuser, pour danser… Vers 2 heures du matin, Cynthia a raccompagné Aurélie chez elle (avant de déposer deux autres amies). Le samedi et jusqu’au dimanche matin, il y a eu des disputes, des engueulades et des coups, jusqu’à la fin. La mort d’Aurélie et le suicide de son mari se sont produits le dimanche en milieu de journée, les corps n’ayant été découverts que le lundi en début d’après-midi. (8)
Henry Vignaud

En avril 2012, les parents d’Aurélie ont assisté, dans le sud de la France, à une séance de médiumnité réalisée par Henry Vignaud, en présence de plusieurs centaines de personnes en deuil. Seule la scène était éclairée, la salle étant plongée dans l’ombre. Après deux premiers contacts de défunt avec des personnes présentes (qui ont reconnu celui-ci en levant la main), Henry Vignaud a désigné un couple dans l’allée centrale, vers la gauche, derrière une dame portant un chemisier rouge, et il a dit qu’il avait pour eux « quelqu’un dans le passé qui a été agressé avec une arme blanche, un couteau »… C’étaient les parents d’Aurélie qui étaient ainsi désignés. Or, personne ne les connaissait en ce lieu, personne n’a pu donner cette information au médium à leur insu. Une personne de l’organisation s’est approchée du couple et a tendu un micro au mari (Pierre). Ce dernier, hésitant, a dit que c’est sa fille. Le médium ayant demandé s’il y a longtemps qu’elle était partie, le père a répondu : un an et demi.
« On dirait presque un acte gratuit, à ce que je vois. C’est quelqu’un de proche, malheureusement, qui a fait ça. Cette jeune fille me fait comprendre que ce n’est pas la première fois qu’il a essayé de l’agresser. C’est déjà arrivé avant. Elle parle de l’enquête, de journaux, d’Internet… Son mari a attenté à ses jours, lui aussi. Il est à côté d’elle, mais pas sur le même plan vibratoire. » (H. Vignaud)
Le père d’Aurélie était sans voix. Aurélie ayant montré au médium son ventre, il a demandé si elle voulait un bébé. Cela a créé une discorde, a-t-il précisé, et il a ajouté que la défunte lui a dit que c’est la première fois que son père rencontrait un médium en public. Henry Vignaud a dit voir le haut du corps d’Aurélie. Il l’a décrite aux parents de cette dernière. Le père, sidéré, a dit que tout ce qu’a dit le médium était exact.
« Je savais que ma fille voulait un enfant et que son mari n’en voulait pas. Et puis le couteau ! L’agression ! Les détails ! Henry Vignaud nous a dit des choses que seuls mon épouse et moi savions. » (Pierre)
Aurélie a dit (à destination de ses parents) : « Je suis heureuse d’être venue pour vous. »
« Elle vous embrasse », a dit le médium aux parents, puis elle s’en est allée.
À l’évocation de ce souvenir, Pierre (le père) a confié à Stéphane Allix que son épouse et lui n’ont pas dormi la nuit qui a suivi cette conférence. Ils étaient scotchés, bouleversés, surtout le père.
L’année suivante, le couple a décidé de prendre rendez-vous avec plusieurs médiums, dont Henry Vignaud. Le père a constitué une sorte de tableau comparatif, avec, dans une colonne, l’inscription du nom des médiums, et, dans l’autre, les sujets qu’ils ont abordés. C’est lors de leur première rencontre que le père a révélé tout cela à Stéphane Allix, à l’issue des propres tests de ce dernier. De l’époque où le couple a rencontré des médiums, le père a gardé le souvenir de nombreux détails fournis, avec de troublantes concordances entre les médiums. Au cours de ces séances, Aurélie a évoqué les petits enfants dont elle s’était occupée, le fait qu’elle ait subi des violences et que sa mort a été particulièrement brutale, sa blessure au cou… Tous les médiums alors consultés avaient parlé du couteau et avaient décrit la mort d’Aurélie. Le père a dit qu’il sait qu’un jour il retrouvera sa fille.
Lorsque Stéphane Allix est allé voir Henry Vignaud, ce dernier n’avait évidemment aucune information, et Stéphane Allix ne lui a évidemment pas dit qu’il avait rencontré, 13 ans auparavant, les parents d’Aurélie.
La photo d’Aurélie étant sur la table, le médium posa sa main à plat dessus, la pièce étant plongée dans la pénombre. Sa main gauche recouvrait ses yeux, et il resta silencieux plusieurs minutes, en tentant d’établir la connexion.
La pensée lui vint d’une bague, avec une petite pierre dessus, toute fine…
Durant toute la séance, Henry Vignaud garda les yeux fermés. Après une longue plage de silence, il a dit que la bague ne concernait pas directement la jeune femme, mais qu’il a dû y avoir, à une époque, un petit problème dans la famille, par rapport à une succession, un héritage.
Il semblerait, a-t-il dit, que cette personne a beaucoup voyagé, ou qu’elle ait fait un voyage à l’étranger peu de temps avant sa mort. Il a évoqué une prénommée Dominique ou Stéphanie ou Virginie…
Lors du décryptage de la séance, le père d’Aurélie « a surligné la bague, car la grand-mère de la jeune fille lui en avait offert une avec une petite pierre dessus, le jour de son mariage ». Aurélie la portait de temps en temps.
Il y a eu un problème d’héritage quatre ans avant la mort d’Aurélie à la suite du décès d’une personne dans la famille… Les voyages, c’est juste, mais aucun des trois prénoms cités ne dit quelque chose au père et à Cynthia, l’amie d’Aurélie. Henry Vignaud a cité « deux orientations » pour cette dernière, ce qui correspond au fait que celle-ci a fait des études de droit pour finalement s’orienter vers le consulting.
Le médium a dit que la jeune femme était « solaire », qu’elle était très proche des gens, très empathique. Il a dit que la photo devait avoir moins de 2 ans avant le décès. Or, la photo a été prise 2 ans avant la mort d’Aurélie. Cette dernière a dû, a-t-il ajouté, aimer faire, quand elle était plus jeune, « des choses un peu artistiques », peut-être de la danse. (Elle avait fait de la danse.) Il a évoqué un « départ très brutal, très rapide ».
Il a parlé d’un petit enfant important pour elle, avec, autour d’elle, des jeunes, des petits. (Aurélie était bénévole dans une association.) Il a dit qu’elle est « extrêmement solaire et aimée de l’entourage », et il a évoqué le cancer ou le signe astrologique du cancer (mais elle n’est pas décédée de cette maladie et ce n’était pas le signe d’Aurélie).
Il a dit qu’Aurélie avait pleuré au moment de son départ. Le père de celle-ci a précisé qu’on avait trouvé, dans la chambre, des mouchoirs, de l’Advil, et qu’on a vu qu’elle avait pleuré.
Comme il a vu une table avec une bouteille de vin dessus, il s’est demandé s’il n’y avait pas quelqu’un de proche avec un problème d’alcool, et il a pensé qu’elle avait dû être enceinte. Stéphane Allix a noté que c’était la troisième fois, après Dominique Vallée et Pierre Yonas, qu’une addiction à l’alcool était évoquée chez un proche, Pierre Yonas ayant aussi parlé d’un enfant non né (possiblement une IGV), personne n’ayant cependant été au courant qu’Aurélie aurait subi une IVG.
Henry Vignaud a continué à donner des informations relativement imprécises, voire ne correspondant à rien dans l’histoire d’Aurélie, avec cependant, par moments, des choses justes.
« Il dit par exemple voir la tombe d’Aurélie, qu’il décrit recouverte d’une stèle de granit rose, c’est le cas. Il dit plus loin que quelqu’un ‘‘l’avait prévenue’’ : cela fait-il référence aux échanges d’Aurélie avec Cynthia ? » (S. Allix)
Puis il est reparti dans des généralités… Il a dit qu’il avait le chiffre 3, ce qui l’a amené à demander si elle était la troisième des enfants, ce qui était le cas puisqu’Aurélie a 2 frères plus âgés. Beaucoup d’éléments n’étaient pas inexacts, mais ils manquaient « terriblement de précision ». Le médium a dit qu’il ne sentait pas « la vibration » de la jeune femme autour de lui, précisant que cette dernière n’était pas « descendue ».
Alors qu’on approchait de la fin de la séance, Henry Vignaud a parlé de « bleus sur la peau, sur le corps », et que cela faisait « comme un hématome ». Il a senti qu’il y avait quelqu’un d’autre de décédé, de la génération de la jeune femme, et il s’est demandé s’il n’y avait pas eu quelqu’un de proche d’elle parti avant ou après elle. Mais le médium est ensuite reparti dans une succession de généralités.
Le médium a dit qu’il avait vu le corps de lumière, très beau, de la jeune femme. Il n’a pas vu le visage de cette dernière. Il a eu l’impression qu’elle était partie brutalement, il a vu son corps allongé par terre, avec le visage tourné sur le côté. Il s’est demandé si on ne l’avait pas retrouvée comme cela. Stéphane Allix a su que les policiers avaient trouvé le corps d’Aurélie allongé sur le dos, la tête légèrement tournée vers la droite.
Le médium a vu le visage de l’homme de la génération de la jeune femme, mais il n’a pas du tout aimé quand cet homme s’est approché de lui, et il a ajouté que ce n’était pas quelqu’un de positif pour elle. (9)
Virginie Lefebvre

Âgée de 44 ans lors de l’expérience, Virginie Lefebvre a quitté la police en 2016 pour exercer à plein temps son activité de médium. C’est l’écrivain Bernard Werber qui a parlé d’elle à Stéphane Allix.
Stéphane Allix a tendu la photo d’Aurélie à la médium en disant simplement à cette dernière que la personne sur la photo est décédée. Seule question posée : « Peut-on communiquer avec elle ? ».
« En quelques secondes, Virginie semble entrer en état médiumnique. Elle a une pile de feuilles blanches sur sa droite et se met à écrire d’une manière saccadée comme si elle notait les flashs qui commencent à lui parvenir. (…) Elle se met à parler presque instantanément, sur un rythme rapide, exprimant tout ce qui lui vient. » (S. Allix)
Aurélie a montré une mèche de cheveux à la médium, cette dernière ayant eu une image d’Aurélie plus petite au bord de l’eau.
Lorsque le père d’Aurélie lira la retranscription, les détails donnés, qui semblaient vagues, allaient se révéler adaptés à Aurélie :
« Oui, elle est décédée loin de chez ses parents ; oui, elle était créative ; oui, l’écriture était une passion, elle a même gagné un concours de jeune écrivain ; oui, Pierre a coupé une mèche des cheveux de sa fille avant la mise en bière. Et oui, ses parents possèdent bien une propriété en bord de mer où Aurélie passait ses vacances, enfant. » (S. Allix)
Virginie a dit que le départ avait été brutal et qu’elle ressentait « l’odeur du médical » : « Elle m’appuie derrière la tête, sous le cou, dans le haut du dos… » La médium a entendu : « Je suis à l’étranger… »
La jeune fille fait des signes, « encore et encore », une formulation qui a fait réagir le père car Aurélie aurait fait beaucoup de « signes » à ses parents, dans les mois ayant suivi le décès de celle-ci : tableaux bougeant sur les murs, objets disparaissant et réapparaissant, téléphones sonnant sans personne au bout du fil, télévision s’allumant toute seule et sans arrêt, ainsi que l’ordinateur, ou l’imprimante, jusqu’à la voiture… Le père a compté… 87 signes ! Par exemple, a-t-il dit, « on se levait le matin et toute la maison était allumée ». Il a reconnu qu’il s’était sans doute parfois trompé, que ce n’était alors pas vraiment un signe. Un jour, vers minuit, alors qu’il était dans son garage en train de parler assis devant la photo de sa fille et qu’il disait : « Aurélie, je t’aime », tout (clignotants, phares) s’est éclairé dans la voiture, pendant 2 ou 3 minutes ! Cela lui est arrivé à 2 reprises. A l’époque, le couple n’avait pas encore assisté à la séance de médiumnité publique avec Henry Vignaud.
Virginie Lefebvre vit la mer et mentionna une « Marion » ou une « Manon » (des prénoms qui ne correspondent à rien), puis elle a évoqué une âme de bébé, une fausse couche ou une IVG. (Pierre Yonas a aussi parlé d’une IVG.) La jeune femme est partie, a-t-elle dit, à quelques jours d’un anniversaire. (Christelle Dubois avait dit : « C’est comme si elle partait au moment d’un anniversaire. »)
Virginie a dit que la jeune femme revenait sur la brutalité de son départ, la médium ayant mal au niveau du cou. Virginie avait un choc et avait quelque chose qui la gênait, quelque chose que la jeune femme avait inhalé. Or, Aurélie n’ayant rien inhalé, Stéphane Allix s’est demandé s’il ne s’agissait pas du sang qui a envahi la trachée.
La médium a mentionné 2 lieux d’habitation, un lâcher de ballons, tout étant blanc, et elle s’est demandé s’il s’agissait des obsèques d’Aurélie. L’ayant visualisée après la mise en bière, elle a remarqué quelque chose qui était comme masqué au niveau des cheveux, quelque chose étant caché au niveau de la tête.
Il y avait en effet 2 lieux d’habitation : une maison de village revendue quelques mois avant le décès afin d’acheter l’appartement en ville. Mais il n’y a pas eu de lâcher de ballons, personne n’étant en blanc aux obsèques.
« En revanche, le personnel du salon funéraire a bien tenté de camoufler les coups sur le visage d’Aurélie et de masquer sa gorge avec un foulard. La chevelure d’Aurélie a été placée de manière à dissimuler les coups portés sur la partie gauche de son visage. Il y a bien ‘‘quelque chose de caché au niveau de la tête’’. » (S. Allix)
Virginie a dit qu’il y avait avec Aurélie un homme décédé, qui devait être son grand-père ou son arrière-grand-père. Elle avait un grand R (peut-être « René », « Roger ») à propos du défunt qui était avec Aurélie. Or, le grand-père d’Aurélie ne se prénommait ni René ni Roger.
Virginie a entendu une langue étrangère. (Aurélie apprenait l’anglais.) Elle a dit que la jeune femme rigolait par rapport à un foulard, qu’elle lui soufflait le prénom de Michel ou Jean-Michel, et celui de Pierre était écrit en grand devant les yeux de la médium. S’il n’y a pas de Michel ou de Jean-Michel, le père d’Aurélie se prénomme par contre Pierre. Elle a mentionné François ou Françoise (inconnu), « qui doit être quelqu’un d’aidant autour » du père, et elle a dit qu’il y a quelque chose par rapport à des plumes, des ailes d’oiseau, Aurélie disant en riant à la médium qu’elle était un peu comme cet oiseau. Elle lui a fait voir sur son père une toute petite pierre, un tout petit galet que quelqu’un a dû lui ramener. Aurélie a demandé à Virginie de dire à son père qu’elle allait bien, qu’elle était sereine. La médium a ajouté que le père adore les montres. Il s’avère que le père est en effet fan de montres et qu’il en a pas mal.
La médium a mentionné un Mattéo. (Mattéo est le troisième homme perçu par Christelle Dubois.)
La médium a dit étouffer au moment du départ, elle avait une gêne respiratoire, pulmonaire. Aurélie lui a montré un ordinateur, des choses ayant été effacées… La médium a respiré par saccades. (Dans le rapport d’autopsie, on évoque la tentative de strangulation, la gorge entaillée, les voies respiratoires sectionnées.) Virginie a dit : « J’ai un choc, je tombe, et le décès se fait de cette manière. » Elle a eu 2 images du corps… Aurélie lui a « mis » 3 sur la montre. Or, les corps ont été découverts à 15 heures le lundi, et, la veille, la mort a été située autour de 15 heures.
La médium a mentionné un jeune homme (un peu bronzé) et une jeune femme (« un peu impliquée dans ce conflit »). Sur la photo que le père d’Aurélie a montré à Stéphane Allix, le mari a le teint bronzé, et la jeune femme correspond à Cynthia, le drame ayant commencé à l’extérieur, lors de la fête d’anniversaire de cette dernière.
La médium a dit qu’il y a comme des petits bijoux enlevés, « plein de petites choses que l’on ne retrouve pas ». Elle a parlé de marques du côté gauche, au niveau de la tête, sur la partie gauche de la tête, comme « si on avait masqué quelque chose à la mise en bière… que l’on a dû recouvrir avec ses cheveux ». La médium a ajouté qu’elle était habillée en bleu, qu’il y avait quelque chose de bleu clair dans sa tenue. Or, au moment de sa mort, Aurélie portait un pull bleu ciel, et il est exact que l’on n’a pas retrouvé des petits bijoux.
Dans les minutes suivantes, Virginie s’est à nouveau éloignée, accumulant des détails sans lien avec le drame.
La médium a entendu un bruit sourd :
« En fait, c’est comme si elle voulait que je remonte un peu le temps avant son départ. Et puis, d’un coup, on la retrouve décédée. J’ai ce choc, et après j’étouffe, c’est ce qu’elle me montre. Elle dit bien que ce n’est pas sa faute. Il y a un conflit. (…) » (V. Lefebvre) (10)
Un parasitage interne et externe, pas de dialogue. – Après sa séance avec Henry Vignaud, Stéphane Allix avait été déçu car il savait que ce dernier est l’un des meilleurs médiums français, et il s’est demandé ce qui s’était passé. Il a eu le sentiment d’une sorte de voile opaque et déformant. Pour expliquer cela, il écrit que le médium n’est pas un « interphone » branché sur l’Au-delà, qu’il ne dialogue pas avec les défunts comme pourraient le faire deux individus vivants, la communication avec le Monde spirituel n’ayant, rien, écrit-il, d’une discussion. Il n’y a pas d’échange de mots, les médiums, ajoute-t-il, ne posant pas de questions pour obtenir des réponses claires et explicites. Les désincarnés ne s’expriment pas en usant du langage… Page 311 de son livre, Stéphane Allix revient sur le sujet en écrivant que les médiums ne peuvent pas discuter avec les défunts, qu’ils ne peuvent pas leur poser des questions, leur demander de dire l’avenir, de nous éclairer sur nos questions existentielles, le canal médiumnique restant « soumis à des contraintes fonctionnelles dont il nous faut accepter les limites », ces limites tenant à la fois à la nature de la « dimension transcendante » où évoluent les défunts et aux « contraintes cognitives ainsi qu’à l’influence de l’inconscient du médium sur le déroulement d’une séance ». Et pages 375-376, il réitère son affirmation selon laquelle le médium n’est pas en mesure d’avoir une conversation avec un défunt, qu’il n’entend pas une voix constante et claire, en aucun cas de longs discours. Il écrit que la médiumnité constitue une capacité extrasensorielle « très fragile, très incertaine et délicate », que le défunt « partage des sensations, envoie des murmures évanescents, des images, des flashs », le médium devant, avec ces éléments, essayer de reconstituer une vision d’ensemble. Il dit qu’un contact médiumnique est toujours extrêmement précaire. Le médium, en outre, ne prédit pas l’avenir, il n’est pas là pour être interrogé mais écouté, car, à travers lui, « c’est le défunt qui essaye de se faire comprendre ». Poser une question, c’est prendre le risque d’interrompre cette liaison si subtile.
Pour ma part, je note que cette façon de voir est certes valable pour le type de médiums auxquels Allix s’est référé pour ses tests, mais qu’elle ne cadre pas avec l’ensemble de la production médiumnique répertoriée depuis le dix-neuvième siècle : nombreux sont en effet les cas de communication avec le Monde spirituel, y compris avec questions/réponses, dont les messages détaillés ont été obtenus via des procédés tels que l’écriture automatique ou l’écriture intuitive. Ainsi, et ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres – on pourrait citer le médium brésilien Chico Xavier (décédé en 2002) et bien d’autres -, Jeanne Morrannier a reçu, dans les années 1980-1990, des messages détaillés sous la forme d’une conversation (télépathique) avec son fils décédé, ce qui a donné naissance à la parution de 7 livres. On dirait que Stéphane Allix ignore toute cette littérature recueillie depuis plus de 100 ans, y compris les nombreuses informations obtenues, généralement à la faveur d’un état modifié de conscience (une transe légère ou profonde), par le processus du channeling, les communications et enseignements étant reçus par l’écriture ou de manière vocale. Les médiums « classiques », par contre, comme ceux notamment auxquels Stéphane Allix a fait appel pour ses expériences, n’ont pour fonction que de donner à leurs consultants des preuves de la survie de leurs défunts. L’objectif et la finalité des contacts ne sont pas les mêmes, d’autres médiums ayant par contre la capacité d’entrer en communication mentale avec des consciences désincarnées afin de délivrer un enseignement (par écrit ou par voie orale).
Stéphane Allix parle de parasitage interne et externe : des informations arbitraires et parasites proviennent à la fois de l’inconscient du médium et d’influences extérieures indésirables se mélangeant à celles se rapportant au désincarné, d’où les confusions et erreurs possibles. Le parasitage externe émane du Monde des esprits : il peut s’agir de la volonté du défunt de rester distant, ou de l’intrusion d’autres défunts, d’autres entités, des intrus profitant du canal ouvert. Le parasitage interne est quant à lui provoqué par l’inconscient du médium.
Stéphane Allix a noté que les médiums sollicités étaient stressés par l’exercice. Or, le stress, qui est une émotion qui inhibe les capacités extrasensorielles, intervient aussi dans la phase de traduction et d’interprétation.
« Évoluant totalement en aveugle, le médium, même s’il s’en défend, s’oblige malgré tout à un résultat, et c’est là que son mental stressé peut être amené inconsciemment à vouloir conclure trop vite et à traduire de travers ce qu’il perçoit. » (S. Allix)
Stéphane Allix a testé un autre médium qu’il connaît bien, les résultats de celui-ci ayant été, encore plus que ceux d’Henry Vignaud, largement en dessous de ce à quoi Allix aurait pu légitimement s’attendre. Ce médium n’avait pas osé décliner l’invitation à faire le test, alors qu’il traversait une période difficile de sa vie et accumulait fatigue et stress. Lors de la tentative de contact avec Aurélie, il est « complètement passé à côté », ce qu’il avait senti dès le début de la séance. Son inconscient a pris le dessus sur ses perceptions. Henry Vignaud a confié à Stéphane Allix que cela « ne passait pas » dans environ 10% de ses consultations et que, dans ce cas, il ne faisait pas payer la séance.
« Lors de mes consultations en privé, soit ça matche tout de suite, soit à moitié, soit il ne se passe rien. (…) Parfois, une personne vient me consulter et je n’ai pas de contact avec son défunt. Elle revient une deuxième fois et, à nouveau, ça ne ‘‘fonctionne’’ pas. Et puis voilà qu’un an après, au cours d’une troisième tentative, cette fois, ça y est, la porte est ouverte. Pourquoi ? C’est le grand mystère. Je ne suis qu’un instrument. » (H. Vignaud)
Henry Vignaud n’est donc pas particulièrement surpris que le test n’ait pas été totalement concluant, ceci arrivant à tous les médiums. Comment explique-t-il cela ? Il évoque l’intervention possible de plusieurs paramètres : la résonance avec le client qui peut être inconfortable pour lui et le bloquer ; le défunt qui peut ne pas pouvoir communiquer (ou qui peut mal communiquer), certains défunts ayant plus de facilité à venir que d’autres. Stéphane Allix a ajouté les appréhensions, les blocages émotionnels. Faisant référence à sa mère qui était décédée peu de temps auparavant, Henry Vignaud a dit qu’il a eu beaucoup de manifestations d’elle peu après son départ, mais qu’il n’y avait plus rien depuis un certain temps.
Stéphane Allix a soumis à un faux médium le même protocole (présentation de la photo d’Aurélie, avec comme seule information que la personne était décédée). Ce fut un échec total. Cette personne était surtout naïve et peu lucide sur ses capacités réelles.
« La platitude des propos prétendument obtenus de la défunte a été déconcertante, et bien différente de ma séance en demi-teinte avec Henry. Avec ce faux médium, j’ai eu droit exclusivement à des mièvreries New Age du genre : ‘‘Elle est joyeuse, elle me parle d’un ange, elle aime la vie’’, etc. La totalité de la séance n’a été que banalités. » (S. Allix)
Stéphane Allix a croisé, en 20 ans, beaucoup de personnes comme lui, sincèrement convaincues d’avoir des capacités et ne cherchant pas à abuser volontairement les personnes venues les consulter. C’est leur inconscient qui intervenait au cours de leur pseudo-séance, ces faux médiums ne captant que leurs projections inconscientes. Il est arrivé à Stéphane Allix d’entendre de leur part des paroles menaçantes telles que : « Votre défunt est perdu, il a besoin d’aide, il n’est pas monté, etc. ».
Seul un très petit nombre des personnes se disant médiums le sont réellement et sont donc capables d’apporter des éléments tangibles, précis et vérifiables. Le problème, dans ce domaine, est constitué par les personnes qui s’illusionnent sur leurs aptitudes réelles, les informations fournies étant générales et non spécifiques. « Elles ne captent rien, elles projettent seulement. »
Comment distinguer un vrai d’un faux médium ? Il est important de ne donner, au préalable et pendant la séance, strictement aucune information sur soi ou sur le défunt avec lequel on souhaite communiquer. Il est souhaitable de demander à ce que la séance soit enregistrée, « afin d’être en mesure de la réécouter au calme autant de fois que nécessaire ». Et il faut se poser les bonnes questions :
« … le médium donne-t-il des informations générales ou des détails spécifiques ? Parle-t-il beaucoup, en accumulant les hypothèses et les platitudes, ou semble-t-il suivre une seule piste qui correspond, même confusément, à ce que pourrait dire ou avoir vécu le défunt ? Si le médium pose des questions – et parfois cela lui est nécessaire pour mieux se focaliser sur le bon défunt -, le mieux est de se contenter de valider ou d’invalider, sans ajouter de précisions.
Pendant la séance, il ne faut pas forcément chercher à mettre le médium en difficulté, ce n’est pas le bon état d’esprit, mais davantage être attentif à son propre comportement, à ce que l’on dit, et surtout à ce que, lui, exprime spontanément.
Le dernier point, enfin, est le plus important : il est essentiel d’avoir conscience des limites de la médiumnité et de ne pas en attendre plus que ce qui est possible. Car, bien souvent, la méconnaissance de ce domaine et les fantasmes en tous genres qui l’entourent nous conduisent à des attentes disproportionnées et irréalistes. Je le redis : la médiumnité ne permet pas de parler avec les défunts. Elle ouvre une liaison subtile offrant aux défunts la possibilité de faire la preuve objective de leur survie en partageant sensoriellement des informations éparses mais précises que les médiums ne pourraient avoir obtenues autrement. » (S. Allix)
Stéphane Allix note que personne d’autre qu’Aurélie ne peut avoir transmis aux médiums tous les détails avérés la concernant.
Évelyne Josse, une psychologue clinicienne spécialiste de l’accompagnement du deuil et formatrice en psychotraumatologie, a dit à Stéphane Allix que les perceptions des médiums passent par le filtre des processus cognitifs subjectifs, que les médiums interprètent leurs expériences à travers le prisme de leur personnalité, de leurs souvenirs et de leurs attentes, ce qui, chez eux, peut prendre un tour plus marqué « du fait des mécanismes de protection psychique inconscients qui se sont développés en raison de leur extrême sensibilité ». Ils doivent mettre des limites, être capables de revenir dans la vie de tous les jours, se protéger d’irruptions pouvant être impromptues, inattendues, non souhaitées. Des mécanismes psychiques de protection peuvent altérer leurs capacités médiumniques. Soit le médium dit « Je ne vois plus rien », soit il se met à broder, mais s’il brode c’est en toute bonne foi, sans s’en rendre compte. Les médiums ne peuvent pas vraiment appréhender la réalité de leurs visions ou de leurs messages de manière objective.
Stéphane Allix note que plusieurs médiums ayant participé à l’enquête ont vécu, à un moment de leur vie, de petits ou gros traumas qui, « en même temps qu’ils ont probablement participé, comme le pense pierre Yonas, à l’ouverture de leurs perceptions extrasensorielles, ont pu également conduire au renforcement de leurs mécanismes de protection psychique ». Pour Évelyne Josse, les médiums ayant vécu des traumatismes ou des difficultés dans l’enfance ont développé des capacités dissociatives pour « échapper » au quotidien, « à la violence, à l’humiliation, ou simplement même parce qu’ils étaient isolés socialement du fait d’être différents ». Les perceptions d’un médium pourraient être influencées, sans qu’il s’en rende compte, par des souvenirs personnels traumatiques, dans une sorte de contagion émotionnelle. Stéphane Allix note que cette confusion entre expérience perçue et mémoire personnelle est apparue dans la séance avec Christelle Dubois. Cette dernière avait eu, un mois avant le rendez-vous pour l’expérience, à s’occuper d’une jeune femme tuée par son mari, et le fait de percevoir en médiumnité de la part d’Aurélie une situation similaire a provoqué chez elle un conflit interne : « Est-ce que je capte vraiment la défunte ou suis-je parasitée par mon souvenir ? ». Dans leur confrontation à la violence, certains médiums voient, alors que d’autres pressentent qu’il va y avoir quelque chose de violent et détournent leur « regard médiumnique » pour ne rien percevoir de traumatisant, leur inconscient les protégeant du trauma. Ainsi, Christelle Dubois sentait inconsciemment que quelque chose de bien pire encore que ce qu’elle percevait était arrivé, mais elle n’arrivait pas à voir plus, un mécanisme de défense protégeant le système émotionnel et l’équilibre psychique. (11)
Le drame
Lorsqu’ils sont arrivés sur les lieux du drame, les policiers ont trouvé, en cliquant sur l’onglet de bas de page de l’écran d’ordinateur, une page correspondant au curriculum vitae d’un dénommé Mattéo.

Quand les parents ont pu entrer dans l’appartement, ils ont vu une porte de la penderie entièrement défoncée (Aurélie ayant été poussée contre cette porte), du sang sur un interrupteur, un trou dans le placoplâtre (sur la paroi du couloir) – là où le mari avait passé, à travers, la tête d’Aurélie. Cette dernière était très abîmée sur le côté gauche du crâne, au niveau du front. Plein d’affaires d’Aurélie n’ont pas été retrouvées, de nombreux cartons ayant été stockés dans la chambre du gendre du père, à la caserne. Le père n’a jamais retrouvé les affaires de sa fille. ( La médium Virginie Lefebvre a parlé de ces objets ayant disparu.) Par contre, les policiers ont laissé l’ordinateur dont a parlé la médium Virgine Lefebvre, celle-ci ayant évoqué « l’ordinateur dans lequel des choses ont été effacées ».
Elle a aussi mentionné le prénom Mattéo. Ce dernier, a précisé le père d’Aurélie, était un collègue de cette dernière :
« Le samedi après-midi, ma fille a reçu un texto de cet homme qui lui demandait l’adresse d’un café-concert, parce qu’il invitait ses parents à venir le week-end et voulait les y emmener. Et, comme ma fille savait que son mari était extrêmement jaloux, elle a effacé le texto. Seulement, lui s’en est aperçu, et ça a probablement été le point de départ de leur dispute. » (Pierre)
Mattéo travaillait pour l’entreprise d’Aurélie. Fin février/début mars, cette dernière est venue chez ses parents et leur a avoué qu’elle avait embrassé ce Mattéo. Elle a dit regretter son geste et en avoir parlé à son mari, et elle a dit qu’ils avaient décidé de partir tous les deux en vacances à Genève pour faire le point et repartir à zéro.
Environ 9 ou 10 mois après le meurtre, le père a eu la confirmation que sa fille était morte à cause du texto. Quand le mari s’est rendu compte qu’elle avait effacé un message, il a voulu savoir de qui il provenait, ce qu’il a appris par une ancienne de France Télécom. (Il avait passé sa carrière dans cette société.) Le gendre avait essayé, tout le samedi après-midi, de contacter plusieurs centres France Télécom. La collègue a dit qu’elle n’avait pas le droit de le dire, mais que cet homme cherchait à savoir ce qu’il y avait dans le message. Quand les flics ont regardé l’ordinateur, ils ont vu que la page était ouverte sur le CV de Mattéo. Visiblement, dit Pierre, le gendre avait fini par découvrir que le texto venait de Mattéo, et il avait cherché des informations le concernant.
On peut imaginer que la crise a éclaté suite à la réception du SMS. Quand Aurélie a finalement avoué à son mari que le message venait de Mattéo, le mari a été amené à essayer d’en savoir plus sur ce dernier, comme en témoigne la page Internet ouverte. Pierre est persuadé qu’ils se sont engueulés la nuit de samedi à dimanche, et que le matin Aurélie a dit : « Je pars. » Il ne l’a pas laissée partir…
Cynthia a dit à Stéphane Allix qu’elle avait été au courant de l’existence de Mattéo, que ce dernier n’était pas juste un collègue, l’épisode de fin février/début mars ne se résumant pas à un simple baiser sans lendemain, mais que c’était les prémices d’une belle histoire d’amour. Cynthia a précisé que la relation entre Aurélie et Mattéo a commencé 6 mois avant la mort d’Aurélie, et elle pense qu’elle a voulu partir avec lui. Aurélie lui en avait parlé. Quand elle a dit à son mari qu’elle voulait partir, que c’était fini, il l’a menacée de se suicider.
La médium Christelle Dubois avait dit : « Il y a quelque chose qui s’est passé au mois de mars. » On sait maintenant que c’est le premier baiser échangé entre Aurélie et Mattéo. Elle avait en outre évoqué un « deuxième personnage encore vivant et présent au moment du drame » : il s’agissait de Mattéo, la « tierce personne impliquée dans la mort d’Aurélie ». Christelle avait dit : « Je ne vais pas dire non plus qu’elle avait un amant… (…) pour moi, ils étaient trois. »
Le père d’Aurélie pense que le conflit à l’étranger évoqué par Pierre Yonas pourrait s’être produit lors du voyage effectué par le couple en Tunisie, en juillet. Le médium avait parlé de chaleur et de maillot de bain pour Aurélie. (12)
La rencontre avec Mattéo
Stéphane Allix a pu prendre rendez-vous avec Mattéo. Ils ont parlé à la terrasse d’un café. Mattéo a dit qu’il avait en gestion un immeuble où travaillait Aurélie. Lui et Aurélie se sont liés d’amitié, puis, un soir, alors qu’il la raccompagnait à la gare, ils se sont embrassés. Après le retour de vacances d’Aurélie, ils se sont vraiment rapprochés.
Le mari d’Aurélie est venu au bureau de Mattéo et a demandé à le voir, mais ce dernier n’était pas présent. Mattéo savait qu’il était très jaloux, Aurélie le lui ayant dit. Aurélie et Mattéo faisaient donc assez attention. Mattéo a dit à Aurélie que si elle voulait arrêter, ils arrêtaient, mais elle ne voulait plus rester avec son mari.
Mattéo et Aurélie se sont vus pendant quelques mois de façon un peu cachée, plusieurs fois dans la semaine. Un jour (le samedi 9 octobre), Mattéo a envoyé un message à Aurélie pour lui demander si elle connaissait le nom d’un certain théâtre. Le lundi, il a été convoqué par la police (sans lui donner de précisions), et on lui a alors dit qu’on avait vu son nom sur l’ordinateur d’Aurélie. Il a dit aux policiers qu’il avait eu avec Aurélie une liaison et on lui a alors appris que le mari de cette dernière l’avait tuée durant le week-end.
Mattéo a culpabilisé d’avoir envoyé le message et il n’est pas allé à l’enterrement d’Aurélie. Il a fait une dépression assez longue. Sans être croyant, Mattéo ne manque pas d’adresser systématiquement une prière pour la jeune femme dont il a partagé la vie quelques mois. (13)
Médiumnité et enquête criminelle
Stéphane Allix note que les résultats obtenus illustrent le fait que la médiumnité peut, quand elle est employée avec rationalité, constituer un apport non négligeable dans une affaire criminelle. Pourquoi alors ne l’utilisent-on pas dans le cadre des affaires qui défrayent la chronique, y compris dans les centaines ou milliers de cas de disparitions ou de meurtres non résolus ?
Stéphane Allix note que la réponse est double :
1/ La médiumnité n’est pas prise au sérieux. Elle est considérée comme une croyance sans fondement. La méconnaissance de la médiumnité, qui est une capacité humaine, donc faillible, fait prendre cette faillibilité pour une preuve qu’elle n’est pas réelle.
2/ Bon nombre de personnes qui « croient » à l’existence de la médiumnité pensent qu’elle serait une sorte de « pouvoir magique » infaillible aux multiples applications.
- « Les films de fiction ou les séries entretiennent cette perception d’une médiumnité capable de faire dialoguer des vivants avec des désincarnés sans aucune contrainte. » (S. Allix)
- Dans quel cadre médiums et police pourraient-ils collaborer ?
- « Quand je dis ‘‘médiumnité’’, je ne parle pas de ces prétendus médiums, convaincus d’avoir des informations essentielles à offrir, qui publient leurs certitudes sur les réseaux sociaux ou tentent de prendre contact avec la police ou les familles en souffrance dès qu’une affaire fait les gros titres. Dans l’immense majorité, ces ‘‘médiums’’ ont des compétences discutables, voire inexistantes, et des motivations parfois fort douteuses. Et cela concourt encore à discréditer un phénomène qui, lui, est bien réel. » (S. Allix)
Stéphane Allix voit donc deux grandes difficultés :
1/ Identifier les médiums compétents, ce qui constitue une tâche ardue, d’autant qu’il faut pour cela au préalable prendre la médiumnité au sérieux. « C’est un peu un serpent qui se mord la queue. »
2/ Intégrer un médium compétent à une procédure légale obéissant à des règles juridiques bien précises. Mais à l’heure actuelle, on ne voit pas comment intégrer, dans un groupe d’enquête, des médiums en qualité d’experts, dans un pays qui voit en eux des charlatans.
- « Le seul cadre dans lequel pourrait être entendu un médium est celui de témoin. Mais que vont penser les policiers d’une personne qui serait en mesure de donner des détails, par exemple sur l’emplacement du corps dans le cas d’une disparition ? Elle va être naturellement suspectée d’être impliquée dans le meurtre ou d’en être complice. Comment imaginer qu’elle ait cette information autrement qu’en étant elle-même mêlée d’une manière ou d’une autre au crime ? ‘‘C’est le défunt qui vous l’a dit ? Ah oui ? Allez hop, garde à vue !’’ C’est ubuesque, j’en conviens. Mais c’est arrivé. » (S. Allix)
- Stéphane Allix note que le seul moyen aujourd’hui pour qu’un médium participe indirectement à une enquête serait qu’un des policiers qui en est chargé soit, à titre personnel, « ouvert à la médiumnité, connaisse un médium de confiance, obtienne de sa part des informations qui puissent être recoupées avec celles du dossier d’enquête, qu’elles apportent des pistes nouvelles et que, le cas échéant, sans jamais mentionner la source de ces informations, l’officier de police puisse les exploiter sans le faire apparaître dans la procédure ». Cela arrive, mais c’est très rare. Ce n’est jamais officiel, c’est toujours à titre privé.
- « Et, au delà de toutes ces questions de procédure, aucun médium ne saurait résoudre une affaire tout seul. La médiumnité n’offre pas de solution miracle : c’est une capacité humaine fragile, faillible, permettant l’obtention de renseignements fragmentaires parfois exploitables, parfois moins. C’est en croisant les informations données par Dominique, Christelle, Maïlenn, Pierre, Alexis, Henry et Virginie, en voyant les points de convergence entre eux, les similitudes troublantes, puis en les exploitant sur la base du rapport de police et du témoignage des proches que l’on a été en mesure d’éclairer ici des zones d’ombre entourant la mort d’Aurélie. Un vrai travail collectif, long et minutieux. » (S. Allix)
La plupart du temps, écrit Stéphane Allix, les séances privées se déroulent comme celles présentées dans le livre.
« C’est-à-dire qu’elles sont susceptibles d’apporter des éléments de preuve attestant que c’est réellement le défunt qui s’exprime, tant le médium ne peut rationnellement avoir obtenu les éléments d’une personne autre que le défunt lui-même.
Que l’un des médiums testés ‘‘soit tombé juste’’ par hasard est envisageable, mais que tous aient fourni à peu près les mêmes éléments pour décrire une mort brutale, soudaine, inattendue, avec des coups, que quatre d’entre eux aient parlé de cette fête déterminante juste avant le drame, donné des détails si précis et surtout convergents… tout cela ne saurait s’expliquer par le hasard et témoigne à l’inverse, réellement, de la capacité qu’a eue Aurélie d’envoyer ces bribes d’informations aux médiums. » (S. Allix)
La consultation d’un médium doit seulement servir dans un parcours de deuil.
« Aussi une seule suffit. A la rigueur deux, trois. C’est amplement suffisant pour faire vaciller cette croyance tenace qu’il n’y a rien après la mort. Une séance de médiumnité n’a que cette seule utilité : comme ce test, identifier des éléments détaillés attestant d’un contact réel avec le défunt. Donnant la preuve qu’il est encore vivant quelque part, car il est en meure, lui et personne d’autre, de transmettre ces informations. Mais il faut être vigilant. A ce que l’on dit, à la façon dont le médium formule les choses, à nos biais cognitifs, au poids de nos attentes. » (S. Allix) (14)
Alain Moreau
Références :
- Stéphane Allix, La preuve – Les « morts » nous parlent, éditions HarperCollins France, 2025, p. 9-10, 13, 15, 17-19.
- Ibid., p. 229-230, 232-233, 235.
- Ibid., p. 245-251, 256-258, 260-261, 265-267, 269, 274.
- Ibid., p. 23-36, 43-45, 52.
- Ibid., p. 104-109, 111-112, 61-66, 68-71, 76-79, 83-85, 87-99, 113, 117-119, 125-126, 128-129.
- Ibid., p. 143-144, 133-135, 137-138, 140-145, 147-149.
- Ibid., p. 207-213, 219-220, 153-170, 193-204, 221-222.
- Ibid., p. 175-187.
- Ibid., p. 281-297.
- Ibid., p. 319-332.
- Ibid., p. 297, 301-315.
- Ibid., p. 341, 343-347, 350-351, 355-356, 363.
- Ibid., p. 357-361.
- Ibid., p. 368-373, 376-378.

